‹ Description géographique et statistique de la confédération Argentine (volume 3)Chapitre 173 sur 193 · CROISSANCE ET REPRODUCTION DES VÉGÉTAUX · texte numérisé non relu

CROISSANCE ET REPRODUCTION DES VÉGÉTAUX

complète pour reprendre avec une vigueur extrême aux premières pluies.

Les arbres d'origine européenne ont, dans le conunencement, quelque peine à s'acclimater, car pour eux les saisons se trouvent complètement interverties et ils ont besoin d'un certain temps pour se faire à ce nouveau régime. Aussi, durant les premières années, les arbres à fruit ne donnent-ils que des récoltes assez faibles et quelquefois même nulles. Loin de se décourager, il faut les tailler vigoureusement, les empêcher de s'emporter en branches folles, comme ilb n'ont que trop de tendance à le faire, et attendre. Lorsqu'il est possible de prendre les greffes sur des sujets déjà acclimatés , on n'a pas à craindre ces accidents , et l'arbre devient réellement et beaucoup plus tôt indigène.

Lès semis réussissent ordinairement quand ils sont faits en temps opportun, si la sécheresse ne les gêne pas trop ; toutefois^ l'énergie de la végétation et la chaleur de la saison poussent les plantes herbacées à l'état ligneux et les font monter trop vite en graine. C'est encore là un des écueils des premières expériences d'acclimatation. Cet écueil ne peut être évité que par une culture intelligente et patiente , de fréquents arrosages et le croisement avec les espèces indigènes plantées à côté ; ou bien, si la phmte est tout à fait nouvelle, par le bouturage , par des semis répétés des nieilleiu*es graines que l'on a eu soin de mettre en réserve ; enlin par le mélange avec de nouvelles graines rappoilées d'Europe , et dont le contact revivilic la plante déjà presque habituée au sol et au climat.

Une chose qui frappe dès le premier al)ord, c'est la rapidité avec laquelle croissent, dans cette partie de l'Amérique du Sud, une foule de plantes et surtout d'arbres qui , en Europe , arrivent si lentement à leur développement complet. Il n'est pas rare de voir des Peupliers atteindre, au bout de dix ans, une hauteur de 15 mètres et une grosseur proportionnée, de jeunes Ormes, des Platanes, des Frênes, des INiiriers, etc., se développer avec une célérité qui tient du prodige. Mais si cette croissance rapide a ses avantages, eu ce qu'elle rémunère promptement les soins de l'agriculteur, elle est racheté<5 par le dépérissement non moins rapide de cei-tiiines espèces végétales. C'est une loi de la nature , qui veut que le végétal lent à se développer vive des siècles, et qu'une prompte croissance hâte sa décrépitude. Nous avons surtout remaïqué ceci pour le Pêcher, cet arbre hidigène si rustique et si vigoureux qui , à part quelques exceptions , ne vit pourtant guère plus de quinze à dix-huit ans ; pour des cerisiei-s et

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beaucoup d'auti*es arbres importés, qui périssent au moineut où l^oii s'y attend le moins, mais dont les pieds laissent heureusenieut de Qombreux rejetons destinés à i^eproduire l'arbre paternel.

Le climat des provinces andines doit nécessairement imprimei* un cachet spécial à la végétation. Elle y est en effet moins irré^rwlim que sur le littoral, où tout dépend des pluies, qui elles-mêmes s«' pailagent, comme on sait, inégalement dans le coui-s de l'année. Les saisons y ont aussi un caractère plus tranché ; elles s'y distribuent en raison de l'altitude du teirain, et la végétation s'y prolonge plus longtemps que dans la plaine. Nous l'avons vue encore très-belle dans la province de C4atamarca au mois de juillet, alors que la plaine de Tuciunan offrait déjà l'aspect de l'hiver et que la plupait des arbres y avaient perdu leurs feuilles.

Quant à la région sub-tropicale, son as^pect varie dans la saison d'hiver d'abord en raison de l'altitude, et alors c'est le climat des vallées des Andes, ensuite en raison de l'humidité. Une partie seulement des végétaux y perdent leurs feuilles; les autres, et c'est le plus gi'aud nombre, restent couverts d'une belle verdure, et les fleiurs y succèdent incessamment aux fleui's et aux fruits. L'aspect des champs et des bois est aloi^s celui qu'ils présentent à la lin de scptembi*e en Europe; mais aux premières pluies du printemps., c'est-à-dire en (octobre, tout croît avec une vigueur nouvelle. C'est au cieur de Tété, quand des pluies presque quotidiennes viennent an'oser le soi , que la végétation est la plus puissante et k plus belle dans cette région. Incessamment plongées dans une atmosphère chaude et humide, toutes les plantes se développent avec cette luxuriance de formes et de couleurs qui rendent si attrayante la lïore équinoxiale. •

A partir de la saison sèche, qiû commencée en mars, la végétation, sans s'arrêter complètement, se suspend jlisq»'eB octobre, où elle reprend un nouvel essor, pour co*itimier ainsi son cycle éternel de reproduction .

(iOmme dans tous les pays du globe, les^ in'égukrités des saisons, les gréles, les tempêtes, les vents froids ou brûlants, les grandes pluies ou les sécheresses , les gelées tardives , exercent une action funeste sur le règne végétal et ses produits cultivés; mais ces fléaux sont plus rares qu'en Europe ; et d'ailleurs la terre est si neuve et si fertSte, le climat si bo», malgré ses ignrégwhi'ités apparentes, pailjk cidièi'ement à l'entrée de la Plata, que^ même daus ce ^r<i)ii appelle les mauvaises années , la production est toujours considérable* ^ue serait-ce donc si une agriculture plus avancée veuail atténuer eu-^

ÉPIDÉMIES ^^GÉTALKS. bât

eore, ainsi qu'on te remarque dans tous tes pays bien cultivés, tes effets de ces fléaux naturels? On seul, et nous en parlerons tout 5f rheure, est sérieusement à craindre : c'est la sauterelle.

En sommie, la Plata n'est pas exceptée de la loi commune : elle a aussi de bonnes et de mauvaises années, et l'agriculteur doit, à l'avance, tes faire entrer en [ligne de compte dans le calcul de ses travaux et de ses récoltes.

§ II . — Épidémies végétales.

Les épidémies végétales se montrent aussi de temps à autre dans la Plata, qui n'est pas plus épargnée que le vieux continent; cependant la concentration d^s cultures les circonscrit naturellement, vi elles ne parcourent pas les vastes étendues de pays qu'on les a vues ravager en Europe.

Ainsi , il y a vingt-cinq ans environ , une épidémie dont nous ignorons la nature, mais dont nous avons été à mCme de constater tes résultats, fit périr presque tous tes Pommiers des environs de Montevideo et priva longtemps cette ville d'une branche d'exportation assez lucrative avec le Brésil. Ce n'est que dans ces deniièrcs années que tes vergers ont commencé à se repeupler.

De 1847 à 1831 les Pêchers y furent frappés d'une épidémie de pucerons, qui eu tua un nombre immense. Ces animaux couvi'aient complètement tes arbres, et tous les remèdes possibles, fumigations avec le tabac, avec le soufre, lavage à l'eau de chaux, ne suffirent pas à tes sauver. Cependant te mal n'était pas dû à la seule présence du puceron : on remarquait dans la nature de la sève, une. altération qu'il était facile de reconnaître en fendant les arbres attaqués et en examinant tes canaux par où elh» circulait: ils avaieut acquis une (!ouleur foncée. Les très-jeunes arbres étaient les seuls qui se sauvaient. Cette épidémie était d'autant plus remarquable , que dans un verger elle attaquait tantôt tous les arbres à la fois, tantôt tes uns après les autres, et qu'un arbre très-sain, très-vigoureux, épargné d'abord , périssait ensuite en peu de jours. Elle disparut d'ellemême , après quatre années de ravages. Nous n'avons pu savoir si elle avait atteint tes Pêchers silvestres des îles du Parana et si elle avait remonté beaucoup dans l'intérieur.

Les Orangers sont quelquefois aussi attaqués^ de la fumagiue, sorte de champignon noir pareil à de la suie, et que l'on peut enlever par des lavages* Cette maladie ne s'en prend qu'aux arbres enfermés dans

les eouis, elle épargne tous ceux en plein vent. L'Oranger est d'ailleurs un arbre extrêmement robuste, et qui, sous ce climat, résiste à toutes les intempéries.

Le raisin muscat est moins heureux que l'Oranger, puisqu'il est fort sensible à l'action des pluies et du vent lors de sa floraison; et comme celle-(îi a généralement lieu à l'époque des pluies de printemps, c'est-à-dire dans la seconde quinzaine d'octobre, la fleur coule assez souvent et la récolte s'en trouve considérablement réduite. Elle est au contraire toujours sûre dans les provinces andines, à cause de la régularité de leur climat. Les autres espèces de raisin sont beaucoup moins délicates.

Les deux fameuses épidémies végétales qui ont fait tant de mal à l'Europe depuis une dizaine d'années , la maladie des Pommes de terre et l'oïdium, n'ont point pénétré jusqu'à présent dans le bassin de la Plata. Il est vrai que la culture y est relativement si réduite encore, que leur apparition même n'eût peut-être pas fait grand bruit. Nous nous rappelons cependant avoir vu en février 1858, dans la sierra de ("ordova, des treilles dont les grappes étaient fortement attaquées par des taches jaunâtres doimant au grain un aspect ligneux; mais cette nudadie se limiUiit à une étroite localité, et elle n'eu est point sortie. Quant aux Pommes de terre, on les cultive sur une si petite échelle et Ton renouvelle si souvent les tubercules, que l'épidémie n'eût pu jamais beaucoup s'étendre.

Les Blés souffrent assez souvent de la rouille, connue sous le nom de polvillo. Le changement fréquent de semences a semblé mettre un terme à ces accidents. Aussi les cultivateur s'occupentils beaucoup aujourd'hui de les renouveler en introduisant des Blés étrangers, soit par la voie du Chili , soit par celle du littoral. C'est ainsi que la culture de cette céréale a pu se rétablir dans la plaine de Tucuman. — La carie et le charbon, maladies également comprises sous le nom général de polvillo ^ s'y montrent aussi quelquefois. On a remarqué.que ces épidémies végétales se développideut plus facilement après les brouillards, les pluies prolongées, au moment de la floraison. — On ne pratique pas le chaulage du Blé avant de remployer pour les semailles, et trop souvent celles-ci se font avec des Blés mal nettoyés.

Nous n'avons jamais entendu parler de l'ergot dans le Mais ; mais il est à remarquer que, semée dans une terre trop neuve, cette céréale ne donne qu'une mauvaise récolte la première année ; la plupart des grains avortent, les épis sont petits et contrefaits^ tandis que, Tau-

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