‹ Description géographique et statistique de la confédération Argentine (volume 3)Chapitre 160 sur 193 · CULTURES INDUSTRIELLES. — TABAC · texte numérisé non relu

CULTURES INDUSTRIELLES. — TABAC

mence à exporter des quantités notables. La production du Tabac, monopolisée par rÉtat, sous Tadministration espagnole, depMs 1779, s'élevait alors à 5,000 quintaux; elle était triple avant l'établissement de cette régie. Aujourd'hui il est fort difficile de l'évaluer, car on en consomme beaucoup sur les lieux; cependant la province de Tucuman en exporte au delà de 10,000 arrobes (120,000 kilogrammes) au Chili, et beaucoup de Tabacs de Corrientes sont vendus sur le littoral connue Tabacs du Paraguay.

Quelques agriculteurs étrangers ont commencé à s'occuper de la culture du Tabac dans les provinces d'Entre-Rios et de Santa-Fé, où il réussit parfaitement bien. Il s'agit seulement de savoir soigner méthodiquement la préparation, et surtout, de faire fermenter, puis de sécher convenablement la feuille. Cette dernière condition de l'industrie du Tabac est la plus difficile à remplir, faute de locaux convenables. — Au Paraguay , la feuille s'attache en paquets que l'on suspend à des tringles de bois sous le rancho (chaumière) du cultivateur ; on en fait de môme à Corrientes et à Tucuman ; mais ces ranchos sont petits et l'odeur incommode les habitants — Lorsque les feuilles sont sèches, on les met en carottes {manojos) de différents poids, suivant l'usage local, et on les vend aux exportateurs. Le Tabac qui se consomme sur place est vendu en feuilles et sert principalement à faire des cigares dont la consommation est énorme, au Paraguay surtout, où hommes, femmes, enfants, tout le monde fume sans exception. Cette habitude est moins générale à Corrientes , moins encore à Tucuman et sur le littoral, où, comme en Europe , il est de fort mauvais ton pour les femmes de fumer. Cet usage est abandonné aux négresses et aux chinas ( indiennes et métisses). En revanche, tous les hommes fument le cigare ou la cigarette.

La culture du Tabac s'est améliorée depuis quelque temps au Paraguay, où l'on a introduit les meilleures sortes de la Havane, n en a été de même à Corrientes, et le département de Mburucuya n'est pas encore assez renommé pour la qualité de son Tabac, qui e$tdoux, parfumé, et laisse au résidu une cendre parfaitement blanche et légère. Ceux de Tucuman sont un peu plus forts, mais la qualité en est également bonne, quoiqu'on les mette au-dessous des précédents.

11 n'ci>t pas douteux que, si la population était plus considérable, cette culture, qui n'exige pas de grands frais et peut employer sans inconvénient les femmes et les enfants, ne deviendrait une des plus lucm-

tives et des plus répandues dans le bassin de la Plata, surtout dans les provinces Ultorales d'où Texportation est si facile, grâce à leurs grands fleuves.

Le climat de cette partie de la Confédération est certainement meilleur (jue celui de la Caroline, de la Virginie et du Maryland aux États-Unis, où la qualité du Tabac est déjà si remarquable. Les Tabacs ai'gentins entreraient certainement un jour en concurrence avec eux, et comme il n'y a nullement à craindre que la marchandise s'avilisse par l'excès de la production, puisque sa consommation augmente tous les jours en Europe, cette industrie deviendrait bientôt une nouvelle source de richesse pour le pays.

Nous ne parlerons pas des prix actuels des Tabacs. Rien de plus variable en effet. Ils sont fort peu élevés généralement : de 6 à 12 francs les douze kilogrammes, achetés directement au producteur, suivant la qualité, les besoins.

Les femmes fabriquent les cigares, qui valent de 7 à 23 fr. le mille au Paraguay, et jusqu'à 50 francs sur le littoral, où l'on reçoit en outre d'immenses quantités de cigares d'Allemagne, très-inférieurs à ceux du cru, mais qui, mieux faits, ont presque l'apparence du havane, et sont en majeure partie consommés dans les lieux publics. — Pour les cigarettes, on coupe simplement le manojo avec un couteau ; mais en ce cas le Tabac indigène trouve un rival puissant dans le Tabac noir de Bahia, dont le goût très-fort et trèsempyreumatique flatte beaucoup de fumeurs. Quant au Tabac de la Havane, son prix élevé ne le rend accessible qu'aux classesriches.

Ce qu'il y a de positif, c'est que certaines variétés du Paraguay et de Corrientes , si les cigares étaient mieux faits , les caisse» mieux parées, seraient prises très-souvent pour du havane de seconde* qualité et se vendraient parfaitement à Montevideo , à Buenos- Ayres et au Bosario , et pourraient même être exportées avec de notables bénéfices.

L'industrie à la fois agricole et manufacturière du Tabac dans la Confédération argentine est encore à l'état d'enfance. Entre des mains intelligentes et laborieuses, elle peut devenir, dès aujoui^ d'hui, l'une des plus productives. Les immigrants européens devraient y songer.

On ne cultive pas le Tabac dans les provinces andines, où il croîtrait cependant très^^bieu, notamment dans les vallées inférieures^ Ces

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provinces consomment généralement de ceux de Tucuman, que le transport grève nécessairement d'une plus-value assez forte.

Le Tabac se sème en novembre, se repique en ligne, les pieds écartés de 40 centimètres les uns des autres, un mois après qu'il a levé. On sarcle; on enlève ensuite soigneusement les feuilles déchi-rées ou gâtées ; on récolte en février ou mars. Il lui faut un sol profond, moyennement humide, soigneusement nettoyé de toute plante parasite, des soins minutieux, mais que des femmes et des enfants peuvent parfaitement lui donner, une fois les premiers travaux terminés.

CANNK A SDGRE. — FABRICATION DU 8UCR£.

La Canne à sucre [Canna saccharifera^ Saccharum officinainm^^ — Graminées) croît dans la Confédération argentine, du 29* degré de latitude sud, en remontant vers le nord. On la cultive dans les provinces de Corrientes, Saiitiagordel-Estero, Catamarca, Tucuman, ' Salta et Jujuy. Cette culture ne remonte pas à plus de trente ans dans les provinces .du Nord , mais elle augmente tous les jours et devient d'une grande importance par le nombre de bras qu'elle occupe et la somme des capitaux qu'elle emploie,

La Canne à sucre est également cultivée au Paraguay depuis fort longtemps; elle Tétait du temps des jésuites dans les Missions; cependant, à aucune époque, la fabrication du sucre n'a pris une grande importance dans ces provinces. Effectivement, il n'y a là aucun établissement d'une véritable valeur, et la culture se réduit à quelques hectares de terre, souvent moins, dans lesquels chaque famille plante ce qu'il lui faut de Canne à sucre pour sa consommation, soit à l'état frais, soit en sirop, soit distillée.

Xa fabrication du sucre cristallisé se fait sur une très-petite échelle. Nous ne connaissons jusqu'à présent au Paraguay que la . seule Mission de San-Cosme où Ton s'en occupe encore un peu.

Dans toute la pro\ince de Corrientes , cette industrie n'est pas plus avancée qu'au Paraguay, On ne produit que des mélasses [miel de caha) et de l'alcool ou talia [aguardiente de azuçar^ cana). Cependant la Canne prospère dans ces terrains; la proportion de sucre qu'elle renfeque est considérable, et les gelées sont rarenient assez fortes pour lui faire du mal. Dans ce eus môme , alors qu'il y en a

eu quelques-unes en mai ou juin, la plante peut toujours être utilisée pour la distillation, et il n'y a que demi-mal.

La Canne provient ici de plants introduits du Brésil. Elle se plante en septembre pour être récoltée en juillet. Le même plant dure un assez grand nombre d'années.

On n'exporte du- Paraguay et de Corrientes qu'une fort petite quantité de mélasse ou de tafia, tout le reste étant consommé sur les lieux. Aussi l'importation des liqueurs alcooliques étrangères sur le littoral n'y trouve pas même la concurrence de la production indigène, quelle que soit l'excellence de la qualité de cette dernière, qui est le plus souvent préférable à la Caxaça du Brésil, et surtout aux alcools de maïs, de blé, de pommes de terre importés des Etats- Unis, de l'Angleterre et de l'Allemagne.

Dans les provinces du Nord, la culture de la Canne à sucre est devenue une grande et belle industrie. — Cependant Catamarca n'a que quelques hectares ( cuadras ) qui y soient consacrés dans la vaUée de Piedra-Blanca, et elle ne fait que commencer, pour ainsi dire, à Santiago-del-Estero ; mais on compte par centaines les hectares de canne dans la province de Tucuman, dans celles de Salta et de Jujuy, sur les bords du Bio San-Francisco et de ses affluents, dont le climat tropical lui convient parfaitement. — La Canne que l'on cultive dans ces provinces a été apportée du Pérou à Oran au commencement de ce siècle. D'Oran elle s'est répandue dans la vallée du San-Francisco, dans les départements de Cobos et du Campo-Santo, près de Salta, et enfin elle fut portée à Tucuman en i 820 par l'abbé Colombres, à qui l'on doit la première plantation. Ce n'est que depuis très-peu d'années qu'on l'a introduite à Catamarca et à Santiago del Estero, où D. Félix Frias forme en ce moment un très-bel établissement sur les bords du Bio-Dulce, à quatre lieues au-dessous de la capitale de cette province.

En 1841, les plantations de Tucuman souffrirent beaucoup pendant la guerre civile ; mais ces désastres ont été complètement réparés , et la culture s'est singulièrement perfectionnée. Aux moulins broyeurs mus par des bœufs on a substitué des appareils en fer, fabriqués en Europe, et apportés à frais immenses, en charrette, depuis le littoral, par une route de 300 lieues, qui va jusqu'à 450 poiu» les établissements de San-Francisco, tels que Ledesma, las Piedras, etc. Ces perfectionnements ont été simultanés dans tout le Nord ; car, quel que soit le coût premier d'une machine pareille , l'économie apportée dans la fabrication est tellement considérable dès la

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