AGRICULTURE ARGENTINE. ^ LITTORAL
endroits ; aussi cette plus-value du sol a*t-elle appelé l'attention générale sur ce qu'on en pouvait tirer au point de vue agricole, et non plus seulement comme pâturage naturel éternellement abandonné au bétail.
En même temps, la population des villes du littoral augmentant chaque jour, il y avait avantage à demander à une terre toute neuve et conséquemment très- fertile les denrées de première nécessité, qu'on pouvait, presque sans frais, porter à un centre de consommation sur et peu éloigné. Ces circonstances ont poussé h la culture du sol nationaux et étrangers; les amples bénéfices qu'ils en ont recueillis ont encouragé leurs premiers essais. Aujourd'hui le fait est accompli ; la culture est devenue un goût, un besoin ; et le voyageur qui, parti des rives de la Plata en 1830^ les reverrait aujourd'hui, serait étonné du changement heureux qui s'y est réalisé dans cette période, quoiqu'il ne s'agisse guère encore, dans tous ces travaux, que de la petite culture.
Naturellement, le fils du pays est resté le principal propriétaire du sol, puisque l'étranger, capitaliste, soit par les fonds qu'il avait apportés d'Europe, soit par ce qu'il avait gagné dans la Plata, ne s'est point tourné vei's les spéculations agricoles, et s'est le plus souvent contenté de quelques achats de propriétés dans les villes ou leur voisinage.
La plupart des nouveaux immigrants, venus sans capitaux, ont dû forcément s'adresser aux propriétaires terriens qui, seuls, pouvaient leur prêter ou avancer la matière exploitable et les instruments nécessaires à son exploitation. Un petit nombre ont pu devenir propriétaires eux-mêmes, tant par les concessions faites par Tiuitorité dans les egidos (terrain communal aliénable) des villes que par des achats de lambeaux de terre aux possesseurs du sol. Enfin, ceux qui ne pouvaient encore avoir les fonds nécessaires pour acheter du terrain, ne rêvaient qu'au moment où ils pourraient satisfaire ce désir si légitime et économisaient en conséquence sur le salaire que leur rapportait le métier qu'ils exerçaient.
Une autre circonstance contribuidt à pousser les nombreux colons étrangers à acquérir ou à se créer des propriétés autour des villes.
Le temps des fortunes rapides était passé depuis longtemps, si
toutefois il avait jamais existé, et ils voyaient que l'exercice pur et
simple d'un métier ou d'une petite industrie quelconque donnait
ien de quoi vivre assez à l'aise, mais que les dépenses du logement
et de la nourriture absorbaient le plus clair du gain. LMdée leur vînt alors de chercher h avoir d'abord une maison qui les dispensât du loyer, un champ qui leur permit de semer quelques légumesi, d'élever quelques animaux domestiques; et grâce aux économies faites dans, ce but, une foule d'ouvriers français, italiens, portugais, espagnols, etc., devinrent propriétaires, puis cultivateurs autour de Montevideo, de Buéuos-Ayres, de Rosario, de Parana, de l'Uruguay : résultat heureux en ce qu'il liait au sol des hommes qui, jusque-là, avaient une grande tendance h se déplacer, suivant la demande du travail , suivant les oscillations inévitables de tout centre commerçant par suite des commotions politiques si fréquentes dans le Rio de la Plata.
La formation des colonies agricoles de San-Juan, dans la province de Corrientes, de la Esperanza, dans celles de Santa-Fé, de San-José, dans l'Entre-Rios, imprima un nouvel entrain au mouvement agricole qui s'était manifesté, et la hausse de toutes les denrées comestibles d'importation européenne, de 1834 à 1859, fit voir que la production locale pouvait avoir sa valeur et ses avantages. La nécessité de l'agriculture sur le littoral, son utilité comme spéculation, furent alors comprises de tous, et si bien démontrées, que nationaux et étrangers se mirent d'un commun accord à défricher et à planter. Dans quelques années, si ce mouvement continue, et il n'y a pas de raison pour qu'il ne continue pas, les farines, les graines fourragères , les vins même venus de l'étranger trouveront une concurrence locale capable de réduire beaucoup leurs prix.
Ceci s'applique plus spécialement aux environs de Montevideo et de Buénos-Ayres qu'au reste du littoral, parce qu'il y a là plus d'étrangers groupés depuis un grand nombre d'années, et que ce sont deux centres de population plus riches, et qui naturellement • consomment davantage; mais on remarque également ce mouvement agricole dans le voisinage des autres villes que nous venons de nommer. Ajoutons aussi qu'il y avait, indépendamment de tous les motifs énoncés plus haut, cet excitant puissant qui pousse l'homme à s'attacher au sol qu'il cultive ; il y avait les jouissances si naturelles de la propriété pour l'Européen, oui, de l'autre côté de l'Atlantique, n'était souvent qu*iih ser\îleùf à gages, sur uii sol dont ses plus hardies espérances ne lui promettaient jaih^s la possession du moindre lambeau. i .
Un des grands obstacles à la culture, surtout pour ëeiul^î Va
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que se8 bras ou un faible capital, cVst, s'il est seul, non pas rachat du terrain, qui, sonune toute, u*est pas cher, mais les frais considérables qu'entraînent les travaux préparatoires, tels que le fossé, la haie, la palissade, sans lesquels il n'y a pas de culture possible ; frais qui quadruplent et décuplent souvent le prix du terrain.
En effet, le minimum que Ton puisse payer pour un fossé p^sfiablft^ c'est 1 réal et demi (0 fr, 80 cent.) le mètre courant, et Xox\ voi| ^o^t de suite où cela mène si Ton a seiUement cinq à si% becti^res à entourer. La palissade en bois et fil de fer coûte plus cher encore^ et il faut du temps pour que tous ces moyens de défense artificielle $(^çnl enfin remplacés par une bonne haie vive qui se reproduit d'ellemême, gagne en force et en valeur chaque année et doit fournir un jour tout le bois nécessaire aux usages économiques de la propriété, si l'on a eu soin d'y planter des essences d'arbres convenables. En outre, ce n'est pas tout que la terre soit entourée et défendue contre le bétail vagabond, que le sol soît libre de broussailles et prêt à être entiimé par la charrue, il faut encore une chaumière pour loger le cultivateur et sa famille, un toit pour abriter ses bœufs de travail et ses chevaux, un puits qui lui fournisse l'eau nécessaire, des instruments de labour, les semences à confier au sol, enfin les ressources indispensables pour attendre la récolte.
Voil4 les écueils contre lesquels doit se heurter le colon qui arrive n'ayant que ses bras, et qui cependant veut se mettre à la culture, écueils qu'il ^^ P^ut surmonter qu'après un temps assez long, lorsque ses économies lui ont permis de réunir un petit capital, Aussi les colonies telles que celles de la Espcranza, de San-José, etc., dont nous venons de parler, et qui î^vancent toutes ces choses aux cultivateurs, leur font-elles une sorte de pont d'or dont ils comprennent au bout de quelque temps les avantages. — Voil^ encore ce qui rend si avantageuse pour le nouveau venu la culture de moitié avec le propriétaire : tous les deux y trouvent un égal avantage.
MÉTHODKS A6RIC0LKS DU LITTORAL.
En faisant l'histoire des différents produits végétaux, nous ayqns indiqué ceux qui étaient plus spécialement cultivés dans les régions dont nous nous occupons et ceux qui pourraient l'être avec avantage.
!^be hëgnë yëgëtal.
qui fut distribuée en encommiendas^ c'est-à-dire en groupes de serfs attribués à telles ou telles familles et qui durent travailler pour leurs maîtres. Nous verrons dans la chronologie raisonnée de l'histoire de ces régions à combien de guerres et de révoltes donna lieu cette injuste répartition de la race vaincue. Mais le fait ne s en accomplit pas moins, et il a été le point de départ de Tétat social actuel. En outre, plusieurs villages furent formés sous le nom, de Puehlas de Indios^ avec des terres qui leur étaient attribuées, ainsi qu'une certaine portion d'eau. Les Indiens y devaient cultiver le sol pour leur» familles, et n'étaient soumis qu'à une faible redevance en journées de travail, redevances dont ils fm'ent même exemptés plus tard. Ces villages existent encore aujourd'hui sous le même nom, mais la population y est devenue complètement métisse. •
Comme la culture ne pouvait porter des fruits qu'à la condition de disposer d'une certaine quantité d'eau, les propriétés concédées comprenaient plutôt la jouissance de tel ou tel cours d'eau que de telle ou telle étendue de terrain, puisque ce terrain ne d^vait^avoir de la valeur que s'il était possible d'étendrç j\isqu'à lui le bépéfice de l'irrigation. De là de grands domaines concentrant la propriété en ud petit nombre de mains chargées de la distribution du liquide fécondant, et groupant nécessairement, autour d'eux un grand personnel agricole d'ouvriers chargés de construire les canaux et les rigoles et de les entretenir, sans compter les ouvriers destinés au travail du sol et aux mille emplois divers que nécessite l'exploitation d'une vaste étendue de terrain. Beaucoup de ces domaines, sous le nom de vinculados ou majorats, avaient été rendus inaliénables. Il existe encore dans la province de Catamarca ceux d'Anillaco et de Guazan, qui sont toujours restés dans les mêmes familles.
D'un autre côté, lorsque dans un pays l'agriculture ne peut se passer de l'irrigation, la propriété des cours d'eau naturels ne saurait être abandonnée aux particulier sans condition. La société, et par conséquent l'État qui la représente, qui en est l'expression, a droit d'exiger que chacun use de ce bienfait naturel dans la mesure de ses besoins et sans en abuser au détriment des autres. Gela est si vrai que, dans tous les pays du monde, la législation réglant l'usage de8 cours d'eau a été une des premières établies, et qu'en Egypte, par exemple, dans tous les temps, sous les pharaons comme sous la domination romaine, sous les Arabes comme de nos jours sous Méhémet-Ali et ses successeurs, 1 eau du Nil, qui est là le souverain dispensateur de la fécondité) a toujours été regardée comme la propriété de l'btat.