‹ Description géographique et statistique de la confédération Argentine (volume 3)Chapitre 169 sur 193 · CULTURES INDUSTRIELLES. — PLANTES TINCTORIALES · texte numérisé non relu

CULTURES INDUSTRIELLES. — PLANTES TINCTORIALES

Il paraît que le rendemeut peut aller jusqu'à 3 quintaux métriques de fleurs par hectare, résultat d'une haute valeur, et qui devrait appeler Tattention des industriels de ce pays ; car la consommation de ce produit est assez grande en Europe, et son prix assez élevé pour qu'il y ait bénéfice immédiat à le cultiver au point de vue de l'exportât ion.

Indigotier [hidigofera tinctoria^ — Papilionacées). — Se compose de plusieurs variétés : la première, la tinctoria^ que nous venons de nommer, la plus répandue de toutes ; puis Vargenten (»t YAnil^ celles-ci moins multipliées que la première, laquelle renferme toutefois un peu moins de matière colorante que les deux autres.

h'Indigofera tinctoria^ vulgairement ici AFiil^ est indigène dans le nord de. la Confédération , où il a été cultivé à diverses époques. Sa culture est tout à fait abandonnée aujourd'hui; on préfère l'indigo venu d'Europe à celui qu'on pourrait fabriquer sur les lieux, mais qui exigerait des soins que l'on n'est point habitué à donner, et des procédés chimiques et mécaniques qui ont été oubliés. — Les opérations sont pourtant assez simples et se réduisent, en somme, à laisser fermenter dans l'eau les tiges minces et les feuilles de la plante recueillies en temps opportun, k soutirer l'eau qui s'est chargée du principe colorant, et à l'agiter à l'air jusqu'à ce que Y indigotine soit oxygénée et passe au bleu. Sa précipitation s'accélère par une addition d'eau de chaux, et l'on fait sécher ensuite le précipité, qui est un composé de fécule et d'un principe colorant fixe constituant l'indigo tine. Ce dépôt se modèle alors en pains d'une apparence métallique et brillante et d'une nature cassante; ce sont ces pains qu'on livre au commerce.

Les Indes orientales, l'Egypte, les Antilles et l'Amérique centrale fournissent la plus grande partie de l'indigo que consomme aujourd'hui l'Europe; mais comme cette consommation est très-considérable, et que, d'un autre côté, l'indigo a une valeur iissez grande sous un petit volume, il y aurait encore de l'avantage, rnôme au point de vue de l'exportation, à s'occuper de cette culture dans les provinces de Corrientes, de Tucuman, et dans les vallées du San-Francisco, dont le climat et le terrain sont favorables à cette plante. — Au bourg de Cobos, en 1780, un habitant du Guatemala, où l'indigotier se cultive en grand, avait établi une plantation et une usine d'un excellent rapport, puisque l'indigo de Cobos se vendait à Cadix aussi cher que celui de l'Amérique centrale. — Un autre établissement de ce

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genre fut fondé en 1824 sur le Rio-Negro, vallée du Saû-Francisco, par Soria, qui y recueillit de très-bons produits ; mais son voyage sur le Vermejo et sa captivité au Paraguay l'empêchèrent de continuer. Soria se louait beaucoup de sa culture et des avantages qu'elle pouvait procurer si elle était bien conduite; l'indigo en effet prospérerait admirablement dans tous ces parages, où la terre est profonde, l'irrigation facile et le climat chaud. — Rien n'empêcherait donc de continuer ce qui avait été si bien commencé, et d'enrichir le sol argentin d'une nouvelle culture, qui fournirait aux provinces du Nord un article d'exportation d'une valeur notable sous un faible volume.

Ce que nous venons de dire de Tlndigo, à plus forte raison le dirons-nous de la C0CHEXU.LE [Cocctis Cactt), insecte de l'ordre des Hémiptères, .qui se nourrit sur le Cactus Optmtia ou Nopal ^ lequel est si commun dans tout le territoire argentin (Aboyez page 4Ï0). 1! Opuntia coccinillifera croit dans les terrains les plus arides; on le trouve surtout en abondance dans certaines parties des provinces de San-Luis, de la Rioja et de Santiago del Estero, où il nourrit une Cochenille naturelle connue sous le iiom de Grana^ que l'on extrait, et qui sert pour la teinture, et dont il se fait même un peu d'exportation. Cette industrie est abandonnée aux femmes, qui vont da^is les champs examiner les Cactus, en font tomber la Cochenille sur une serviette, l'étouffent, soit dans l'eau bouillante, soit en la faisant sécher sur une plaque de tôle ou au four, puis la mettent en pains, quelquefois mêlée d'un peu de sang de bœuf. Les plus belles, celles qui ne sont pas écrasées, sont mises à part et vendues ; mais ce commerce est extrêmement restreint, et Ton en a exagéré l'importance. Jamais on n'a nettoyé ni planté un Opuntia dans le but d'y multiplier la Cochenille ; quoique cette plante remplisse pour ainsi dire le pays, on n'a point régularisé la récolte de ces précieux insectes, que Toil détruit sans mesure et sans se préoccuper de l'année suivante.

D est vrai que cette Cochenille silvestre, mal soignée, tnal recueillie, n'a pas la valeur de la Cochenille du Mexique et du Guatemala, où sa production est l'objet de soins intelligents et méthodiques; mais elle n'en est j^as moins d'une bonne qualité, témoin les belles teintures qu'en obtiennent les femmes de San-Luis et de Santiago pour leurs tissus. Là récolte s'en fait en novembre et décembre et même dans tout le courant de l'été, suivant le temps et les lieux. On trouve ici la Cochenille sur tous les Nopals, mais plu« particulièrement siu* une petite espèce qui s'élève au plus à Un mètre de

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terre et qui est armée de nombreux piquants {Opuntia eoccinelli-' fera Pla ternis). L'insecte y est enveloppé de petites toiles blanchâtres pareilles à celles des araignées; sous cet abri^ il multiplie en quantité à partir du printemps, c'est-à-dire de la fin de septembre jusqu'à l'automne. C'est alors qu'on l'extrait, comme nous l'avons dit, du Cactus qui le porte. Les provinces de l'intérieur sont d'autant plus favorables à l'éducation de la Cochenille qu'il y pleut rarement. Les grandes pluies, en effet, sont contraires à la reproduction de cet insecte, qu'elles arrachent à la plante qui le nourrit, font tom* ber sur le sol et noient.

Dans les pays où l'on s'occupe sérieusement de l'élève de la Cochenille, tels que le Mexique, le Guatemala, le Venezuela, et depuis quelques années les Canaries et l'Algérie, on plante des Nopals en ligne , à distance suffisante les uns des autres , deux mètres en moyenne, pour permettre la circulation. La terre est convenablement ameublie et nettoyée de plantes parasites. Dans la saison des pluies, ^ on abrite les Nopals sous de- petits hangars temporaires, afin que les averses tropicales n'enlèvent pas les insectes. La récolte commence au printemps et se continue jusqu'à la saison pluvieuse. On retire alors dans l'intérieur des maisons quelques feuilles couvertes des Cochenilles destinées à la reproduction, et, cette saison passée, on les replace sous les Nopals que les jeunes animaux recouvrent trèspromptement. Ainsi soignés, les Nopals deviennent plus gros, plus gorgés de sucs, plus aptes à la nourriture des insectes que le Nopal silvestre ; et, par conséquent, la multiplication des Cochenilles est beaucoup plus facile, plus rapide et plus considérable dans les nopa- • lerîes ainsi conduites que sur les plantes abandonnées aux intempéries , comme cela se voit dans les provinces argentines. Cette culture devient alors une source de grands bénéfices, à tel point qu'aujourd'hui les îles Canaries abandonnent l'industrie viticole pour se livrer exclusivement à celle de la Cochenille.

n serait difficile de s'expliquer, — si l'on ne connaissait Tinsouciance et l'esprit de routine du paysan argentin à Tégard de toute culture, de toute industrie nouvelle, — comment une pareille industrie a pu être délaissée, alors que la sécheresse du climat, l'aridité du sol, l'éloignement de certaines provinces des ports du littoral, l'indiquaient naturellement comme une branche (Certaine d'exploitation lucrative, malgré les distances, à raison de la valeur du produit sous tm petit volume. Quoi de plus facile, par exemple, que d'établir des nopaleries dans le bassin de Cuyo où il ne pleut presque jamais!^

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et où rOpunlîa croit naturellement, dans la plaine intérieure de San- Luis, de la Rioja, de Ca^marca, de Santiago del Estero , où on le trouve également en quantité et où la Cochenille se reproduit spontanément? C'est une industrie qui pourrait être tentée sans capitaux par le premier paysjm venu qui voudrait s'y adonner avec sa famille ; les tnivaux n'exigent aucune force et sont à la portée de tout le monde ; et cependant, quand on réfléchit au prix élevé de la Cochenille sur les marchés européens, on se demande s'il existe beaucoup d'industries susceptibles de procurer des bénéfices plus beaux et plus siu^. Ce que l'on obtient aujourd'hui sans soins, sans culture, peut donner une idée de ce que rendrait une pareille industrie bien conduite.

Le versant oriental des Andes produit un arbuste qui parait appartenir à la famille des Rhamnées, et dont le fruit, connu sous le ^ nom à' algarobilla et semblable à une petite prune , fournit une encre naturelle excellente que l'on peut extraire directement sans aucune préparation. Ce suc ressemble tout à fait à l'encre ordinaire, et l'on n'en emploie pas d'autre dans certaines parties de la Rioja et de Catamarca. Il est probable qu'on pourrait en user également comme teinture, en la fixant sur les étoffes à l'aide d'un mordant.

Nous ne parlons pas de la Garance [Rubia tinctorum^ — Rubiacées), dont une espèce parait exister à l'état silvestre dans la province de Tucuman. Il nous a été impossible de nous en procurer; toutefois ce fait nous donne à penser que l'introduction de la Garance cultivée dans le midi de la France serait possible et réussirait probablement ; encore une nouvelle branche d'industrie à ajouter à toutes celles que nous avons déjà énumérées.

Nous rappellerons aussi ce que nous avons dit (pages 414 et 428) des bois de teinture des Missions, de Corrientes, du Chaco, d'Oran, lesquels sont encore peu connus, mais peuvent donner lieu plus tard à des exploitations avantageuses.

PLANTES POUR LA TAlfllERIE,

Nous avons déjà indiqué, en parlant des différents arbres indigènes, ceux dont les écorces étaient employées pour la tannerie : le Curupy des bords du Parana, le Molle de Gordova et de Sau-Luis, le Cibil à^

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Tucuman et de Salta, etc., mais il en existe une foule d'autres que Ton met en œuvre suivant les localités, et même, là où ces arbres manquent, on pourrait y suppléer par l'introduction des Sumacs, qui sont cultivés à cet effet dans le midi de l'Europe, et se reproduisent dans les plus mauvais terrains.

Tel est le Sumac des corroyeurs ou Redoid {lihus coriaria^ — Térébinthacées), dont la naturalisation en Sicile, en Italie, dans le midi de l'Espagne, a rendu de très-grands services à la tannerie. Cet arbuste, qui atteint mie hauteur de trois à quatre mètres, croît sur le sol le plus aride, et peut-être pourrait se naturaliser dans le bassin de Cuyo et le nord du massif central de Cordova, où il serait certainement de la plus grande utilité: Il se reproduit de rejetons avec une facilité extrême et couvre de grands espaces ; le lacis inextricable que forment ses racines est avantageux pour retenir les terres dans les endroits escarpés. Ce Sumac se rapproche d'ailleurs beaucoup du Molle indigène [Schiniis Mollé)^ qui appartient à la même famille ; mais le Redoul parait encore moins difficile pour le terrain. — Le vrai Vernis du Japon [Rhus Vemix)^ une autre térébinthacée également très-rustique, outre qu'elle fournit la résine de ce nom, a ses tiges également bonnes pour la tannerie. — Dans le Redoul, l'arbrisseau entier est employé ; on le coupe tous les trois ans, on le fait sécher, puis on moud grossièrement feuilles et tiges tout ensemble et on le conserve en sacs pour l'usage. Cet arbre pourrait donc être propagé utilement là où manquent les espèces à tanner ; il nous semble que sur les berges du Parana, si sujettes aux éboulements par suite des affouillements de leur base par les eaux, sa présence serait un véritable bienfait, en ce qu'il consoliderait les terres et fournirait en même temps un succédané au Curupy, qui devient rare en certains endroits.

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