‹ Description géographique et statistique de la confédération Argentine (volume 3)Chapitre 129 sur 193 · MÉSOPOTAMIE ARGENTINE ET LITTORAL DES FLEUVES · texte numérisé non relu

MÉSOPOTAMIE ARGENTINE ET LITTORAL DES FLEUVES

fVuitiersque Ton commence à y planter, — industrie qui doit devenir un jour d'un immense rapport.

Les rives et les lies de FUrugnay ont une vépétation différente de «celles du Parana. D'abord le sol en est moins argileux ; et beaucoup de <^es lies ont pour assises des roches recouvertes d'un sable caillouteux Knâlé à la terre végétale. Les arl)res y sont moins toutfus, mais plus élancés; différentes espèces de Mimosées y abondent et les parent de leur élégant feuillage. Au milieu d'elles s'élèvent de nombreux pal- :xniers [Cocos mistralis)^ d'autant plus remarquables que, jusqu'à la ^uelta de San-Josépar 32 degrés, on n'en voit pas un seul sur les ri- "ves. Ces palmiei's ne commencent en effet qu'aux îles d(» Fray-Benlos. I>«'ins le haut Uruguay, au-dessus de la Federaciun, c'est-à-dire à pailir <iu 34" degré, la végétation d(îvient phis abondante et plus haute. Les bambous, dits 7^/fw^//*^/5, commencent à se niontrer ; Tlnga (3///?<açrt inga? — Mimosées), très-gros arbre trapu, mais au feuillage abondant, <loiiiine sur les rives qu'il garnit d'un rideau non inte rrompu de verdure foncée, au milieu de laquelle l'Erythrine [Ceiho^ — Erythrimi €rista''galli^ — Papilionacées ) aux fleurs éclatîuites laisse pendre ses panicules d'un rouge vif. Les plantes parasites et grimpantes ne sont là ni moins nombreusesni moins belles que dans le Parana. On y trouve également en abondance les pêchers et les orangers sauvages. La famille des Cactus y est représentée par de nombreux échantillons. En approchant des Missions, l(»s bois de (Construction se présenU'iit : Unmdey, Lapacho, Timbo, etc., etc., etc., mais ils n'atteignent une grande taille qu'au-di^ssus du 28** degré ; c'est alors que la v<^gétation prend un développement extraordinaire et devient tout à fait comparable à celle du Brésil.

Si maintenant nous pénétrons dans l'intérituu' de la Mésopotainie argentine, en commenrant par Ir sud, nous trouverons d'abord d'épaisses forêts qui bordent les canaux inférirui's du Parana et ont la même végétation que st*s îles. En devenant un peu plus sec . W. sol produit des arbres d'tîssences plus dures et plus utiles : Taias, Chanares, Algarrobos, Qiiebvachos, Viniros, Nandtibays^eUi,^ etc presque tous appartiennent à la faniille des Mimosées. Ces bois suivent les rives du Gutdeguay, du (lualeguaychu et de touti^s hîs rivières de TEntre-Rios. Enfin , ils forment au nord-ouest la grande forêt de Montiel, qui cou\re la sixième partie de ciîtte provhiee. Tous 1rs cours d'eau, grands ou petits, sont bordés de ces mêmes bois, tandis que les plaines et les ondulations de tt?rrain dittîs cuchillas rest<Mit ûues, ou du moins recouvertes seulement d'un épais tapis de gra-

RÈiiNK ViUîËTAL.

^ ^ ^ .iiL> ciiliuiiiauts des cotoaiix porltait cependaut VOênbu. ^ ... i.i^r (luimo anv ombiv bienfaisaiitr au voyageur. . il- 1 Irii^uay priVentc, du 32'' au MT' depiv, une imineiiiy^=h=ï .. MÎMiitTs \atals [Cocos j/atay) dout on drlruit malheureu^^' .V ... \MV\ys II ^ joui^s quoique partie, sous prétexte de défrichemeu'^ ^^ I..I \i>;ilaliou t»st plus riche encore dans la province de Corrienti» ^ jUw" dau.^ cille (rEntre-Rios ; ce n'est cependant que tout à fait dni^ K noïA qu'ellt» se développe avec quelque chose du luxe de la zoi^r i I qualoriide. \a' seul bois de construction d'une valeur réelle est four— «j \K\v le (Jitehrac/to co/omdo^ dont on a fait une gnuidc exploitatia^ y diuis h^s environs de Saladas. Le pahnier Caronday abonde dans riT h^ ïonds humides, le Yatil occupe les terrains sablonneux et y cou^^^j^ aussi de grands, espaces. Cette province est même plus boisée ^^^ue la pi^écédente, et déjà les bois commencent à y occuper U^ ctichir w^j (collines).

I-.e tenîtoire des Missions offre de belles forets , et plus ou s'^«j[^ proche de la sierra de ce nom et des rives du haut Uruguay, pl/foles arbres acquièrent de belles dimensions et finissent piu* préseu/er de magnifiques bois de construction. Là îd)ondent . H' mudey, ie I^ipacho, le (k'drel, le Pin du Krésil, très-nndtiplié en diverse» parties des épaisses foi'ets d(» la SieiTa, enfin le fameux arbuste qu^ donne le maté. Toute cette partie de la flore de l'Uruguay a été ctii — diée spécialement par M. de Itonpland, qui a résidé quarante auuée^^ dans ce pays, et y est mort en mai 18,')8, au i)ourg de la Rer^--^ ti\uracion.

Il nous semit impossible de passer ici en revut> tous les végétaux qui ornent cette région ; nous ne ferons qu'indiquer les principaux, ceux qui sont d'une utilité directt'.

Un des faits les plus remarquables dans la flore argentine, c'est l'immense quantité de plantes, soit arborescentes, soit herbacées, qu' appartiennent à la grande classer des Légumineuses et aux famille dans lesquelles on l'a divisée : Papilionacées, Mimosées, Césalpi niées, ainsi qu'à la famille voisine des Térébinthacées ; presqi tous les grands arbres du pays en font partie.

AIgnrrobo ( Caroubier — Prosopia dnlcis, — Mimosées. — ^ guarani : Ibopc). Il y en a deux espèces, le blanc et le noir, qui diffèrent qu'en ce que la feuille du blanc est un peu plus large i relie du noir, (i'estrari)re argentin par excellence, on le trouve j

tout. L'Algarrobo se rapproche du Caroubier de la Méditerranée (Ce- T^atonia siliqua^ — Césalpiniées) , mais sa feuille est beaucoup plus petite. Le fruit est une gousse renfennant une pulpe un peu sucrée, cyue Ton mange avec assez de plaisir; sa feuille est également reoherchée avec avidité par le bétail, et dans les années de sécheresse Jc?s animaux se réfugient dans les bois pour s'en nourrir. Le fruit -^ché, puis réduit en poussière et mouillé d'un peu d'eau, se moule ■il pains, connus sous le nom de patay^ et fort estimés dans quelques ►'vinces de Tintérieur. La décoction concentrée de ses gousses forme *ïn sirop qui n'est pas désagréable, et l'on peut en retirer de trèsfeox:! alcool car la distillation. Fermentées, ces mômes gousses don- *^€?x:fct une sorte de bière, dite chichn ou aloja^ qui eni>Te, et dont on t*st très-avide dans les provinces de Santiago del Estero et de la Rioja. Xli'Algarrobo atteint une taille de 10 à 13 mètres, maximum. Son fc*c>îs est excellent pour le chauffage; mais on l'emploie surtout pour 1^ c^harronnage et la menuiserie. Il est compacte, lourd, d'un aspect ■^^^ vigeâtre et d'un grain assez fin; malheureusement des fentc^s natu- ^'^iXes diminuent sa valeur, et de plus les vers l'attaquent facilement.

^^uebracho. — Le Quebracho (fam. des Apocynées) est également

"^^^^s-répandu sur le sol argentin. — Le blanc, ainsi nommé de la

^o^ileur de son bois, forme un grand arbre très-rameux, dont les

^*^x.iîlles ovales, acuminées et d'un vert éclatant, tombent pareilles

^^ o elles du stmle pleureur. Cet arbre acquiert une taille d'autant

Pl^is grande qu'on remonte davantage vers le nord-ouest; nous ne

1 ri^x^ons vu nulle part plus beau que dans les provinces de Catamarca

^^ c3e Santiago del Estero. Le bois est un peu contourné et ne peut

^^ï*Air que pour le charronnage et la menuiserie.

t^e Quebracho Colorado^ ou rouge, grand arbre d'un feuillage ^^îgre, mais dont le tronc est droit et volumineux, donne des ^^.driers excellents pour la charpente. Son bois, d'un rouge foncé, ^ tourne parfaitement. A Corrientes, à Tucuman, il sert à faire les cylindres des moulins broyeurs de la canne à sucre. Imputrescible, on P^iit l'enterrer à telle profondeur que Ton veuille, sans qu'il pourrisse l^^^ais, et il serait par conséquent d'une immense utilité pour les ^^îX^erses de chemins de fer. Débité en solives de six mètres de lon- ^'ïeur, il est employé pour les toitures des maisons à terrasse. Compacte, et légèrement résineux, il casse avec une certaine facilité, s'il est ^Op mince. Le Quebracho rouge abonde dans toute la Confédémtion, ^Oinme TAlgarrobo ; mais sa taille est beaucoup plus élevée, puis-

mn

quelle atteint jusqu'à 25 mètres. Quoique sa croissance soit assez rapide, il faut cependant un siî'cle pour faire un bel arbre. Nous compté quatre-vingt quati^e couches concentriques sur un magnifiqi tronc de 0,80 de diamètre, abattu pour faire un moulin broyeur -► aux environs de Caacaty, dans la province de Corrientes.

Nandubay [Acacia caviena^ — Mimosées). — Un autre végéta j non moins important pour Téconomie rurale est le Nandubay, arbr ^ qui, de loin, a le port et l'apparence du ponunier, mais dont le feuC ^ lage rare et mince rappelle celui de TAlgarrobo. Sa hauteur ne d passe pas 8 mètres ; le tronc est excessivement noueux et un p contourné ; et de plus, sa dureté est telle qu'il est impossible de j travailler : aussi Temploie-t-on principalement pour les pieux destiEi~rucj à former les enceintes [corrales] où Ton renferme le bétail; il est d'a^a^y, leurs aussi incorruptible que le Quebracho Colorado. Le Nandubu^ay est excellent comme bois de chauifage, car il prend feu avec la F^^ius grande facilité, donne une braise compacte qui dure très-longten^^^ps^ et même, sous ce rapport, est supérieur au meilleur channe. Cei arbre précieux dont la croissance est très-lente, diminue malheurem^isement partout, pai* suite de l'exploitation considérable qu'on en a fe^ite.

UEsjnnillo n'est qu'une variété du Nandubay , mais il est x^Ius rameux et ne forme pas comme lui un gros tronc à peu près dr^cii. Sa fleur jaune capitonnée, connue sous le nom d'aroma^ répand une odeur délicieuse , et au mois d'octobre embaume les bois ou cet arbre est extrêmement multiplié.

Une foule d'autres Mimosées analogues, mais moins importantes, remplissent les forets ; quelques-unes sont remarquables par la beauté de leurs fleurs et l'élégance de leur feuillage. Pamii elles, on signale plusieurs Sensitives de la plus grande élégance. Un gmnd nombre de ces Mimosées peuvent servir à former d'excellentes haies, telles sont le Yuguery^ le Napinday^ le Garabato^ etc. Aucune n'arrive à une grande taille. Quelques-unes sont cultivées comme arbres d'o^ nement dans les rares jardins des principales villes de la Plata.

Tala [Celtis tala^ — Césalpiniées). — LeTalaestun arbre éminenr ment avantageux pour l'épaisseur de son feuillage. De loin, il a i faux air du chêne , sans arriver jamais à sa taille, les plus graD ne dépassant point 13 à 18 mètres. Le vert foncé de sa tête, ' forme naturellement la boule, la multitude de ses branches qui s' tre-croisent, les longues épines, heureusement peu pointues,

revêtue entièrement de fleurs violettes aux mois de septembre ouv^^^ d'octobre, selon les localités. Son bois compacte, très-lourd, un pe»^^^. rougeâtre, est excellent pour tous les usages, tour, ébénisteri menuiserie, construction ; c'est une des principales exportations d- Paraguay et des hautes Missions.

Us

Urundey. — L'Urundey ressemble beaucoup au Lapacho, mais ^ y est encore plus grand que lui et atteint jusqu'à 40 mètres. No avons vu, au village indien du Carmen au Paraguay, une poutre d'^^ (r^ rundey, de 20 mètres de long sur 60 centimètres d'équarrissage. n

croit très-droit comme le lapacho, et s'épanouit en large tête ^^^n^ dessus des autres arbres. Son port élégant est encore rehaussé ^^Dat l'éclat de son écorce blanchâtre et lisse. Il se consen'e longtem jps mais n'est pas complètement incorruptible sous terre , comme c/? le dit généralement, car il a fallu, dans ces derniers temps, renoaTe* 1er les piliers des églises des missions du Paraguay , dont l'extrémité plantée en terre avait fini par se pourrir : il est vrai que c'étaitau bout de près de deux siècles. Frais, ce bois se travaille parfaite — ment ; mais, une fois sec, il devient extrêmement dur. — Mêmes usages que le Lapacho, et surtout employé comme bois de charpente et pour la construction des navires. L'Urundey a un grand nombre de varié- "^ tés, toutes également utiles.

Taiaré ou Tatané (Mimosées). — Grand arbre donnant un bois jaune, dit aussi Palo amatillo^ compacte, facile à travailler et excellent pour la menuiserie et l'ébénisterie. Croît aux Missions, au Paraguay, auChaco, à Oran, etc., etc..

Timbo [Paulinia timbo^ — Papilionacées). — Grand arbre dopt la hauteur ne dépasse point 25 mètres, mais dont le tronc acquiert une énorme grosseur, et dont les branches , en s'étendant au loin, fon de ce végétal un véritable colosse en quelques endroits. Son bois, peu compacte et analogue à celui du hêtre pour les qualités, ne s fend point lorsqu'on le travaille, n'est pas piqué des insectes et taille en tout sens avec la plus grande facilité. Aussi en fait-on canots d'une seule pièce, des auges et des bassins dits bateas^ qui servent à laver le linge et à une foule d'autres usages. Mais il faiL* alors qu'on le conserve à l'humidité, car il se contracte beaucoup et se fond à la sécheresse. Il est parfait pour les bois de fusil, les caisses de voitures, etc., etc.

Inga. — Très-analogue au Timbo, mais plus petit; abonde sur les bords du moyen et haut Uruguay, ainsi que nous l'avons déjà dit.

Pacara. — Variété du Timbo et .qui atteint une taille supérieure; très-abondant dans la province de Tucuman et dans la vallée du San-Francisco ; sert aux mêmes usages. — Ces deux arbres croissent très-rapidement, et foisonnent sur les rives du haut Uruguay, aux Missions, au Paraguay, au Chaco..,, dans toute l'Amérique équinoxiale. Leurs fruits donnent une substance analogue au savon et qui est employée comme lui.

Cedro. — Le Cèdre des missions du Paraguay et du nord de la Confédération argentine n'appartient pas à la famille des Conifères et ne ressemble en rien à celui du Liban. C'est le Cédrel [Cedrela odarata^ Cédrélées), arbre de la zone équatoriale, très-connu aux Antilles sous le nom d'acajou à planches. Ce bel arbre est remarquable par ses feuilles composées, larges presque comme celles du noyer. Il y en a deux espèces, le rouge et le blanc. Le rouge est le plus employé. iie Cédrel croit promptement et atteint dans les terrains qui lui Sont favorables une taille colossale. Nous en avons vu dans la vallée de Zenta qui mesuraient 50 mètres de hauteur avec un tronc de 4 ,50 de diamètre à 2 mètres de terre. Il est moins haut dans les Missions. Le bois, moyennement compacte, très-facile à travailler, est exclusivement employé à la menuiserie et à Tébénisterie. Il est susoeptible d'un aussi beau poli que l'acajou, mais ne le conserve pas oomme ce dernier. Les alternatives de sécheresse et d'humidité le font Vin peu jouer ; dans les endroits secs , il est inaltérable. Grâce à sa €îroissance rapide, et malgré l'immense consommation qu'on en fait, €îe magnifique végétal abonde toujours. Cultivé, il pourrait rendre de "très-grands services, si on l'acclimatait dans certaines parties des pro- ^nees de Corrientes, d'Entre-Rios et de Santa-Fé. il prend sa bouture avec la même facilité que le saule, comme nous avons pu nous en assurer au Paraguay ; mais sa végétation exige un climat chaud et liumide.

Laurier (Lawrz^,— Laurinées). — Très-abondant, et acquiert une très-grande taille, surtout dans les provinces du nord, à Tucuman, ii Salta.... Nous en reparlerons en traitant de la végétation de ces provinces, aussi bien que du Samu onPaloborracho [Bombax)^\d fromager des Antilles, que l'on trouve dans la province de Corrientes, mais qui a un tout autre aspect dans la partie tropicale de celle de Salta.

Araucaria. — Sous le nom Guarani de Curutj ou Curiy et vulgaàrément Pino , on connaît Y Araucaria brasiliensis qui croît dans la partie nord-est du territoire des Missions et n'est qu'une variété de l'Araucaria du Chili [Dombeya chilerisis^ — Conifères). — C'est ud arbre magnifique de première grandeur, dont les principales brancles partent du tronc en se recourbant exactement comme les bras d'ui] candélabre, et sont couvertes de feuilles sessiles, d'un vert métallîque, munies d'un piquant h leur sommet. Son port à la fois élégant et majestueux en fait un des plus beaux ornements des forêts sous cette latitude. Le fruit est un cône aiTondi de la grosseur de la tête d'iia enfant, à écailles un peu moins marquées que celles du fruit' du piUordinah*e. Ces écailles s'écartent lorsqu'il est mùr e.t donnent de-^ graines allongées de la grosseur d'une petite châtaigne, et qui en on- * le goût, lorsqu'elles sont grillées. Les Indiens Tupis s'en nourrissea ^ à l'époque de leur maturité. Les jésuites avaient planté ce bel a dans leurs missions, mais la plupart de ces sujets sont morts. Noi en avons vu quelques-uns qui restaient encore à Itapua. Il serait important de multiplier l'Araucai'ia, non-seulement pour son fruit, qi est excellent, mais aussi pour la qualité de son bois, un peu plu^ ^ compacte que celui du sapin, un peu plus lourd, mais très-facile S^* travailler et d'une bonne durée. Le couunerce du Brésil en importa— ^ une assez grande quantité à Montevideo et à Buénos-AjTes , sous W — c nom de Pi?io del Brasil. — Dans les missions orientales, près de Yer baies (forêts d'arbres à Maté), et au-dessus du Rio-Ijuhy , y trouvent de grandes forêts exclusivement composées de ces arbre; — La possession de ces pifiarcs (forêts de pins), disputée par les II diens Buyres aux Guai'anis des Missions, donna lieu à de nombreuse^^ss guerres entre ces tribus rivales.

Dans cette même région, sur les bords du fleuve Uruguay, rencontre en abondance Tarbre qui produit le fameux baume d^-- Missions; on le nomme dans le pays Ayuaraybay. C'est un arbre i ^ seconde grandeur, un peu résineux, à feuilles persistantes, apparte= — nant à la famille des Térébinthacées. On coupe le menu bois, on I^ pile et on le fait bouiUir, pendant plusieurs heures , dans des marmites ; la décoction est amenée ensuite à la consistance d'extrait. — • Sous la domination espagnole, les Indiens étaient tenus d'en fournir une certaine quantité qui était expédiée à la pharmacie de Madrid. La réputation de ce baume est bien tombée. Jadis on l'appliquait à tout, c'était un Sana-lo-todo , un guérit-tout ; on l'em-

ployait en tisanes, en frictions, en pilules, etc.... Maintenant les habitants de San-Borja et d'Itaqiiy, quoiqu'ils en préparent encore, n'ont plus une confiance illimitée en son action, qui paraît ôtre simplement tonique et un peu stimulante.

Dans les Missions et au Paraguay, on trouve un arbre peu connu et rare qui fournit une résine odoriférante ayant l'odeur de l'encens, d'autres encore qui, suivant Azara, donnent le caoutchouc, la gomme élémi, enfin plusieurs résines propres à composer d'excellents vernis. Mais comme la région oii croissent ces végétaux utiles est couverte d'épaisses forêts à peu près impénétrables, ce n'est que plus tard que ces richesses naturelles pourront être exploitées.

Il en est de môme de beaucoup de bois de teinture qui existent <lans toute cette région et dont on n'use pas encore. — D'ailleurs la végétation de la sierra des Missions, des bords du haut Uruguay et du Paraguay, est tout à fait celle des provinces brésiliennes de Rio-Grande do Sul , de Santa-Catarina et de Saô-Paulo qui ont été si bien étu- -diées sous le rapport botanique , par M. Auguste Saint-Hilaire.

Quant au produit le plus remarquable et le plus célèbre de cette partie du sol argentin, la Yerba Maté^ nous en parlerons en détail en traitant des végétaux cultivés et des produits de l'agriculture argentine. Nous traiterons en même temps de l'oranger qui croît également à l'état sylvestre et forme des forêts entières à côté de l'arbre à Yerba, qui lui ressemble pour le port.

Un arbre qui n'a d'autre utilité que son fniit, sorte de figue noire à pulpe douceâtre, Ylbapohy^ mérite une description particulière. Azara le nomme Higueron. C'est une Urticée, le Fictis Ibapohy d'Alc. d'Orbigny. — Pour le poil il ressemble à Tlnga; car tantôt cet arbre est isolé et ne donne aucun signe de parasitisme ; tantôt il croît sur d'autres arbres , les enveloppe tout entiers et finit par les étouffer. Ceci provient de ce que les oiseaux, surtout les perroquets, qui sont très-friands de son fniit, y portent ses graines qui germent et poussent de longues racines , lesquelles descendent en rampant chercher le sol et enserrent le tronc de l'arbre, en le couwant d'un large réseau blanchâtre. L'Higueron fait de même sur les roches, et les couvre complètement. Mais c'est principalement sur les palmiers Yataïs que ce pai^asite se développe d'une manière >Taiment pittoi'esque. Ces palmiers n'étant pas très-élevés, les racines flottantes ont^bientôt gagné la terre ; eUes se tortillent alors autour de l'arbre , comme un gros serpent à peau blanche et brillante; puis, la touffe de ribapohy se développe au-dessus de la tête du Yataï qu'elle abrite, ce

:" . Ce n'est toiitofois qu'au bout d'iK. ^ : ic par îftre rtnuffi', loi*squc tDUS U ^^ - ■>*. iiihle ne forment plus qu'un sj 4// > rto de cylindre dont le corps dispa^^7/ ^ Ih.îs de palmiers des environs de (j«> 17/ . iiiples Av. cette siuirulièn» vrpétaliun.

- ^'.limiers nous avons déjà nommé celui (li'> ''.nio [Cocos ausfréf/fs^ d'Orbigny) qui n'ajwb - ;iti est fort élégant; — le Maronday, dont la ..Hunni' dans le (Ihaniiedris, le trône parfaite- .. .:.!.: plus élevé qu\>n si' rapproche davantage du - ^ Nlissii»ns, les jésuites ont introduit les dattier^ .itteignent une hauteur de 13 h 20 mètres, ainsi .. à Yapeyu et à la Cruz. Un autre palmier moins • ..'///'/ Astroairiwn?) abonde également aux Missions • . son fruit est nnt» grappe très-volumineuse dc»nt les .;iv>sseur d'une petite prune, mûrissent en juin et d<»n- , A lUmceatre de g(»ùt médiocre, mais que les bestiauv . i plaisir. Le palmier ressemble beaucoup au Vataï dont •liais sa croissance est plus rapide.

Cnois Yatai de d'Ôrbigny), ainsi que nous l'avons déjà .ii'> furets entières dans h's provinces dlintre-Rios et de . Il cn>lt très-lentement, car il faut plus à\\\\ siècle pour » Immu palmier de cette espèce , et sa taille moyenne ne dé- ■ . le 8 mètres; elle v;i jusqu'à \2 dans les fonds où l'arbre ' .e «le s'élever un peu pour chercher le soleil; mais alors le . ». Jtl en grosseur ce qu'il a gagné en élévation. En quelques . . lie e«'S forets, les troncs se touchent presque les uns les au- ' Inrmeiit d'impénétrables fourrés. Le Vataï prospère dans les . . 'oii-. sablonneux; aucune autre plante, excepté im gazon court et • i.niliel, ne croît sous son ombre, aussi rien de net et de propre .'lime la pelouse qui s'étend pareille à un Uipis, sous ces beaux palm. I I. Ses fruits forment une grappe un peu moins volumineuse que . Ile ilr VAstrocariwn, et mûrissent à la même époque. Bouillis dans l \ MX, il en surnage une huile qui peut servir à des usages domesliqm .; a la fermentation, ils donnent un bon vinaigre; mais ils sont iiiildiii nrherchés par les bestiaux, bœufs, moutons ou porcs, qur Inn HH-t dans Qv^è palmarès ^ et qui y engraissent rapidement d*un«liiroii extraordinaire. Lafeuille du palmier Yatîil est excellente pour lui-

lire. Un toit de ce genre, bien fait, dure environ quatorze ans. Quant lU bois, il n'est d'aucun usage, et pourrit au bout de deux ailnées; nalgré cela , on en fait des corrales que Ton remplace à mesure , isage barbare qui contribue à détruire ces arbres précieux. A Tépo- [ue de la sève, par un trou fait au tronc avec une vrille, on peut faire ortir un suc fermentescible connu sous le nom de vin de palmier, et [uî, traité convenablement, donne une bonne eau-de-vie. Tous les lalmiers sont d'ailleurs dans ce cas. Le chou en est comestible, mais ►n sait que l'arbre dépouillé de son bourgeon terminal meurt infailiblement : aussi a-tK)n l'habitude de le couper du pied pour s'en emparer, cause de la disparition de ces arbres des environs de tous les ndroits habités.

Le Caronday [Palma copeimicia) a la partie extérieure du tronc txtrêmement dure et ne s'altère pas h l'air, ce qui le rend extrêmement irécieux pour les toitures, où il est employé comme tuile creuse, aprùs [u'on l'a fendu par la moitié, et qu'on a extrait une partie de la moelle Jt des fibres éparses. Entier, il s'emploie comme poutre de six h lept mètres de portée et offre beaucoup de résistance. C'est un arbre excellent pour l'usage, mais il pourrit rapidement dans la terre et ne )eut servir pour les corrales, — Les autres palmiers, tels que le Pindo, le Coco^ s'emploient comme poutres transversales, soit dans a construction des maisons, soit pour clore les propriétés et les eniroits où l'on renferme le bétail (corrales).

Le Dattier [Phœiiix dactylifei'a) n'est cultivé qu'exceptionnellenent ; il acquiert cependant une belle taille au delà du 28* degré. — ïne variété de Chamœdris à la feuille en éventail, comme le Caronday, rolt dans les provinces de l'intérieur à San-Luis et à Cordova, surûut dans la sierra, où nous l'avons vue, sur des plateaux d'une altitude ariant de 1 ,000 à 1 ,200 mètres. Son fruit est pareil à celui du Yatiiï.

Amaryltjdées. — 'V Agave americana^ nommée Pita dans le pays, ro!t partout dans la Mésopotunie argentine, mais on ne l'y emploie presque point aux clôtures comme dans la Bande-Orientale, et surout aux environs de Montevideo. C'est la même plante qui, cultivée m Mexique, donne par l'incision faite à sa hampe et à ses feuilles, ors de la floraison, un suc lequel après fermentation, sert de boisson inivrante sous le nom de Piilque. — Cette amaryllidée a plusieurs vaiétés. — Près d'elle croit un aloès à fleurs rouge écarlate fort belles.

Bromélucées. — La famille voisine des Broméliacées donne la

Caraguata dont il y a plusieurs espèces : l'une , la plus commune, que Ton rencontre depuis les rives de la Plata jusqu'au Brésil, à feuilles peu épaisses, mais dont on pouiTait tirer une fibre végétak assez bonne pour faire des cordages , ressemble à un petit aloès, et sa taille augmente avec l'épaisseur de ses feuilles à mesure que Ton remonte vers le nord ; l'autre espèce , beaucoup plus grande ( Cara- (jiiata Guyanensis)^ se trouve dans les Missions, à Corrientes, au Paraguay, à Oran, où on lui donne le nom de Chaguar, Lore de la fli>raison , les feuilles intérieures de celle-ci prennent un rouge vif des plus éclatants, et la fleur forme un épi ovoïde d'un blanc rosé qui surmonte une hampe haute de 23 à 30 centimètres; à cette fleur succède un fruit comestible pareil à une datte, et qui est assez bon. Cette Caraguata donne un chanvre meilleur que celui que l'on tire de la première espèce. Enfin une troisième espèce, dite yô/ra, et portant un fruit d'un aspect pareil à Tananas , mais qui ne vaut rien comme comestible, croît au milieu des bois des Missions, du Paraguay, du Chaco boréal et de hi Vcdlée de Zenta. Quiuid on l'a fait pourrir dans l'eau, ^ a, on en tire un chanvre excellent dont les Indiens se servent pour faire leurs filets, et qui pourrait être un jour Tobjet d'une exportation lucrative. Une autre broméliacée parasite , la Tillandsia, croit siu* l arbres les plus élevés, mais elle est moins belle ici que dans le nord^

Cactus. — La famille des cactus a de très-nombreux représentant^^- ^Ws

dans la Mésopotamie argentine et dans tout le reste de la Confédéra ^-i-

tion. \J Opuntia^ en français. Raquette ou Nopal, abonde partout, l'emploie pour faire des haies ; son fniit, connu en Europe sous le noi de figue de Barbarie, est assez fade et cependant recherché [par h habitants. L'Opuntia atteint une hauteur de 4 à S mètres, il a grandes feuilles chai'nues garnies de fortes épines, et au bord Ai quelles se développe le fruit. Deux autres espèces plus petites^ Opuntia ferox et Opuntia coccinellifera^ sont très-communes les provinces de l'intérieur , région qui nourrit une cochenille syl vestre que l'on recueille dans celles de San-Luis, de Cordova, la Rioja et de Santiago del Estero. Ces dernières espèces croissent dans des terrains extrêmement secs et pourraient être cultivées grand pour l'exploitation de ce précieux insecte. Ces Opuntia son désignés ici sous le nom de Tuna^ qui embrasse d'ailleurs tout le de la famille des Cactées. — Ainsi les Cereus aux fleurs rouges tantes, mais petites, se rencontrent en une foule d'endroits. Les variétés les plus communes sont : le C. Penivianus à tige droite,

meuse, souvent élevée de 5 à 6 mètres et portant de grandes et belles fleurs vertes au dehors, blanches eu dedans, quelquefois légèrement rosées sur leurs bords; le grandi florus^ tout blanc et d'une odeur trèsagréable ; le serpentinus et le flagelliformis très-minces, couverts d'épines et poitant de belles fleurs rouges. Les Melocactus acquièrent dans le nord des proportions colossales, surtout à proximité des Andes où ils forment de vrais arbres en forme de candélabres. Les Mamillaria et les Échirwcactus sont également nombreux dans cette région. A leui's belles fleurs succèdent, chez presque tous, des fruits comestibles, mais entourés d'épines qu'il faut enlever avec soin.

Graminées. — La famille des Graminées, indépendamment des fourrages dont nous allons pai'ler bientôt, offre diverses espèces de Bambous dits Tacuaras. Le plus commun est la Caha deEspaiia^ fort peu différent de VArundo Donax du midi de la France et qui atteint une longueur de 4 à 5 mètres. Ce roseau rend de grands services pour le jardinage. On eu fait des toitures, des plafonds intérieurs, qui sont ensuite récrépis ù la terre ou à la chaux. Les Indiens Chiriguanos en construisent leurs commodes et élégantes chaumières. Cet utile végétid abonde partout. Les Tacuaras proprement dits, ou bambous, commencent à se montrer dans les îles de l'Uruguay, vers l'embouchure du Mocoreta, par 31 degrés environ, mais les plus gros se trouvent bien plus au nord-est, dans les hautes Missions. On raconte que pendant la guerre de 1732, les Indiens des Missions orientales en avaient construit des canons en les renforçant avec mie garniture de cuir de taureau. Le fait nous semble plus que douteux; quoique très-solide, le bois de ces bambous ne serait pas capable de résister à Texplosion de la quantité de poudre de guerre nécessaire pour lancer Un boulet à quelque distance. Ces Tacuaras oXiçÀgn^ui une hauteur de 6, 8 et même 10 mètres, et croissent dans les endroits humides. On en exporte une grande quantité qui sont employés pour la carcasse des toitures en chaume ; dans les jardins, pour palissadcr les arbres fruitiers; pour les grandes perches à aiguillon [picana^ picamlla)^ dont ^e servent les conducteurs des charrettes à bœufs pour guider leurs attelages. Les Indiens s'en font des bois de lance. Ce bambou est plus grossier, a les nœuds plus éloignés que le bambou de la Chine, tuais n'est pas moins utile , et il serait à désirer qu'on le cultivât. Une petite espèce qui croît au Chaco, Caha Hutjba^ sert aux Indiens pour la fabrication de leurs flèches.

Fourrages. — Les vastes plaines de la Mésopotamie argentine occupent les trois quarts de sa siiperlicie; le reste est en bois, lacs, rivières et marécages. Ces plaines sont recouvertes d'un grand nombre de plantes graminées qui servent de nourriture aux immenses troupes de bétail qui les peuplent. Les variétés en sont innombrables, elles reçoivent ici les noms de Gramilla^ Cebadilla^ Flechilla^ Cola de Zorro, Simbol, etc. , etc. , et répondent aux genres Poa^ Lolinm^ Festuca, Holeus, Panicum^ etc., etc. Chaque portion de terrain, pour ainsi dire, a sa graminée particulière, plus ou moins substantielle, suivant la nature du sol. Dans les bas-fonds humides , ce sont des Phalaris^ des joncs et plusieurs variétés de Cyperus également recherchés par le bétail. A ces plantes se joignent divci*ses espèces de Trèfles, de Lupins et d'autres plantes analogues appartenant à la classe des Légumineuses. Ces pâturages couvrent le sol d'une bourre épaisse qui se sèche au mois de décembre ; aussi choisit-on cette époque pour les incendier, dans le triple but d'amender le terrain, de le rendre praticable et de donner naissance à un nouveau fourrage plus tendre et plus recherché du bétail. En effet les fortes chaleurs de novembre mûrissent promptement tous ces herbages dont les tiges, devenues un peu ligneuses, ^^

fatiguent la dent des animaux. Au milieu de ces Graminées se dres

sent, eu certaines parties, des végétaux parasites, telles que le Char

don [Carduus inariamis)^ une Bardane [Arctium Lajipa)^ dite Abrojo,^ -^ plantes que Ton poursuit le plus que Ton peut, mais qui se repro — duisent avec une désespérante opiniâtreté. Le Chardon qui, dans If^is- a province de Buénos-Ayres, atteint quelquefois une hauteur de troi=^ Jî' mètres, et que l'on emploie comme combustible quand il est sec. ^^-^ est le bois à brûler de la pampa. Il est heureusement rare dans Mésopotamie argentine ; cependant quand il est jeune et tendre , 1 bestiaux le mangent assez volontiers. L'Abrojo a l'avantage d'abrité du soleil, sous ses feuilles épaisses et robustes, un gazon très-fin e' très-nourrissant, précieux pour le bétail dans les temps secs ; mais i a, par contre*, le grand inconvénient d'attacher ses fruits épineux à It-^ crinière, à la queue, à toutes les parties velues des animaux. A la Ion — gue , la queue des bœufs s'en charge au point de peser plusieiu'a» kilogrammes ; ce lourd paquet frappant constamment leurs jarret?- ^ les incommode beaucoup et leur fait venir de petites plaies. Les ehe^ — vaux s'en couvrent également et éprouvent les mêmes accidents. Mal^ gré l'excellence du fourrage, on ne peut conduire les moutons dans les endroits où il y a de l' Abrojo ; leur laine s'y perdrait complètement.

Dans certaines parties de ces plaines, le tapis de graminées est si feutré, qu'aucune autre plante n'y pousse. En efFet, les graines, semées parles vents, se desséchent ou se poumssent sans pouvoir pénétrer le sol pour y prendre racine ; mais si l'on vient à mettre la charrue dans ces terrains, il y croit immédiatement une énorme quantité de plantes nouvelles, dont beaucoup n'existent même pas dans les environs, et qui sont dues à ce que leurs graines se trouvent alors mises eu contact avec la terre végétale. C'est pour cela qu'autour des chaumières établies dans la pampa la plus absolue, on aperçoit toujours une foule de végétaux divers qu'on n'a point plantés, mais qui ont crû spontanément. C'est aussi par la même cause que les endroits anciennement habités se couvi'ent de broussailles, et quelquefois môme de grands arbres, alors que le reste de la plaine est complètement nu ; comme on peut en faire Tobservation sur beaucoup de points, tels que Mandisobi, les bourgs des Missions, Garzas, etc., etc., etc....

Le fourrage de la pampa est d'autant meilleur pour le bétail qu'il est convenablement salé ; les terres de la Mésopotamie argentine renferment juste ce qu'il leur faut de substance saline pour que leurs graminées aient, cette qualité. Ce n'est que vers le haut Uruguay, à partir de Santo-Tomé, que le sol manque de sel, et que, malgré sa belle apparence, le fourrage est médiocrement nourrissant ; aussi les animaux y engraissent peu, reproduisent encore moins, et les grandes estancias ne peuvent en conséquence s'y établir. — Connne on le pense bien, tous ces pâturages sont tels que la nature les a faits; on ne cultive qu'une seule plante fourragère, la luzerne, connue ici sous le nom ^ Al fol fa [Medicago sativa^ — Papilionacées). Cette culture, dans les provinces andines, est très-développée et d'une extrême importance. —— Enfin la canne à sucre réussit parfaitement dans les provinces de Corrientes.

Nous n'avons cité, dans cette énumération des principaux produits végétaux naturels de la Mésopotamie argentine, que les plus abondants, les plus usuels. Il en est une foule d'autres dont Tétude serait fort intéressante au point de vue de Fart de guérir, de la teinture, de la culture comme arbres fruitiers nouveaux ; mais cette étude nous entraînerait dans de trop longs détails, . et nous ne pouvons qu'effleurer ce sujet.

Ainsi nous citerons, dans la fomille des Euphorbiacées, le Ricin [Ricinus communis)^ qui croît partout dans le pays, et dont l'huile, préparée par ébuUition sous le nom d'huile de castor, est un purgatif

usuel, et qui, de plus, est éminemment propre à Téducation d'une espèce de ver à soie très- rustique récemment introduit en Europe.

Un autre euphorbe [Jatropa Curcas)^ sous le nom de Pinm purgativo^ donne des graines d'un goût agréable, mais excessivement purgatives. C'est le médicinier purgatif. — Nous nommerons encore : dans les Solanées, le Datura Stramonium [Chamico)^ dont les asthmatiques fument la feuille; la morelle, la douce-amère, etc., qui abondent partout dans le pays ; — parmi les Ombelliferes, la ciguë vireuse qui infeste les bords du Parana, et qui est douée de qualités très-actives ; — une Synantherée dite Cardo santo^ dont la décoction est vomitive et purgative ; — parmi les Labiées, la sauge, le romarin, la menthe ; — enfin des mauves nonibreuses ; — dans les Smilacées, une salsepareille moins énergique que celle des tropiques, mais également dépurative ; — une foule d'écorces astringentes, etc.

Le territoire des Missions et la province de Corrientes sont surtout riches en plantes médicinales de toute espèce, sur lesquelles le jésuite Asperger avait, vers le milieu du siècle dernier, fait im ou\Tage dont il resttî quelques exemplaires manuscrits : nous en avons eu un entre les mains à Itaquy, dans les Missions orientales. Au milieu d'une foule de propriétés équivoques ou erronées qu'il attribue aux plantes que lui apportaient ou lui indiquaient les Guaranis des Missions , il s'en trouve cependant de très-réelles, et qui pourraient rendre de véritables services à Fart de guérir. M. Bonpland, qui a vécu si longtemps dans cette région, nous a dit avoir envoyé au Muséum d'histoire naturelle de Paris, un vaste herbier qui renfermait toutes les plantes décrites par le père Asperger, classées suivant la méthode naturelle, avec leur nom scientifique et le nom Guarani et usuel à côté.

Parmi les plantes industrielles, nous connaissons déjà la Caraguata et l'Agave dont les fibres peuvent donner un chanvre utile, dont les congénères sont exploités aux Antilles et^n Algérie, et qui pouiTaient sans doute senir à la fiibrication du papier. Le Cotonnier [Gossypiiim, — Malvacées), jadis cultivé dans les Missions, y croit aujourd'hui à l'état sauvage ; il en est de même de l'Indigotier [Indigofera Anil^ — Papilionacées). Une foule d'arbustes ont des écorces excellentes pour la tannerie,, comme le Cunipy^ le Molle^ etc., etc. Des Lianes, telles que le Guemhé, fournissent une écorce qui fait d'excellents cables imputrescibles dans l'eau.

Quant aux arbres qui donnent des fruits naturels, susceptibles de s'améliorer par la culture, ils sont extrêmement nombreux, et quoi-

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que ces fruits aient uu goût quelque peu acerbe pour un palais européen, ils ne laissent pas que d'être recueillis avidement par les gens de la campagne qui trouvent plus commode de perdre du temps à la recherche des fruits sylvestres que de planter des arbres fruitiers qui, un peu soignés, donneraient d'abondantes récoltes, comme leur en fournissent déjà l'Oranger, le Pécher, le Cactus Les plus remarquables de ces produits naturels sont : Ylba-hay^ sorte de petite poire donnée par un myrte à feuilles piquantes, qui fournit un bon vinaigre à la fermentiition ; Xlba-paru noir, rond, de la grosseur du pouce; \Ibavyu analogue au précédent ; Xlba-pohij dont nous avons déjà parlé; le Nauga-piri, le Naugari-pipoui ^ XArachichu^ etc., etc., tous comestibles. La Passiflore connue sous le nom de Mburucuya^ vulgairement Viricuya^ donne un fruit jaune rempli de petits grains entourés d'une pulpe sucrée ; on en fait des conser^^es assez bonnes. Nous avons déjà indiqué les propriétés de la gousse du Caroubier [Algarrobo). C'est la pro\înce d(î Corrientes qui renferme la plus grande variété de ces fruits sylvestres.

M. Bonpland a appelé aussi l'attention sur une magnifique Nymphéacée qui croît dans la province de Corrientes sous le nom indigène de Inipe (grand plat) ou Maïs de agua^ maïs d'eau, et qu'il a rapportée au genre Euryale. Cette plante, connue aujourd'hui, et cultivée en Europe, sous le nom de Victoria regina^ dans des serres construites à grands frais, y a été importée de la Guyane. Nous avons vu rirupé dans des lagunes du Riachuelo à trois lieues sud de la ville de Corrientes , mais on le rencontre aussi dans les lagimes et ôanados du nord de la Province, et paT-ticulièrement dans la grande lagune Ibera.

La Victoria de Corrientes est du même genre que celle de la Cjuyane, mais d'une espèce plus petite. Sa fleur, d'un blanc rosé, a de 20 à 23 centimètres de diamètre ; le fruit est une baie sèche, aplatie, îinalogue à la Châtaigne d'eau ou Sphaigne, divisée (îu loges dont chacune contient sept à huit graines ; chaque graine est enveloppée d'une membrane lâche et plissée, suspendue par un fil d'une longueur remarquable. Les feuilles sont cordiformes, de 60 à 80 centimètres de diamètre. Avec leurs bords relevés droit tout autour, elles figurent exactement ces plateaux avec une petite galerie circulaire dont on se sert dans les cafés. Elles sont striées de nervures assez grosses qui leur donnent un aspect réticulé tout à fait étrange. Le fruit est très-féculent ; on le mange dans le pays après l'avoir fait griller : de là son nom de Mais d'eau.

Ce qui fait de la Victoria de Corrieiites, sinon un genre, du moins une espèce à part de la Yictoria-regina, c'est la moindre grandeur de ses fleurs, d'un tiers plus petites, la moindre taille des feuilles qui sont aussi moins épaisses; enfin c'est ce rebord pei'pendiculaire, haut de 4 à 5 centimètres, si remarquable deinsVIrupe de Corrientes. Cette dernière espèce supporte en outre mieux le froid, car les petites gelées qui ont lieu aux mois de juin et juillet dans cette région ne paraissent point lui nuire. On pourrait donc la cultiver facilement dans les serres de l'Europe.

§ II. — Pampas et plaine intéineure.

La région d'os Pampas ne renferme guère que les Graminées que nous venons de citer. Cependant vers le sud on trouve des Saules près des ruisseaux, et d'espaces en espaces de petits bouquets de Chafiars rabougris. — De temps à autre, un Ombu solitaire s'élève au milieu de cfitte plaine sans fin. Les habitations qui s'y trouvent ont généralement des Pêchers et des Paraisos [Melia Azedarach^ — Méliacées) plantés autour d'elles. Mais le sol lui-même ne produit que des plantes herbacées. Il paraît que près des lagunes salées, dans le sud-ouest de la province de Buénos-Ayres, on retrouve des Algarrobos en grand nombre.

Les fourrages graminés de la pampa de Buénos-Ayres sont trèsnutritifs, surtout vers le sud, dont les champs sont réputés les plus favorables à la reproduction du bétail. Dans le nord de cette province le trèfle domine ; il n'engraisse pas beaucoup les animaux, mais ceux-ci ont une ressource dans les nombreux chardons qui couvrent ces plaines et dont ils mangent les semences avec avidité.

Aux approches du massif central , la Pampa offre de nombreux l)ouquets d'arbres où dominent essentiellement le Chaûar et l'Algar-

robo.

Le sud-est de la province de San-Luis et les plaines voisines du Rio-Quinto nourrissent une Mimosée particulière, ressemblant à l'Algarrobo et nommé Calden. C'est un assez grand arbre haut de 12 à 15 mètres, très-rameux, dont l'écorce se compose d'une série de feuillets très-minces qui, une fois la première couche extérieure enlevée, se soulèvent et flottent à l'air. Ils prennent feu alors avec une très-grande facilité. Aussi les incendies répétés des fourrages, qui ne font rien aux autres arbres lorsque ceux-ci sont un peu robustes , détruisentils h la longue les Caldenes dont , l'écorce extérieure étant enlevée,

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