LIMITES ACTUELLES
une seconde fois en 1788, reconnurent ces rivières, et fixèrent la position de leurs embouchures, sans être parfaitement d'accord sur leurs cours. Cette particularité s'explique de soi-même par la difficulté qu'il y a de faire des observations astronomiques exactes (seul moyen de bien préciser une position), au milieu d'épaisses forêts et sous un ciel le plus souvent brumeux, par suite de l'évaporation des ruisseaux sans nombre de cette humide région. Cependant la ligne formée par ces deux rivières coïncide à peu près avec le 5S® 30' de longitude occidentale. Dans le traité de limites qui vient d'être définitivement conclu avec le Brésil le 14 décembre 18S6, cette frontière a été admise. L'Y-Guazu au nord de ce territoire forme une hgne est et ouest qui n'est pas sujette à discussion.
Avec la république du Paraguay (1), quoique la ligne du Parana ait été indiquée dans le traité du IS août 1852, la limite est indécise. Effectivement le congrès argentin n'a point ratifié ce traité et la question subsiste encore au sujet de l'ancienne province des Missions. Le Paraguay réclame le territoire jusqu'à l'Aguapey ; la Confédération , de son côté, est en droit de revendiquer, non-seulement jusqu'au Parana, mais au delà de ce fleuve jusqu'au Tebicuary, dans l'intérieur même du Paraguay ; sans compter qu'elle serait, selon nous, fondée à reprendre les districts de Curupayti et d'Humaita qui, sous la domination espagnole, dépendaient de la province de Corrientes.
Le traité du 6 avril 1836 entre les deux républiques, conclu pour six années , a réservé d'ailleurs toutes les questions de frontières ; car il ne s'agit pas seulement de la ligne du Parana et des Missions, il s'agit aussi du Chaco (2) dont le Paraguay se prétend propriétaire depuis la rive gauche du Vermejo jusqu'au 22® degré de latitude nord, et même bien au delà du Pilcomayo. Ce territoire est, comme la Pat^igonie, ou désert ou livré aux sauvages nomades, et les Chrétiens n'y ont d'autres établissements jusqu'au Jauru, pai' 16® de latitude , que quelques forts sur la rive occidentale du fleuve Paraguay. La frontière reste donc encore indécise du côté du Chaco , entre la Bolivie, le Paraguay et la Confédération; elle l'est même aussi à
(1) On donne souvent dans l'Amérique du Sud, et surtout dans le bassin de la Plata, le nom d'une rivière ou d'une >ille à un État, à une province. Ainsi les républiques du Para« guay et de l'Uruguay prennent leur nom des fleuves qui les arrosent. Les provinces de Cor« rientes, Cordova, Salta, etc., se désignent du nom de leur capitale.
(2) Ctiaco, grande région con^prise entre les fleuves Paraguay et Parana à l'est, le Salado au Mid-ouest, les provinces de Moxos et de Cbiquitos au nord.
l'égard du. Brésil qui est en discussion avec la Bolivie et le Paraguay, pour la partie située au nord du 21* degré. On voit que les querelle^ obstinées qui divisèrent si longtemps le Portugal et TEspagne se continuent entre leurs héritiers.
Tant que les déserts du Chaco , presque inconnus aujourd'hui, ne seront point peuplés, il sera à peu près impossible d'établir des limites positives dans ces régions , coupées d'épaisses forêts, de profonds marécages, et où le luxe de lA végétation tropicale efface en un instant les sentiers les mieux tracés, les marques les mieux faites. Dans de pareilles conditions, une rivière large et profonde, une ligne de faites de montagnes, sont les meilleures limites à prendre. Aussi n'hésiterions-nous pas à indiquer , comme les plus naturelles , celle de Bio-Pilcomayo (1), entre la Confédération et la Bolivie, et celle du Rio-Paraguay entre la République de ce nom et les deux autres États. Ceci couperait court à toutes les discussions susceptibles de troubler un jour la paix qui règne entre ces fractions séparées de l'ancienne et immense Vice-Royauté-de-la-Plata. Qu'importe en ce moment la possession d'une plus ou moins grande partie du Chaco au sud et au nord du Pilcomayo , puisque cette région est exclusivement habitée par des hordes indiennes que personne n'a encore soumises, et qu'on ne soumettra pas de longtemps? Il vaudrait donc mieux adopter des limites naturelles , qui , si elles donnent un peu plus de terrain, inutile pour longtemps, à l'un ou à l'autre Etat, auraient au moins l'avantage de fermer la porte à des prétentions toujours renaissantes.
En effet la frontière de la Confédération avec la Bolivie n'est pas mieux réglée qu'avec le Paraguay. Il n'y a point en ce moment de discussion sérieuse pour la ligne du 22® degré à travers le Chaco que personne ne possède de fait. Mais lors de la déclaration de l'indépendance des Provinces-Unies en 1816, une partie de la Bolivie actuelle faisait corps avec le reste de la Plata ; en outre la province de Tarija, même après la formation de la Bolivie en État séparé, à la suite des batailles de Junin et d'Ayacucho en 1824, resta annexée aux provinces argentines et ne s'en sépara qu'en 1826, sous de futiles prétextes. Rosas protesta toujours contre cette séparation, en même temps qu'il refusait de reconnaître Tindépendance du Paraguay. Le gouvernement actuel n'a pas encore pu régler cette ques-
(1) Pilcomayo, grande rivière qui vient de la Bolivie, traverse le Chaco et vient, en faisant un immense demi-cercle, déboucher dans le Rio-Paraguaj.