‹ Description géographique et statistique de la confédération Argentine (volume 3)Chapitre 15 sur 193 · NAVIGATION · texte numérisé non relu

NAVIGATION

Les navires de tout tonnage peuvent remonter le Parana, à Tépoque des crues, jusqu'à Corrientes. Aux basses eaux, les goélettes seules ne calant pas plus de 2 mètres et demi peuvent franchir le paso de San-Juan; les navires d'un plus fort tirant d'eau ne peuvent aller que jusqu'à la Paz. Aussi les grands vapeurs de guerre et les corvett^îs qui remontèrent le fleuve avec le convoi marchand qui fut à Corrientes en 1846, l'escadre brésilienne en 1855, durent choisir les mois de janvier et de février pour ces expéditions. A cette époque de Tannée il y a en eflfet assez d'eau pour que l'on puisse passer partout.

Depuis que l'accroissement des relations commerciales a fait de Rosario le troisième port de la Plata, des navires de tout gabarit y sont venus mouiller en toute saison ; pareille chose est arrivée à Parana. Pour les autres ports au-dessus, tels que la Paz, Goya, Bella-Vista, Corrientes et ceux du Paraguay, ils ne reçoivent guère encore que des goélettes et des bricks.

Cette navigation est naturellement très-lente, et il faut, terme moyen , deux mois pour aller de Buénos-Ayres à Corrientes. Les vents dominants dans le fleuve sont les vents de nord et nord-nordest d'une part, et de l'autre les vents du sud et du sud-est; mais les premiers soufflent deux fois plus souvent que les autres, et l'on ne peut guère compter, par mois, que sur dix jours au plus de veut favorable à la remonte. Il serait fort à désirer que des bateaux à vapeur remorqueurs vinssent s'installer sur cette rivière; mais les besoins ne sont pas encore assez grands pour qu'on puisse maintenant couvrir les frais d'un pareil établissement. Dans l'état actuel des choses , un assez grand nombre de vapeurs ordinaires naviguent et desser\ent tous les points du fleuve.

Le cabotage est généralement entre les mains d'Italiens, excellents marins et rompus à cette navigation. Les patrons de ces petits navires sont pour la plupart des pères de famille établis depuis de longues années dans le pays, et dans lesquels le commerce a une entière confiance. Depuis que le nombre des steamers a augmenté, ils ont absorbé presque tout le mouvement des passagers, à la remonte surtout; mais le transport des produits

suffit encore pour maintenir un cabotage très-actif et avantageux.

De Corrientes à Tîle d'Apipé, la navigation n'est entretenue que par quelques goélettes qui vont chercher du buis et quelques produits du département de Caa-Caty, tels qu'oranges, mélasses, tabacs, etc., etc. De l'autre côté de l'tle, la navigation est nulle, puisque les Missions sont désertes et que le commerce paraguayen y est insignifiant. Les pirogues de guerre de cette nation sont les seuls navires qui troublent la solitude du grand fleuve dans cette région.

Au-dessus du grand saut de Maracayu, les Brésiliens avaient autrefois une navigation qui leur permettait d'arriver par eau jusqu'à Cuyaba, en franchissant le portage de Camapuan. Une flottille partait chaque année du port de Sao-Paulo, qui est à 23 lieues de cette ville, sur le Rio-Tieté; elle descendait jusqu'au Rio-Grande ou Parana^ puis ce même fleuve jusqu'au Rio-Pardo ; ensuite elle remontait cette dernière rivière jusqu'aux collines de Camapuan, par 19^ 30' dans le sud de la province de Cayaba. Là, on déchargeait les canots et les marchandises, on les portait dans des charrettes fournies par un estanciero (fermier) qui s'était établi ad hoc dans ce canton, jusqu'aux rives du Cuxim qui tombe dans le Tacuari^ sur lequel on se rembarquait.

Le Tacuari portait la flottille dans le Rio-Paraguay, que l'on remontait jusqu'au San-Lorenzo, puis on entrait dans cette rivière, et enfin dans le Cuyaba, son affluent, et l'on amvait après une longue et pénible navigation à la ville de ce nom, terme du voyage. Cette navigation, horriblement pénible à cause des rapides, des déserts que Ton traversait, de la présence des Indiens sauvages qui attaquaient souvent les convois, durait presque un an. Aussi avait-elle fini par être à peu près abandonnée, et tout le commerce entre Rio-de-Janeiro et Cuyaba se faisait par des troupes de mules qui parcouraient près de 400 lieues, de l'est à l'ouest, à travers les provinces de Minas- Geraes, Goyaz et Mato-Grosso. Depuis 1857, par suite du traité avec le Paraguay, les communications se f ont par le Parana, le Rio-Paraguay et ses affluents, ce qui fait une navigation intérieure de 700 lieues, de Buénos-AjTes à Cuyaba. La ville de l'Assomption se trouve juste à moitié du chemin. Des vapeurs brésiliens parcourent aujourd'hui cette longue route, et le port d'Albuquerque, par 19° 31' sur la rive droite du Rio-Paraguay, a pris une importance qui augmente tous les jours.

La première et longue route, par terre et sur diverses rivières, s'évaluait ainsi :

De Saint-Paul au porl d'eml)arquemenl sur le Tieté 23 lieues.

Navigation à la descente sur le Tielé 152

Id. sur le Parana ou nio-drande 29

Id. à la remonte sur le Rio-Pardo «... 75

Portage de Camapuan. Par terre 3

Navigation à la descente sur le Kio-Gamapuan 1/|

Id, à la descente sur le Guxim ixd

Id. sur le Tacuari 90

Id. à la remonte sur le Rio-Paraguay 39

Id. sur le San-Lorenzo 25

Id. sur le Guyaba. 6/i

Total 554 lieues.

De plus, on comptait de Ciiyaba à Villa-Boa, capitale de la province de Mato-Grasso, par terre, 94 lieues. Et pendant cette longue et éternelle route, on avait à franchir :

Sur le Tieté 55 rapides ou cacboeiras.

Sur le Rio-Pardo 33 id.

Sur le Guxim 1!x id.

Sur le Tacuari 1 id.

En tout 113. En beaucoup d'endroits, il fallait décharger et recharger les embarcations. Que Ton juge des diflicultés d une pareille voie et des souffrances qu'avaient à supporter voyageurs et marins. Un officier et un peloton de troupes accompagnaient la flottille, et quelques canons à pivot armaient Tembarcation de guerre. Aussi les Indiens Tupis se bornai(^nt-ils à la saluer de quelques volées de flèches, dont on se garantissait en tendant des cuirs. LesMangers les plus sérieux venaient des fatigues de la navigation, du manque de ressources et des maladies qui en sont la suite. On comprend donc quel intérêt grave avait le Brésil à exiger du président du Paraguay la libre navigation, de l'Assomption au fort Bourbon, alors que le gouvernement de la Confédération avait dégagé de toute entrave celle du Parana.

§ V. — Rio-Y-Guazu,

Cette puissante rivière forme la limite-nord de la Confédération avec le Brésil dans le territoire des Missions. Elle débouche dans le Parana par 25° 40' environ, et 36'' 30' de long, occidentale. Les Brésiliens l'appellent Rio-Grande-de-Curitiba. Elle est formée par les

nombreux cours d'eau qui viennent, d'une part, de la ^ierra des ■Missions, de Tautre, des montagnes de Sainte-Catherine et de Saint- Paul. Faute de population, ce fleuve magnifique coule dans le désert. Il fut cependant navigué un des premiers lors de la découverte, car Alvar Nufiez Cabeza de Vaca, en 1541, y embarqua ses malades dans les canots que lui prêtèrent les Guaranis qui vivaient alors sur ses bords, et le nommaient TEau-Grande , Y-Guazu. A 2 lieues de son embouchure dans le Parana, il a, suivant Azara, une cataracte qui ressemble à celle de ce fleuve pour la puissance et la mîisse d'eau. C'est un rapide de 1,300 mètres de long, mais l'eau s'y divise en trois canaux. La chute totale est de 26 mètres; dans certains endroits elle est presque perpendiculaire, dans d'autres, oblique. Cet obstacle interrompt absolument la navigation, et il faut établir un portage. Les bords de l'Y-Guazu du côté argentin sont bordés d'épaisses forêts vierges où errent quelques Indiens Tupis, absolument sauvages, et que les Brésiliens appellent Bugres. L'Y-Guazu reçoit vei-s 5o° 30' le San-Antonio'Guazu^ rivière mal connue encore, qui forme la limite E. avec le Brésil.

§ VI. — Rio-Paraguay ,

Quoique le Rio-Paragumj ne compte encore aucun établissement argentin sur la partie de la rive droite qui appartient à la Confédération, sa navigation n'en est pas moins de la plus haute importance pour la prospérité du pays.

On a souvent comparé le Mississipi et le Missouri de l'Amérique du Nord avec le Paraguay et le Parana de l'Amérique du Sud, et certainement il y a une grande ressemblance dans la condition physique de ces cours d'eau. De môme que la plaine, origine du Mississipi, verse à la fois ses eaux, au nord vers la mer Polaire, à . l'est vers la baie d'IIudson, au sud vers le golfe du Mexique : le Paraguay prend naissance dans une plaine peu élevée, point de partage des eaux qui vont aux affluents de l'Amazone, vers le nord, et à ceux de la Plata vers le sud.

Le Missouri, plus long, plus large et plus abondant que le Mississipi, au lieu de naître dans une plaine, s'élance de la grande chaîne occidentale et fait un grand détour par le nord-ouest pour venir des montagnes rocheuses mêler ses eaux torrentueuses et troublées à celles de son compagnon plus calme et plus clair : ainsi 1(^ Parana, faisant un grand détour par nord-est, et descendant detj

moijU^gnes du Brésil, où il a reçu les eaux d'un nombre immense de tribuUûres, >ient recevoir les Ilots tranquilles du Rio-Paraguay et les porter, trois cents lieues plus bas , à TOcéan , après un cours total de 2,400 milles.

Le Paraguay, dans son développement de 13 degrés en latitude, depuis 13" 30' où se trouvent ses sources, jusqu'à sa jonction avec le Parana à las Tres-Bocas, par 27" dîî', s'écarte peu de la ligne droite. Sa direction est à peu de chose près du nord au sud ; mais dans ce long parcours, il présente de remarquables phénomènes au point de vue hydrographique, par les lagunes avec lesquelles il communique, l'étendue des terrains qu'il inonde et le régime de ses eaux. C'est un canal généralement profond, sans chute ni rapides, d'une largeur médiocre, si on le compare à son puissant voisin, mais qui, plus accessible que lui, peut permettre aux embarcations d'outre-mer de pénétrer presque au centre du continent sud-américain .

Le plateau sur lequel le Paraguay prend sa source, et qui a été examiné par l'expédition scientifique française que conduisait M. de Castelnau, en 184S, est situé par 13" 30' de latitude sud et 59" 20' longitude ouest. C'est une plaine dont l'ossature est constituée par le grès rouge, qui forme ça et là quelques collines; sa hauteur moyenne est de 303 mètres au-dessus du niveau de la mer. Le sol qui la forme est mou, semé de marécages et comme spongieux; il y a quelques bouquets de bois et surtout des palmiers carandays qui aiment les endroits humides. Plusieurs lagunes rondes et très-profondes se trouvent dans cette plaine, et lui ont fait donner le nom de llano de las Siete-Layunas. Cependant, il n'y en a que trois , les unes proches des autres , qui soient regardées comme les sources du Paraguay. De la plus grande, longue d'environ 100 mètres et large de 23, sort un assez fort ruisseau, qui, à quelque distance de là, en reçoit un autre formé des nombreuses infiltrations de la plaine et nommé Paraguay-Zinhur, Les deux ruisseaux réunis gagnent le bas du plateau, et prenant une direction sudouest, reçoivent le Puri^ et bientôt une foule d'autres ruisseaux, qui, fournis par les coteaux des environs, font déjà du Paraguay, quelques lieues plus bas, une grosse rivière.

Mais indépendamment de ces sources, qui se dirigent vers le sud, le même plateau fournit des courants d'eau qui prennent une direction opposée et tombent dans le Tapajos ou Arinos, lequel se rend à Y Amazone. A la partie orientale du pla-

teaii, près de la ferme de VEstivado^ naissent d'une part, le TombadoVy affluent du Cuyaba, et de l'autre, YEstivado qui va à l'Arinos. Le propriétaire de cette ferme fait quelquefois communiquer ces deux ruisseaux ensemble par un fossé, pour arroser son jardin et ses prés dans la saison sèche.

On voit les facilités qu'il y aura un jour, lorsque le pays sera suffisamment peuplé, pour relier par des canaux les bassins de la Plata et de l'Amazone, et créer ainsi des voies commerciales d'une immense étendue.

Du reste, cette facilité de passer d'un bassin dans un autre se retrouve à trois degrés au sud-ouest, entre le Jauni et le Guapore, Le Jauru, rivière profonde et peu rapide, reçoit vers 16** de latitude YAguapey^ qui vient de l'ouest, et qui est également navigable jusqu'à un terrain médiocrement élevé qui n'est qu'à 4,000 mètres du Rio-Alegre; celui-ci va au Barbados^ qui tombe lui-même dans le Guapore.

Cette grande rivière (le Guapore)^ que Ton désigne aussi sous le nom d'//^eç, a son cours vers le nord-ouest,où,se joignant au itfomore et au Béni, elle forme le grand fleuve Madeira^ l'affluent principal de l'Amazone, puisqu'il n'a pas moins de 540 lieues de cours, depuis la source du Guapore jusqu'à son embouchure. Le portage entre TAguapey et le Rio-Alegre a été déjà établi plusieurs fois , et les canots ont été ainsi transportés d'une rivière dans l'autre. Un peu plus d'activité agricole et commerciale dans les provinces boliviennes de Moxos et de Chiquitos, rendra probablement cette voie beaucoup plus fréquentée qu'elle ne l'est aujourd'hui. Les Portugais en ont pourtant profité plus d'une fois pour se rendre par eau entre Cuyaba et Mato-Grosso (Villa-Boa). Ordinairement la communication entre ces deux villes se fait par terre, par une route directe de 94 lieues, tandis que par le Cuyaba, le San-Lorenzo, le Paraguay, le Jauni, son portage et le Guapore, il y en a bien 300. Mais aujourd'hui que la navigation à vapeur est établie sur le haut Paraguay par les Brésiliens, il y aurait peutêtre avantage à faire communiquer ces deux villes par la voie fluviale.

Cette navigation rétablirait aussi sans doute les communications qui existaient, lors de la conquête, entre le Pérou et le Paraguay, et dont la route a été complètement abandonnée ; et cela malgré la proximité des Missions de Chiquitos avec les lacs navigables A'Uberava^ de Gaïva, de Mandioré^ qui reçoivent les eaux du Paraguay par des canaux profonds, et ne sont séparées des campagnes de Chiquitos que par la sierra couverte de bois de San-Femando. A Té-

poque de la conquête, Oyolas, Irala, Chaves, y passèrent pour aller au Pérou et revinrent par le môme chemin. L'état d'isolement dans lequel se sont trouvées ces provinces et leur décadence après IVxpulsion des Jésuites, la rivalité entre le Portugal et l'Espagne, et enfin l'interdiction que Francia mit pendant vingt ans sur les communications du Paraguay avec le reste du monde, tous ces motifs réunis ont contribué à mettre ce chemin en oubli.

Du plateau où il a pris sa source, le Paraguay se dirige au sud-ouest en formant un demi-cercle, et s'engage dans un pays plat, couvert d'épaisses forêts séparées par quelques champs généralement déserts. La route de Cuyaba à Mato-Grosso le coupe en passant par le bourg San-Lms-de-Villa-Maria^ fondé en 1778 par 16° 3'. Là il est parfaitement navigable en toute saison. Au-dessous de Villa-Maria, par le" 25', se présente l'embouchure du Jauni; une bonie de marbre blanc (1) sur la rive gauche, posée en 1734, y marque la ligne frontière entre la Bolivie et le Brésil. Le Jauru , canal profond, n'a là que 80 mètres de large. C'est aussi à cet endroit que la rive droite du Rio-Paraguay s'abaisse assez pour être complètement inondée à l'époque des crues, et forme l'extrémité sud de ce grand terrain marécageux qu'on avait nommé jadis Lagima-delos-Xarayes, Sa rive gauche ne s'abaisse que quelques lieues plus loin, à la Piinta-del-Escalvado, A partir de ce point et du même côté, à part quelques petites hauteurs formant des îles à l'époque des crues, sur une étendue de drux degrés en latitude, jusqu'au jV6o/e/ey ou Rio-de-Mirauda, tout le terrain est entièrement plat et horizontal et s'inonde jusqu'à 15 à 20 lieues dans l'intérieur. Le San-Lorenzo^ le Tacuari, s'y creusent les canaux profonds par lesquels ils entrent dans le Paraguay ; le premier par deux bouches, dont la méridionale a été longtemps prise pour une rivière particulière, sous le nom de Cheané; le second par quatre, qui ne sont reconnaissables qu'aux basses eaux. Lors des crues, les canots traversent, avec de bons guides, tout ce labyrinthe de lagunes, d'îles, de canaux, et peuvent aller directement du Mbotetey dans le Cuyaba.

La rive droite au-dessous des terrains inondés du Jauru présente un tout autre aspect ; car une chaîne de collincîs médiocrement élevées borde le fleuve, tout en laissant des passages par où h^s eaux communiquent avec une série de lagunes denùère lesquelles s'élève une véritable chaîne de montagnes dite sierra de San-Fenmndo^

(1) Elle a été vue par Texpéditiou Castelnau en 1846.

qui sépare cette région de la province de Chi'^uitos. Ces lagunes, qui forment un système fort remarquable, sont peu connues, quoique les commissaires des limites en aient parlé, et que des officiers de marine français au service du Brésil, MM. Leverger et Beaurepaire, en aient fait la description. La plus septentrionale, la Uberava^ paraît la plus grande. M. de Castelnau, qui a navigué dessus, dit que les Indiens refusèrent de le conduire à son extrémité, affirmant qu'il fallait trois jours de navigation et que les tempêtes y étaient fréquentes et dangereuses. M. Leverger ne lui donne que 3 lieues de diamètre et une forme ronde. Celle de Gaïva^ qui communique avec elle par un large canal, est plus petite, très-profonde et bordée à l'ouest par de hautes montagnes. La troisième, celle du Caracara^ est petite, entourée partout d'épaisses forêts. Les commissaires des limites, en 1734, assignent au quatrième lac, celui de Mandioré, 13 lieues de tour et la forme d'un pied humain. Des montagnes le bordent également à l'ouest; des coUines boisées le séparent du Rio-Paraguay. Tous ces lacs communiquent ensemble et avec le fleuve par im grand nombre de canaux perdus dans les bois, et dont quelques-uns sont trèslarges ; leurs eaux croissent et diminuent avec lui. Il est très-probable que, lors de la découverte, quand les conquérants du Paraguay communiquaient si facilement avec le Pérou, c'était par ces lacs qu'ils s'approchaient ainsi des terres les plus occidentales. Azara regarde les lacs, soit de Gaïva, soit de Mandioré, comme étant le port de los Reyes d'Irala, alors que ce chef y laissa ses navires en se rendant au Pérou. Cette route, aujourd'hui oubliée, paraissait toute naturelle alors, et l'on ne voit pas que les Espagnols aient rencontré le moindre obstacle dans leur voyage, si ce n'est quelques tribus indiennes dont ils vinrent très-facilement à bout. On peut, d'ailleurs, consulter à ce sujet le récit d'Ulrich-Schmidel, qui raconte l'expédition d'Irala.

Profitant d'un terrain découvert au pied des coUines de la rive droite, les Brésiliens ont élevé dernièrement, presque en face de l'embouchure du San-Lorenzo, le petit fort de los Dorados, afin de prendre droit de possession sur cette rive et de contenir les Indiens, assez pacifiques du reste, qui errent dans ces archipels. Un peu audessous de ce fort, le fleuve se divise en deux branches, enserrant ainsi une île de 50 milles de long et de 8 à 10 de large. Le bras occidental étant moins large, porte le nom de Paraguay-Mini ; l'oriental, celui de Paraguay-Guazn, On navigue généralement sur le premier à cause de sa profondeur, et c'est sur ses bords, un peu

avant sa réunion avec Fautre branche, qu'en 1770 les Portugais fondèrent le premier fort d'Albuquerque, nommé aujourd'hui Corumba. C'est une simple enceinte palissadée, autour de laquelle se groupe une faible population ; là est aujourd'hui la douane principale de la province.

A une lieue au-dessous de Corumba se réunissent les deux branches du Paraguay, puis le Tacuari y débouche par les quatre bras dont nous avons parlé. Ces bras se séparent du canal principal à une vingtaine de lieues à l'est et circonscrivent un delta qui s'inonde complètement aux crues. C'est par cette rivière que venait autrefois la flottille de Saint-Paul, après avoir remonté le Rio-Pardo. Au-dessous du Tacuari débouche du même côté le Mbotetey, appelé aussi Riode-Mondego, et par les Rrésiliens Rio-de-Miranda, à cause du petit fort de Miranda, élevé sur ses bords à une quarantaine de lieues de son embouchure. Le Rio-Mbotetey servait, au seizième siècle et au commencement du dix-septième, de limites aux établissements espagnols du nord du Paraguay. Ils y avaient bâti, en 1679, la ville de Xérès qu'ils abandonnèrent bientôt, peut-(Hre à cause des inondations, et allèrent bâtir un autre Xérès dans la sierra de Camapuan. Celle-ci fut ruinée par les Paulistes, au commencement dû seizième siècle, et les nombreuses populations indiennes, réunies en enconmienda (commanderie) par les Espagnols, furent dispersées.

Au-dessous du Mbotetey, sur la rive gauche, est le port actuel d'Albuquerque, fondé en 1827 avec une fraction de la population de Conmiba, et érigé en paroisse en 1833. C'est aujourd'hui le port principal du haut Paraguay et le point qui a certainement le plus d'avenir, à cause de la bonne qualité des terrains environnants, de sa position à l'entrée des lagunes et du voisinage des provinces boliviennes, de Moxos et de Chiquitos, qui auront un jour leur débouché naturel par cette voie.

A IS lieues au-dessous d'Albuquerque, et toujours sur la rive droite, est le fort de Niieva-Coimbra, construit secrètement par les Portugais en 177S, et dont les fortifications sont régulières. Dans tout ce trajet la rivière fait une infinité de détours, ce qui explique pourquoi, malgré le peu de distance en latitude, tous les points que nous venons de nommer sont encore assez éloignés les uns des autres.

Par 20^4', le Paraguay s'élargit considérablement et forme une de ces baies si nombreuses dans le haut du fleuve et qui sont de véritables lacs. Celle-ci, semée de beaucoup d'îles, porte le nom de Bahia-- Neyra, Du côté occidental y débouche un canal peu connu, appelé

aujourd'hui Rio-Negro, mais porté sur les cartes sous les noms de Latirequiqui et à'Otuquis, et qui, selon les Boliviens, serait le débouché naturel de la province de Chiquitos et des concessions faites par leur gouvernement à un siem* Oliden, à la condition de les coloniser. L'expédition nord-américaine, en 1854, remonta 36 milles de ce cours d'eau vers F ouest-nord-ouest et fut arrêtée, non pas par le peu de fond, mais par une immense quantité de plantes aquatiques [camalotes) et des troncs d'arbres. Les Brésiliens nient l'existence de cettie rivière, regardant le Rio-Negro comme un simple canal de décliarge pour les inondations que le Rio-Paraguay pousse dans le Chaco. Dans l'état actuel des choses il n'est guère possible de se prononcer sur ce sujet, puisque les renseignements sérieux manquent complètement. Mais nous devons faire observer que l'existence de beaucoup de cours d'eau a été et est encore niée par les Portugais et leurs successeurs, alors que ces canaux peuvent établir une limite iSxe ou servir ii la navigation des voisins. Le Brésil veut appuyer tous ses traités de limites avec les républiques voisines sur Yuti possidetis, c'est-à-dire sur le fait d'occupation. Aussi l'a-t-on vu, dès le siècle dernier et aujourd'hui encore, former des établissements sur la rive droite du Paraguay, que lui refusaient les traités de 1730 et de 1777. C'est à la Bolivie de réclamer contre cette occupation indue d'un territoire qui lui appjartient légalement ; mais c'est aussi à elle de faire quelque chose pour galvaniser ses provinces de Moxos et de Chiquitos, et les amener à s'ouwir un débouché sur le magnifique cours d'eau qui les borde à l'est. Qui l'a empêchée d'ouvrir une route ù travers la petite sierra de San-Fernando, et de créer un port sur Tun des lacs que de si larges et si profonds canaux font communiquer avec le Rio-Paraguay?

Ce que nous disons de l'existence de l'Otuquis, nous pouvons le n'péter au sujet du Rio-Blanco, qui tombe dans le fleuve, un peu au-dessus du îori Bourbon, Lors des discussions qui eurent lieu pour la frontière nord-ouest du Paraguay, en conséquence du traité de 1777, (»n n'était point d'accord sur la rivière qui devait le borner de ce côté, puisque l'Igurey n'existait pas ou avait changé de nom. De guerre lasse, on proposa le Rio-Yguarey, Monici ou Yvinhehna^ car il porte ces trois noms , et tombe dans le Parana par 22" 30' environ. La ligne de démarcation, après l'avoir suivi, devait, en traversant la partie la plus élevée du terrain, c'est-à-dire le point de partage des eaux, aller trouver le plus grand cours d'eau voisin se rendant au Rio-Paraguay. On nomma même un certain torrent, dit Corrientes^

qui devait se trouver dans ces parages. Les Portugais prétendirent que ce cours d'eau devait être le Rio-Apa, lequel débouche par 22° 4'; Azara assura que cette désignation devait s'appliquer au Rio-Blanco, qui est un degré plus haut par 21° 2'. En attendant que laffaire fut jugée, les Espagnols, en 1792, bâtirent le fort Bourbon sur la rive droite du fleuve et un peu au-dessous de la bouche du Rio-Blanco. Cette frontière est restée jusqu'à l'époque actuelle en discussion entre le dictatorat du Paraguay et l'empire du Brésil, et a presque amené une rupture entre les deux États. Le fort Bourbon est occupé par ime petite garnison paraguayenne qui y reste constamment enfermée de peur des Indiens. Quant au Rio-Blanco, on s'est bien gardé de l'explorer de compte à demi.

Depuis Albuquerque, les rives du Paraguay sont infestées d'Indiens Cadineos^ tribu de Guaycurus^ qui sont dangereux. LesMbai/as du Chaco font également des pointes sur la Bahia-Negra, et ont besoin d'être tenus en respect. Le gouvernement brésilien a fait quelques efforts pour les civUiser, mais ces efforts sont restés infructueux.

Dans les environs du fort Bourbon s'élèvent trois mornes désignés dès le commencement sous le nom de Los-tres-Hermanos ; ils sont la prolongation de la sierra de San-Fernando. Cette série de collines, en se rapprochant de la rivière, forme, douze lieues plus bas, le pas A' ItapucU'Guazii^ sorte de détroit très-peu large, dans lequel le fleuve s'engouffre tout entier. Près de là un pic pointu, qui paraît d'origine volcanique, porte le nom de Pain-de-Sucre,jP«n-rfe-â^52/câf?'; ce pic est sur la rive gauche. Les collines de la droite sont souvent isolées les unes des autres, et dans les grandes crues, l'eau en fait de véritables îles. A partir de ce point, en tirant vers le sud, les terres scmt plus élevées, et T inondation périodique ne va guère plus loin. La sierra de San-Fernando finit au cerro de Galvan ; quoique trèspeu élevée et fort interrompue, elle n'occupe pas, en somme, moins d«» Vf en latitude, du 17*^ au 2r degré.

Le Rio'Apa débouche par 22° 4'. Son cours est très-peu connu; il prend sa source dans les prolongements septentrionaux de la sierra centrale du Paraguay, et traverse d'épaisses forêts qui rendent son exploration difficile. Les Paraguayens ont bâti un fort dans son voisinage.

Après l'embouchure du Rio-Apa, se présente le premier bourg

paraguayen : c'est San-Salvador, construit sur les ruines de l'ancien

fort d'Etevego détruit par les Indiens. Les environs offrent des sa-

' Unes et de bons pâturages. Le maté abonde dans les forêts d'alentour,

ainsi que les bois de construction. Jusqu'à la petite ville de la Conception, par 23° 28', la rive gauche ne présente d'intéressant que la bouche du Gnarambare ou Aquidaban, sur les bords duquel, lors de la conquête, les Espagnols livrèrent de furieux combats contre les Agaces, qui sont les Payaguas actuels, et les Carios, grande tribu guaranie fondue depuis dans la population paraguayenne.

La Conception est un bourg important par ses carrières de pierre à chaux et les y er baies de ses environs ; mais le monopole de tous les objets d'exportation assumé par le gouvernement, empêche ce port de prospérer comme il le devrait. Non loin de la Conception se trouve Belem, la plus nord des anciennes missions jésuitiques du Paraguay. L7pane-Guazu, affluent du Rio-Paraguay, coule près de ce bourg.

Sur les rives du Xemi, rivière navigable et qui débouche par 24° 7', est le bourg ancien de Yaqtiamadiu ou San-Pedro ; il est encore inférieur à la Conception en importance. Le Xesui est navigable comme le Gnarambare et l'Ipane pour les canots et même de plus fortes embarcations. Depuis l'Ipane les deux rives du Paraguay sont garnies, de deux lieues en deux lieues, de corps de garde où le gouvernement entretient une petite garnison pour contenir les Indiens du Chaco, qui sont toujours disposés à faire des incursions dans la bande orientale du fleuve. La population devient de plus en plus rapprochée jusqu'à la ville de ï Assomption. Quant au côté du Chaco , il est complètement désert, malgré les efforts qu'ont faits plusieurs fois les Paraguayens pour s'y établir. Citons en passant la colonie française de la Nouvelle-Bordeaux, fondée en 1833, à sept lieues au-dessus de l'Assomption, et qui ne réussit pas à cause de la mauvaise qualité du terrain et de la déplorable manière d'administrer du gouvernement paraguayen.

L'Assomption, capitale du Paraguay et le plus ancien de tous les établissements espagnols dans la Plata, s'élève sur des collines sablonneuses au bord du fleuve. C'est aujourd'hui une ville de 30,000 âmes et très-commerçante, car elle concentre toute l'exportation du Paraguay. Le fleuve présente là un très-bel aspect, et n'a pas moins de cinq cents mètres de large. Ses navires accostent une plage qui se couvre d'eau dans les cmes, mais le canal principal est très-profond. La rive occidentale est basse, couverte de bois, et jusqu'au Paraiia, dans une étendue de soixante lieues, présente exactement le même aspect. Trois lieues au-dessous de l'Assomption, se trouve la bouche septentrionale du Pilcomayo, étroite, profonde, mais obstruée par des plantes aquatiques, et quelquefois difficile à roroimaiire au mi-

lieu des terrains inondés . Il parait qu*elle a plusieurs fois changé de place .

La rive orientale, au contraire, est élevée, semée de collines pittoresques, au pied desquelles se groupent de nombreuses habitations, quelques villages et le bourg de la Villeta. Une lieue et demie audessous de la Villeta, se présente le détroit dit Angostura, où le fleuve resserré n'a pas plus de 80 mètres de large; c'est là qu'en 1556, Oyolas, remontant le Rio-Paraguay pour la première fois, eut un combat acharné à soutenir contre les Agaces, Indiens navigateurs, ancêtres des Payaguas actuels. De la Angostura à Villa-Oliva, bourg agréablement situé sur une colline, à vingt lieues de l'Assomption, la rivière est toujours profonde et semée de quelques petites îles, surtout du côté du Chaco. Au-dessous de Villa-Oliva, se présente la bouche méridionale du Pilcomayo. Le delta formé par cette rivière est bas et noyé, principalement près du Rio-Paraguay.

A Villa-Franca se terminent les terrains élevés de la rive orientale. Jusqu'à Neembucu, les rives sont souvent basses, et les petites riûères qui viennent de l'intérieur, y forment des lagunes temporaires à leurs embouchures. Neembucu ou Villa-del-Pilar, gros bourg sur la berge même du fleuve, a été longtemps le port unique du Paraguay, sous la dictature de Francia et sous celle de don Carlos Lopez. La rivière y est très-profonde, et les navires accostent la rive avec la plus grande facilité. Aujourd'hui Neembucu est en décadence, tout le commerce se faisant par l'Assomption.

Trois lieues au-dessous de Neembucu, le Vcrmejo entre dans le Paraguay par une embouchure étroite, mais profonde, que masque une petite île. Ses eaux, troubles et rougeàtres, forment une ligne de démarcation très-visible avec celles du fleuve, qui sont claires, et cette bande limoneuse se prolonge jusqu'à las Tres-Bocas, où les deux rivières réunies se perdent dans le grand Parana. Avant de recevoir le Vermejo, le Paraguay fait un détour brusque vers le nord-ouest, nommé vuelta de la Monterita, Un détour analogue se reproduit deux lieues plus bas ; le fleuve, encaissé dans ce canal, n'a pas plus de 200 mètres ; c'est la vuelta de Humaita.

Le gouvernement de don Carlos Lopez a profité de cette position pour y construire une série de batteries qui, lorsque nous la visitâmes en 1856, comptaient 120 pièces de gros calibre. Le détour que fait la» rivière oblige tous les navires qui la remontent à se haler en cet endroit, puisque ce détour forme un coude brusque vers le sud. On comprend qu'un fort placé là puisse être entièrement maître du passage. La berge, coupée à pic, est à 6 mètres au-dessus du ni-

veau moyen des eaux. Malgré cela, elle a été couverte par Tinondation de 1858. Humaita est bâti tout près de rancienne garde de Cuntrpmjti^ qui dépendait de Corrientes sous Tadministratiou espagnole, puisque le Paraguay proprement dit ne commençiût qii au nord du Tebicuary, la région en deçà de cette rivière étant occupée au sud-est par les Missions, au sud par Festero de Neembwcu, et à l'ouest par le district de Curupayti.

A six lieues au-<lessous d'Humaita, le Paraguay se réimit enfin au Parana. Deux lies qui laissent entre elles im large canal y divisent le tleuve en trois bouches; aussi donne- t-on k sa jonction le nom de Tres-Bocas. Celle du milieu, la principale, est la bùca de Humaita ou le Paraguay proprement dit; celle de Touest, la baca del Atajo^ à cause de l'île de ce nom; celle de l'est, assez étroite, débouche près de l'ancien paso del Rey^ aujourd'hui paso de la Patria^ oiVles Paraguayens ont une petite citadelle et un campement. Grossi de ce grand fleuve, le Parana forme là un véritable lac, car sa largeur y dépasse quatre milles. La principale embouchure du Paraguay a, d'après M. Leverger, 260 mètres de large. L'Ile de l'Atajo renferme une petite hauteur élevée de 16 mètres au-dessus du niveau de l'eau, dite Cerrito, Cette lie, qui appartient à la Confédération, présente beaucoup d'avantages pour y former un jour un bon établissement maritime, d'autant plus qu'un peu au-dessus de l'ile d'Atajo, débouche du Chaco Yarroyo de Oro, sur les bords duquel il y a d'excellents bois de construction qui sont exploités par des travailleurs de Corrientes.

Nous avons dit qu'on pouvait évaluer la longueur totale du Rio- Paraguay à 2,400 milles, cîu* il embrasse, comme nous le savons, ime étendue de 13 degrés en latitude. Quoique sa direction générale soit du nord au sud, il trace cependant plusieurs courbes dont la principale est celle qu'il décrit de sa source à Villa-Maria. Quant aux détours d'un petit diamètre, ils sont extrêmement nombreux et ne laissent pas de contrarier grandement sa navigation. Rien de plus variable que sa largeur : nous avons déjà cité quelques-uns des véritables détroits qu'il présente, tels que ceux du pan de Azucar, de la Angostura, etc., etc.. Mais il en est beaucoup d'autres où cette largeur n'excède pas 150 k. 200 mètres. Cependant on peut l'évaluer, en moyenne, du Jaimi à: son embouchure, à 350 mètres, et en beaucoup d'endroits elle est bien plus considérable. Il est vrai que, là aussi, la profondeur esfe moindre et qu'il y a beaucoup de bancs. Ces sortes de lacs étaieub

FLEUVES ET RIVIÈBES. — MO-PARAGUAY. lU

épsifpiés par tes premiers mwigateurs sous le nom de baies, et beaiicoiif> ont conservé leur aucieu nom.

La »erra de Saii*Femand(», avec ses dépendances, qui bordent le haut Paraguay, parait d'origine granitique, et l'on y trouve de Qombrvfix gisements de cristal de roche, d'agate et de calcédoine. Près de Nueva-Coimbra, ces montagnes, fort peu élevées du reste, offrent «ne très-belle grotte naturelle, dite gruta del'Infiemo^ tapissée de magnifiques stalactites , et où un lac souterrain communique avec le Rio-Paraguay , car son niveau monte et descend avec les emes du fleuve. Les collines des environs de la Conception sont calcaires, celles de l'^Vssomption jusqu'à Villa-Franca appartiennent au grès. Partout ailleurs les rives basses, et souvent inondées , sont recouvertes d'un dépôt épais d'alluvions argileuses.

La profondeur du Hio-Pm^aguay est aussi vîu*iable que sa forme; cependant, même aux très-basses eaux, inie foile embarcation ne calant pas plus de 2 mètres d'eau , peut toujours naviguer. C'est surtout de la Conception au paso d'Itapucu-fluazu, que des bancs et des roches gênent un peu la navigation. Elle est libre au-dessus de ce point jusqu'à ViUa-Maria et même cinquante lieues au-dessus. On Toit qu'il y a au monde peu de rivières facilement navigables sur une iuissi grande étendue, cîu* de Yilla->Laria à las Tres-Bocas, il n'y a pas moins de six cents lieues.

Le courant est faible en général, et nous regrettons que des observations barométriques bien faites ne nous aient point donné la hauteur de Villa-JIaria; soais cette haut<»ur doit être très-peu considérable, puisque, en dehors de la sierra de San-Fernando et des collines que nous avons nommées, le terrain est d'une horizontalité parfaite du 16' au 22** degré, ce qui explique les vastes inondations de la lagune de Xarayes. La hauteiu* des sources du Paraguay est de 305 mètres, et cela presque au centre du continent. Cette hauteur du sol diminue trèsHBapidement, et il est probable qu'à Villa-Maria elle est déjà réduite à 200 mètres. Azara disait que le résultat des observations baroBoétriques des eommissidres des limites, en 1750, lui faisaient penser que de IS"" à 25"^ de latitude sud, la pente totale de la rivière n^était pas d*im pied par mille (2(^ mètres par degré de latitude). Nous eioyonfr que cette pente est encore exagérée. Les observations de la eommissieft du Waterwieh ne donnent que 55 mètres d'altitude au BÎmau meyen du Rio-Paraguay à l'Assomption. Le courant n'est en mayenne que d'un mille , excepté lors des crues,^ et dans certains mdbmto resserrés où il en atteint jusqu'à deux et même plus.

Les crues du Paraguay sont dues aux pluies qui tombent dans la région tropicale pendant les mois de novembre, décembre, janvier et féwier. Ces pluies sont considérables, et ne trouvant qu'un canal relavement étroit pour s'écouler , elles couvrent tous les terrains bas de la province de Chiquitos , au nord de la sierra de San-Femando , ceux de Mato-Grosso, une partie du Chaco, et forment ainsi cette immense lagune de forme irrégulière, que l'on a nommée lagwie de Xarayes. Celle-ci dans la saison sèche est complètement sans eau et couverte d'une maigre végétation : nous connaissons déjà ses dimen- <îions qui ont jusqu'à 6 degrés eu latitude et dont la largeur varie de 13 à 40 lieues suivant la force des cnies. En effet, celles-ci diffèrent beaucoup suivant la quantité d'eau qui tombe dans la saison pluvieuse : la hauteur des eaux paraît osciller de 8 mètres entre le maximum et le minimum. Comme pour le Parana, qui reçoit ses eaux étale même régime, on cite les grandes crues de 1825 et de 1838; /^tte dernière a jeté bas une partie des fortifications d'Humaita.

Les cnie^ du Paraguay commencent en décembre et finissent en juillet. Elles sont lentes comme celles du Parana ; on comprend en effet que sur une pente aussi faible les eaux marchent lentement, et que toutes les lagunes latérales qui se sont formées au moment de la crue aient besoin d'un temps assez long pour s'écouler dans le fleuve. Les canaux de décharge de ces lagunes temporaires simulent , comme nous l'avons vu, des rivières marquées autrefois sur les cartes et que l'on ne retrouve plus, parce qu'elles se sont comblées.

Les lies sont beaucoup moins nombreuses et surtout plus petites dans le Paraguay que dans le Parana. La plus grande est celle que circonscrivent les deux bras Guazu et Mini près de Corumba. Les autres sont disséminées près de l'embouchure des rivières et dans les baies; toutes sont couvertes d'une abondante végétation. Elles sont entièrement formées d'un sol alluvial et les grandes crues en modifient beaucoup la forme et la surface.

Un phénomène remarquable, c'est l'absence des affluents sur la rive occidentale , celle du Chaco , tandis que la rive orientale en a un si grand nombre. L'horizontalité presque parfaite du terrain du Chaco explique cette anomalie. Tandis que la sierra centrale du Paraguay et son prolongement vers le nord envoient de nombreux courants à l'est et à l'ouest, la plaine du Chaco garde toutes ses eaux qui, se répandant sur de larges surfaces, sont en partie absorbées par le sol et en partie vaporisées : c'est pour cela que le Paraguay ne reçoit de ce côté que

de minces filets d'eau qui se sèchent complètement hors de la saison des pluies.

Situées dans le voisinage du tropique , les rives du Paraguay ont un climat chaud et humide. Les vents qui y régnent, sont, comme dans la grande vallée du Parana , ceux du nord-nord-est et du sud ; celui d'ouest est presque inconnu. Le vent du sud souffle trois foi? moins que le vent du nord, c'est-à-dire que dans un mois on ne peu(: guère compter que sur huit jours de vents d'en bas, ce qui reud encore plus nécessaire la navigation à la vapeur sur ce fleuve.

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