ORANGER
L'Oranger [Citrus aurantium^ — Aurantiacées) a été' importé dan le bassin de la Plata. Mais il y a trouvé un sol et un climat si favo râbles qu'il s'y est multiplié à l'infini, et est même devenu sauvage certains endroits où il forme de véritables forêts.
Ainsi, nous l'avons dit en parlant du bas Parana, il y a dans
delta des îles qui sont couvertes de ces arbres. Ils se retrouvent partout également, mais plus ou moins nombreux, dans les lies du hira^ du fleuve, dans celles de l'Uruguay et quelquefois même sur les bords de ces deux ri\ières. En remontant vers le nord, l'Oranger est encore plus multiplié ; les forêts des Missions, celles du Paraguay en smit pleines; il abonde dans le Chaco, on le retrouve dans les bois de la région tropicale, dans la vallée du San-Francisco, dans les bois d'Oran, dans ceux de Tucuman, et nous savons qu'il est aujourd'hui répandu dans toute la zone équinoxiale de l'Amérique du Sud«
Dans les lies du Parana et de l'Uruguay, les fruits donnés par ees arbres sont aigres ; dans les Missions et le Paraguay, il y en a beaucoup c[iii sont doux et d'une belle grosseur, da sait d'ailleurs que l'Oranger doux se reproduit parfaitement de graines, et kg perroquets, qui sont fort avides de son fruit, en sèment partout les pefMOS, ce qui explique comment l'aAre s'est autant répandu. L'Oranger fleurit en octobre et mûrit en a\Til ; la récolte s'en fait^n mai et juin, maisle fruitpeut rester beaucoup pluslongtemps sur lesarbres eUdiuner ainsi jusqu'en septembre.
L'Oranger sauvage n'est exploité que pour son bois qui est etceilent pour le tour, les manches d'outils, l'ébénisterie... Près des centres de population, on va chercher, soit dans les lies, soit dans les forêts, de jeunes sujets de trois à quatre ans, que Ton trsmsplante et que Ton
grefiEe. Beaucoup reprennent ainsi et ilonskent très-promptement d excelleais fruits ea abondauée. Dans les Missions et au Paraguay, on va recueillir les <>raiiges douœs des bois pour n'avoir pas ii ôe donner la peine de planter les arbres.
L'Oranger prospère surtout à partir du 32** degré en remontant vers le oerd ; on le cultive àBiiéûos-Ayres, à Montevideo, etc., etc., mais il n'y atteint pas une si bdtle taille qu'à Santa-Fé, à Parana, à Corrientes, où cet arbra, même abandonné à lui-même, devient magnifique. Les oi'anges du Paraguay, de la Rioja et d'Oran sont les plus renommées ; mais tout arbre bien gouverné donne d'eKcelientes oranges partout, lorsque le sol «t le climat lui sont favorables : aussi ce végétal précieux pourrait être facilement multiplié plus qu'il ne Test sur le littoral et donner un bon revenu.
Oh ne se ligure peut-être pas l'importance qu'a le commerce des oranges daiEfes la Plata, par suile de l'immense consonunation qui s'en fait dans les villes de Montevideo, de Buénos-Ayres, de Rosario, etc., où cependant on pourrait cultiver en graad et très-lucrativement l'arbre qui les produit. Tous les ans, aux mois d'avril et de mai, partent de TAssoraption, de Nembucu, de petits navires qui, chargés de milliers d'oranges, descendent le Paraguay et le Parana en naviguant jour et nuit. Ils arrivent ainsi, en huit ou dix joinrs, au port de Buénos-Ayres où ils les vendent, soit à des spéculateurs, soit en détail, à un prix qui varie de S à IS francs le cent, suivant les arrivages, la saison..., La «iUe de Corrientes, Caacaty parle port de Santa-Isabel, Bella-Vista, Goya, Santa-Fé, en exportent également. L'industrie des plantations d'Orangers, à Corrientes, a enrichi plusieurs familles, et depuis que cette spéculation agricole a pris faveur, le nombre des plantations a singulièrement augmenté.
En eÉfet l'Oranger est un arbre robuste, sujet à peu de maladies, qui résiste parfaitement à 'la sécheresse et à la sauterelle, les deux fléaux de la culture dans la Confédération argentine. Un peu soigné, il commence à donner du fruit à l'âge de six ans et est en pleia rapport à huit; il dure un siècle, et dans un bon terrain un grand arbre porte jusqu'à 3,000 oranges et même plus. A Corrientes on compte que, bon an, mal an, tous frais déduits, avec mie culture très-Buperâcielle, un Oranger donne deux piastres de revenu. A Santa-Fé, le rapport est plus considérable à cause du moindre déchet, et de la diminution des frais de trainsport, par suite de la proximité des oentres de consommation. Cette culture est donc des plus avant^euses, et si Ton ne s'en occupe pas davantage, c'est que peu
de gens peuvent ou veulent faire les avances exigées par une planta- . tion de ce genre, laquelle a besoin de huit années pour être en plein rapport. Mais alors ce qui reste à faire est peu de chose, et ceux qui ont eu assez de courage, de persévérance et de ressources, pour créer un grand verger d'Orangers, laissent une fortune considérable à leurs familles. C'est ainsi que, grâce à leur persévérance dans cette culture, les frères Escobar à Corrientes, deux jardiniers espagnols ont fait de leur maison une des plus riches de la province. Mais dans la Plata, on s'est trop habitué à vivre au jour le jour : on dit de l'Oranger ce qu'on dit des autres arbres fruitiers, de la Vigne, du Poirier. . . : il faut^ trop de temps pour qu'un arbre donne du fruit, et de plus nou& n'avons personne pour le cultiver, la sauterelle nous gène, etc., etc- Et cependant, nous ne saurions trop le répéter, le produit est certain. et la réussite des plantations assurée.
Le Citronnier prospère non moins bien que l'Oranger et donne des fruits énormes. Il en est de même du Cédratier et de toutes les espèces du môme genre, qui sont très-nombreuses.
L'orange et ses variétés servent également ici à faire diverses sortes de conserves et de sucreries , qui sont d'une grande consommation dans tout le pays. Jja fleur n'est employée à aucun usage. Toute l'eau distillée dont on use dans la Plata vient d'Euifepe ; et pourtant la fleur se produit en quantités immenses au printemps, surtout sur les Orangers sylvestres, qui ont encore plus de fhiits que les Orangers cultivés; mais on n'a point de bras , et surtout de bras assez sîoigneux pour la recueillir.