CHAPITRE II
Cllmnt «le l'intérleiir.
La région intérieure, que nous envisagerons ici au point de vue du climat, comprend la bande de terrain qui s'étend du sud au nord depuis le Rio-Negro jusqu'au Rio-Pilcomayo, c'est-à-dire du 40* au 20* degré de latitude sud, et de l'orient à l'occident entre le 64® 30' et le 68" 30' de longitude occidenUde. Cette ligne passe à l'est à travers la Pampa et le Chaco, sur les frontières de Buenos- Ayres et de Santa-Fé, et à l'ouest sur le cours du Desaguadero, les rivières de Cuyo, les petits chaînons de l'Alto-Pencoso, la sien-a de los Llanos, dans les provinces de San-Luis et de la Rioja, puis en inclinant vers le nord-est, sur les vei'sants çrientaux de la sierra d'Aconciuija.
Ce climat, excepté sur les massifs niontîigneux de Cordova et de San-Luis et leurs plateaux, a certiiines analogies avec celui du littoral. Les grandes perturbations atmosphériques, soit les pluies, soit les vents de quelque durée qui se manifestent sur les rives dt». la Plata, s'y font également sentir. Nous avons pu le constater directement par la comparaison des observations météorologiques que nous faisions en route avec celles qu'une pei'sonnè très-intelligente continuait pour nous dans le petit obsei-vatoire que nous avions installé à cet effet àGualeguaychu. — Ainsi les grands orages retentissent jusque de l'autre cr)tc du massif central, à l'Alto-Pencoso; les grands pamperos, les fortes su-estadas, deviennent là de forts vents du sud, mais ils y soufflent en môme temps ; ce n'est qu'au nord de Tucuman, c'est-à-dire vers les 26" et 25* degrés, que cesse cette influence.
La température des massifs de Cordova et de San-Luis est en raison din^cte de leur altitude. 11 gèle fort, et il neige abondamment sur les cimes et les plateaux, mais la neige n'y dure pas longtemps ; le soleil a toujours assez de force, même en hiver, pom* la fondre vite. La gelée s'y fait sentir six mois de Tannée ; cependant comme l'hiver y est sec , il est fort rai'c que le thermomètre se maintienne toute la journée au-dessous de 0** ; les rayons du soleil amènent tou-
jours assez de chaleur pour que le milieu du jour soit tempéiv. Eu rc^vauche, les nuits sont extrêmement froides. D'ailleurs, elles le siiiit, même au cœur de Tété, nous Tavons éprouvé nous-méme ; le thermomètre, en cette saison et au lever du soleil, y descend toujoui's à 4-10% 12% et môme plus has.
l/été, les hauts plateaux de la sierra reçoivent d'abondantes pluies qui font gonfler les nombreux ruisseaux et torrents qui y prenuent leur source ; mais les plateaux inférieurs sont infiniment moins arr(»séspar ces pluies. Les orages attirés îdors et absorbés par les sommets les plus élevés de la chaîne centrale, y versent toutes leui*s eaux et n'en abandonnent que peu aux terrains inférieurs et encore moins aux plaines qui sont à leurs pieds. Cependant la saison d'été au bas du massif central est aussi la saison des pluies, car elles y sont à peu près nulles l'hiver; par conséquent une culture suivie n'y est guire p jssible qu'à l'aide de l'irrigation artificielle.
La plaine au sud du massif central jusqu'au Bebedero et au Kio-Negro, celle à l'Orient de ce massif jusqu'au Chaco, ont le même climat : ce sont les chaleurs et les phénomènes météorologiques du littoral, seulement avec beaucoup moins d'humidité. Vers le 30*" degré, dans le prolongement de la sjerra, là où commence la pixivince de Santiago del Estero, le climat change et devient plus sec ; les pluies y sont encore plus rares et se limitent presque à l'étt'.
Le versant occidenUd d(i la sierra de San-Luis, et la grande plaine qui de ses pieds s'étend à l'Alto-Pencoso, au (îigante, à las Quijadas, etc., offrent un phénomène fort remarquable. Les pluies y sout assez fréquentes en toute saison et surtout pendant la période chaude; mais ces pluies nt» passent jamais, ou du moins presque jamais, de l'autre côté de ce cordon. On dirait que, partagées entre l'attraction de la chaîne des Andes et celle du massif de San-Luis, les vapeurs s'arrêtent sur ce point intermédiaire pour s'y résoudre en pluies. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'à San-Luis les orages et les pluies viennent presque toujours de l'ouest, et que lorsqu'on voit cette paille de l'horizon se couvrir, l'éclair y sillonner hi nuage, on peut comptei sur une forte av(»rse. Quant à la plaine de la Rioja et à la sieiTa de los Llanos, elles n'ont guère de pluies et d'orages que dans la saison chaude ; il en est de même des versiuits occidentaux d(» la sieiTa de Cordova. »
Dans toutes ces régions, quoique la hauteur de la plaine soit, en moyenne, de 300 mètres au-dessus du niveau de l'océau^ par conséquent très-supérituire à celle des Pampas, la chaleur y
(.LIMAT DK L'INTKRÏELH. JfcS
est pins forte daus l'été. Cela \ient, d'abord, de ce que Tiiitt^rieur des
coiitiiieuts est toujours plus chaud eu été que les côtes , ù raisou de
l'absence des brises de mer régulières; ensuite, de ce que la uatui'e
sablo-argileuse du sol lui permet de s'échauffer outre mesure sous
les rayons d'un soleil que les nuages voilent raniment. Le thermo-
ttiètre monte donc dans ces plaines jusqu'à 38, 40 et 41 degrés :
nous l'avons \u à cette hauteur; il y a même des journées où il doit
monter davantage, mais ces joilrnées sont rares. Le climat de cette
pl*i.îne déserte est pareil à celui de l'Algérie sur la limite du Sahara,
do r autre côté de l'Atlas.
A.UX approches de la monbgne, il fait naturellement beaucoup pi VIS frais, et la température des plateaux inférieurs est extrénuMueut ^S'i'éabie. — La plaine intérieure offre eu été une différence» plus ffi'îinde encore que sur le littoral, entre la température du jour et celle "-^ Ici nuit; celle-ci est presque toujours très-fraîche, du moins relati- '^'^itient, c'est-à-dire qu'il y a des différences de 10 à 13 degrés entre '•^ maximum et le minimum des vingt-quatre heures, pendant une Sï^aiide partie de l'année. — L'hiver, il y a d'assez fortes gelées, mais *^lles ne durent qu'un instant hî matin, et le rayonnement y con- ^**îbue plus que le refroidissement réel de Tatmosphère.
Les vents sont beaucoup moins fréquents que sur le littoral et ^^^^Ufflent alteniativement du sud ou du nord. Le vent du nord est ^*Viiid comme partout, lorsque c'est un vent fort, persistant, et non ^ïie brise locale. On le nomux» alors vent de Zonda. (i'est le Simoun rtes Travesias (déserts). 11 y soulève d'affreux tourbillons de pous- ^tere bradante, et rend la marche* du voyageur pivsqur impossible. ** est cependant moins terrible que le vent crAfricpie, dont on a ^ ailleurs beaucoiq) exagéré les dangers.
Il y a beaucoup de calmes en toute saison. Les pampei'os et les ^\^"*estadas du littoral se changent ici en \(Mits du sud, souvent très- ^^olents et très-froids. Le printemps est moins ventt»ux qu'aux bords r^^ la Plata, mais alors le ciel est assez souvent chargé di» nuages. *^ automne est une magnifique saison, très-sèch(% très-claire et par- ^'^tement calme.
ï-ia PÉRIODE BAROMÉTRiQrE cst bcaucoup plus éteudue, beaucoup
P^^is marquée que sur le littoral. — Le* mercure se tient généralement
^^^i« haut le matin et baisse en movenne d'iui à deux niillimèti'es
Wsqu'à trois heures de l'après-midi, pour reuiouter ensuite leiiti'meut
'^'Uis la soirée et dans lanuit. — On peuteujnpevparle tablemi suivant:
S.D-t.lll.
ïJ- iT
San-Juiii
FinuU™
La HlajB
■JS"îf
Quinun»
tt-II-
Tueumin.
Smiligo del Eiuro.
ÏT-1T
15 Jmïier ei K»ri«.
M Aovïndirc el déuinbir, 50 j Janvier «1 »(ri>r.
Jiniier a Utritr.
Sepiïinhre, I
Juillet ri Dovimbiï. \
ffOïcmljrG «I déceinhir. '\
On voit combien cette période est surtout sensible au pied c^** grandes chaînes; car, excepté Santiago, toutes W localités iudique^^ ici sont, ou au milieu des muntagues, un à une très-courte distaC^*'^ de leurs massifs. — Le nombre des observations qu'il nous a été pfc-^f^ mis de faire est néanmoins trop faible pour que nous piiissious dc:">' ner les chiffres ci-dessus comme une moyenne de l'aDnée. En ou ■*"■ ]es saisons peuvent avoir une intluence marquée sur la période baJ^ métrique ; nous la voyons en effet, pendant les mois d'été, très-coDr sidérable à San-Luis, à Meiidoza, à San-Juan; tandis que, fteBdant ceux d'automne, elle est moitié moindre à Catamarca et à Tuoumaii, moindre encore à la Rioja et à Famatioa. Mais U est impossible que la fort» oscillation diurne que nous trouvons dans toute cette région ne soit pas un phénomène général, dont la moyenne serait le chiffit de 1"",7, tandis que pour le littoral cett<î même moyenne se péduil à la moitié. Nous sommes donc fondés à l'admettre eu principe, sou> réserve toutefois des modillcatious pi'obablement très-légères que de observations locales plus longtemps continuées ptiurriiient y apporttr plus tard.
Quant à tous ces phénomènes optiques qui tiennent à la gnuk