PRODUITS NATURELS DE LA RÉGION TROPICALE. 42Î
Papayer, Corossolier, Olivier, Chérimolier [Chrimollo àansle pays). Goyavier, etc., etc., etc. Les qnebradas sont garnies de Lauriers, de Viscos, de Cédrels, de Noyers sauvages d'une très-belle taille. Ce n'est toutefois que dans le nord de la Confédération, sur les versants orientaux des chaînes andines, que le règne végétal déploie cette vigueur et ces variétés d'autîint plus remarquables qu'on se rapproche davantage de la zone équatoriale.
§ rV. — Région tropicale.
La région tropicale des Andes va, en s'inclinant vers l'orient, se confondre avec la plaine du Chaco ; elle embrasse une partie des provinces de Tucuman, de Salta et de Jujuy; les magnifiques vallées du San-Francisco, de Zenta, celles du haut Vermejo en font partie.
Ici, de même que le climat est tout à fait différent de celui des autres régions andines et de la vaste plaine intérieure qui s'étend à leurs pieds, de même la végétation en diffère complètement et a un autre caractère que dans tout le reste du sol argentin, y compris même la province de Corrientes et la partie sud du territoire des Missions. La chaleur d'un soleil presque vertical, l'humidité maintenue par les pluies abondantes qui aiTOsent de temps à autre les versants des montagnes, alors même qu'il ne pleut pas dans la plaine , en outre une saison très-pluvieuse de quatre mois , tout cela contribue à donner à cette partie du sol argentin une végétation extraordinaire, caractérisée par la taille qu'y atteignent certains arbres, par l'abondance des Lianes et des plantes parasites.
Cette belle végétation apparaît dès que la chaîne la plus orientale des Andes, le grand contre-fort de FAconquija, commence à s'incliner vers la plaine. Ainsi tout le côté oriental des sierras d'Ancaste et del Alto a déjà de très-belles forêts dont la plupart des arbres conservent leur verdure toute Tannée. Les montagnes qui bordent la plaine de Monteros et celle de Tucuman nourrissent des bois magnifiques , et les quebradas , par où débouchent les nombreux affluents qui vont former le Rio-Dulce, étonnent par la puissance et la variété des arbres et arbustes qui les remplissent. C'est ftu pied de ces montagnes, à la Fronterita, que nous avons trouvé des Lauriers certainement antérieurs à la découverte de l'Amérique; car leur tronc prodigieux mesurait 8", 50 de tour et 3 mètres de diamètre sur une hauteur que nous évaluerons à 20. Autour de ces colosses, d'autres tombés de vieillesse étaient couverts de ma-
gnifiques Tillandsias parasites, de petites Fougères, de Mousses variées, d'Orchidées de toutes sortes. Certes, tous les Lauriers n'atteignent point une pareille taille dans cette région, mais tous y sont d'une grandeur considérable. Dans les montagnes peu élevées qui enserrent la vallée du Juramento, ainsi que dans les vallées creusées par les rivières qui forment les affluents du San-Francisco, la végétation, sans êti'e aussi belle, n'est pas moins variée. Mais c'est surtout dans la vallée de San-Francisco et aux environs d'Oran que la flore de la zone torride s'étale dans tout son luxe. Les versants de la chaîne de Zenta et de Calilegua y nourrissent de véritables colosses végétaux supérieurs à tout ce que nous avions vu dans le haut Uruguay et dans la République du Paraguay. Là, la végétation tropicale persiste jusqu'à une altitude de 1,300 mètres, ainsi qu'on peut le remarquer dans les longues vallées de San-Andres et d'Iruya, et dans celle du haut Vermejo, situées entre le 22* et le 23* degré de latitude sud.
Le sol de ces vallées est composé d'un banc de cedlloux roulés de toute grosseur, depuis celle d'un gros tonneau jusqu'à celle du gravier le plus mince. Une couche moyennement épaisse de terre végétale recouvre ce banc. Ces arbres immenses enfoncent profondément leurs racines au milieu de ces pierres qu'ils enveloppent et soulèvent si bien que, lorsque la foudre ou une tempête viennent à les renverser, leurs racines, mises au jour, montrent de grands quartiers de roche pris dans leur enchevêtrement comme dans un filet. Il ne faut pas croire cependant que ces grandes forêts présentent partout absolument une même égalité dans la végétation. Ce n'est que de place en place que se groupent ces végétaux magnifiques : Cèdres, Noyers, Quina-quinas, Umndeys, Pacaras, Lauriers, Fromagers, etc., le reste des bois se compose des essences habituelles au sol argentin. Leurs représentants ont seulement une taille plus élevée, des troncs plus gros et surtout plus droits : tels sont les Quebrachos, les Algarrobos, les Chanares de cette région.
On y trouve donc des Lapachos^ plus beaux et plus élevés que dans le sud du Paraguay; le Gayac, le Timbo^ Vlnga^ le Tatané^ etc., mais surtout les espèces suivantes :
Pacara (voyez page 405). — Il acquiert ici une taille réellement gigantesque ; les principales branches sont presque de la grosseur du tronc ; le bois est moyennement compacte, on le creuse en canots, en auges , en vases de toute espèce. L'écorce et le fruit donnent une sorte de savon naturel.