CULTURES INDUSTRIELLES. — PLANTES TEXTILES
d'hui un peu de coton, lequel est exporté dans les provinces voisines et est surtout employé pour faire des mèches de chandelles (pavilo) îdnsi que de rares étoffes, plutôt comme objet de curiosité, que comme usage. Les frais de transport le grèvent tellement, que cette industrie diminue chaque jour, et qu'on remplace les cotonnières par des plantations de Figuiers, dont le fruit, convenablement desséché, est l'objet d'un commerce extérieur assez avantageux.
Partout ailleurs, à la Rioja, à Santiago del Estero, dans la vallée du San-Francisco, au Paraguay, à Comentes, à Parana, à Santa-Fé, i>n n'en cultive que quelques pieds; mais ils donnent d'assez belles ivcoltes, pour que par les quantités obtenues, on puisse juger de la qualité tout à fait supérieure du coton. D'ailleurs, les échantillons envoyés en Angleterre ont été justement appréciés et mis sur la même ligne que les meilleures sortes venues du sud des Etats-Unis.
Au reste, il suffit d'examiner la vigueur et la rusticité de ces arbustes qui, sous ce climat et dans ces teiTains, atteignent jusqu'à 3 et 4 mètres de hauteur et ^e couvrent d'épais cocons d'une soie longue et d'un blanc éclatant, pour se rendre compte du produit que pourrait donner une pareille culture bien conduite.
Quant à la culture actuelle, le Cotonnier que nous avons vu cultiver à Catamarca, bien que la racine en soit vivace, est herbacé, parce qu'on le coupe au ras de terre chaque aimée. Dans les autres provinces, on laisse le Cotonnier croître et acquérir la taille d'un arbuste, en ayant soin toutefois de rabattre assez près toutes les menues branches après la fnictilication. La graine des espèces que l'on cultive dans la Plata est noire, ce qui les rapprocherait des cotons si estimés de la Géorgie; mais les espèces ai-gentines sont bien véritablement indigènes, car, dès les premiers temps de la conquête, les Espagnols, comme les Indiens qu'ils avaient réduits, se livrèrent a cette culture qui leur fournissait les tissas nécessaires pour se couvrir.
n serait fort difficile d'évaluer aujourd'hui d'une manière exacte le rendement moyen d'un hectare planté de (iOtonniei*s, tant la culture, l'espèce de la phmte herbacée ou vivace, les saisons, etc., ont d'influence sur la récolte. Les pieds sous-frutescents que Ton voit à Parana, à Santa-Fé, à Corricntes, à la Rioja, donnent un produit qui varie de un et demi à deux kilogrammes de gousses, en y comprenant le poids de la graine, par pied d'arbuste. Il nous a été impossible de savoir le nombre d'arrobes que fournit une cuadra (un carré) de 150 vares de côté (129 mètres) à Catamarca; mais tout
hu BÈGNE Végétal;
le monde nou8 a affirmé que ce produit était considérable. Les plantations faites à Corrientes, et que Ton n'a pu continuer faute de bras, ont également donné de beaux résultats comme quantité et comme qualité ;* mais une culture pareille, pour être faite en grand, exige un personnel que l'état actuel du pays rend excessivement difficile à réunir.
» En effet, sans parler de la qualité de la terre, qui doit être profonde, moyennement grasse et très-meuble, conditions qui se rencontrent sur tout le littoral et dans une foule de localités de l'intérieur, il faut un bon labour, une netteté parfaite du sol ; il faut que les semis se fassent en temps utile, au plantoir; que, lorsque la plante lève, on ne conserve que les pieds les plus robustes des quatre graines que l'on a dû mettre dans chaque trou ; il faut que l'on sarcle ensuite avec le plus grand soin, que l'on pince les branches qui s'emportent en bois, que l'on ébourgeonne au besoin... Mais c'est surtout à l'époque de la maturité que la récolte exige de l'activité et des précautions particulières, pour que les gousses soient cueillies par un temps sec, mises à l'ombre sur des claies où elles achèvent- de sécher, piûs enfermées dans des greniers ou dans des corbeilles où elles ne puissent être salies par aucune poussière, accident qui diminue considérablement le prix de la laine. Enfin, il faut que l'extraction de& graines se fasse avec le même soin, à l'aide de petits moulins faciles à construire , mais d'un emploi assez délicat ; puis que la mise ea balles s'exécute à la presse mécanique pour que l'exportation puisse se faire commodément.
Certes, excepté le premier labour et la confection des balles, toutes les autres opérations peuvent être confiées à des femmes et à des enfants, car elles n'exigent aucune force musculaire, mais seulement des soins un peu minutieux; et pourtant c'est là précisément la difficulté de la culture cotonnière : on n'a point de bras ou le peu dont on dispose est mauvais. Nous parlons surtout des campagnes du littoral où tous les esprits sont uniquement tournés vers l'élève du bétail.
Dans l'état actuel des choses, avec les distances immenses qui séparent les groupes de population dans l'intérieur, avec le haut prix du fret, la culture du Cotonnier en grand, au point de vue de l'exportation, n'est possible que dans la Mésopotomie argentine, le nord de la province de Buénos-Ayres, celle de Santa^Fé, la partie de la Bande-Orientale riveraine de l'Uruguay et le Paraguay» Là, nulle difficulté pour l'exportation; les magnifiques canaux naturels qui bordeut
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ces pays mèuent à peu de frais leurs produits aux ports principaux de la Plata, et permettent môme de les embarquer directement pour TEurope. Qu'on juge donc de l'avenir réservé dans les régions Ûtto-r raies à cette culture aussi noble que lucrative, lorsque la population y aura assez augmenté poiu* être amenée à chercher dans l'exploitation intelligente d'un sol privilégié les ressources qu'elle s'est bornée jus^ qu'à présent à demander aux pâturages, qui, bientôt deviendront trop étroits pour ses troupeaux, et où la division des propriétés restreindra de plus en plus la domination de l'industrie pastorale !
L'introduction de la culture cotonnière dans ces provinces, — et elle aura lieu parce qu'elle est indiquée par la nature, — y fera une révolution complète dans le régime social et la production. Il suffit de citer ici les immenses bénéfices qu'a donnés au gouvernement égj'ptien, depuis trente-cinq années, le rétablissement de cette industrie dims la vallée du ]\il pour se rendre compte des avantages d'une culture qui, dans le nouveau monde, fait également la fortune du sud des Etats-Unis.
Que l'on songe surtout aux encouragements appliqués avec tant d'intelligence par le gouvernement frîuiçais à son introduction en Algérie, et aux brillants résultats qu'elle donne aujourd'hui, et l'on ne doutera pas du brillant avenir qui attend l'industrie cotonnière dans la Plata.
Un jour viendra, — alors que l'immigration européenne aura peuplé les rives de ces grands fleuves qui roulent encore leurs eaux fécondes à. travers le désert, et que, fondue avec la population nationale, si rare pour un si vaste espace, elle ne formera plus qu'un seul et môme peuple, — un jour viendra où les villes de l'Uruguay et du Parana rivaliseront, par leur population et leur commerce, avec les grandes et florissantes cités semées sur les rives du Mississipi et de l'Arkansas , dont le coton est la principale source de richesses.