‹ Description géographique et statistique de la confédération Argentine (volume 3)Chapitre 14 sur 193 · ILES DD PARANA · texte numérisé non relu

ILES DD PARANA

Ce grand fleuve est semé d'îles, surtout dans son cours inférieur. Au-dessus de l'Ile d'Apipé, elles sont petites et rocheuses, entourées de bancs de sable, rarement inondées lors des crues ; du reste peu nombreuses. Les deux grandes îles d'Apipé et de Yaureta, qui barrent pour ainsi dire la rivière, sont couvertes de grands bois que Ton exploite utilement. Au-dessous, jusqu'à Corrientes, les îles assez élevées également au-dessus des eaux et défendues par des roches, sont toujours très-petites et sans caractère alluvial. A partir de Corrientes jusqu'au delta, toutes sont constituées par un sable argileux qui se recouvre d'une abondante végétation. Ce caractère argileux des formations alluviales du Parana est d'autant plus remarquable, qu'il se produit pour ainsi dire sous les yeux, et qu'en descendant dans ces îles, on y voit des couches d'argile smectique se former au milieu des sables, et trancher par leur gris bleuâtre sur le jaune brillant du dépôt arénacé. La formation de ces tles a quelque chose qui les rapproche en apparence de celles qui se forment aujourd'hui par l'action des dépôts madréporiques dans le grand Océan. Les bords en sont relevés, et le milieu est presque toujours occupé par une lagune qui communique avec le fleuve par un étroit «anal. Avec le temps et les dépôts de végétaux qui s'entassent sous l'influence de l'humidité et de la chaleur, elles s'exhaussent lentement ; des arbres de toute nature, mais principalement des saules (sauces), y prennent racine et contribuent à en consolider le terrain. Puis viennent les ceibos (érythrine) aux fleurs éclatantes, les talas^ les curupaïs^ les viraros, les ombus même, et le terrain consolidé offre désormais un sol inattaquable aux grandes eaux, qui se contentent d'en ronger les bords et de s'y ouvrir quelquefois des canaux.

Ces îles se multiplient dans le voisinage des rives basses du fleuve, comme le long du Chaco, vers la Esquina, aux embouchures des petites rivières. Depuis Corrientes, il n'y a pas un seul point du Parana où elles manquent, mais elles sont inégalement réparties ; elles lui donnent surtout, à partir de la Bajada vers le sud, l'aspect d'une suite de lacs communiquant les uns avec les autres par des canaux de largeur variable. En certains points les masses d'eau qu'on embi'asse d'un seul coup d'œil sont réellement énormes.

Ces îles sont peuplées d'un nombre infini de cerfs, de capibaras, de jaguars, et les oiseaux aquatiques y pullulent. Quelques-unes sont habitées par des bûcherons ou des pâtres qui y amènent un peu de bétail. Près du Rosario, on a formé des établissements agricoles dans les plus grandes; et leur exploitation, à ce point de vue, peut devenir très-lucrative. Il en est de même de toutes celles du Delta paranien où l'on fait aujourd'hui du charbon et où l'on recueille quelques bois médiocres pour les constructions. On a même conamencé à planter avec avantage des arbres forestiers. Ce sol d'alluvion est, on doit le comprendre, d'une extrême fertilité, mais on n'en a pas encore exploité la centième partie. Tout est à faire dans ces riches dépôts du fleuve, qui n'ont d'autre inconvénient que la hauteur des eaux dans quelques crues extraordinaires , et le grand nombre des moustiques qui les infestent dans les temps orageux.

CRUES DD PAAANA.

Né dans la zone torride et y possédant les affluents qui lui donnent le plus d'eau, le Parana croit en raison directe des pluies qui tombent dans cette zone. Or, sur les 170,000 lieues carrées, chiffre auquel oous avons évalué la superficie de son bassin, la moitié est comprise entre les 13* et 27" degrés de lat. S. Dans cette partie du globe, les pluies commencent fin octobre et durent jusqu'aux mois de mars et d'avril, c'est-à-dire six mois de l'année. C'est donc en décembre ou janvier que commencent les crues, et elles durent également six mois, jusqu'en juillet. On sait quelle est l'énorme quantité d'eau qui tombe entre les tropiques dans la saison chaude ; toutes ces eaux descendent vers le Parana qu'elles grossissent lentement : c'est d'ordinaire au mois de mars que le fleuve a le plus d'eau. Cependant il arrive quelquefois que la crue, après avoir commencé, s'arrête tout à coup en février, et que les eaux baissent pour remonter ensuite quinze jours ou un mois après; il y a ce que l'on appelle un repunte (petite crue nou-

velle). Il y a de plus, pendant les six mois qiie dure la crue, des variations fréquentes dans le niveau général, suivant les irrégularités des pluies dans le bassin supérieur du fleuve.

n est assez difficile d'établir la hauteur de la crue moyenne des eaux, cela dépend des endroits. A Parana , où la rivière a 4 lieues de large, elle nous a paru être de 4 mètres dans les crues ordinaires; c'est aussi le niveau que nous avons trouvé à Corrientes. A Itapua, elle n'a que 3 mètres au plus. Dans ces crues moyennes, la plupart des lies restent à sec, il n'y a d'inondées que celles qui sont très-basses. A cette époque aussi, tous les affluents latéraux des terrains bas du Chaco, de Santa-Fé, de l'Entre-Rios et de Corrientes , ont leurs eaux refoulées par celle du fleuve et débordent souvent dans la partie inférieure de leur cours.

Mais lors des grandes crues, comme en 1825 et en 1838, les phénomènes sont tout différents, et il n'y a rien d'imposant comme cette immense rivière, qui forme alors des nappes sans fin, attaque le pied des hautes berges de l'Entre-Rios, et en fait tomber des pans entiers en les affouillant. Toutes les îles sont couvertes et se signalent seulement par leurs arbres, dont beaucoup sont entraînés par le courant. Les tigres et les cerfs, qui les habitent, gagnent la campagne, quelques-uns se réfugient dans les îles flottantes de débris divers qu'emmène fleuve, et vont échouer sur les plages basses. On en a vu ainsi venir à Santa-Fé, à Buenos- Ayres et môme à Montevideo. Dans la crue de 1858, des navires recueillirent des cerfs qui ne pouvaient gagner la terre ferme , et un assez grand nombre de tigres furent tués aux environs de Santa-Fé , et même à las Couchas près de Buénos-Ayres. Dans ces cas-là, la crue est au moins de 8 mètres , et l'on se figure quel énorme volume d'eau un aussi puissant fleuve doit amener dans la Plata. Ce qu'il y a de plus curieux, c'est l'incroyable quantité d'une plante aquatique, dite camalote (c'est une Pontederia) qui est entraînée par les eaux. Elle couvre de grands espaces d'un tapis vert flottant qu'égayent ses belles fleurs bleues et sur lequel les oiseaux viennent se reposer. La population est si peu nombreuse sur ces rives, que de pareilles inondations causent peu de désastres; cependant les parties basses du sud de TEntre-Rios, toutes les rives du Chaco et du nord de Santa-Fé sont inondées sur une grande largeur. Mais comme la crue se fait lentement, on a le temps de retirer le bétail qui pourrait eu souffrir.

Ces grandes cnies sont fort rares, puisque l'on ne cite que

celles de i825 et de 18f)8. JSou^ avons vu cette dernière et n'oublierons jamais le spectacle que présentait une pareille masse d'eau.

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