PRODUITS NATURELS DE LA RÉGION DES ANDES
droits très-secs et très-salins, et abonde dans tout le désert de Cuyo, Dans ces tristes bois , les troncs desséchés des arbustes s'entassent les uns sur les autres et couvrent le sol de leurs débris. Puis, les sables argileux, poussés par les vents, les enterrent et élèvent à Tendroit où ils se sont amoncelés des buttes arides [medatios) qui changent de forme à la première tempête. Dans les parties où le sol un peu moins maigre permet à quelques buissons plus rapprochés de donner un peu d'ombre , croît un gazon d'assez bonne nature qui peut nourrir du bétail. Celui-ci broute aussi les pousses et les feuilles de l'Algarrobo et se nourrit de son fmit qui abonde en certaines années. Dans le voisinage des lagunes de Guanacache, la végétation est un peu plus forte, parce qu'il y a quelque humidité dans le sol; mais le sel qui abonde dans tout ce terrain, et qui n'est pas bien entraîné par les eaux, l'empôche de se développer comme elle le fait aux endroits où l'irrigation est praticable.
En somme, le bassin de Cuyo, qui renferme la plus grande partie des provinces de Mendoza et de San-Juan, est la partie du sol argentin dont la végétation naturelle est la plus misérable. Par contre, c'est aussi celle où l'industrie humaine a obtenu les plus beaux résultats, en changeant, à l'aide de l'irrigation, plusieurs points de ce désert en campagnes productives, où prospèrent les céréales, la vigne, les arbres fruitiers, les plantes d'utilité et d'agrément.
§ III. — Région des Andes.
jN'ous savons déjà quelle est en général l'aridité des Andes (voye2 page 187, Aspect des Cordillères...), à partir du 36* degré, en remontant vers le nord. Tantôt la roche est absolument nue ou couverte d'éboulis sur lesquels aucune plante ne peut prendre racine ; tantôt elle conserve un peu de terre végétale où croît un maigre gazon dont se nourrissent les vigognes et les guanaques. Au-dessus de 4,000 mètres, la végétation devient absolument nulle. A cette limite, très-voisine de celle des neiges perpétuelles, se trouvent les deux derniers représentants du règne végétal sur le dos des Cordillères , les maigres lichens qui tapissent quelques roches, et la Llareta , plante singulière dont la racine conique s'enfonce assez profondément dans le sol entre les débris rocheux, tandis que son extrémité supérieure s'épanouit à l'air comme une moisissure verte, intimement adhérente à la pierre. Dans les quebradas un peu plus basses commencent à paraître : la Tola^ qui n'est qu'une variété du Jume ; le buisson
nommé Cuemo de Cabra^ qui donne im bon feu ; un gazon assejs robuste, dit Piucun ; enfin, auprès de Teau , une Cypéracée très-rufttique, la Paja brava, dont les feuilles sont excessivement tranchantes, mais que mangent néanmoins cependant les animaux. A l'époque de la floraison , cette plante donne une hampe surmontée à'xm panache blanc de la plus grande élégance. A une altitude de 3,500 mètres commencent déjà les Cactus, ainsi que nous l'avons vu dans les Andes de la Rioja, de Catamarca, de Salta et de Jujuy. Ces Cactus supportent donc des gelées très-fortes; il est vrai que la nature, pour les garantir diï froid, a eu soin de les envelopper d'un duvet blanc qui protège leur tronc et leurs branches ; car, même à la hauteur de 3,000 mètres, leur végétation est assez vigoureuse pour qu ils atteignent une grande taille. Sous te rapport, il y aune variété de Ceretis fort remarquable dans la province de Jujuy. Le tronc et les branches principales de ce Cactus, tout poreux qu'il soit, sont débités en planches dont on fait des portes , des fenêtres , même des métiere à tisser, et enfin les solives qui soutiennent le toit des chaumières. En un mot, c'est un arbre excessivement utile sur les plateaux et dans les vallées supérieures des cantons de la Puna.
Au-dessous de 3,000 mètres commence une végétation abondante. C'est celle de l'intérieur du spl argentin : Algarrobos, Espiuillos, Breas, Jarillas, Quebrachos , Saules au bord des eaux... etc., etc.^ Cactus de toute espèce.... et de plus, une Mimosée nommée Visco^ dont le bois est excellent pour Tébénisterie, à cause de son grain serré et de ses belles veines jaunâtres beaucoup plus remarquables que celles du Noyer. A 2,000 mètres, la végétation est déjà fort vigoureuse, et toutes les cultures des pays tempérés sont possibles, si l'on a l'eau en quantité suffisante pour l'irrigation. Les arbres fruitiers d'origine européenne réussissent bien à cette hauteur, à partir du SS'' degré, et d'autant mieux qu'on se rapproche davantage du tropique.
Les vallées intérieures des provinces de San-Juan, la Rioja et Catamarca, qui ont cette altitude, sont habitées partout où il y a de l'eau. Les fourrages naturels y sont excellents, mais en petite quantité, à cause de la grande sécheresse du climat. Cependant on y rencontre un certain nombre de fermes à bétail (estancias).
Quant aux vallées d'une altitude inférieure à 1,000 mètres, la végétation y est luxuriante dès qu'il y a im peu d'eau; et non-seulement les céréales, les arbres fruitiers d'Europe , mais encore beaucoup de plantes des pays chauds y prospèrent : Oranger, Grenadier»-