A. — BAS URUGUAY
Le régime du Rio-Uriigiiay, depuis Tembouchure de la rivière de Gualeguaychu et les berges de Fray-Bentos jusqu'à Tîle de Martin- Garcia, est si différent du reste du fleuve qu'il mérite une description particulière. H représente un large bassin, d'une largeur moyenne de 6 milles, avec peu de courant, et qui reproduit en petit tous les phénomènes du Rio-de-la-Plata. Tandis que sa rive occidentale est trèsbasse et souvent noyée, la rive orientale est élevée, semée çà et là de roches et de plages de sable, et ses berges sont couronnées d'arbres pittoresques. Cette dernière côte est traversée par de jolis ruisseaux dont quelques-uns, comme celui de las Vacas^ peuvent admettre te goélettes. Elle est déjà assez peuplée et les avantages qu'elle offre, y appelleront un jour de nombreux habitants, car la nature y a tout disposé pour cela : beauté du ciel, salubrité des eaux, excellence de la terre , facilité des comnumications. Sur une étendue de 30 lieues, l'Uniguay forme là une sorte de lac, au milieu duquel est un canal profond et accessible à tous les navires. Le fleuve n'a, dans cette partie inférieure, que quelques petites îles remarquables par leur belle végétation , telles que las clos Hermanas , la Pelada, la Sol a. A l'embouchure du Rio-Negro (1), ces îles sont plus gi'andes, plus boisées, et très-rapprochées de la côte orientale.
On remarque sur cette côte le joli bourg de las Vacas ou Carinelo^ sur la petite rivière de ce nom, à deux lieues au-dessus de Tîle de Martin- Garcia ; puis celui de las Higtieritas ou Nueva Palmira^ à 7 lieues au-dessus de Carmelo, sur la berge môme de l'Uruguay dans une situation charmante. Il n'y avait là qu'une seule maison en 1833; c'est aujourd'hui im gros bourg très-peuplé, et les terrains y ont pris nne valeur considérable.
En remontant vers le nord, toujours sur la rive orientale, on trou\e l'embouchure du Rio-de-San-Salvador ^ puis celle du Rio-
(1) Rivière de la Bande-Orientale qui se jette dans rUnigiiay. On remarquera que beau- •^iil^de ruisseaux, torrents, etc., portent les mêmes noms qui leur ont été donnés parles pre- Duers voyageurs en raison de leurs caractères physiques. Les eaux dites negras^ noirt^s, sont gcnéralement limpides et claires, et font contraste avec les eaux limoneuses des autres ri\i«'- •^"S, qui, suivant leur couleur, leur goût, leur aspect, sont nommées : vcrdeyColorado, ver'
>*ejo, saiat/o, grande^ etc., verle, rouge, rousse, salée, grande
Negro^ rivière navigable, la principale artère de la Bande-Orientale et qui arrose son plus ancien bourg, Santo-Domingo Soriano, et plus haut la jolie ville nouvelle de Mercedes. En faisant un coude, au nord, le Rio-Negro se rapproche de l'Uruguay, presque à le toucher, formant ainsi une grande presqu'île, dite rincon de las Gallinas^ excellent terrain pour estancia ou grand établissement agricole. Fermé de tous côtés, excepté dans un passage étroit situé entre les deux rivières, ce beau terrain est d'une haute valeur à cause des facilités qu'il offre pour y garder le bétail. Disons en passant que ces culs -de -sac ou rincones sont excessivement recherchés dans toute la Plata pour cet avantage. Après les îles qui signalent les bouches du Rio-Negro, l'Uruguay, aux berges de Fray-Bentos (endroit ainsi nonuné d'un moine portugais qui y avait établi autrefois* un ermitage), fait un détour vers l'est, et son lit s'encombre d'une multitude d'îles beaucoup plus élevées que celles du Parana, et qui sont rarement mondées.
La rive occidentale appartenant à l'Entre-Rios est beaucoup plus basse que la rive orientale; mais à une courte distance le sol se relève et offre d'excellents terrains de pâturage et de belles fermes à bétail. Ce n'est qu'en se rapprochant des bras du Parana que le terrain est tout à fait bas et s'inonde avec facilité.
La navigation du bas Uruguay ressemble beaucoup à celle de la Plata : par suite de la grande largeur de la rivière, l'eau cède à l'impulsion que lui donnent les vents; elle monte ou décroît avec la même rapidité, et offre des courants extrêmement variables ; les bourrasques y sont violentes aussi; enfin les navires d'un fort tonnage sont également obligés d'y naviguer avec prudence. C'est un lac de 30 lieues de long sur 2 ou 3 de large, avec tous ses aspects, ses brises, ses calmes et ses tempêtes. Rien d'agréable comme la navigation à vapeur sur cette splendide nappe d'eau. Tandis que trop souvent, sur le bas Parana, on navigue dans de monotones canaux, abritc'^s d'arbres maigres, bordés de hautes herbes s' élevant du milieu de lagunes couvertes de plantes aquatiques ; dans l'Uruguay, au contraire, on a le plaisir de voir les petits caps, les ondulations de la Bande-Orientale se dérouler joyeusement les uns après les autres avec leurs arbres, leurs maisons, tandis que, vers l'occident, la terre de l'Entre-Rios coupe nettement l'horizon avec la ligne verte de ses bois et de ses prairies.
C'est seulement lors des très-fortes crues que le Parana peut pro-
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duire des courants dans le bas Uruguay, et cela seulement dans la partie voisine du Guazu, ainsi que nous avons pu le voir dans la grande crue de 18S8.