ILES DE LA PLATA
Ces lies, toutes rapprochées de la Bande-Orientale, sont :
L'île de Lobos, îlot rocheux entouré d'un banc de sable et à 9 milles seulement de Maldonado. Son nom lui vient du grand nombre de veaux marins qu'on y tuait autrefois. Ce nombre a considérablement diminué. — L'île de Gorriti^ très-petite également, et qui protège le mouillage de Maldonado; l'île de Flores^ à 15 milles est de Montevideo. Ce sont deux îlots rocheux séparés par un étroit canal, quelquefois à sec dans les basses eaux. Le plus grand porte un phare créé en i 828. — L'île San-Gabriel et les îles de Hotmos près de la Colonia; enfin l'île de Martin-Garcia^ la plus grande et la plus importante de toutes.
Cette île, d'une forme ovale et allongée, éloignée de 2 milles seulement de la côte orientale et de 24 milles de la bouche du Parana-delas-Palmas, forme une croupe granitique qui s'élève d'une quarantaine de mètres au-dessus des eaux de la Plata. Le pied n'offre qu'une roche nue; le sommet est couvert de terre végétale, et alimente de maigres arbustes. Sa longueur est de 2 milles, elle n'en a pas tout à fait un de largeur. Placée à l'endroit où les canaux du fleuve se resserrent, elle domine celle de l'est, dit Infemillo qui n'est accessible qu'aux petits navires, car il n'a guère plus de 2 mètres d'eau en moyenne, tandis que le canal de l'ouest, qui est complètement sous le feu de l'île, en a de 7 à 8 et est le passage obligé de tous les bâtiments qui veulent remonter le Parana ou l'Uruguay. Comme position militaire, l'île de Martin-Garcia est très-forte. Du temps du général Rosas, elle fermait les deux rivières et maintint longtemps le blocus de l'Uruguay. Afin d'empêcher qu'un jour cet ilôt pût servir de moyen pour restreindre ou empêcher la navigation des fleuves entre les mains de quelque puissance étrangère , ou de quelque fraction séparée de la Confédération, le traité du 10 juillet 18S5 a stipulé que :
Art. V. « Les hautes parties contractantes (la Confédération , la tt France et l'Angleterre), reconnaissant que l'île de Martin-Garcia
a peut par sa position entraver et empêcher la libre navigation du Cl Rio-de-la-Plata, conviennent d'employer leur influence pour que « la possession de cette île ne soit retenue ni conservée par aucun « État du Rio-de-la-Plata ou de ses affluents qui n'aurait pas donné « son adhésion au principe de libre navigation. » De ce jour la libre navigation du Parana de l'Uruguay pour tous les navires et tous les pavillons est devenue un fait accompli, et la rapide augmentation du chiffre des produits importés ou exportés en a été la conséquence immédiate. De 18S2 à 1839, l'île de Martin-Garcia a été occupée par Buenos- Ayres qui y avait un petit poste militaire ; elle est aujourd'hui garnie par les forces nationales.
On en tire les pierres qui servent à paver cette ville dont le sol n'offre pas un caillou. Martin-Garcia peut servir un jour de dépôt de charbon pour les remorqueurs qui doivent s'établir sur le Parana, et devenir un entrepôt très-impoilant.
Quant aux autres îles, toutes d'origine alluviale , à l'ouest de Martin-Garcia, elles appartiennent au delta paranien, et nous en parlerons en traitant des bouches de ce fleuve.
La superficie du fleuve de la Plata peut être évaluée à 1,400 lieues carrées, de Martin-Garcia aux deux caps. L'eau de l'océan ne remonte que la moitié de l'estuaire jusqu'à la rivière de Sainte-Lucie d'une part, et de l'autre jusqu'à la punta del Indio. Au-dessus, l'eau est constamment douce, et lors des basses eaux, par les vents de nord et de nord-ouest, elle n'est que légèrement saumâtre à Montevideo et Ton y peut même faire de l'eau en grande rade.
Excepté dans les deux canaux que nous avons signalés , la profondeur est très-irrégulière. Dans tout l'espace au nord-ouest de la ligne qui passe presque perpendiculairement par les îles de Flores, le banc Anglais et la punta de las Piedras, la sonde ne donne plus de 10 mètres en aucun endroit, tandis que, au sud-est de cette même ligne, c'est^à-dîre vers le large jusqu'au parallèle des caps Sainte-Marie et Saint^Antoine, on en trouve de 20 à 30. Partout il y a fond de vase ou de sable. Les roches existent aux endroits que nous avons indiqués, et de plus dans le canal du nord, à la Panela et à las Pipas ^ écueils signalés par toutes les cartes et qui ont été balisés nouvellement. Cette conformation de la rivière de la Plata avec ses bancs, ses courants et le régime de ses eaux, la fait désigner comme un estuaire par plusieurs géographes , car l'océan et le Parana s'en disputent le domaine et empiètent tour à tour l'un sur l'autre.
Les marées, daus cette grande étendue d'eau, sont fort irrégulières et plutôt dues à l'action du vent qu'à celle de l'océan. Très^marquées sur la cAte méridionale, puisqu'au milieu de k baie de San-Borombon, à l'embouchure du Hio-Salado, elles sont déjà de 4 à S mètres, elles s'élèvent de moins en moins à mesure que l'on remonte la rivière, et à partir de Montevideo et de la punta del Indio, leurs oscillations ne sont plus qu'en raison directe des courants aériens. Le vont de sud-est fait monter les eaux, les vents de nord et de nord-ouest les font baisser, A Buénos-Ayres, par les très-forts pamperos ou vents de sud-ouest, la rivière baisse d'une manière extraordinaire, et l'on a vu quelquefois les navires mouillés en petite rade rester à sec, comme cela arriva le 28 mai 1858 ; tandis que ce môme vent enfle considérablement les eaux dans la baie de Montevideo. Dans cet estuaire, par suite de l'action planétaire d'une part, do l'autre par celle des vents, les eaux sont dans une agitation continuelle , ce qui détermine de trèt^forts courants, même dans les temps les plus calmes. Mais comme, en résumé, les vents de terre régnent généralement le matin et ceux du largo le soir, on peut dire que la marée montante, quelque peu mar* quéiî qu'elle soit, appartient à l'après-midi , et la marée descendante à la matinée,
Les crues du Parana et de l'Uruguay n'ont qu'une influence insignitiante sur la hauteur des eaux de la Plata. Quel que soit l'immense volume d'eau qu'apportent ces deux fleuves, la rivière est tellement large que cette masse d'eau devient inappréciable, et que, même aux embouchures, la cme reste en raison du vent et non des masses liquides qui arrivent d'en haut.
Quant h l'ensablement de l'estuaire de la Plata par la grande quantité de vase chaiTiée, surtout pai* le Parana, il se fait d'une manière si lente qu'il est également presque inappréciable d'une manière générale , car les sondages nouveaux donnent à peu de chose près les mêmes hauteurs d'eau que les anciens. On a dit que jadis des frégates mouillaient dans la rade de Montevidt»o et dans celle de Iku'mgan ; mais il faut noter que ces bâtiments, il y a un demi-siècle, éUiient d'un moindre gîibarrit et par conséquent d'un moindre tirant d'eau que ceux que l'on construit aujourd'hui. Il est bien certain qu'une action séculaire doit diminuer la profondeur du lit de la Plata et augmenter les bancs; mais cette action n'a point encore été assez étudiée pour que Ton puisse la soumettre à des lois exactes.
Dans l'état actuel des choses, les deux canaux que nous avons indiqués sont les seuls qui senent à la navigation des bâtiments d'un
fort tonnage. Le balisement de ces canaux, dans le voisinage de Martin-Garcia, a été fait une première fois par les Brésiliens, en 1851 ; et la marine anglaise le fait aujourd'hui de nouveau, par suite d'arrangements pris, en 1853, avec le gouvernement argentin qui doit en remboiu^er les frais. Ceci est d'autant plus utile que les environs de la Colonia et de Ttle de Martin-Garcia offrent les passes les plus dangereuses.
§ II. — Delta paranieii et bouches du fleuve.
11 est difficile de compter les bouches du Parana, car la vase qu'il charrie dans ses crues d'eu haut, celles qui sont remuées et poussées d'en bas sous l'impulsion des vents violents du sud-est, dits su-esta^ das^ eu rouvrent et en ferment tour à tour les plus petites. C'est à partir du bourg de Sau-Pedro, par SS** 40', sur Li rive occidentale, que commence le delta parauien proprement dit , c'est-à-dire la série d'îles basses et souvent ^submergées , qui se fonnent et se déforment alternativement par Faction des eaux. Deux principales branches se croisent au milieu de ce labyrinthe de canaux, le Parana-de-lm-^PaU nias que remonta Gaboto, et le Ihirana-Guazu ou grand Parana qui est la branche mère du lleuve , et de laquelle la précédente se sépare un peu au-dessous de San-Pedro. Une partie inférieure de ce même bras de hs Palmas porte le nom de Parana-Cané^ et un canal assez profond, mais étroit, pénètre dans l'intérieur des terres et anive près de San-Pedro, sous le nom de Barradero. Une autre branche intermédiaire est nommée llio-dc-las-Carabelm^ parce qu'elle est également accessible aux navires. Tous ces bras communiquent le» uns avec les autres, en circonscrivant des îles couvertes de saules, de péchei'setd'un assez grand nombre d'orangers. Les canaux divei's qui les séparent débouchent dans la Plata sous le nom de bras de los Caracoles^ Chico^ de la Barca-Graride^ etc. Du Guiizu se détache vers le sud une bmnche courte, mais importante, sous le nom dé petit Pai*ana, Paraiia-Mini. Enfin ce dernier grand canal lui-même, le Guazu, qui n'a pas moins d'un mille de largeur, remonte vei's l'ouest en faisant nombre de détours et envoie de sa rive droite les bras considérables de Gutierrez, Lai^go^i de la Tinta ^ qui s'unissent plus au nord, à l'Uruguîiy. Les bâtiments d'un fort tirant d'eau ne naviguent guère que dans le Guazu qui est extrêmement profond , mais
la plupart des autres bras sont parfaitement navigables pour les navires de cabotage.
A partir de San-Pedro et en remontant l'espace de 50 lieues jusqu'à l'embouchure du Rio-Carcaraha ^ à 6 lieues au-dessus de Rosario, la rive gauche est élevée , le canal principal ample et bien tracé, d'une largeur de 500 à 3,000 mètres, suivant que les îles qui remplissent le lit du fleuve sont pluâ ou moins pressées. La rive orientale, qui est celle de l'Entre-Rios, est extrêmement basse et traversée par quelques canaux longs de 50 à 70 lieues, peu larges, assez profonds et tous navigables. Ce sont, en commençant par le nord : le Para^iacito^ qui se détache du fleuve central un peu au-dessous du Diamante,versle 32® degré de latitude, et, se dirigeant au sud-est, passe près de la petite ville de la Vitoria; puis viennent les branches parallèles du Pillo, du San-Lorenzo^ du Pabon, qui se joignent au Paranacito, et enfin la rivière de Gualeguay qui , réunie également à ce dernier, tombe dans le Parana-Guazu. Ces canaux, profonds et étroits, serpentent au milieu des terrains bas du sud de l'Entre-Rios et en inondent la plus grande partie au temps des crues. Tous sont navigables, une grande partie de l'année, pour les navires de cabotage qui vont à la Vitoria ou à Gualeguay, ou cherchent à gagner l'Uruguay par le plus court chemin. La navigation y est très-lente à cause des courants, des détours, et des arbres qui, bordant les rives, gênent l'action du vent. Indépendamment de ces canaux principaux, il y en a une foule de secondaires très-mal connus. Le sol qui forme ces teri^ains inter^nédiaires est entièrement dû aux alluvions du fleuve et composé d'un sable argileux.
Le caractère des lies circonscrites par ce lacis de canaux divers, est identique avec celui de l'embouchure : lagunes intérieures, bords un un peu relevés, hautes herbes, saules, pêchers, orangers, curupis, aunes dits alisos, etc., sol fangeux. Cependant un bon nombre sont accessibles; et déjà une population assez importante s'y est répandue et commence à les exploiter. On y recueille des pêches silvestres, on y fait du bois, on y entretient quelque bétail; enfin dans celles qui sont le plus rapprochées du Parana-de-las-Palmas, on a établi quelques cultures qui peuvent un jour leur donner beaucoup de videur, les mondations n'y étant que momentanées.
§ III. — Rio-Urtiguay .