‹ Description géographique et statistique de la confédération Argentine (volume 3)Chapitre 29 sur 193 · LACS ET LAGUNES. — LAC DE NABUELHIAPI · texte numérisé non relu

LACS ET LAGUNES. — LAC DE NABUELHIAPI

uées, jusqu'au jour où des Indiens ennemis vinrent la détmire en assassinant le père Elguc^i (1). Les souvenirs de cette mission étaient restés, et avec eux la tradition d'un passage commode et sûr, par lequel ou pourrait franchir en tout temps les Andes et déboucher ainsi dans les Pampas. On plaçait égîdemsnt de cet autre coté de la Ck)rdillère, dans de belles plaines fertiles et bien arrosées, une ville dite de-los-Cesares (2), habitée par des Indiens chrétiens qui, isolés dans une oasis du désert, auraienX accumulé de grandes richesses et désiraient se mettre en rapport avec les Espagnols de la côte.

En 1766 un autre jésuite , le père Guel, voulut retrouver la mission du père Miiscardi, et se rendit aux bords du hic. 11 y fit

(1) Misstwi deSahuelhuapL C'est Ters IGOO que les jésuites du Chili fornièreut le projet de porter la lumière du christianisme chez les Indiens montagnards du sud. Ils furent encouragés à cela par rautorité séculière qui esjiérait que leur influence rendrait les Araucans plus dociles. Les environs des grands lacs de Llanquiliué, d'Osonio et de Todos-lus-Santos étaient habités par des Puelches et des Poyas qui avaient de temps à autre des relations avec les E^spaguAls de Valdivia et des iles de rarclii()el de Chiloé. Le pi're Mascanli en proGta pour s*introduire parmi eux ; il atteignit le grand lac de Nahuelhuapi, rallia quelques néophytes; maïs, après plusieurs années de fatigues, il fut assassiné par les Indiens Poyas, dont les tribus principales vivaient à Torient de ce bassin. Le père Phili|f|ie l^gunas réorganisa la niisîoDen 1704, et bAlit une petite église dans Tile du lac. (Vest prol>ablement celle dont OD a retrouvé les restes en 18.>7. Le t>ère Guillaume >iut se joindre à lui et tous deux évangélisèreut les Puelches et les Pehuenches des enviroits, et, de plus, d'autres tribus qu'ils nomment les E\ichinches et les Huillipauvos qui demeuraient dans la n'^gion montagneuse, an and. Lagiinas mourut chez les Indiens de Roncachoroj, dans un voyage qu'il faisait pour reloumer à la Conception. Le père Guillaume continua le gou\ernemcnt de la mission qui paraissait avoir pris une certaine im|)ortance ; il y avait un village sur les lionU du lac, et lui-nième avait dirigé les travaux de la route de Dariloche qui conduisait, dit-on, de la côte à Nahuelhuapi sans ({u'il fût liesoin de traverser les deux lacs inférieurs de Todos-los-Santos et «rOaomo. (Cette route a été perdue depuis.) L'extension que prenait la mission effraya les autres Indiens qui crurent que les Espagnols allaient venir sur les pas des niusionnaires s'emparer de leurs terrains. Les néophytes furent enlevés; une nuit on incendia l'église. Le p(*re Guillermu dut le retirer pour éviter le sort de Mascardi. Quelque temps apri's un autre missionnaiie, le pcre Manuel de Hoyo se chargea du gouvernc*ment de la mission ; Guillemio revint se

Ire i lui et bientôt le remplacer ; mais les Indiens étaient mal disposés; il y mourut a la !y empoisonné, dit-on, par eux. Le père Elguea, qui lui succéda, fut assassiné à coups de flèche, son église brûlée, les Indiens fidèles dispersés et la mission dénniti\ement abandonnée. (Eyiaguirre, Hutoria ecclesiasticaj poiitica y litteraria Je Chile, tome II, page 70, Valparaiso, 1750. Cfioic Je lettres édifiantes, tome, viii, page 55. Paris, 1800.)

(2) CluJmdJe los Cesares, ville des Césars. Il en est un peu de cette ville fabuleuse comme du royaume de DoraJo. On l'a successivement reculée dans le sud à mesure que les connaistanccs géographiques sur ces régions désertes devenaient moins vagues. Il en a été question des la fin du seizième siècle, et Ton cite des gouverneurs assez crédules pour avoir fait des expéditions afin de trouver cette ville enchantée. On peut consulter à ce sujet les rapports reprodmls dans la collection Angelb.

constmire des canots qui le portèrent à File en question, où il rencontra, en efTet, des traces évidentes d'un ancien étabUssemenU Mais il parait que ses canots étaient trop faibles poinr reconnattre la superficie entière de cette grande nappe d'eau, et il dut revenir à Valdivia. En 1792 le père Menendez, moine franciscain, fit une nouvelle reconnaissance. Parti de Castro dans File Chiloé, le 12 novembre, avec douze compagnons, il débarqua sur la côte du golfe de Reloncavi, remonta h pied le long du Rio-Petrohue qui est le déversoir du lac de Tous-les-Saints, et s'embarqua sur ce lac dans un canot constniit sur les lieux mêmes. Arrivé à l'embouchure du Rio-PeuUa, il ne put la franchir à cause des bancs qui l'obstruaient et continua sa route par terre. Au bout de quatre jours il toucha au versant du mont Tronador (du Tonnant), ainsi nommé du bruit que font incessamment les avalanches qui se détachent de ses flancs glacés, et gagna de là un plateau signalé par un petit lac qu'il désigna du nom de Laguna de los Cauqueues, à cause d'un palmipède nommé Ctwf quen (espèce de petit canard) qui fréquente ses rives; les voyageurs gravirent ensuite une petite montagne, du sommet de laquelle il • virent la vaste nappe du Nahuelhuapi se déployer devant eux. Descendus sur ses bords, juste un mois après leur départ de Reloncavi, du tronc d'un reùli [Fagus chilena^ hêtre chilien) ils construisirent un canot avec lequel ils gagnèrent l'île où avait existé la mission Mascardi. Des troncs d'arbres brûlés, quelques pierres amoncelées, leur signalèrent cet endroit, et différentes plantes potagères devenues sauvages leur prouvèrent que des mains européeimes l'avaient jadis cultivé. Continuant leur navigation, ils entrèrent, du côté oriental, dans une rivière assez considérable, sur les bords de laquelle on trouva ime tribu indienne qui avait de nombreux troupeaux de bœufs, de chevaux et de moutons, et qui reçut bien les voyageurs. — Le missionnaire borna là son exploration et, revenant sur ses pas, fit en six jours le voyage qui lui en avait coûté soixante-dix pour venir. En 1795 le gouvernement de Valdivia organisa une autre expédition : il s'agissait de retrouver l'ancien chemin dit de Bariloehe[i)i^ï conduis

(1) Cltemln de Barîloclte, De toiis temps les Indiens du venant oriental des Andes <mt communiqué facilement avec les Araucans des environs de Valdivia par une foule de passages qui leur sont familiers. L*un de ces passages , situés non loin du lac Nahuelhuapi , serait celui de Barilochcy le plus commode de tous, assure-t-on, mais qu*onne connaît que par tradition, n est douteux qu'il existe, et les travaux cpi*y aurait exécutés le père Guillermo doivent te rapporter à quelque autre i>ercée au milieu du bois aux. environs de sa mission. Toute cette région d'ailleurs est encore aujourd'hui fort peu connue, et nous n'avons d'autres documente à consulter sur ce sujet que les écrits des missionnaires et le récit de Villarino.

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