AGRICULTURE ARGENTINS. — LITTORAL
établir à proximité des villes des cultures sérieuses, quoique peu étendues encore, soit en salariant un personnel agricole sufûsant, soit en s'associant à des étrangers munis de quelques connaissances en agriculture et travaillant de leurs propres mains. Ces sortes d'associations, dites à médias^ c'est-à-dire de moitié, se font généralemefit à des conditions équitables : le propriétaire fournit le terrain, lés insti*uments de travail, les semences, et le cultivatem* associé donne en échange la moitié de sa récolte. — Ce système, déjà ancien, fut pratiqué dans le département de Montevideo à Tégard des laboureurs canariens qui y avaient émigré dès 1832; il est mis en pratique aujourd'hui en beaucoup d'endroits des provinces de Buénos-Ayres, de Santa-Fé, d'Entre-Rios, etc., et l'on doit désii*er qu'il s'étende; cai* ce n'est pas seulement le colon étranger qui en profite, mais le paysan ai'geutin lui-même ; avec du zèle et de l'activité, il peut arriver ainsi promptement au bien-être et un peu plus tard à la propriété.
Dans le principe, la propriété s'était constituée de la manière suivante : lurs de la fondation des villes et bourgs de la Platu, l'administration espagnole divisait d'abord la ville en carrés [cuadras) de 130 vares (129 mètres) de côté, et chaque cuadra en emplacements de 25 ou 50 vares de front sur 75 de fonds, dits solares ou sitios^ destinés à chaque maison. On réservait le teiTain nécessaire pour les places, les églises, les couvents, les hôpitaux, les fondations pieuses. Un terrain d'une à deux lieues de diamètre autour de la ville, nommé eyido^ était distribué en stief'tes de c/iacaras ou lots de terre de deux cuadnis de côté, destinés à des cultures de toute sorte. On lui donnait aussi le titre de terreno de pan llevat\ ou destiné aux cultures qui produisent du pain. La vaine pâture devait en être soigneusement bannie; les terres à estancias, c'est-à-dire dépendant des fermes à bétail^ étaient en dehors de cet eyido, La dimension de ces dernières concessions de terre variait de deux à vingt lieues carrées et même plus.
Ces dispositions très- sensées ont subsisté jusqu'à l'époque actuelle ; toutefois, en raison de l'accroissement lent, mais continu de la population, on a déclaré tierras de pan llevar (terres à produire du pain) des terrains beaucoup plus éloignés, alin de rendre une plus grande étendue de sol à l'agriculture.
Les solares , les suertes de chacaras^ enlin les suertes de estancia (lots de ten'e à bâtir, de terre à culture, de terre à bétail) furent distribués d'abord aux conquérants, puis aux premiers colons, à
tous les Espagnols qui voulaient s'établir dans le pays, aux indigènes même, qui, assimilés à la race conquérante par suite de services rendus ou d'alliances de famille, sollicitaient des concessions. 3Iais comme la population était rare encore, l'Etat resta natiirdlement propriétaire d'immenses étendues de len*ain. Une mesure, fort sage d'ailleurs, établissait que toute concession, qui n'était point occupée au bout d'un certain laps de temps, retournait de droit au gouvernement.
Telle fut l'origine de la propriété dans les provinces du littoral.
Aujourd'hui, par suite de l'accroissement de la population, de la division des propriétés dîuis les familles, des fréquentes acquisitions faites par les étraugei*s depuis quarante ans, le nombi*e des proprié- Lnres s'est considérablement multiplié, et peu de terres sont lestées vacantes [baldias)^ du moins dans la province de Buénos-Ayres et dans une partie de la Bande-Orientale et de l'Entre -Rios.
Partout ailleurs, à Santa-Fé, à Corrientes, au Paraguay, etc..., l'Etat est resté en possession d'une immense quantité de terrains d'une très-grande valeur, et qui seront d'une incroyable ressource pour le pays, si on ne les gaspille point par des concessions inopportunes.
Il ne faut pourtant pas croire que Buénos-Ayres, l'Entre-Rios ou la Bande-Orientale manquent de terres publiques. Si la recherche des titi-es sérieux de propriété était faite, beaucoup feraient délaut, et la nation aurait le droit de rentrer dans une foule de propriétés, soit usui*pées, soit possédées sans titres suftisants, ou sans que les conditions imposées par la conc(»ssion aient été l'emplies.
En outre, ini assez gi*and nombre avaient été concédées par eniphythéose, c'est-à-dire avec condition de retour à l'État ao bout d'un temps donné, et sous la condition d'une faible i*edevance ainuielle. Cette disposition sage, qui ne sacrifiait pas l'avenir, a été heureusement maintenue sur beaucoup de points ; et quoique les pi-opiiétiiires soient privilégiés pour les offres de Tente au prix du cours, dans le cas où FÉtat se décide k vendre lors de l'expiration du terme, elle présente au moins une garantie contre le gaspillage ou la concession pure et simple sous de futiles prétextes.
La division des propriétés dans les provinces dont nous parlions tout îi rheure a eu pour effet de relevei* la valeur de la terre, laquelle, il y a trente ans, éUtit, pour ainsi dire, lusiguifianta. Depuis 1832, cette valeur a doublé, quadruplé, décuplé même eu certains