‹ Description géographique et statistique de la confédération Argentine (volume 3)Chapitre 9 sur 193 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

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§ L — La Plata.

Le Parana et l'Uruguay réunis forment le fleuve de la Plata , immense estuaire que les premiers navigateurs prirent d'abord pour un

golfe, mais qui est un véritable fleuve, portant à Tocéan le prodigieux volume des eaux versées par un bassin qui n'a pas moins de 170,000 lieues carrées d'étendue, et qui occupe presque un quart de l'Amérique du Sud.

Le fleuve de la Plata commence, par 34° latitude sud, à la réunion du Parana, qui vient du nord-ouest, avec l'Uruguay, lequel descend directement du nord. Les deux rivières, en mêlant leurs eaux, forment un courant d'eau douce qui a dès l'abord une largeur de 8 lieues, et va s'élargissant successivement jusqu'à ce qu'enfin, 70 lieues plus bas, entre les caps Sainte-Marie (34o 37') et Saint- Antoine (36® 19'), il se confond avec l'océan. L'espace compris entre les deux caps est donc de 35 lieues, diamètre de l'embouchure de cet énorme fleuve, le plus large qui existe au monde (1).

Malheureusement sa profondeur ne répond point à sa largeur, et des bancs nombreux fournis par les vases et les sables que charrient les deux grandes rivières qui le forment, gênent et rétrécissent son cours, et obligent à naviguer avec beaucoup de prudence dans ses canaux.

Jusqu'à Montevideo, le canal est même assez profond pour que les vaisseaux viennent mouiller en grande rade. Nous y avons vu un vaisseau nord-américain de 80 canons en 1843, et en 1842, le vapeur français Gomer, de 4S0 chevaux, a même remonté jusqu'à Buénos- Ayres. Mais, à partir de Montevideo, il faut redoubler de précaution, soit que l'on suive le canal du nord , soit que l'on prenne celui du sud. Du reste, les deux villes de Buénos-Ayres et de Montevideo ont de nombreux et habiles pilotes , très-pratiques de la rivière , qui conduisent les navires et ont établi un poste à S milles sud de celui qui porte le fanal de \sipunta del Indio. La profondeur est extrêmement variable suivant le vent, mais il y a toujours assez d'eau dans le canal du sud, même pour de grands bâtiments ; celui du nord n'est accessible qu'à des navires qui ne tirent pas plus de 3",50.

Les principaux écueils à redouter sont d'abord le banc Anglais^

(1) Quelques géographes donnent à r embouchure de T Amazone 80 lieues de large, parce quMls y comprennent Tile de Marajo. Or, U branche septentrionale de TAmazone , par Macapa, n'a que 8 lieues de large, et celle du Sud n'en a que 4 , et de plus elle re<;oit le fleuve des Tocantins,qui l'agrandit encore; ce n'est donc que 12 lieues en tout, ce qui est déjà bien remarquable pour un fleuve, d'autant plus que l'Amazone est beaucoup plus profonde, beaucoup plus rapide, et que son bassin est plus étendu encore que celui de la Plata, car il comprend la moitié de l'Amérique du Sud. — Voyez les magnifiques cartes de ce fleuve depuis Obidos jusqu'à son embotichure, par M. Tardy de Montravel , commandant V Astrolabe, — (Dépôt de la Marine, t847.)

non loin de Ttle de Lobos, sur lequel un certain nombre de navires se perdent chaque année. Les courants y portent constamment, et c'est là qu'ont lieu la grande majorité des sinistres qui arrivent dans le Rio-de-la-Plata. On vient d'y placer un phare sur Taccore nordouest et une bouée avec cloche au sud. Il y a de ce côté un fond de roches très-dur, sur lequel on pourrait faire une constniction en maçonnerie en la précédant d'un bon enrochement. En attendant, on peut mouiller près du banc un phare flottant, comme celui de la punta del Indio (1).

A l'ouest-nord-ouest du banc Anglais et à courte distance, est le banc d'Archimède^ beaucoup moins dangereux. Au sud de ce même banc, un autre, assez considérable, a été reconnu par les Anglais et par Oyarvide, mais il se trouve tout à fait en dehors de la route que suivent les navires (2).

A partir du méridien de Tembouchure du Santa-Lucia commence le gi*and banc Ortiz^ dont les prolongements partagent les deux principaux canaux de la rivière. Le prolongement sud oblige les navires qui partent de Montevideo pour Buénos-Ayres à aller chercher sur la rive méridionale la punta del Indio et son fanal , et à suiwe le canal du sud. Le canal du nord est fréquenté par les petits navires qui vont à la Colonia, dans l'Uruguay, ou cherchent directement la principale bouche du Parana, le Guazu, pour remonter ce fleuve. Ce canal, comme nous l'avons dit plus haut, est moins profond et moins sûr que le canal du sud.

La largeur de la Plata à Montevideo, en tirant une ligne sud-ouest perpendiculaire à la rivière jusqu'à la punta del Indio, est de 16 lieues marines ; elle se rétrécit à mesure qu'on la remonte, mais de peu, puisque entre Buénos-Ayres et la Colonia, cette largeur est encore de 10 lieues, et de 8 entre la rive du Parana-de-las-Palmas et la côte orientale, de l'autre côté de l'île de Martin-Garcia. C'est là que commence la Plata proprement dite.

Cette partie du fleuve est occupée par im très-grand banc, ditplacer de las PalmaSj formé par les atterrissements qui sont la continuation de^ lies du grand Delta du Parana, lesquelles ont probablement commencé, comme lui, par être un bas-fond. Certaines parties de

(1) C'est ce que Ton a fait en 1858. On a placé également un second phare floUant à la pointe nord-ouest du âanco Chico, Un troisième a été établi à File de Lobos en 1858.

(2) Voir les cartes du Rio-de-la-Plata : d*0yar>ide, 1824; de Sullivan, 1846; de M. Barrai, 1857. — Manuel de la netvigtuion du Rio^'la-Plata, Paris, 1857; par Boucanit.

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ce banc sont à découvert par de violents vents de nord*oueât ou de nord.

Le canal qui vient de Buenos- Ayres , le côtoie en le remontant sur son bord oriental^ et vient passer près de l'tle de Martin-Garcia qu'il laisse à Test^ pour, delà, se continuer avec le Parana-Guazu, ou bouche principale de ce grand fleuve, qui s'ouvre à 8 lieues plus haut que cette île. Il communique ainsi avec l'Uruguay, qui, dans cet endroit, n'a pas moins de 3 lieues de large.

Telle est l'étendue générale du fleuve ou plutôt de l'estuaire de la Plata. Sa direction générale est est-sud-est et sa forme celle d'un cône tronqué à son extrémité supérieure.

La rive septentrionale de la Plata est tantôt rocheuse, tantôt sablonneuse. A partir du cap Sainte-Marie, c'est une suite de plages assez basses sur lesquelles la mer vient du large avec beaucoup de force et qui ont vu plus d'un naufrage, alors que les navires se laissent drosser vers la terre par les vents de sud-est, qui dominent à l'entrée.

Le port de Maldonado, formé par un prolongement rocheux vers le sud-ouest et la petite lie de Gorriti, est bon et parfaitement défendu des vents du large.

Les sables se continuent avec quelques pointes rocheuses qui forment de petits caps avancés, jusqu'à la langue de terre sur laquelle est bâti Montevideo ; derrière s'ouvre la baie de ce nom. Celle-^;! offre certainement le meilleur mouillage de toute la Plata. En examinant ce port naturel que si peu de travaux suffiraient pour rendre excellent, on se demande comment les Espagnols ont pu négliger pendant deux siècles une si importante position, puisque ce n'est qu'en 1726 qu'on a commencé à y bâtir une ville. Le Cerro, morne isolé formé de roches primitives, qui s'élève au nord-ouest de la ville et constitue la pointe ouest de la baie, porte un feu tournant qui se voit à 30 milles au large.

A 9 milles derrière le Cerro, s'ouvre l'embouchure de la rivière de Santa-Lucia qui est navigable pour de petits navires jusqu'au Rio- Colorado, c'est-à-dire l'espace de 4 lieues ; puis une série de grandes roches, bordée d'une longue plage sablonneuse : ce sont les barrancas de Santa-Lucia, que suivent vers le N. 0. celles de San-Gregorio. Le terrain s'élève jusqu'à la Colonia, et même au delà, mais la plage est toujours sablonneuse.

La ville de la Colonia qui a précédé Montevideo, et dont la possession a occasionné tant de querelles entre les couronnes de Castille et de Portugal, s'élève sur une pointe de roches qui forme une sorte de demi-cercle et abrite les navires du côté du sud-est, tandis que l'île

Siin-Gabriel et une ligne d'éciieils la défendent dos vents du nordouest .et de Touest, qui sont très-violents dans ces parages. Dans les temps très-clairs on peut apercevoir Buéno^Ayres de la Colonia, quoique la distance soit de iO lieues.

Les environs de la Colonia sont remarquables par le cerro de Setn- Juan^ colline qui se voit de fort loin, quoique peu élevée^ et parle ruisseau de ce nom, sur les bords duquel les Espagnols firent leur pre- • mier établissement dans laPlatîu Cette partie de la côte, en remontant vei-s le nord, devient un peu plus tourmentée, et quelques petits cours d'eau s^ouvrent çà et lîi.

Si nous passons sur l'autre rive, nous trouvons un sol tout différent à partir du cap Saintr-Antoine. La grîinde baie, dite ensenada de San-Borombon., a fort peu d'eau et ses rives sont essentiellement basses et fangeuses. Le milieu de cette baie ouverte est signalé par l'embouchure du Rio-Salado, qui arrose une grande partie de la province de Buénoï^Ayres. Cette embouchure, située par 33° 40', a peu d'eau, et des navires très-plats peuvent seuls y entrer. Des bateaux à vapeur ont ainsi pénétré jusque près de Chascomus.

A partir de X^pwita de las Piedras, un large banc de sable suit le rivage jusqu'à l'ensefiada de Barragan ; mais ce rivage est plus élevé et offre plusieurs points de reconnaissance. — La emehada de Barragan présente une baie assez profonde formée par de petites lies, et par le prolongement d'une langue de terre dite Monte-de-Santiago, derrière laquelle les navires peuvent mouiller en toute sûreté sur un bon fond de vase. Il a plusieurs fois été question de faire de ce point le port militaire de Buénos-Ayi'es et m^me un port marchand, en le reliant avec cette ville par un chemin de fer. Anciennement c'était là que mouillait la flotte espagnole, et Ton peut tirer un excellent parti de cette baie naturelle, dont quelques travaux amélioreraient facilement l'entrée.

De ce point la rive du fleuve devient de plus en plus élevée; c'estr-à-dire qu'il y a d'abord une plage moitié sable, moitié terre argileuse d'alluvion, superposant une argile durcie et comme pierreuse, dite tosca^ puis la berge proprement dite, élevée de 6 à 13 mètres audessus du niveau de l'eau et qui se continue bien loin au nord-ouest où elle devient de niveau/t^vec la pampa. Cette baie, sur laquelle sont bâtis Quilmes^ Buénos-Ayres, San-Isidro, San-Femmido^ etc., est assez pittoresque, surtout du côté de San-Femando, là où elle est le plus élevée. Elle est entièrement composée d'une terre argileuse sans au-

cune pierre. De l'autre côté de San-Isidro, s'ouvre le fossé profond de las Couchas, canal naturel que Ton a amélioré et qui reçoit et. abrite de petits navires, puisl'arroyo de Lujan et enfin la bouche du Paranade-las-Palraas , celui que remonta Gaboto. Cette partie de la rivière compte un grand nombre d'îles très-basses qui sont submergées, en totalité ou eu partie, lors des crues.

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