YERBA-MATÉ
Le Maté [Ilex Paraguayemis — ^De Candolle, — Ilex-Maté — Aug. Saint-Hilaire , — Psoralea glandulosa — Linné, — Uicinées ) croit
en abondance entre le 29* et le 32^ degré de latitude siid, mais sur- "tout dans les parties voisines des fleuves Parana et Uruguay.
C'est un arbre de la taille et du port de l'Oranger, mais plus délicat; de loin il en a l'aspect, et, comme lui, conserve sa feuille toute l'année. Celle-ci est ovale, moins allongée que dans l'Oranger, d'un ^ert foncé, d'un éclat métallique avec des ner\aires très-marquées. Le Maté fleurit eu juin ; la fleur est peu apparente et laisse après elle une l>aie contenant de petites graines pourvues d'un albumen charnu.
Comme tous les arbres de la famille des Uicinées, le Maté renferme un principe amer; mais il joint à sa légère amertume un arôme particulier assez agréable, renfermé dans les feuilles et les jeunes tiges. Ce sont ces parties du végétal qui, recticillies et très-légèrement torréfiées, sont connues sous le nom de yerha-maté ^ et ser\'ent à faire une sorte de thé eu usage dans laPlata, le Chili, la Bolivie, une partie du Pérou et le sud du Brésil.
Lors de la découverte , les Indiens Guaranis qui peuplaient les bords du Parana et de l'Uruguay , usaient de la yerba-maté en infusion; c'est d'eux que les Espagnols ont adopté cet usage. Cette substance, layerba proprement dite, se trouve dans le commerce sous la forme d'une poudre verte, un peu grossière, d'une odeur aromatique, mêlée à de nombreux débris de petites branches. On en met une bonne cuillerée dans une calebasse ou n'importe quel petit récipient qui porte le nom de inaté et dans lequel on a placé d'avance la bombilla^ chalumeau d'argent, dont l'extrémité renflée est percée de trous, et qui sert à aspirer le liquide. L'eau est versée bouillante, et cette infusion doit se prendre très-chaude; car, tiède, elle perd une partie de son arôme et devient fade. Les vrais amateurs, à la campagne principalement, prennent le maté sans sucre, c'est le maté cimarron. En ville , on le prend avec du sucre en poudre , que Ton met chaque fois dans la calebasse ; les raffinés , les femmes ajoutent un peu de caramel, du zeste d'orange ou de citron...; la boisson devient ainsi plus agréable. Dans presque toutes les maisons le maté circule indéfiniment, et si la famille est nombreuse, une personne peut n'avoir autre chose à faire que de le préparer tout le long du jour. C'est la politesse que l'on fait à tout hôte, dans toute visite. Plusieurs personnes , et surtout les femmes , se livrent avec excès à cette boisson ; habitude fâcheuse en ce qu'elle affaiblit à la longue les forces digestives, fait perdre l'appétit et conséquemment débilite toute l'économie.
En voyage, le maté est un véritable trorape-la-faira; aussi permet-
il d'attendre rheure des repas qui tarde quelquefois forcément jusqu'à la fin du jour.
On s'habitue très-vite à l'usage du maté, et une foule d'étrangers en prennent aussi souvent que les gens du pays. Cette boisson est surtout agréable le matin, au saut du lit ou au milieu du jour, entre les repas. Prise avant de manger, elle émousse l'appétit, c'est même là un de ses inconvénients.
Aujourd'hui, le maté n'est cultivé nulle part, on ne le recueille ^^JDc qu'à l'état silvestre, et un affreux gaspillage préside à la récolte de ses^ -^s feuilles et de son bois. — La yerba vient dans le conunerce de troi^^^ is provenances principales: le Paraguay, les Missions et la province dc^JBe Saint-Paul , par le port de Paranagua. La plus estimée est celle duc.*' Ju Paraguay; vient ensuite celle des Missions; la yerba de Paranagua^ .KJa occupe le dernier rang.
La méthode suivie dans la récolte de la feuille détermine ses dif-^!^ -fférentes qualités, suivant M. Bonpland , qui s'est très-spécialemen' -^r:»t occupé de cette plante, ainsi qu'on le verra dans le mémoire inédi -5: Jit de cet illustre botaniste publié à la fin de cet ouvrage. L'arbr^*'^^^ est identique partout , au Paraguay, aux Missions, à Rio-Grande. dans la province de Saint-Paul, dans les forêts d'Oran. Autrefois, surtout du temps des jésuites, la récolte se faisait avec un soin par^' ticulier. Les Indiens dirigés par eux mettaient à part trois espèces de feuilles : les jeunes, auxquelles on donnait le nom de caa-^uysz "] les petites,, nommées caa-mini; les grandes, caa-ffiuizu ; \e tout- — > suivant leur degré de développement. De plus, on avait grand soii:—- ^ de retirer les nervures et les queues de ces feuilles et les petites ' ches.... La yerba, à cette époque, étiiit donc aussi parfaite que pos sible. Enfin , on la cultivait , car des yerbales artificiels avaient él plantés près de chaque Mission, et leurs arbres, mieux tenus, mieu}^ gouvernés, plus espacés les uns des autres, exploités méthodiquement, devenaient plus vigoureux, donnaient des récoltes plus abondantes , et la feuille en mûrissait plus complètement. Aujourd'hui, tous ces soins sont négligés, une taille brutale fatigue les arbres, qui périssent par milliers. Tous les anciens yerbales cultivés ont disparu, et ceux qui restent dans les profondes forêts du Parana et de l'Uruguay sont très-fatigués.
Au Paraguay seulement, on a continué en partie l'ancienne méthode ; aussi la yerba de cette provenance est- elle bien supérieure à celle des Missions et de Paranagua. Quoique plus chère , elle est plus économique, car il en faut moins pour préparer un bon maté;
die est en outre beaucoup plus aromatique. Quelques personnes même, la trouvant trop forte, lui préfèrent la misionera ( des Missions). Cette dernière se consomme beaucoup à Montevideo, tandis que làparaguaya (du Paraguay) est exclusivement recherchée à Buenos-Ayres, quoique son prix soit presque double.
Au Paraguay, le gouvernement a le monopole de la vente de cette denrée, qui vaut sur les lieux 3 piastres (15 francs) les 12 kilogranmies (l'arrobe), mais qu'il vend de 6 à 8 piastres aux négociants qui l'exportent du pays. Les yerbales sont répandus presque sur toute la surface de cette république ; mais les plus fameux sont aujourd'hui ceux de Tacuru-Pucu, endroit désert, non loin de la grande chute du Parana et des versants méridionaux de la sierra de Maracayu. C'est dans ces environs aussi qu'existaient autrefois les meilleures terres à yerba; c'est là que les jésuites faisaient recueillir les meilleures qualités. Les gens qui exploitent aujourd'hui ces yerbales en vendent le produit au gouvernement à raison d'une piastre forte l'aiTobe (les 12 kilos). Comme ces endroits sont perdus dans d'épaisses f(îrêts qu'il faut traverser avec beaucoup de peine, et où se trouvent quelques Indiens insoumis , le gouvernement paraguayen emploie principalement des soldats à leur exploitation. Quant aux yerbales situés aux environs des endroits habités, ils sont exploités par les habitants, qui en vendent le produit aux agents du fisc.
Les yerbales des Missions, travaillés aujourd'hui, sont compris principalement dans la courbe que fait l'Uruguay vers le nord-ouest de la province de Rio-Grande do Sul , au delà des sept bourgs qui composaient autrefois les Missions orientales ou de la rive gauche de l'Uruguay. Ce sont ceux de Paso-Fundo^ Butucarahy^ Cruz- Alta^ San-Angel^ etc. Le centre, vers lequel convergent toutes les exploitations, est Cruz-Alta, qui envoie ses produits à Ttaquy, bourg très-important sur l'Uruguay, d'où ils sont expédiés par le fleuve poiu* le littoral. Au sud de Cruz-Alta , sur le chemin de Rio-Pardo, est un vaste yerbal, non encore exploité, et qu'a découvert M. Bonpland, en 1849. — On estimait, eu 1836, à 6,000 personnes, gagnant en moyenne 2 piastres par jour, le nombre des gens employés à la récolte de la yerba dans les Missions orientales.
Les yerbales des Missions occidentales recommencent à être exploités depuis trois ans , et se mettent à en envoyer d'assez fortes parties dans le commerce. Les prétentions du président du Paraguay à la suzeraineté de ce terrain avaient, jusqu'au traité du 6 juillet 1836, retenu les spéculateurs ; mais, depuis cette époque, des tra-
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vailleurs se sont répandus dans les yerbales qui sont de Tautre côté de San-Javier et qui étxiient exploités jadis. La yerba qu'on en tire est d'excellente qualité, et cette industrie, si Texercice n'en est pas gêné , peut acquérir un grand développement.
La récolte de la yerba se fait de la manière la plus simple et lar^X la plus sommaire. L'ouvrier monte dans un arbre, armé d'un long^.c~^ couteau ou façon ; il en abat toutes les petites branches , jusqu'à ce ^ n^ c( que celui-ci soit presque complètement dépouillé. Ces branches son*^.MrM: on réunies ensuite en petits fagots. — Non loin de là, le yerbatero (ré-'^'Tré colteur de yerba) a dressé en bambous (tacuara) une sorte de cag<>*?^-âgi haute de 3 à 4 mètres, sur laquelle il entasse mollement les branche: -*^-^^e récoltées. Dessous, il alhune un feu clair, mais peu ardent, de ma- .tf:^ -lanière que la chaleur et la fumée arrivent modérément au sommet d» 1^ dç la ratnada et sèchent graduellement la yerba qui y est entassée. -^
Il importe beaucoup que les menus bois, les herbes dont on aliment» Jl" ^te ce feu n'aient aucune mauvaise qualité et soient au contraire aro matiques ; la qualité de la yerba dépend en grande partie de cette pèce de torréfaction. Lorsqu'elle est bien sèche, on la porte un moulin broyeur. Ce moulin est une simple meule en pierre , placée de champ et manœuvrée par une mule dans une auge où o» la concasse ainsi grossièrement. Elle est mise ensuite dans des peaux de bœuf taillées carrément et cousues sur les côtés. Ces peaux, ramollies d'avance dans l'eau, se laissent distendre parla yerba qu'on y empile fortement de manière à former une sorte de gros oreiller dit sttron^ que l'on recoud avec une forte lanière de cuir. En se séchant, la peau se contracte et exerce une pression extrêmement forte sur cette poudre, qui se trouve alors parfaitement tassée. Ces surons , qui pèsent de 60 à 150 kilogrammes et même plus (6 à 10 arrobes), sont chargés soit à dos de mulet, soit sur des charrettes, suivant les localités, et expédiés aux ports d'embarquement sur les rivières.
Généralement les ouvriers qui recueillent la yerba vendent leur récolte de la journée aux propriétaires des moulins broyeurs. Ceuxci vont établir leurs appareils dans les environs des yerbales, et y installent des magasins où ils échangent des vêtements, des vivres, des boissons, contre la récolte de chaque jour, ou les payent en argent. L'enstironnage, qui réclame des soins, particuliers, se fait en grand et principalement dans les bourgs du voisinage ou dans des établissements créés exprès. Dans les Missions brésiliennes, le bourg
de Gruz-Âlta est le centre de ces exploitations, le lieu de dépôt des marchandises d'échange, et le point de départ des travailleurs qui vont se répandre dans les yerbales qui rayonnent autour à une distance de 20 à 40 lieues. Quant aux anciens bourgs des Missions, San-Miguel, San-Juan, San-Lorenzo, San-Luis et San-Angel, trèsvoisins des grands yerbales, ils sont en ruine et presque complètement inhabités. Toute la partie active de la population est aujourd'hui à San-Borja, à Itaquy et au centre de la province.
Dans la partie argentine des Missions, cette exploitation n'a pas encore la vingtième partie de l'importance qu'elle a aujourd'hui dans . les Missions brésiliennes, et le petit commerce auquel elle donne lieu se fait par l'Hormiguero, pauvre hameau sur l'Uruguay, en face du port de San-Borja.
Au Paraguay, toute l'exportation de la Yerba Maté se fait par l'Assomption, puisqu'elle est un des monopoles du gouvernement, et l'un des plus lucratifs.
Dans les yerbales de la province brésilienne de Parana, qui a été distraite de celle de Saint-Paul et occupe les anciennes Missions de laGuayra, conquises, comme celles de la rive gauche de l'Uruguay, sur l'indolence espagnole, il y a aussi quelques exploitations assez suivies ; mais la Yerba se consomme plutôt sur les lieux à cause des frais de transport. Il en arrive pourtant une certaine quantité à Paranagua, qui exporte aussi celle que l'on recueille dans les forêts de la province de Sainte-Catherine.
Dans les bois des vallées du San-Francisco et d'Oran, croit également rilex à Maté ; nous l'y avons reconnu nous-méme, mais il n'est pas si vigoureux, ni si abondant que dans la région du haut Uruguay. Cependant quelques personnes ont préparé là de la Yerba qui s'est consommée dans les provinces de Salta et de Jujuy .
Telle est l'exploitation actuelle de la Yerba Maté. Faite sans méthode, elle est éminemment funeste aux yerbales, ainsi que le remarque M. de Bonpland (Mémoire cité). Comme tous ces bois appartiennent à l'État, il serait à désirer que cette exploitation fût soumise à des règlements conservateurs, et qu'on ne détruisit pas ainsi de véritables richesses. Mais comment faire observer la police dans des forêts vierges, dans des lieux où les habitations sont si rares, et où l'homme, perdu dans les grands bois, accepte presque naturellement la vie sauvage.
La récolte de la Yerba Maté se fait toute l'année; cependant la feuille Ai mieilleure à la fin de l'été, elle est plus mûre ; malheureusement,
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on ne tient pas compte de cette circonstance. Les travanx des jésuites ont prouvé que Yllex Paraguayetisis pouvait être cultivé jusqu'au 30* degré, puisqu'ils avaient un Yert)al artificiel à Yapeya. M. de Bonpland assure qu'il en a vu qudiques pieds en bon état à File de Martin-Gareia.... — La culture de cet arbre précieux pourrait donc être entreprise sur une grande échelle dans les provinces de Corrientes, de Tucuman, de Salta, de Jujuy, et donn^ des profits considérables à ceux qui voudraient sérieusement s'en occuper. Le Maté se reproduit parfaitement bien de graines, mais il est délicat les premières années et réclame quelques soins que l'arboriculture argentine, encore à l'état nidimentaire, ne sait point donner.