B. — MOYEN ET HAUT URUGUAY
Le moyen Uruguay est la section du fleuve comprise entre les barrancas de Fray-Bentos^ sous le 33* degré, et le Salto^ par 31**, où la navigation est forcément interrompue une partie de Tannée. Le haut Uruguay est la section qui s'étend depuis le Salto-Grande jusqu'à sa source.
Aux berges de Fray-Bentos, la rivière fait, comme nousTavons vu, un coude vers l'est, puis reprend sa direction générale du sud au nord. Dans un espace de 20 lieues, jusqu'à la ville de la Concepcion del Uruguay, elle est encombrée d'îles boisées, au milieu desquelles s'élèvent de nombreux palmiers, mais elle conserve toujours un canal principal, profond et accessible à tous les bâtiments. Près de Paysandu, 6 lieues plus loin, elle devient plus libre, sa largeur est d'un mille et demi ; il y a peu d'îles. Des deux côtés, de nombreux affluents s'y déversent, et les rives de TEntre-Rios, jusqu'alors assez basses, se relèvent en formant une berge rocheuse haute de 4 à 8 mètres, qui l'encaisse parfaitement. Sur la rive gauche, la ville de Paysandu domine un point rétréci du fleuve, car sa largeur s'y réduit à moins de 600 mètres. Plus haut, le San-Francisco et le Queguay lui versent les eaux abondantes qu'ils recueillent dans le sol ondulé de la Bande- Orientale. A la Vueltade San- José ^ endroit où l'Uruguay fait un coude à Test, analogue à celui du rincon de las Gallinas, mais plus court, la rive entre-riane se couvre de forets de palmiers yataïs, au port svelte et gracieux, qui donnent au paysage un aspect tout à fait rtrange. Les petites îles qui se présentent de temps à autre , les grandes roches qui surplombent la rive gauche un peu plus loin, à la mesa de Artigas , morne abrupt à cime plate, que l'on dimit construit de main d'homme, continuent à rendre cette partie de l'Uruguay des plus pittoresques.
XYHervidero^ estancia aisaladero des plus importants, des roches sous-jacentes communiquent à Teau un bouillonnement qui lui a fait donner ce nom (1) ; il y a cependant toujoui*s assez de fond pour
(1) Do verbe espagnol Itervir^ l)ouillir.
que des na\îres ne calant pas plus de 3 mètres puissent passer, (l'est là que commence le lit éminemment pierreux du fleuve , et avant d'arriver k la Concordia et au Salto oriental, d'autres roches analogues, les Con^alitos^ rendent le passage impraticable; aux basses eaux, pour de fortes embarcations. Au-dessus de ces deux \illes, qui sont presque en face l'une de l'autre , commencent les rapides qui interrompent absolument la navigation hors de l'époque des crues. Les premiers sont au Salto chico (au petit Saut), à une lieue audessus de la ville du Salto. C'est un cordon de roches qui barrent complètement la rivière, et dont beaucoup, lors de l'étiage, montrent leur tête noire au-dessus des eaux. Il n'y a de chute en aucun temps, et ces rochers laissent môme entre eux des espaces au travers desquels les embarcations moyennes peuvent passer. Quatre lieues plus haut se trouve le Salto grande (le grand Saut), obstacle réel, et qui devra être tourné par un canal, si l'on veut que la navigation ne soit jamais interrompue.
A cet endroit, l'Uruguay a bien encore 1,000 mètres de largo. Trois îles, deux petites et une moyenne, s'étendent le long de la rive gauche. Au-dessus de la troisième, un cordon de roches occupant les quatre cinquièmes du lit du fleuve force une partie des eaux à couler vers la rive entre-riane. Celle-ci, plus élevée que la rive orientale, surplombe avec ses rochers calcaires recouverts d'une abondante végétation de ceibos ( érythrine ) aux fleurs d'un rouge éclatant. Ce n'est que lorsque la rivière est très-basse, qu'il y a une chute qui peut avoir 2 mètres de haut, mais seulement près de la rive orientale, entre la dernière des trois îles et la terre. Le bruit de cette chute s'entend alors à quatre lieues, et même jusqu'aux villes du Salto et de la Concordia. Le canal plus profond qui longe la rive droite, n'a jamais de chute, mais de simples rapides, et les mariniers pratiques de la rivière affirment que si l'on faisait sauter seidement quelques roches, la descente pourrait se faire en tout temps pour les embarcations d'un petit tonnage. Lors des crues, tous ces écueils sont couverts d'eau; il n'y a d'autre inconvénient qu'un courant trèsfort ; mais avec un bon veut du sud, les goélettes remontent ces passages sans trop de difficultés. Immédiatement au-dessus du Salto- Grande, débouche le Tapeby^ ri\îère assez abondante de la Bande- Orientale. Environ 2 kilomètres plus bas, est l'embouchure du paisible Gualeguaycito qui vient de l'Entre-Rios , de sorte que les chutes principales de l'Uruguay sont comprises entre ces deux rivières. Le lit du fleuve au-dessus du Tapeby offre quelques petites il(^.
FLKUVES ET RIVIÈRES. — RfO-URUGUAY. 85
peu de fond et beaucoup de courant ; cependant on ne retrouve de rapides qu'à la pointe nord de Tîle del Heirero^ une lieue au-dessus du Salto-Grande. Il n'y a jamais là de chute, mais le cordon rocheux est tellement à fleur d'eau, que lors des sécheresses on peut traverser le fleuve à pied, en sautant de pierre en pierre. Un cordon analogue se représente un peu au-dessus, par le travers de l'île du Ceibal; malgré cela il reste un canal toujours praticable entre cette île et la rive gauche. C'est au-dessus de cette petite rivière que s'élève le bourg orientîil de la Constitucion^ où les bâtiments qui viennent du haut-Uruguay déchargent leurs colis que l'on mène par terre à la ville du Salto ; 2 lieues plus haut, sur la rive Entre-Riane, le bourg de la Federacion sert au même usage. Là se trouve aussi un cordon de roches presque à sec en été, mais avec un canal à gauche. De la Federacion au Rio-- Arapey^ point de difficulté ; dans une étendue de 4 lieues, le fleuve est large et profond.
Au-dessus de cette rivière commence une série de bas-fonds rocheux nommés Cachoeiras de San-Gregorio^ sur une étendue de 8 lieues , jusqu'aux ruisseaux dits Guavilla^. De semblables basfonds se retrouvent encore aux îles de Tacumbu^ puis en face du village oriental de Santa-Hosa., où ils cessent tout à fait pour ne plus se représenter qu'au Rio-Butuhy^ près de SanrBorja.
L'espace dans lequel l'Uruguay présente ainsi des écueils, avec de courts intervalles de fond libre de tout obstacle, est de 30 lieues, des Corralitos à Santa-Rosa.
A une courte distance au-dessus de Santa-Rosa , le Rio-Cuareim^ qui sépare la Bande-Orient<ile du Brésil, apporte à l'Uruguay un volume d'eau considérable, et un peu plus loin le Mirihay lui amène le trop-plein des eaux de la grande lagune Ibera, Le fleuve est là d'une grande largeur et semé de quelques îles où s'étale la plus belle végétation.
Rien de particulier jusqu'aux bourgs de la Restauracion et de la Uruguayana^ bâtis en face l'un de l'autre, et séparés par le magni- ' fique bassin de la rivière qui n'a pas moins de 3,000 mètres de large en cet endroit. Dans tout ce parcours, des ruisseaux sans nombre la grossissent des deux côtés. Jusqu'à Ylbicuy , deux ttes seulement se rencontrent : l'une , la Isla-Grande , étroite , mais longue de trois lieues, sorte de terrain neutre où Correntinos et Brésiliens vivent en paix ; l'autre , l'île de Yapeyù^ en face de l'ancienne capitale des Missions, dont il ne reste aujourd'hui que des mines. Cette île nourrit quelques familles qui y vivent d'une
agriculture grossière, mais dont les produits suffisent à leurs simples besoins.
L'Ibicuy, qui se jette dans l'Uruguay, au-dessus de Tîle de Yapeyù, par une embouchure rétrécie par un banc de sable, mais très-profonde, est une rivière qui arrose plus de la moitié de la province de Rio- Grande, et dont les crues ont la plus grande influence sur celles de FUruguay. Cette rivière est navigable dans une grande partie de son étendue. Plus haut, rUruguay s'élargit pour former la cancha de Santa- Maria^ véritable lac large d'une lieue et long de cinq, bordé du côté des Missions par de pittoresques ondulations de terrain recouvertes de bosquets d'orangers, et que terminent au nord les charmantes tles de la Cruz et la délicieuse colline couronnée par l'ancienne mission de ce nom, avec ses hauts palmiers. Rien de séduisant comme cette magnifique nappe d'eau lorsqu'on la traverse par un beau ciel et une jolie brise .
Au-dessus de la Cruz débouche le profond Aguapehy, seule rivière considérable des Missions occidentales. Presque en face s'élève le bourg à'Itaqtq^ ancienne estancia jésuitique, aujourd'hui port très-fréquenté et centre de l'important commerce de la yerba Maté, qui se récolte dans les forêts du haut Uniguay.
A 7 lieues au-dessus d'Itaquy, un plan rocheux, long de 500 mètres, traverse complètement la rivière et ne conserve pas plus de 50 centimètres d'eau lors de l'étiage. Le Butuhy débouche à cet endroit même. Cette cachoeira., ou rapide, a un caractère particulier, c'est l'égalité de sa surface, de sorte que si l'on y creusait dans le roc, qui est un grès moyennement dur, un canal d'un mètre de profondeur et de cinq à six de large, les embarcations pourraient toujours y passer. C'est à partir de cet endroit que la végétation des rives de l'Uruguay devient tout à fait tropicale et que les arbres acquièrent une très-haute taille.
Jusqu'à la ville de San-Borja et au village de YHormiguero qui est en face, point de difficultés dans la navigation. La rivière est plus étroite, mais elle est profonde et toujours bien encaissée. De San- Horja à Martin-Garcia, la distance est de 170 lieues marines.
L'Uruguay continue ainsi 15 lieues plus loin jusqu'au paso de San-Lucas ou du Garrucho , où recommencent les bas-fonds rocheux (cachoeiras). Ces écueils se représentent au *paso de Sanr-Isidro et aux lies de Santa-Maria-la-Mayor , mission ruinée comme les autres. De ce point au grand salto du Mberuy^ 25 lieues plus haut, le fleuve est profond et accessible conune à San-Borja. Toute cette partie du haut Uruguay était très-peuplée autrefois , car c'était
le cœur des Missions jcsuitiqucîs ; aujourd'hui c'est un désert. D'épaisses forêts bordeut le fleuve ; elles reuferment d'immeuses quantités d'orangers et l'arbre qui produit la yerba Maté.
Le Salto-Grande des Missions, où cesse complètement la navigation de rUniguay, est, par 27^ 20' de latitude sud et à peu près SO'' 40' de longitude occidentale, un peu au-dessus de Tembouchure du Rio-Mberuy, qui vient des profondes forets des anciennes Missions orientales. Sa cataracte a de 2 à 5 mètres de hauteur, suivant l'abondanco plus ou moins grande des eaux; un îlot couvert d'arbres aromatiques en occupe le milieu. L'eau est poussée avec tant de force que l'on peut passer sous l'arc qu'elle forme. Du reste peu de personnes ont visité cette merveille perdue au fond de forêts profondes qui ne sont habitées que par des Indiens Tupis absolument sauvages. Audessus, rUruguay, considérablement rétréci, reçoit les branches trèssecondaires désignées sous le nom à^Uriignay-PUa et à! Uruguay- Mini^ puis le Rio-Pepiri-Guazu^ limite entre la Confédération et le Brésil. Enfin, la branche principale, appelée parles Brésiliens llio-dc" las-Canoas (rivière des Canots), cache sa source au milieu desmontiignes boisées de la province de Sainte-Catherine, entre le 27® et le 26* degré de latitude, formant ainsi, depuis les Missions, un grand demi-cercle dont l'extrémité supérieure va chercher l'est.
La longueur totale du Rio-Uruguay peut être évaluée à 300 lieues marines ; il est donc moins remarquable par la longueur de son cours que par la masse de ses eaux, qui est réellement énorme. En effet, nous avons pu nous assurer que depuis SarirJavier jusqu'à Fray- Bentos, sa largeur moyenne est de 1,000 mètres. Partout il est parfaitement encaissé par des berges le plus souvent rocheuses et qui résistent parfaitement aux crues ; aussi ses eaux sont toujours claires, limpides et d'un goût exquis ; les plus grandes crues les troublent à peine. Il n'a non plus jamais de vases et ses bancs sont composés de sables fins, nullement argileux et semés d'une innombrable quantité d'agates et de calcédoines, surtout dans sa partie moyenne.
Ses lies, infiniment moins nombreuses que celles du Parana, sont beaucoup plus élevées; aussi un grand nombre ne sont-elles jamais recouvertes par les eaux. Une végétation puissante, les racines entrelacées des grands arbres , défendent leurs bords, sur lesquels glissent les eaux sans les entamer. Quelques-unes sont habitées par des familles presque ignorées du reste du monde. Les deux rives de l'Uruguay présentent le phénomène monotone d'une ceinture non interrompue
d*arbres qui les bordent et ne laissent que de rares endroits accès* sibles que Ton appelle des ports, et où abordent les embarcations pour prendre terre ou s'amarrer lors des vents contraires.
Ce fleuve reçoit surtout du côté oriental une immense quantité d'afiluents, ce qui explique Tabondance de ses eaux. Il serait trop long de désigner les principaux ; citons seulement, le Mbcruy, le Pinday, lePiraiini, le Jacuhy, leButu/iy, VIcabagua, Ylbictiy, le Cuareim, VArapey, le Daimariy le Quegiiayy etc., etc., d'une part; de l'autre, du côté de l'ouest, les deux Pepiri, le Tajo, VAgiiapehy, le Coy, le Mirihay, le Mocoreta, le Mandisobi, le Palmar^ etc., etc.. On peut estimer cjuc le bassin de l'Uruguay embrasse 180,000 milles carrés de superficie et cela dans un climat où les pluies sont abondantes à plusieurs époques de l'année, ce qui explique la fréquence et la rapidité de ses crues.
Les crues périodiques sont dues principalement aux pluies torrentielles qui tombent au printemps et à l'automne dans les montagnes de Sainte-Catherine, la sierra des Missions et le nord de la province de Rio-drande do Sul. Il suffit de jeter les yeux sur la carte pour se rendre compte de l'énorme quantité de rivières et de niisseaux qui se forment dans cette région et de la masse d'eau qu'ils doivent mener à l'Uruguay, dans ces deux saisons. Les pluies de printemps sont les plus abondantes; aussi est-ce en septembre et en octobre que les plus fortes crues ont lieu. Elles sont extrêmement considérables, et dans les endroits où le fleuve est un peu rétréci, comme à la Concordia et au Sîilto , par exemple, elles vont jusqu'à 12 mètres et même plus, comme dans la crue de 1833. Ceci explique comment les rapides et les bas-fonds, que nous avons indiqués, sont si facilement franchis à cette époque par les bâtiments de cabotage. Ces crues se font avec une rapidité extrême; en décembre 1835, nous avons vu nou&-même, près de la Restauracion, la rivière monter de l'",50 en une seide nuit. Aussi l'Uruguay charrie-t^il un nombre considérable de troncs arrachés à ses rives, et les dépose çà et là sur ses bords : les moins gros s'un'êtent dans les branches des arbres qui bordent les ruisseaux et témoignent ainsi des hauteui^s auxquelles arrivent les grandes eaux; cett^ hauteur est réellement extraordinaire. Malgré tout cela, le coumnt est moins fort que celui du Panina, excepté aux endroits où la rivière est resserrée, c'est-à-dire où elle n'a que 4 à 300 mètres, et ces endroits sont rares.
Indépendamment de la crue périodique du printemps, il y a des crues passîigères qui tiemient aux pluies qui tombent soit dans la Biuide-Orientale, soit dans les biisses Missions. Il arrive même plus
d'une fois que le haut Uruguay étant en étiage, il y a assez d'eau pour passer les saltos^ grâce aux crues deTlbicny, du Cuareim, de TArapey, du Miriùay, du Mocoreta. L'époque des plus basses eaux est janvier et février.
Les vents dominants sont ceux du nord et du sud, comme dans la vallée du Parana; mais celui du sud ne souffle guère que huit à dix jours par mois, ce qui rend la navigation par les bateaux à voile excessivement longue et fatigante. On ne peut guère compter moins de 50 à 60 jours pour remonter de Buenos- Ayres à San-Borja, et cela dans la bonne saison. Les détours du fleuve sont heureusement peu nombreux, et il est si large qu'on peut presque toujours tirer quelques bordées en cas de besoin. Malgré cela, l(»s vents du nord et du nord-est condamnent bien souvent à l'immobilité pendant des semaines entières, lorsque l'on remonte, comme nous en avons fait nousmême l'ennuyeuse expérience.
En résumé, la navigation de l'Uruguay se fractionne aujourd'hui en sections ainsi réparties :
De Martin-Garcia à Paysandu : — 53 lieues. — Navigation possible toute l'année par toute espèce de navires marchands.
De Paysandu à la Concordiaet au Salto: — 23 lieues. — En toute saison, tous les navires d'un moyen tirant d'eau peuvent aller jusqu'à l'Hervidero, mais cette navigation se fait généralement par de petits navires de cabotage, et ceux-ci môme, aux basses eaux, ne peuvent passer au delà des Corralitos, à une lieue au-dessous de la Concordia.
De la Concordia au Salto et à la Federacion : — 10 lieues. — Ce n'est que lors des crues que les navires peuvent passer le Salto-Grande. Le reste du temps les transports se font en chaiTettes, de la Concordia à la Federacion, et du Salto à la Constitucion.
De la Federacion à la Restauracion et à l'Uruguayana : — 40 lieues. — Navigation facile dans les crues ordinaires pour tout navire de cabotage ; mais à l'époque de l'étiage , la navigation cesse forcément, excepté pour les bateaux plats, dits lanchones^ qui ne calent pas plus de 0'",50 à 0'",60 d'eau. Et encore faut-il quelquefois décharger ces embarcations aux cachoeiras de San-Gregorio, les traîner sur les bas-fonds et recharger ensuite, une fois les mauvais pas franchis, lorsqu'un bâtiment se trouve surpris par une baisse, comme cela arrive quelquefois. Toute cette navigation, des bouches de l'Uruguay à celles du Cuareim, est horriblement pénible et lente aux basses eaux.
De la Restaiiracion et Uruguayana à Itaqiiy : — 20 lieues. — Na^ vigation facile en toute saison pour navires de cabotage.
Dltaquy à San-Borja et Santo-Tomé : — 20 lieues. — Navigation interrompue à moitié chemin par la courte cachoeira du Butuhy. Il n'y a pas plus de 40 à 30 centimètres de fond en cet endroit aux basses eaux.
De Santo-Tomé au paso (gué) de Santa-Maria-la-Mayor : — 25 lieues. — Beaucoup de bas-fonds rocheux (cachoeiras) et d'écueils, particulièrement ceux de Mercedes, Tacuaras, Garrucho, Piratini, SaU'Isidro, Santa-Maria-Chica, lies de Santa-Maria-la-Mayor. Il y a fort peu de navigation à cause de la dépopulation du pays. Les coupeurs de bois de construction qui fréquentent ces parages prolitent des crues pour faire descendre leurs radeaux. La navigation se trouve là dans les mômes conditions qu'entre TArapey et le Cuareim.
De Santa-Maria-la-Mayor au salto-grande du Mbeniy : — 25 lieues. — La rivière est peu large mais profonde'; il y a peu de courant. La navigation serait facile pour tous les navires de cabotage. C'est près de l'ancienne Mission de San-Javier que l'Uruguay se rapproche assez du Parana, pour ne laisser qu'un espace de 18 lieues entre les deux fleuves.
Au-dessus du salto du Mbeniy, il ne se fait point de navigation à l'époque actuelle; cependant on peut encore remonter le fleuve en bateaux plats, conune cela s'est fait plusieurs fois lors des opérations pour la démarcation des limites entre les couronnes d'Espagne et do Portugal. Du reste, il y a déjà tant d'eau à 25 lieues de ses sources, à l'endroit où le traverse la route de Sao-Paulo à Porto- Alegre , qu'il y porte le nom de Rivière des canots, Rio-de-las-Canoas , et qu'il n'est là jamais guéable. Un peu au-dessous de ce paso^ par 26*» 9' 29" , selon Azara, il y a un saut de 10 mètres, et il faut décharger et transporter les canots de l'autre côté , opération excessivement rude au milieu des bois. Cependant, une fois sorti de ses montagnes, à l'ouest de cette cataracte , l'Uruguay traverse une assez grande étendue de plaines bordées de coteaux jusqu'à la branche nommée f/rtiguay-Mini, petit Uruguay, où il s'interne dans les épaisses forêts des Missions pour n'en sortir qu'à San-Javier.
La navigation du moyen et du haut Uruguay est aujourd'hui presque entièrement entre les mains de caboteurs italiens, gens ardents au travail, d'une habileté et d'une activité rares. Au-dessus du Salto, quelques Correntinos s'en occupent également. Tous ces marins sont d'une grande probité, et jouissent dans tous les ports de la rivière
FLEirVTS ET RIVIÈRES. — RIO-PARANA. 91
d'une estime méritée. La plupart sont des pères de famille qui depuis des années se livrent à cette industrie, et sont consignés à des maisons de Montevideo ou de Buenos- A^Tes qui ont, par la force des choses, le monopole du commerce de cette rivière.
Malheureusement, à cause des lenteurs et des difficultés de la navigation, le fret est généralement cher, à tel point qu'à San-Borja, par exemple, les transports par charrettes venant de Rio-Pardo, au prix éuorme de 100 à 120 piastres. (5 à 600 fr.) pour faire 90 lieues, font encore concurrence au cabotage et appointent les objets qui manquent sur cette place. On comprend à quels prix exorbitants ceux-ci doivent se payer. Les retours, qui consistent principalement en yerba maté, sont beaucoup moins chers, et Ton sait l'énorme consommation de cette feuille aromatique sur les marchés du bas du fleuve. Ce commerce emploie toujours un grand nombre de petits bâtiments.
La navigation àvapeur n'exploite encore que le bas et moyen Uruguay . jusqu'aux premiers rapides du Salto. Des sei^vices très-régidiers mettent la ville de ce nom, la Concordia, l'IIervidero, Paysandu, la Coucepeion, Fray-Bentos, Gualeguaychu, Soriano, Carmelo (las Vacas), Kueva-Palmira (las Higueritas), en contact régulier avec Montevideo et Buénos-Ayres. Il est à regretter que ce mode de navigation n'ait pas eucure gagné le haut Uruguay, que les difficultés du système à voiles , privent forcément, une partie de l'année, de l'activité industrielle et commerciale du reste de la rivière. San-Borja, Itaquy, la Restauraciou et la Uruguayana souffrent particulièrement de cet état de choses. Une communication plus fréquente avec le littoral rappellerait la population dans les hautes Missions, et tout le monde y gagnerait.
§ IV. — Rio-Parana.
A. — I^ MOYEN PARANA. — DE SAN-PEDRO A l'iLE d'aPIPE.
Sur cette vaste longueur, qui n'embrasse pas moins de 250 lieues, le fleuve présente à peu près le même aspect : rive occidentale basse, à partir de l'embouchure du Carcaraha jusqu'à celle du Rio-Paraguay ; rive orientale alternativement basse et élevée; îles nombreuses et d'un caractère uniforme ; canal navigable pour tous les navires la plus grande partie de l'année ; largeur moyenne de 3 lieues, en y comprenant les îles. Enfin, il y a quelques canaux latéraux très-longs d'une largeur variant de 60 à 150 mètres, et qui pénètrent assez avant dans les terres, comme le Riachuelo de Santa-Fé, laMal'Abriyo
dans le nord de cette province, les bouchcc du I{io''Con'icntcs iprès de la Esquina, le Riacfmelo de Goya , les branches peu connues qui pénètrent dans le Chaco.
Rive occidentale. — Berge élevée de 18 à 25 mètres ; elle arrive môme à 30 à /a vuelta de Obligado^ lieu célèbre par le combat livré le 20 novembre 1845, par la petite flotte anglo-française aux batteries que le général Rosas y avait fait élever. Cette berge, composée d'une argile rougeâtre, est très-souvent coupée à pic ; mais il y a d'espace en espace quelques anses très-abordables, anses formées soit par des éboulements anciens, soit par l'ouverture de quelque ruisseau qui vient de la pampa. Ces embouchures sont très-souvent cachées par des îles. A partir du Carcaraila la berge s'abaisse beaucoup, elle n'est plus que de 6 mètres à Santa-Fé; plus au nord elle est encore plus basse, et cela jusqu'à l'embouchure du Rio-Paraguay, 140 lieues plus au nord. La côte paraguayenne est moins basse et le fleuve s'encaisse mieux.
Les rivières qui viennent déboucher du Chaco sont d'un cours trèslent, profondes, et leur embouchure se cache sous les arbres et les plantes aquatiques. Des masses d'îles s'échelonnent sur cette côte basse et noyée, qui, jusque près de Santa-Fé, est déserte, tandis qu'à partir de cette ville, en descendant le fleuve, elle offre un assez grand nombre à'estancias et d'habitations.
Rive orientale. — Très-élevée et très-pittoresque à partir du Diamante, appelé autrefois /?ww^« Gorda^ à cause de sa colline. Ces hauteurs ont jusqu'à 60 et 70 mètres; elles sont couvertes de bois; quelques-unes s'avancent en surplombant la rivière ; les autres descendent en pentes douces jusqu'à l'eau, et s'en éloignent en formant de leurs débris des îles nombreuses que couvre une vigoureuse végétiition. Il est facile de suivre de l'œil les anciennes berges dont les eaux se sont éloignées depuis des siècles. Du Diamante à la Paz il n'y a pas moins de 50 lieues, et le terrain y offre partout les mêmes caractères : une couche sableuse comprimée sous des veines superposées d'argile, de grès, enfin de calcaire coquillier, tandis que la rive opposée ne présente pas une pierre.
Après la Paz, le terrain s'abaisse et ressemble à celui du bas Entre-Rios jusqu'au delà du Rio-de-Santa-Lucia, dans la province de Corrientes, où il commence à se relever. Ici les berges reprennent le caractère de celles de la province de Santa-Fé ; seulement elles sont
FLEUVES ET RIVIÈRES. - RIO-PARx\Nx\. 93
moins hautes , plus sablonneuses et marquées de quelques couches stratifiées . de grès grossier. A Bella-Vista ^ la rive a quelque chose de Taspect de celle du Diamante. A partir de cet endroit le fleuve est un peu moins large ; ses îles diminuent de surface. A Corrientes , où il est presque réuni en un seul lit, il n'a qu'une lieue. Au-dessus de cette ville au lieu de suivre la direction générale nord et sud qu'il a eue jusqu'alors, il s'infléchit vers Test, dans une longueur de près de 80 lieues , pour reprendre ensuite sa ligne vers le nord et le nord-nord-est dans les forêts du Brésil.
Au-dessus de Corrientes, le caractère du teiraiu change, les bords sont rocheux, moyennement élevés, la rivière estphis encaissée, quoiqu'elle ait encore une lieue et demie en largeur.
C'est en face de la courbe qu'elle fait pour gagner l'est que débouche le Rio-Paraguay par trois canaux profonds, mais dont celui du centre a seul une assez grande largeur. Sur ce point , n'ayant que . quelques petites îles sur ses bords, le Parana semble une mer, et cependant il estî\ 270 lieues de son embouchure. Cet aspect se continue jusqu'aux deux îles A'Apipé et de Ymircta.
B. HATT PAUAXA.
Dans le long trajet d'Apipé aux bouches de l' Y-Giiazu^ près de 120 lieues, le Parana a un tout autre caractère que dans sa partie inférieure depuis la jonction du Rio-Paraguay. Bien encaissé, avec des rives généralement élevées de chaque coté, couvertes de grands bois, il n'a plus que de petites îles rocheuses, sauf les deux grandes d'Apipé et de Yaureta, séparées l'une de l'autre par un étroit canal. Aux basses eaux, de nombreux écueils se montrent, et entre l'Ile d'Apipé et la rive con^ntine, un récif coupe en deux le lit du fleuve et forme un rapide connu sons le nom de salto de Apipé, Ce mémo récif produit, de l'autrti côté de l'ile de Yaureta, le salto de Aregua^ plus élevé que celui de gauche, et qui ne peut être franchi par des embarcations que lors des crues. De l'autre coté de ces îles le fleuve s'infléchit tour à tour vers le sud et vers le nord et s'accompagne, dans ces courbes gracieuses, des collines boisées du Paraguay et des Missions. Rien de pittoresque comme la situation A'Itapua qui domine ce splendide canal, lequel a encore 2 milles de largeur et ne se rétrécit qu'au paso de Candelaria^ où il n'a plus que 800 mètres, pour reprendre bientôt après sa majestueuse étendue.
Après les ruines de Candelaria, le Parana a son lit ouvert au N. N. E. et baigne les anciennes Missions de San-Ignacio-Mifii et de Corpus^ absolument désertes aujourd'hui. La solitude la plus profonde règne désormais sur ses deux rives. L'Y-Guazuou Rio-Grande de Curitiba, rivière de premier ordre, y verse ses eaux par 25** 45', en môme temps que des deux côtés lui arrivent de nombreux cours d'eau qui coulent en torrents au milieu des forêts vierges des Missions. Le cours du fleuve a de nombreux récifs que l'on peut cependant éviter, et Ton réussit à arriver , sans trop de difficultés, jusqu'au pied de grande chute de Maracayu, par 24** 4' 38". Cette chute prodigieuse fut examinée, en 1788, par les commissaires des limites, Azaraet Alvear, qui en déterminèrent la position et nous en ont laissé la description suivante :
Figurez-vous, dit Azara, « une immense chute d'eau digne d'être « décrite par les poètes ; car il s'agit ici du Rio-Parana, de ce fleuve ce qui, en cet endroitjmême, si éloigné de son embouchure (470 lieues), c( a plus d'eau que presque toutes les plus grandes rivières de l'Eu- « rope réunies ensemble, et qui au point même où la chute va com- « mencer, a encore une largeur de 4,200 mètres (on l'a mesuré). « Cette immense largeur se réduit tout à coup à un étroit canal àc (( fiO mètres, dans lequel l'eau se lance avec une indescriptible fu-
w rie Ces eaux ne tombent pas verticalement, ni d'aplomb, mais
« sur lui plan incliné de 50 degrés, qui forme une chute totale de «17 mètres de hauteur perpendiculaire. Le brouillard produit par le (( bouillonnement de l'eau sur les bords de ce canal de granit , et les « rochers qui s'élèvent au milieu du courant, forment des colonnes de « vapeur qui se voient de plusieurs lieues, et sur lesquelles se dessi- « nent de nombreux arcs-en-ciel. Une pluie continue produite par « leur condensation arrose les environs ; le bruit de la cascade s'en- « tend à six lieues , et dans le voisinage on croit voir trembler la « terre. »
Cette chute, que l'on nomme aussi salto de la Guayra^ est formée par la prolongation de l'ouest à l'est de la sierra de Maracayu, qui se détache de la petite cordillère centrale du Paraguay et traverse ainsi le fleuve. Toute cette partie, d'ailleurs, 25 lieues au-dessus de la cascade et 50 au-dessous, jusqu'à la jonction de T V-Guazu (grande eau), est semée de rochers, de rapides, et par cons(»quent d'une navigation trt»s-difiicile. LorsquVn! décembre 1631 le pt^re Montoya fut obligé d'évacuer les missions de la Guayra, désolées par les Mamelucos de Saô-Paulo, il s'aventura avec une flottille de 700 canots sur
ce fleuve. 300 périrent dans cette périlleuse na\igation, et il fallut, ime fois arrivés au Salto, porter les embarcations à travers les bois, puis se rembarquer après des fatigues inouïes , pour venir s'établir siu" les rives où sont aujourd'hui les ruines de Corpus, de Loreto, etc. Depuis cette sorte d'exode des Guaranis de la Guayra, cette partie du Parana a été rendue à sa solitude séculaire.
Dans tout ce trajet, depuis Itapua, en remontant vers le nord , le Parana reçoit une foule de ruisseaux et rivières secondaires qui lui portent une grande quantité d'eau ; nous avons déjà nommé l'Y- Guazu son principal affluent. Du côté du Paraguay , descendent le Monday, VAcaray, Ylbamhe^ VEscupil, YAmambay^ le Rio-de-las- Vacas^ Vlvinheima ou Yguarey, Toutes ces rivières qui coulent dans des bois épais, sont mal connues et l'on n'est pas bien d'accord sur ridentité de leurs noms. Ce sont les missionnaires qui ont donné les principales notions sur leur cours. — Du côté du Brésil, la campagne est moins montueuse et moins boisée ; cette partie, qui forme aujourd'hui la rïo\ysQ][Q^ province de Parana^ était autrefois celle de la Guayra, ainsi nommée du nom de son cacique, et où les jésuites établiront leurs premières missions. Le Tacuari, le Piuqueri et le Peixe la traversent pour tomber dans le Parana.
Vers les 22® 30' de latitude, le fleuve, dont la direction depuis Candelaria a été toujours à peu près du sud au nord, incline au nord-est, en recevant toujours un nombre considérable de grandes rivières.
Enfin il prend sa source vers les 16** 30' dans les montagnes pou élevées qui, courant du sud-ouest au nord-ouest, séparent la province de Goyaz de celle de Minas-Geraes^ et divisent les deux bassins du San-Francisco qui va du sud au nord, et celui du Paranahyba qui va vers le sud-ouest.
D'après le voyageur Castelnau qui a examiné ces contrées, la source du Parana est non loin de la ville de Goyaz, à l'origine du misseau nommé Corumba, lecjuel, grossi par des torrents sans nombre, forme déjà une puissante rivière près du village de Bomfin. Comme affluents principaux , ce cours d'eau reçoit le Paranahyba qui ne lui est pas inférieur en largeur, le Rio-das-Fornas, remarquable par une belle cascade de 63 mètres de haut ; puis, plus au sud, le Itio-das-Ve/' has, et plus bas enfin le Rio-Grande qui prend sa source par 21° près du bourg de Queluz, arrosant ainsi une partie du sud de la province de Minas. C'est à partir de la jonction de cette dernière rivière que le Corumba, qui a changé phisieurs fois de nom, prend celui de Parana qu'il eonserve le reste de son cours. A 30 lieues au-dessous du con-
Huent du Rio-Grande, le Rio-Tieté ou Ahembi^ qui vient du sudouest, et passe non loin de la ville Saint-Paul (Sâo-Paulo), rivière navigable et très-importante pour la province brésilienne de ce nom et celle de Parana, y débouche à son tour. A une égale distance vers le sud, le Parana reçoit une rivière dont le cours est absolument opposé à celui du Tieté, c'est le Rio-Pardo qui provient des petites hauteurs de Camapuan^ sous les 19° 30' de latitude, et dont la source touche presque à celle du Tacuari, affluent du Paraguay. Grossi de tous ces cours d'eau, il descend alors directement vei's la sierra de Maracayu, où nous avons décrit son cours et ses chutes.