PLANTES D'AGRÉMENT
excepte les Balisiers [Canna Indica^ — Cannées), les Lantanas (Verbenacées), les Passiflores, les Bignbnes, les Cactus, les Orchis, etc. qui se rencontrent partout. — Nous, ne parlons pas de la région tropicale, où la flore est nécessairement plus variée. Beaucoup d'espèces de l'ancien continent, de TAmérique du Nord , du Brésil, du Chili, se sont naturalisées, et il est difficile de dire aujourd'hui si elles sont ou ne sont pas indigènes : telles sont les Calla Ethiopica^ les Fuchsia ^\es Hoya^ les Lauriers-ttoses, etc., plusieurs espèces de rosiers, etc. On peut affirmer que toutes les plantes et tous les arbustes d'agrément qui font les délices des jardins européens sont maintenant acclimatés dans le bassin de la Platti et s'y reproduisent avec une luxuriance de végétation admirable, pour peu que l'on veuille se donner la peine de les soigner. Il n'y a que les arbres qui soient encore négligés : ainsi le Marronnier d'Inde, ce magnifique ornement des promenades françaises, le Catalpa, le Baguenaudier, le Magnolia, etc., sont hiconnus, ou du moins il n'en existe que quelques pieds qui ne peuvent entrer en ligne de compte. On se limite trop aux plantes herbacées ou aux arbustes de petite titille, qui sont d'un transport facile sans doute, mais insuffisants pour orner des promenades publiques ou des parcs.
Il y a si peu de temps , à la vérité , qu'on a songé à créer des promenades destinées au public au milieu des villes, à part celles de Mendoza et de Cordova plantées sous la domination espagnole, qu'il n'est pas étonnant qu'au début on se contente de l'arbre le plus commun et le plus robuste, fort élégant du reste, celui qu'on appelle Paraiso [Melia Azedarach^ — Méliacées), dont les fleurs l)leues ressemblent au lilas. Cette innovation même (dans l'intérieur où Ton y ajoute l'Oranger et les Palmiers) paraît assez singulière aux Gauchos, lesquels , essentiellement ennemis des arbres , prétendent qu'une place n'en doit point avoir. Ainsi nous nous rappelons avoir entendu blâmer sérieusement le brave curé de Mburucuya, province de Corrientes, parce qu'il avait fait entourer de Palmiers la place de son village. Mais comme les villes de Montevideo et de Buénos-Ayres en ont donné l'exemple, que Rosario, Parana, Gualeguaychu l'ont suivi, il est probable que cette bonne pratique gagnera du terrain , et que d'ici à peu d'années chaque ville et même chaque bourg aura sa promenade publique plantée des plus élégants végéttuix du pays, n ne s'agit d'ailleurs que de vouloir, car se limitât-on à l'Oranger, à TAzédarac et au Peuplier, le mélange de ces trois végétaux ,
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qui sont aujourd'hui indigènes, ferait un effet certainement fort agréable dans une promenade publique, s'ils étaient groupés avec quelque goût.
Dans les grandes villes du littoral, le comixierce des plantes d'agrément a pris une véritable importance à cause du haut prix qu'on attache aux belles fleurs : camélias, roses, œillets, etc. Cette spéculation est surtout avantageuse dans la saison fraîche, époque à laquelle les réunions sont plus fréquentes et les fleurs plus rares.
Quant aux provinces de l'intérieur, elles sont fort arriérées sous ce rapport : les fleurs d'origine européenne y sont médiocrement nombreuses, car bien peu de personnes s'occupent de les cultiver. Il en est là de ces gnicieux représenUmts du règne végétal comme des plantes utiles , telles que les arbres à fruits et les légumes ; on en entend parler, on les vante, mais on n'en use pas; d'abord à c^use de la difficulté du transport, pour leur importation première, ensuite faute de savoir et dp vouloir leur donner les soins qui leur sont nécessaires dans le principe. Il n'y a d'exception que pour Mendoza et San-Juan, que leurs relations avec le Chili stunulent davantage à la production végétale, soit comme agrément, soit comme profit direct. Encore y a-t-il immensément à faire pour améliorer les espèces existantes, en acclimater de nouvelles et soigner iin peu plus la qualité du produit, au lieu de se préoccuper exclusivement, comme on l'a toujours fait, de la quantité.
CHAPiTRi; m.
CrolMiaaee et reprodaellon des plantes «nr le territoire AryentlH* — AetloB des salsoHs. — DlTersee époques des séTes. «- MiUUidles des plantes. •— Inseetes nvlslbles.
§ I. -*^ Croissance et reproduction des plantes.
Les végétaux que nous avons successivement indiqués croissent et se reproduisent en général avec mie grande rapidité dans le bassin de la Plata, mais il y a des exceptions» Les mimosées compactes, à bois dur et noueux, sont d'un développement lent Qi exigent des atniées pour devenir de bea^ix arbres. Il en est de même de plusieurs sortes de Palmicjfi, particulièrement du Y^tal, qui & ^soin d'un siècle pour arriver h une belle taille.
CROISSANCE ET REmODUCTION DES PLANTES. 627
Nous savons d'ailleurs que jusqu'au 28^ degré, toutes les espèces indigènes dans la Pampasie, dans la Mésopotamie argentine et dans rintérieur n'atteignent pas de grandes dimensions ; mais ceci tient plutôt à la nature des arbres qu'à l'influence du sol et des vents, comme on pourrait le croire et comme Tout avancé certains voyageurs. Dans les bois, Tinfluence du vent se fait peu sentir, et les plantes s abritent les unes les autres ; il n'y aurait donc pas de raison pour n'y pas avoir d'arbres de haute futaie, si ces essences étaient susceptibles d'arriver naturellement à une b3ute taille sous cette latitude. Or, pour faire de très-grands arbres, quelquesuns des végétaux arborescents du littoral et de la plaine intérieure ont besoin d'une moyenne de température plus élevée et d'une humidité plus constante.
Aussi leurs dimensions augmeutentrelles à mesure qu'on se rapproche du tropique, là où les pluies sont très-abondantes l'été, et généralement bien plus régulières que dans la zone qui s'étend du 30* au 40' degré vers la partie sud du couti|ient. Sur le versant oriental des Andes et dans le voisinage du détroit de Magellan, le climat, qui se rapproche de celui de la Hollande et du nord-ouest de l'Allemagne, favorise la croissance de grands végétaux, tout différents de ceux de la Pampa, Chênes, Hêtres, Pins, etc., analogues aux espèces européennes; la llore, dans son ensemble, y ressemble beaucoup à celle du nord de l'Eurcjpe.
Ce qui nous paraît contrarier le plus la végétation ai'borescente dans les vastes plaines du territoire argentin, c'est la succession de sécheresses et de pluies très-fortes, mais inégalement réparties, qui livrent aux ardeurs du soleil pendant sept mois de l'année une teiTe découverte, que battent, de temps à autre, de gi*andes averses d'orages, qui glissent plutôt sur le sol qu'elles ne le pénètrent. Lorsque la charrue a remué ce sol et l'a rendu perméable aux rosées, que l'action de l'air a rompu et pulvérisé la croûte séculaire qui en formait la superficie, il devient d'une extrême fertilité ; et quand on y peut joindre l'irrigation, soit par des rigoles dérivées des rivières, soit par des puits convenablement insUUlés, cette fertilité est triplée, quadruplée, et se continue indéfiniment, si l'on a soin de laisser reposer la terre ou de lui donner de l'engrais.
Quoique Thiver soit, ainsi que nous l'avons vu, extrêmement doux, la plupart des arbres n'eu perdent pas moins leur feuillage depuis la fin de mai jusqu'au mois de septembre, Cependant, la végétiition n'est réellement suspendue que pendant six semaines
au plus. Dès le commencement de juillet, les arbres recommencent à' se couvrir de bourgeons ; mais ces bourgeons s'ouvrent avec lenteur et sont quelquefois bnMés par les gelées. Les Pêchers fleurissent vers le 15 août; les Orangers en septembi^e. (Test dans ce dernier mois que se complète d'ordinaire la végétation, qui dépend aussi de l'état du ciel et du plus ou moins de chaleur et d'humidité. Les séries de vent de sud-est et de sud-ouest qui surviennent de temps à autre à ces époques la retardent quelquefois de huit et même de quinze jours. Habituées au soleil, à une vive lumière, les plantes ont besoin de ces agents vivifiants pour accomplir leur évolution, et il leur faut une somme de chaleur bien pins considérable que dans l'Europe moyenne pour arriver à maturité.
En novembre, sur le littoral, tous les arbres fruitiers ont donné leurs fleurs, les fruits ont noué : la végétation y est aussi développée que possible, et tout à fait en raison directe de la quantité d'eau qui tombe; la fructification se fait vite, et, presque aussitôt après, tous les végétaux perdent xuie partie de leurê feuilles.
On peut moissonner dès le commencement de décembre : les raisins sont mûrs en février, ainsi que les pêches, les poires, presque tous les fruits. A la fin de mars il n'y a plus rien. Dans les provinces des Andes, la végétation est un peu plus tardive ; l'irrigation lui fait accomplir ses phases avec plus de régularité que sur le littoral, où elle est à la merci des pluies.
En effet, les mois de novembre et de décembre sont-ils secs, beaucoup de plantes perdent leurs feuilles et suspendent presque complètement leur végétation, qui ne reprend qu'aux premièi-es pluies. C'est ainsi que l'on a deux et même twis sèves par an : la première, celle du printemps; la seconde, celle de janvier ou février, qui répond à notre sève d'août, mais qui ne vient qu'après les pluies d'été; la troisième enfin en mars ou avril, si les deux mois précédents ont Lie secs.
Dans la saison chaude, la végétation est en raison directe des pluies et non des mois : il n'en est pourtant pas de même pom* la matumtion des fruits, qui atoujoui-s lieu aux mêmes époques, quelques jours plus tôt ou quelques joure plus tard, suivant l'intensité de la chaleur, mais toujoui-s d'une façon régulière.
On sent combien l'observation des époques où la sève monte est importante , alors qu'il s'agit de reproduire les arbres p;u* la greffe et de faire des ti*ansplantations. — Dans les étés secs «'t chauds, la végétation se suspend quelquefois d'ime manièiv