‹ Description géographique et statistique de la confédération Argentine (volume 3)Chapitre 161 sur 193 · CULTURES INDUSTRIELLES. — CANNE A SUCRE · texte numérisé non relu

CULTURES INDUSTRIELLES. — CANNE A SUCRE

première campagne, qiie la valeur s'en trouve couverte et même au delà. En effet, on supprime ainsi la dépense occasionnée par l'entretien des nombreuses paires de bœufs nécessaires à mouvoir les moulins «broyeurs, celle des hommes destinés à les conduire, à les fournir de Cannes. Cette partie du personnel est diminuée des trois quarts. D'un autre côté, on économise 25 pour 100 du jus qui restait dans la bagasse, laquelle sort maintenant du cylindre parfaitement sèche. L'opération marche plus vite, et il y a conséquemment moins de gaspillage, moins de perte, par suite de l'énorme consommation que les ouvriers faisaient de la Caime fraîchement coupée. Aussi tous les établissements se mettent-ils en mesure de remplacer les anciens moulins par l'appareil nouveau. Quelques propriétaires en ont même fait construire provisoirement sur les lieux ; mais ces appareils n'ont point assez de solidité pour résister longtemps à un pareil travail, et il vaut infiniment mieux, quels que soient les premiers frais, les demander à l'Europe. Rendue sur les lieux, la machine revient entre 3 et 4,000 piastres (13 à 20,000 francs), soit le triple environ du prix d'achat chez le fabricant de Liverpool.

La pente du terrain permet d'établir partout les chutes d'eau nécessaires pour faire tourner une roue motrice ayant généralement 5 mètres de diamètre. Dans quelques endroits, on a construit de longs aqueducs pour racheter les pentes et donner plus de hau* teur et par conséquent plus de force à la chute

La création d'une plantation de Cannes à sucre exige donc des débours considérables à cause du personnel nombreux réclamé d'abord pour l'installation du terrain, le défrichement, les canaux d'irrigation, les fossés d'enceinte, puis la construction des bâtiments de la sucrerie, les fours à briques et à formes, les fourneaux, chaudières, cuves à fermentation, etc. ; enfin le personnel pour faire marcher toutes ces opérations multiples. Et cependant tout cela se réunit, tout cela se fait au cœur du continent sud-américain. On obtient tout : capitaux, bras, outillage. . . , tiint l'intelligence humaine grandit devant les obstacles et arrive à les surmonter, lorsqu'il y a un avantage aussi réel à le faire. Effectivement, cette industrie est des plus lucratives, et tous ceux quiont pu jusqu'à présent réunir assez de capitaux personnels ou assez de crédit pour monter un établissement, y ont réalisé de grands bénéfices. Quelle qu'ait été l'augmentation de la culture et des récoltes, les prix non-seulement se sont soutenus, mais ont encore monté ; et l'on a vu ce phénomène d'un sucre indigène payé plus cher sur le lieu même de la production que celui qu'apportait le commerce

sot RÈGNE VÉGÉTAL.

étranger sur le littoral. Ainsi, en 1857, le sucre valait dé 5 à 6 piastres l'arrobe à Tucuman, Salta et Jujuy, alors qu'il n'était payé que 4 et demie au Rosario. C'est que, si la production avait doublé, la consommation locale triplait, à raison de l'aisance que le développement de cette industrie répandait dans la contrée.

Dans le nord de la Confédération, la canne à sucre se cultive par une altitude moyenne de 400 mètres, à partir de Monteros, dans la province de Tucuman. Cette altitude augmente vers le nord dans la province de Salta, où Cobos et le Campo-Santo sont à 700 mètres. Elle baisse et tombe à 300 dans la vallée du San-Francisco. Quoique toutes ces régions soient entre 22* et 27* de lat. sud, elles sont sujettes à quelques gelées qui font, de temps à autre, un peu de mal à la canne vers l'époque de sa maturation. Ces gelées soiit pourtant très-superficielles, puisque le thermomètre descend à peine pendant quelques heures à 0 degré, ou même à un degré maximum au-dessous ; mais i^e froid sufBt pour rendre le sucre beaucoup moins cristallisable. tl est facile de reconnaître à sa couleur jaune et à ses feuilles flétries la Cfinne qui a souffert du froid. Toutefois, si elle a moins de rendement en sucre, elle donne toujours tme grande quantité d'alcool h la distillation.

On a introduit récemment la Canne de Taïti, qui est plus grande que celle du Pérou et d'une culture un peu plus avantageuse ; mais la majorité des plantations est formée de Cannes d'origine péruvienne.

Les semis se font en couchant dans les sillons ouverts à la houe, tantôt des Cannes entières, tantôt des éclats de tiges. Ce travail se fait en septembre. La terre doit être bien préparée par un profond labour. Comme les terres sont généralement neuves, on n'emploie d'autre engrais que les cendres des feuilles que l'on brûle slir place. Partout on pratique l'irrigation. Dès que les rejetons commencent à lever, on leur donne de l'eau, opération qui se ré|)ète plus ou moins souvent, suivant l'état du ciel. Les sarclages se font aVee soin, et l'on tient le pied de la plante très-propre.

Au bout de neuf à dix mois, généralement en juillet , la récolte se fait. On coupe la Canne au ras de terre avec une hachette, on enlève les feuilles qu'on laisse sur place , puis on la charge sur des chariots pour la porter au moulin. Là, avant de la broyer, od la sépare en plusieurs parties : l'extrémité des tiges est mise de côté pour les repiquages ; la partie la moins mûre est également séparée pour être broyée à part, et sert principalement pour les mélasses

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