TRA?ÎS1»0RT PAR EAU
Du port (futur) de San-Pedro h las Juntas de San-Francisco 90 »
De la bouche du ZenlA à las Juntas 44 »
(1) Les altitii(lt-s ont été calculées par nous d'après des obsenations directes. Les positions astronoini(|ues et les distances ont été indiquées par Cuningham et Lavarello qui ont descendu la rivière. Azara en a donné quelques-unes.
De las Juntas à la Esquina-Orande 180 milles.
De la Esquioa-Graïuîe à San-Bernar^o 165 m
l)e San-Bernardo à la Cangayé 60 »
De la Cangayé à la bouche du Vermcjo 175 »
De la bouche du Vermcjo à Corrientes 60 »
§ IX. — Rio-Juramento (Salado).
\je liio-Juramento^ qui coule tout entier daus le tenu toi re argentin j prend sa source au cœur des Andes de. Salta, au pied du nevado de Acat/, par 24^ 30' de latitude et 69" 10' de longitude, et vient se jeter daus le Paraua, h une demi-lieue au-dessous ai) la ville de Santa-Fé, après avoir parcouru ainsi plus de 8 degrés eu latitude et 9 degrés en longitude, et sur une distance qui ne fait pas moins de 960 milles.
C'est d'abord un mince filet d'eau formé par les infiltrations que fournissent les sommets éternellement neigeux d'Acay et de Cachi, dont la hauteur atteint et dépasse 6,000 mètres; il se grossit en route des maigres torrents dt»s Cordillères, en descendant presque . directement du nord au sud-sud-est par la longue vallée de Calchaqui , où ses eaux sont utilisées par les riverains pour îirroser h'ui's cultures, et arrive au bourg de San-Carlos. Là il reeoit la ri>ière de Santa-Maria^ longue d'une quarantaine de lieues, qui lui amène les eaux des nevados de Cidchaqui^ et, changeîmt brusquement de direction pour l'est-nord-est , il vn\.\v dans la quehrada de Gitachipas dont il' prend le nom. Il y reçoit le liiO'de-la'Silleta , considérable en été, qui vient de Salta et des deux grandes quebradas del- Escoipe et del-Toro. Arrivé près de Tendroit où le coupe la route de Tucuman à Siiltîi, il change une troisième fois de nom , et se ûonune Rio-del-Pasaye.
Bientôt, après avoir ainsi reçu les eaux de la plus gi*aude partie de la vallée de Salta, il se dirige vers le sud, et, arrêtée par la prolongation des collines du Remate , il remonte encore vers le nord en formant im angle obtus. Dans ce trajet, il reçoit de nombreux ruisseaux descendant de la sierra boisée de Lu mureras , arrose les ruines de la cité d'Esteco, et, en revenant vers le sud, les estancias qui ont remplacé les anciennes réductions de Mirallores, d'Ortega, de Rilbuena, de Pitos et de Macapillo. — A partir de ce point, arrivé dans les plaines basses du Chaco, sa rapidité tombe complètement, et c'est en eoidant paisiblement dans ces terrains sans aucune ondulation qu'il continue sa route au sud-est, pour arriver enfin à Santa-Fé.
Mais Thorizontalité parfaite de la plaine qu'il traverse multiplie les lagunes sur ses bords, et amène en deux points la formation de mar rais qui interrompent presque entièrement son cours.
Le premier bas-fond vere le nord est celui qu'on désigne sous le nom de Banados-deSan- Antonio^ au-dessous de Yestancia (ferme) de Sepulturas^ par 27** 20' de latitude. Ce bas-fond, qui peut avoir une quinzaine de lieues de long et trois de large, forme un ovale au milieu duquel une sorte d'Ile renferme l'estancia de San- Antonio. Le vrai lit de la rivière, bien marqué encore, est à l'ouest; mais les accumulations de débris végétaux , la chute des arbres de la rive, en ont interrompu le cours, et les eaux ont ainsi formé de vastes banados (terrains couverts d'eau), sans canal tracé, et au travers desquels ne peut pas naviguer même un canot. L'ancien lit s'est rempli de taillis épais où il ne passe que fort peu d'eau, et seulement à l'époque dès crues.
De l'estancia de San-Pablo îiw Paso-Grande ^ à 7 lieues au-dessous du petit bourg de Matiira qui est par 28" 8', la rivière est bien encaissée; les terres sont fermes et le Juramento y a creusé une tranchée profonde, dont les bords taillés à pic laissent voir les différentes •• couches argileuses qui composent la terre de ces plaines; toute cette partie est navigable. Au Paso-Grande commencent des terrains bas , inondés complètement à l'époque des hautes eaux , des marécages qui empêchent d'arriver au l^prd réel de la rivière. Comme audessous de Sepulturas , celle-ci se perd dans ces banados encombres de plantes aquatiques et d'arbres de toute nature. L'aiïcien lit est moins marqué qu'à San- Antonio. Les habitants du pays, et parmi eux D. P. Achaval, qui connaissent parfaitement la province, prétendent que ce changement de lit arriva en 1760 , et que ces banados ne datent que d'un siècle , la rivière étant parfaitement libre auparavant de Navicha à Matara. Quinze lieues plus bas, à Saiidia-Paso^ le Juramento s'encaisse de nouveau ; son lit est creusé dans une couche d'argile compacte que les eaux ne peuvent entamer, et dans les crues elles se répahdent paisiblement à droite et à gauche sans attaquer leurs rives. Aussi, de ce point a Santa-Fé, qui en est à 120 lieues encore, il y a suffisamment d'eau et un lit assez libre quoique trèsétroit, pour que la navigation soit praticable les deux tiers de l'année.
C'est k partir de Miraflores que le Juramento, dont les eaux prennent de la salure, à cause de la nature saline des terres qu'il traverse, porte le nom de Salado. Près de Santa-Fé , à son embouchure, on l'appelle quelquefois Rio-de-Santo-Tomé. Le nom de Juramento,
FLEUVES ET RIVIÈRES. — RIO-JURAMENTO. l\ 1
qui lui a été donné dernièrement par une loi du Congrès, fait cesser le vague de ces différentes dénominations. Ce nom est un souvenir du serment de maintenir l'indépendance du pays, que fit Tai^mée de Belgrano, en 1813, en le passant à la poste del Pasage ^ pour aller combattre dans le haut Pérou. Belgrano préludait ainsi avec ses soldats à la déclaration du 9 juillet 1816 à Tucuman.
Le Juramento est une rivière si longue , que son cours présente nécessairement de grandes variations. C'est à partir du bourg de Guachipas, et lorsqu'il reçoit la rivière de Salta, qu'il devient assez considérable. Dans sa première section dans la vallée de Calchaqui, de ses sources jusqu'à San-Carlos, la pente est moyennement rapide, 630 mètres pour une longueur qui peut être évaluée à 80 milles. Là ses eaux peu abondantes sont presque entièrement absorbées pour l'irrigation des belles cultures de cette vallée, où se presse une assez grande population. De San-Carlos à la poste du Pasage^ sur une distance beaucoup moindre, la pente est bien plus forte , 9o0 mètres pour 40 milles; des montagnes de médiocre hauteur bordent cette vallée, où la rivière à l'époque des pluies se précipite en grondant. Nous avons trouvé 733 mètres pour l'altitude du Paso-del-Pasage, qui est parfaitement guéable à la saison sèche, mais qui l'été, à l'époque des pluies, offre une rivière large et rapide des phis dangereuses à traverser. Jusqu'à sa sortie des montîignes, à Balbuena, le Juramento continue à être très-f ncaissé par de hautes collines et sa pente est forte ; c'est à partir de Pitos qu'il atteint les plaines du Cbaco, dont l'altitude à cet endroit ne doit pas dépasser 300 mètres.
La largeur du Juramento, à partir de Guachipas, est en moyenne de 120 mètres. Vers les plaines de Pitos, elle augmente en même temps que le fonds diminue, puis ya se réduisiuit successivement jusqu'à celle de 12 à 15, qui est sa dimension dans la partie inférieure de son cours, de façon que, aux basses eaux, ce n'est plus qu'un fossé profond et tortueux creusé dans la plaine du Chaco. En efiet, comme les deux précédentes rivières, le Juramento fait de nombreux détours trèsbrusques, moins cependant que ceux du Vermejo, et le sol qu'il traverse parait être de la même nature. Un cei'tain nombre de lagunes latérales existent sur ses bords, s'emplissent au moment des crues €t se vident dans la saison sèche, maintenant ainsi toute l'année ime quantité d'eau suffisante dans son lit, qui sans elles se dessécherait hors de la saison des pluies. En effet, depuis Balbuena, le Juramento ne reçoit pas un affluent, car le Rio-dc-los-Horcofies ne lui mène que foA rarement un mince filet d'eau ; et dans une étendue
de 230 lieues, l'cvaporatioii d'une part, et Vimbibitîon des terrams de l'autre, eussent certainement fait disparaître ses eaux.
Comme le Pilcomayo et le Vermejo, le Juramento ne reçoit des plus hauts plateaux des Andes qu'un tribut insignifiant, contraii-ement à l'opinion yulgaire, qui regarde la fonte des neiges comme la cause des débordements de ces rivières. La neige des Andes se vaporise plutôt qu'elle ne fond ; et ce sont les pluies abondantes de novembre à mars dans le voisinage du tropiqtie du Capricome et sur les versants orientîuix du massif andin, qui amènent un â grand volume d'eau dans les rivières du Chaco, et y déterminent la cnie de décembre à juillet. La quantité de pluie varie suivant les années ; mais elle est toujours considérable, et à cette époque le Juramento déborde au loin de chaque côte. Cette inondation périodique donne une extrême fécondité à ses bords , qui sont peuplés d'estancias jusqu'au fort du Bracho^ par 28* 40', où commence le désert. De ce point jusqu'au voisinage de Santa-Fé, ces rives n'ont pas un habitant, et les barbares du Chaco sont les seuls qui les fréquentent.
Aussi, au point de vue de la navigation, le Juramento était-il resté inutile jusqu'en 1855. On dit bien que, dans les premiers temps de la conquête, une barque armée avait remonté jusqu'à Matara ; mais ce fait isolé ne repose sur aucun document authentique. Pendant trois siècles cette rivière ne servit qu'à abreuver les troupeaux des habitants de la province de Santiago-del-Estero et à arroser leurs rares cultures. Sa navigation est un fait contemporain.
On Sîwait déjà que le bas Juramento était navigable jusqu'à une trentaine de lieues de Santa-Fé; et av^nt la guerre de l'indépendance et les luttes civiles qui la suivirent, il y avait de nombreuses estancias sur ses bords jusqu'aux forts du vieux Colulu et Del-EJe. Mais cette ligne avait été abandonnée, et les Indiens s'étaient rapprochés jusqu'à dix lieues de Santa-Fé. Au mois de juillet 1855, Texpédition scientifique nord-américaine voulut examiner cette rivière. Le commandant du Watencic/i, M. Thomas Page, sur la Yerbfi. petit vapeur de 12 chevaux de force, et calant 0",60 d'eau, la remonta l'espace de 350 milles jusqu'à un endroit nommé Honte- Aguara, distant de 40 lieues en ligue droite de Santa-Fé. Là il fut obligé de s'arrêter, car la rivière baissait rapidement et le fond manquait; c'était d'ailleurs la fin de l'époque des crues. Dans tout ce trajet, le Juramento est parfaitement encaissé, a beaucoup de fond, peu de largeur, excepté d'endroits en endroits oii il forme des espèces de lacs. Des bois épais le bordent, et il y a même qud-
qiies plîs de terrain formant des coteaux près de ses rives. Le seul încouvéniont est dans ses nombreux détours.
L'expédition revint à Santa-Fé ; mais, voulant explorer le haut Salado, le commandant Page et ringénieur hydrographe» de l'expédition, M. William Murdaugt se rendirent à Santiago-del-Estero, dont le gouverneur, D. Manuel Tahoada, le^ accueillit avec enthousiasme. 11 ordonna immédiatement la construction d'un canot que Ton fit porUT en charrette jusqu'à Testancia de Figiieroay au-dessous des Banados de San-Antonio, après le palmier bas^fond dont nous avons déjà parié. C'était au mois de septembre 183S, époque des basses eaux. Le canot descendit Sîuis aucun obstacle 40 lieues de la rivière Jusqu'au-dessous de Matara, endroit où commencent les seconds bas-fonds, désignés sous le nom de lagima de Tomacop-Hoyon, et qui, semblables aux premiei^s, ont une quinzaine de lieues de long. On examina ce terrain, encore peu inondé aloi'S, mais couvert de pitmtes aquatiques, et l'on reconnut un caiiîd principal fort obstrué, mais qti'il serait possible de nettoyer. Il fallut pourtant renoncer à le descendre, et le canot fut de nouveau porté en chan^ette jusqu'au point nommé Navicha, oii l'on se rembarqua. Là, la rivière redeveuîiit bien encaissée, et, d'après les renseignements unanimes, il n'y avait plus d'obstacle sérieux jusqu'au Monte- Ayuara, où était arrivé, trois mois auparavant, le vapeur Yerba. Seulement, comme le canal est devenu étroit, les arbres de la rive gênent beaucoup la nangation ; il faut enlever les uns, ébrancher les autres, pour que les embarcations puissent passer. Dans toute cette partie de son cours le Juramento semble un canal tortueux creusé de main d'homme. L'expédition, à laquelle s'éUiit adjoint le général D. Antonio Taboada avec un piquet de cavalerie, poursuivit les Indiens qui venaient de faire une incursion parla trouée du Tostado, leur tua quelques hommes et leur reprit le bétail qu'ils avaient volé. On reconnut aussi les deux rives du Salado et les campagnes environuantes jusqu'à 15 lieues au-dessus du Monte-Aguara, seul es^pace qui restât à parcourir pour que tout le cours de la rivière fût exploré. Mais les pluies du printemps étaient arrivées, les champs étaient bondés et le passage devenait impraticable ; on se décida à rétrograder.
Cette reconnaissance avait attiré l'attention publique sur une rivière qui paraissait si facilement canalisable, et il se forma immédiatement une entreprise pour sa navigation. Dès l'année suivimte deux petits vapeurs se lancèrent dans le fleuve et arrivèrent facile-
meut au-dessus du Monte-Aguara; mais ayant imprudemment voii passer outre sans attendre les hautes eaux, ils y restèrent échou près de huit mois.
Pendant ce temps, le général D. Antonio Taboada voulut complet la reconnaissance du terrain jusqu'à Santa-Fé. Parti du Bracho, 8 'novembre 1836, avec cent hommes de troupe, il arriva le 30 Santa-Fé, après vingt-deux jours de marche. Il trouva en passa les vapeurs échoués, traita avec les Indiens et effectua son retour peu près par le môme chemin sans aucune difficulté. Il y avi soixante ans que cette route n'avait point été faite, et jamais on n\ vait suivi les rives du Salado comme le fit le général Taboad Aussi le gouvernement national crut-il, avec raison, devoir honoF le zèle des explorateurs et de leur chef, en leur décernant des m daiUes d'or.
Enfin, en 1857, l'entreprise de la navigation à vapeur du Jun mento le fit de nouveau reconnaître tout entier jusqu'au-dessus c San-Antonio parle capitaine Benetti. On recueillit aussi les reusei gnements les plus positifs sur le régime des eaux de cette singulièi rivière. M. Benetti put remonter en canot depuis le Monte-Aguara, c s'était échoué, en mars, le vapeur Salado, jusqu'à Navicha, c'estnî dire la partie que le commandant Page n'avait pas visitée. Il trou^ un <;anal étroit, réduit souvent à S mètres de large, mais constan ment avec de l'eau et parfaitement encaissé. Comme c'était la saisc sèche, il put examiner parfaitement les bas-fonds de Navicha, pu ceux de San-Antonio, et indiquer les travaux qui lui semblaiei nécessaires pour restaurer le lit de la rivière dans ces deux endroi et la rendre navigable dans toute son étendue. Il évalue la distan( de Monte-Aguara au Bracho à 183 lieues, lesquelles, avec les 12 qu'il y a de Monte-Aguara à Santa-Fé, font 303 lieues par eai Elle n'est guère de plus de 100 par terre. Le général Taboada c compte 120 dans l'itinéraire qu'il a tracé de son excursion.
Toutes ces explorations répétées ont à peu près démontré que, u peu au-dessous du Tostado, à l'endroit où le général Taboada â signa plusieurs fossés qui viennent du nord-est, et qu'il appelle boqueron (ouvertures) n** 1 , 2, 3, lors des grandes -eaux, le Salado communiqi directement avec le Parana par des canaux naturels. Ces canaux, sec lors de la saison des pluies, suivent à peu près le parallèle d 29* degré et viennent s'unir à XAirotjo-del-Rey, qui débouche e face de Goya. Cette région est fort mal connue aujourd'hui, car ell est tout entière au pouvoir des Indiens. Jadis la frontière de Santa
FLEUVES ET RIVIlhIRES. — RIOJL'RAMENTO. 145
Fé s'étendait jusque là; le plaii du .gouvernement est aujourd'hui de la réUiblir, en créant une ligne de forts de cinq en cinq lieues, depuis le Tostado, sur le Rio-Juramento, jusqu'à San-Geronimo, sur le Rio-Parana. D'après les points astronomiques relevés par ^expédition nord-américaine, il n'y aurait pas plus de 105 milles de ce premier point à la côte du Parana , c'eçt-à-dire environ 45 lieues communes argentines.
Il résulte de toutes ces dernières explorations que le Juramento est aujourd'hui navigable une partie de son cours, et que des tra- "vaux d'art très-peu considérables, mais conduits avec méthode, que des plantations bien dirigées, des nettoyages réguliers pratiqués par les riverains, permettraient de le naviguer en entier jusqii'aux montagnes de Salta.
Le phénomène le plus remarquable et le plus important qu'il présente, ce sont ses crues , aussi bien au point de vue agricole qu'au point de vue de la navigation; nous les avons déjà indiquées. Celles de la partie supérieure commencent en janvier, et sont dues aux pluies de novembre et décembre dans la province de Salta. A la vérité, il pleut également à cette môme époque dans la province de Santiago, mais ces pluies ne peuvent avoir un écoulement facile, à cause de l'horizontalité presque parfaite du terrain. Seulement, comme il reste toujours une dépression du sol un peu plus marquée vers la rivière, il se forme là beaucoup de lagiuies latérales qui rendent ses abords difficiles en certains points, même aux endroits où elle est bien encaissée , par exemple au-dessous du Tostado, où, le long de la rive occidentale, s'étendent ces lagunes qui empêchèrent l'expédition Page d'arriver par terre au Monte-Aguara (Rois-du- Loup-Rouge), jusqu'où le vapeur Yerba était remonté. C'est cette horizontalité du terrain qui explique pourquoi aucun affluent n'arrive au Juramento depuis sa sortie des montagnes , si ce n'est aux bords de Santa-Fé, et qui détermine le grand nombre de lagunes temporaires très-peu profondes, dites esteras, qui ont fait donner ce nom à la province de Santiago.
Le courant de la rivière est par conséquent très-faible, excepté à l'époque des crues. Dans sa section basse , la vitesse de ce cou- '^nt ne dépasse point un mille ; plus haut elle est encore moindre. Effectivement, en donnant à Matara la môme altitude du sol qu'à Santiago-del-Estero, 160 mètres au-dessus du niveau de la ïïier, ce qui est peu de chose, vu l'cloignement de l'Océan, — comme *a distance jusqu'à Santa-Fé est de 700 milles au moins, y com-
pris les détours de la rivière, — c'est seulement une pente de 0",26 par mille que nous trouverons, car il nous faut encore déduire Taltiiude du Rio-Parana. Cette pente est tout à faiK insignifiante, et explique la facilité avec laquelle les eaux se répandent à droite et à gauche et stagnent lors des crues, le moindre obstacle,, un arbre qui tombe , une ile flottante de plantes aquatiques, pouvant en barrer le cours. Mais ces mômes circonstances aussi prouvent combien il secait aisé, s'il y avait une population riveraine assez nombreuse, de régulariser le cours du Juramento par quelques travaux simpfes à faire et faciles à conserver.
Quant à la salure des eaux, elle n'est forte que dans la saison sf»cbe. Lors des crues elle est à peine sensible. Les lagunes latérales ont toujours de l'eau douce, et d*ailleurs il suffit de creuser un pew pour en trouver partout dims les environs. Ce n'est qu'au sud d'-4A«pone's que la Pampa offre presque partout des eaux salines.
Il n'est pas douteux que le Juramento ne devienne un jour la grande artère commerciale des provinces du Nord, telles que la Itioja, Catamarca, partie de Salta, Tucuman et Santiago-del-Estero. Sa canalisation faite, et elle se fera, on poiura remonter jusqu'à Pitos; et de San-Pablo et Sepulturas il n'y a que 32 lieues jusqu'à Tucuman, par une excellente route carrossable.
Le gouvernement fédéral, en accordant à la compagnie Rams im privilège de vingt années pour la navigation à vapeur de cette ri^idère et de grandes concessions de terrain autour des ports et colonies qui seront formés, a donné un puissant encouragement aux entreprises qui voudraient exploiter les ressources qu'offrent les provinces de l'intérieur, et aux transactions commerciales impor- Umtes qui peuvent dès aujourd'hui s'établir.
§ X. — Rio-Didce.
Le Rio-Dulce est formé par tous les torrents et rivières qui descendent de la Sierra-d'Aconquija et de ses prolongements. Son nimeau d'origine est le Rifhde-Choromoros , qui prend sa source dans les hautes montagnes qui limitent la vallée du Guachipas. Grossi du torrent de Riarte, ce cours d'eau, sous le nom de Rio-del-Tala^ sépare la province de Salta de celle de Tucuman ; puis se dirigeant du nord au sud, il reçoit les rivières àWcequiones^ Alduralde^ Vipos^ Ta-pia^ qui toutes viennent de Fouest, et passe à un quart de lieue est delà ville de Tucuman, sous le nom deRio-Saii. (Test jusque-là un'
véritable torrent de très-peu d'eau en hiver, mais profond et limoneux à répoque des pluies .
A Tucuraan il commence h perdre de sa rapidité, et avant de pénétrer dans la province de Santiago, une vingtaine de lieues plus bas, il reçoit les rivières importantes de Ltfles^ Famalla , Monteras^ Rio- Seco^ Médina et Marapa^ qui, grossies elles-mêmes de nombreux affluents venus des vallées de La chaîne d'Aconquija, lui portent une masse d'eau considérable. Aussi le nommo-t-on Rio-Hondo (la rivière profonde), à la limite des deux provinces. Sa direction, qui jusque-là est constamment du nord au sud, s'incline au sud-est par suite du soulèvement de terrain que produit la sierra de Guazmjan. Parvenu dans les plaines horizontales dont nous avons parlé en traitant du Rio-Salado, le Rio-Dulce ne reçoit plus aucun affluent. Sa pente est encore assez marquée jusqu'à 15 lieues au-dessous de la ville de Santiago, sous les murs de laquelle il passe; mais, arrivé à ce point, rhorizontalité de la plaine est telle que son lit mal encaissé lui permet de faire des invasions à droite et à gauche ; aussi beaucoup de larges sillons tracés dans le sol de ces localités dénotont-ils d'anciennes branches abandonnées.
Le plus remarquable et le plus désastreux de ces changements s'accomplit en 1823. A la suite d'une forte crue, la rivière, abandonnant son ancien lit qui passait par Loreto, Atamisqid , la Cawida-de-San-Ramon, se précipita vers le désert des Salines qui est plus au sud ; choisissant le terrain le plus bas , elle y forma des lagunes qui se remplissent à l'époque des grandes eaux et ne s'écoulent par le Saladillo^ vers l'ancien lit, que vers le mois de janvier. Eu effet, ce terrain des Salines n'est à cet endroit qu'à une trèsfaible hauteur au-dessus du niveau de la mer, 80 mètres maximum ; c est du moins ce que nous ont donné trois observations barométriques faites en décembre 1857. Les eaux pluviales y formaient anciennement quelques flaques, qui très-rarement s'écoulaient dans le Rio-Duice par un petit canal naturel nommé Saladillo, à cause de la salure de ses eaux. Depuis l'événement de 1823, le Saladillo est devenu un ravin profond de 7 à 8 mètres creusé dans le sol sablo-argifeui de la saline, et dont les eaux sont tellement saturées de chlonire de sodium que le corps humain y surnage forcément. Nous en avons Wt Dous-méme l'expérience, et un de nos compagnons de voyage, çû avait vu la mer Morte , assurait que l'eau du Saladillo était en- <ïOïe plus saturée. Lorsque, par suite de la crue périodique du Rioûuloe, les lagunes se sont remplies, le Saladillo leur sert de déversoir
et devieut un ruisseau profond et rapide qui alors est k peine salé et par lequel passe tout entier le Rio-Dulee. Pendant la saison sèche, au contraire, cette rivière n'a que peu d'eau et se termine presque aux Salines. Reprenant son ancien lit aupaso del Mistol, le Dulce continue son cours vers le sud-est, et près du fort d'Abipones, il se divise en une foule de canaux, tantôt à sec, tantôt remplis, suivant la saison. Tous ces canaux se réunissant un peu plus bas forment un seul bras qui débouche, vers le 30** degré, dans un vaste bas-fond mal connu qui n'a pas moins, dit-on, de t4 lieues de front, et renferme une fqule de lagunes et de marais qui couvrent une étendue de terrain considérable. Cette grande lagune, dite Lagiina de los porongos (Lac des citrouilles sauvages) , et Mar-Chiquita (Petite mer) , augmente ou diminue suivant la quantité d'eau qu'elle reçoit du Rio-Dulce, mais elle ne tarit jamais complètement : elle paraît limitée au sud par une série de petits coteaux dits Los- Alt os ^ qui font sans doute partie du système de la sierra de Cordava, dont ils seraient les derniers prolongements vei's l'est. Tout le terrain qui avoisine le bas du Rio-Dulce et la lagime est très-salin et n'offre point d'eau douce, sinon en quelques endroits.
La partie la plus remarquable du cours du Rio-Dulce est certainement celle qui s'étend depuis Teytiyo^ endroit où la rivière s'est ouvert un lit nouveau vers les salines, jusqu'à Salavina où elle reprend son ancien lit. Dans tout ce trajet on ne trouve pas moins de six lits abandonnés à diverses époques, et qui sont parfaitement reconnaissablés, malgré les arbres et les broussailles qui les encombrent. Ces lits , creusés dans une terre sablo-argileuse , évidemment d'origine alluviale et très-meuble, sont d'une largeur qui varie de 15 à 60 mètres, et d'une profondeur de 2 à 4. Quelques-uns reçoivent encore un peu d'eau lors des très-fortes crues, mais tous les établissements situés sur leurs bords ont étéàjpeu près abandonnés : les villages de Loreto^ Atamisqui, etc., voisins du lit principal avant 1825, ont vu ainsi périr leurs .meilleures cultures, car les canaux d'irrigation qu'on tirait de la rivière sont devenus inutiles, et l'on y souffre aujourd'hui horriblement de la -sécheresse.
Entre Matara et Salavina, on trouve une dépression de terrain qui aurait fait communiquer autrefois, dit-on, le Rio-Salado avec le Rio- Dulce ; mais il n'y a rien d'authentique dans cette tradition. Seulement, comme le terrain du Salado est un peu plus élevé là que celui du Dulce, il n'y aurait rien d'étonnant, qu'au moment d'une forte crue, une communication entre les deux rivières se fût établie , au mi-
lieu d'un terrain aussi plat et aussi meuble. Il faut dire eu outre, à Tappui de cette assertion, que c'est parallèlement à cet endroit que le Salado forme les banados de Tomacop-IIoyon, ce qui dénote une configuration analogue dans les deux terndns. Quant au lit abandonné en 1823, il est large d'une soixantaine de mètres et profond de trois. Li route de Tucuman le traverse une lieue au-dessus de Loreto; sa direction estcomme celle duDulce en général, du nord-ouest au sud-est.
Après le bourg de Salavina, où la rivière est réunie tout entière , une branche s'en détache pour gagner le milieu du tt»rrain qui sépare le Salado et le Dulce, et se rapprocher du fort Esperanza. (^e rameau va ensuite plus bas se lier aux nombreuses branches qui entourent et sillonnent les environs du petit fort d'Abipones.
Le Rio-Dulce est importiuit sous deux points de vue : comme rivière à inondations périodiques et fertilisantes, de même que le Juramento; comme canal de navigation, loi^sque des travaux ultérieurs, impossibles aujourd'hui, mais faciles plus tard, quand, il y aura de la population, auront restiuiré son lit. Il est certain qu'à Tépoque des cnies, depuis Tucuman jusqu'à Toyuyo, on pourra le descendre sans encombre, quoique la rapidité soit assez forte, puisque de Tucuman à Santiago elle est de 270 mètres pour une distance qui n'est que de 220 milles, en comptant les détours de la rivière, ce qui donne 1",22 par mille, pente certainenïent considérable. Mais à partir de Teyuyo jusqu'aux lagunes de Los-Porongos, li; teiTain est tout à fait horizontid et le courant par conséquent très-faible. On pourrait utiliser dès maintenant quelques parties de son coui^s pour la navigation à certaines époques, si raucienue route de Santiago-del-Estero à' Santa-Fé était rétablie. Quant à une communication artificielle avec le Rio-Jununento, le terrain, comme ou le devine, s'y prête parfaitement, et sur quelques points on n'aurait qu'à aider la nature; mais ce n'est pas dans l'état actuel des ressources très-réduites de la province qu'on y peut penser.
Les deux rivières, à partir du 27*^ degré, coulent païudlèlement l'une à l'autre dans une direction sud-est. La bande de terniin qu'elles renferment ainsi a une largeur moyenne de 43 milles. A Testancia Figueroa, le Juramento se rapproche assez pour n'être plus qu'à 36 milles de la capitale de la province. Ce terrain, entièrement plat, trèssablonneux en beaucoup d'endroits, sîd)lo-argileux dans d'autres, est couvert presque partout de bois dont les essences se plaisent dans les temiius secs. On y trouve l'eau a une profondeur qui varie de 3 à 13 mètres; elle est presque toujours un peu saumàtre, mais très-potable.
PosItloBs et dlatancca des principaux polata dca rivières liorastento
et Onlce (1).
AUit. LaU 8. Ung. 0. ÂiA9r*té».
Source du Juramenlo, au pied du Nevado
deAcay ? 24* 30' 69*00' ?
Jonction du Santa-Maria avec le Juramento,
près San-Caiios 1680- 25* 32* 68' 30' ?
Poste du lUo-Pasage 7A0 25« A' 67«30' ?
Eilancia dxî Miraflores î 25- 15' 67** 2' ?
Ancien fort de Balbuena (aujourd'hui es-
lancia) ? 24'» 57' 66*55' 7
Id-delMlos î 25-10' 66-Û2' t
Ancienne Mission de Macapillo, esUncia. . ? 25" 18' 66" 32' 7
San-Miguel, estancia, limite entre Salta et
Santiago ? 25" 38' 66*23' ?
Estància de Sepulturas. — Limite supérieure du premier bas-fond 200? 27" 10* 66* 15' Waterwiclu
Eslancia de Figueroa (limite inférieure) ... ? 27* 35' 66* 12' id.
Ville de San tiago-del-Estero 162 27" UT 66* û2' id.
Bourg de Malara : ? 28" 7' 66; 3' id.
Paso-Grande ou Tomacop-IIoyon. — Limite supérieure du deuxième bas- fond.. ? 28" 20' 66" 2' id.
FortduBracho ? 28*31' 65*52' id.
Paso de Naticha (limite inférieure) î 28* /i3' 65" 18' id .
Paso de la Viuda. Ancien fort de D-Lorenia. ? 29* 6' 65" 30' id.
Paso de las Tres-Gruces ? 29*10' 65" 25' id.
Laguna del Tostado ? 29" ly 64*20' id.
Paso del Mistol ? 29* i 6' 6^ 9' id.
Esquina del Salado ? 29*20' 63*60' id.?
Monte-Aguara 30? 30" 11' 63* 15' Waterwich.
Paso de Miura, près la Colonie de la Espe-
ranza 15 . 31* 35' 63" iW ?
Bouche du Santo-Tomé au Rio-l>arana. . . . 15 31" ki' 63« 00' ?
Ville de Santa-Fé 15 31* 40' 63" 00' ^Vaterwich .
Paso del Rio-Tala 630 25*50' 67*50' î
Ville de Tucuman 440 26* 52' 68" 20' ? Waterwich .
Rio-Hondo, bourg 250? 28" 20' 66" 55' ?
(1) Toutes les |>ositions marquées d'un point d'interrogation sont douteuses, e'esl-à-din* . qu'elles n*onl pa» été déterminées par des obscr\ations astronomiques directes. Elles ont été établies/ soit d'après des itinéraires à la montre et à la boussole, soit d'après des calculs faits sur les positions voisines connues. La longitude de Tucuman évaluée par la commisskMi «lu Waterwich nous semble un peu trop occidentale. Les altitudes nous apparlienuent; on en trouvera les éléments dans notre nivellement géuéral du sol argentin.
Toute la région supérieure du Rio-Salado, ^ntre le Pasage et Sepulturas, n'a été examinée avec quelque soin que dans ces derniers temps M. de Cétriz, ingénieur dans la prorînce de SalUy et M. Murdaugh, ofTicier pilote du Watennich, sont lesseoli qui Paiait ptrcomie.
POSITIONS GÉOGRAPHIQUfiS fiUR iM JVRAMENTO ET LE DULCE. 151
AUU. Ut. S. Long. O.
Auloritoi.
vaie de Sanliago-dei-BBlert 162» 2r 47' ec* 42' AVaterwicli
Tefvsm. Buptare du Aio-Dulce 907 28" 20' 65" 50' ?
l>aso dpl SaladiBo - 80 28-50' 65- AO* ^
SaD-Crifiloval. néunion du Saladillo à Pan-
cien lit du Rio-Dulce.. ? 28" 62' 65" 30' 7
Bourg de Sala?ina ? 28" 55' 65-31' ?
Fort d'AbiponeB • 7 -29*^0' 6/i' 55^ 7
Eslancia de la Isla-Verde.. . î 29" 50' 64* 50' ?
Lagunes de los Porongos.- ? 30*20' ^h" S(f ?
Ligne de coteanx très-bas^ dits loe Altos. . ? 30" W Sic 30' ?
DISTANCES PAR EAU (i)«
Uoue».
Ou paso del Rio-Pasage à Miraflores 20
De Miraflores à San-Miguel ^. ZiO
De San-Miguel à Sepulluras 60
De Sepulturas h TEstancia de Figueroa 15
De Testanda de KigoeitMi à Matanu « 12
De Matara au l^aB^-Gnade « 6
Du na80<Krande au Braoho «..«. 6
Du Bracho à Navicha - 7
Du Navicha au paso de la Viuda 3
Du paso de la Viada h celui de las Tres-Gruces 23
Du paao •de lae Trei-Gmces à la Cniz-del-DragOD 60
De la Gmz del-Dragon au paso de las Ganitas 18
Du paso de las Ganitas à las puntas de los l*alos-Ncgro8 ....... 9
De las puntas de los Palos-Negros al Monte- Aguara 83
Del Monte- Aguara au paso de Miura (Explor. américaine).. 105
fHi Paso^-Mîura au Rio-I^rana 15
De Tacunan au Rio-Hondo 25
De nio-Hondo à Santiago-del-£stero... 22
r>e Santiago à Teyuyo ..^ 15