LIMITES ACTUELLES
tiou ; elle n'en est pas moins très-grave et exige une solution prochaine. Car, une fois la navigation du Vermejo bien établie, le débouché naturel de ïarija sera le port d'Oran , et par la force des choses les Tarijeflos seront naturellement portés (ils le sont déjà) à se réunir à leurs anciens compatriotes. H est donc bien à désirer (jue dans le traité de limites actuellement pendant entre les deux Etats, on tranche cette question d'une façon définitive, et qu'en même temps les prétendus droits du Paraguay sur la partie voisine du Chaco soient réduits à leur juste valeur.
Dans l'état actuel des choses , à partir des terres vagues du Chaco, la frontière provisoirement acceptée entre la Confédération et la BoLfviE, passe par le Rio-Itau qui, venant du nord, au-dessous du bourg bolivien de Carapari, se jette dans le Vermejo de Tarija ; elle suit vers l'ouest un autre cours d'eau qui est le Vermejo proprement dit, lequel vient des hautes cimes nord-ouest de la chaîne de Zen ta. De là, elle gagne les vallées profondes et les cols [quebrados y abrds) du Cerro de Candados, du Porongal, jusqu'au torrent de la Quiaca, qui va se jeter dans le Suipacha, au nord. Suivant ensuite le cours de ce ruisseau, la frontière arrive aux crêtes élevées qui forment les contreforts du plateau de la Puna-de-Jujuy vers le nord-nord-ouest, et par les hauteurs de Piscuno elle touche aux cantons boliviens de Talina, Esmoraca et San-Antonio-de-Lipez. S'infléchissant alors vers le sud-ouest , la ligne passe par ce qu'on appelle la Cordillera-del-Despoblado^ vastes plateaux déserts et inhabitables que l'on traverse cependant pour aller, soit à Cobija, soit à Iquique, soit à Oruro; puis, pénétrant sur un second cordon longitudinal du nord au sud, elle exclut le canton d'Antofagasta. Enfin, attaquant brusquement l'est par 25'' 30', elle atteint la ligne de faites la plus occidentale des Andes, par le travers du petit port chilien del Papo$o^ limite qui sépare le Chili de la Bolivie, et se continue directement vers le sud suivant à peu près le méridien du 72*^ degré de longitude , jusqu'à la pointe extrême du continent»
Avec lb Chili , la ligne de faites la plus occidentale a été acceptée sans difficulté pour frontière , quoique ce ne soit pas la plus élevée* Cette démarcation donne à la Confédération argentine la totalité des plateaux arides et glacés des Andes, présent onéreux, puisqu'il met à sa charge la construction du plus grand nombre de maisons de refuge (casuchas) qu'il est nécessaire d'élever sur ces cols dévas*
tés, pour sauver la vie des voyageurs qui les traversent dans les mauvais temps.
Au sud, nous avons dit les droits de la Confédération sur la Pata- GONiE, droits sans application pour le moment , mais dont la constatation était nécessaire pour réser\'er l'avenir. De ce côté , on peut regarder actuellement le Rio-Negro comme la frontière réelle, quoique les établissements chrétiens soient encore loin dq ses bords. Cette grande rivière, née de la Cordillère par 41® 30' de latitude dans le voisinage du grand lac Nahuelhuapi, dont nous parlerons plus tard en détail, va se jeter dans Tocéan Atlantique par 41®, un peu au-dessus du grand golfe de Saint-Mathias , et forme ainsi une limite naturelle que les Indiens du sud ne peuvent franchir qu'aux basses eaux.
§ IL — Considérations sur les questions de limites dans le bassin de la Plata. — Difficultés entre le Brésil et les États voisins. — Traités de 1750 et de 1777 entrée les couronnes d!Espagne et de Portugal.
Les questions de limites sont toujours restées obscures entre les couronnes de Castille et de Portugal, malgré les traités de Tordesillas (7 juin 1494), de Madrid (18 janvier 1730) et de Saint-Ildefonse (11 octobre 1777). La raison en est fort simple.
A l'époque du premier traité, on ignorait complètement la géographie de l'intérieur du continent américain; aussi ce traité stipulait-il que le Portugal aurait dans les terres nouvellement découvertes au Brésil, appelé alors terre de Santa-Cruz, une étendue de 270 lieues à partir de la plus occidentale des lies du Cap- Vert. Puis on en accorda 100 de plus, et, de leur côté, les Portugais comptèrent les lieues à 17 et demie au degré, ce qui leur en donna S80, au lieu de 370. Mais cette fameuse ligne de démarcation, ratifiée par le pape Calixte V, ne pouvait subsister devant les découvertes qu'amenèrent successivement les expéditions et les voyages des hardis colons espagnols ou portugais.
Pendant les seizième et dix-septième siècles, les Espagnols s''introduisirent dans la partie sud-est du continent en remontant la Plata et ses affluents; les Portugais pénétrèrent directement, à l'ouest, à travers les terres, et , y rencontrant de faibles établissements espagnols, les détruisirent. Ils occupèrent ainsi graduellement tout le terrain à l'est du Rio-Parana, au-dessus de TY-Gnazu.
La cour de Portugal se justifiait de ces attaques en disant ( ce qui ne manquait pas de fondement) que les Mamelucos de Saint-Paul, ceux-là mêmes qui ont ruiné les Missions de la Guayra, ne lui obéissaient point. Quoi qu'il en soit, les possessions portugaises ne cessaient de s'étendre et arrivaient ainsi au fleuve Paraguay et au nord de la province de ce nom dont elles échancraient de jour en jour le territoire. Ces usurpations étaient d'autant moins disputées qu'elles avaient pour objet des terrains déserts ou peuplés seulement de tribus indiennes dont on ne s'occupait guère, et chez lesquelles les Portugais, dans leurs excursions nommées malocas^ allaient recruter des esclaves. Vers le milieu du dix-huitième siècle , la population d'origine européenne ayant augmenté , et les voyages des Missionnaires jésuites ayant fait connaître les principales rivières, les deux gouvernements commencèrent à comprendre les avantages que pourrait offrir un jour l'emploi de ces grands cours d'eau, et chacun d'eux en convoitii la navigation exclusive. Cette prévision devint la source des difficultés qui s'élevèrent entre les démarcateurs, lorsqu'il fut question de fixer sérieusement les limites respectives de l'Espagne et du Portugal.
Le traité de Madrid, du 13 janvier 17S0, fut conclu sous l'empire des mêmes préoccupations. Ce traité cédait les Missions de la rive orientale de l'Umguay au Portugal en échange de la ville de la Colonia, et établissait la frontière à l'est et au nord-est par l'Uruguay, le Pepirietle San-Antonio-Guazu,rY-Guazuou Rio-GrandedeCuritiba, le Rio-Parema jusqu'à l'Igurey. Des sources de ce dernier cours d'eau ou devait tracer une ligne droite de l'est à l'ouest par le plus haut du terrain, pour atteindre, par la première rivière qui se rencontrerait et qui serait peut-être le Rio-Corrientes, le fleuve Paraguay. De là, suivant le canal principal de ce fleuve, la ligne irait, à travers la lagune de Xarayes, gagner la bouche du Jauru pour le remonter et joindre le Guapore.
Ce traité qui occasionna la guerre des Missions, dite des Jésuites, fut annulé en 1761 ; mais déjà les commissaires des deux nations avaient commencé leurs travaux géodésiques et fixé quelques points importants, dont la plupart furent confirmés par les travaux subséquents de la seconde commission, en vertu du traité de Saint-Ildefonse.
Ce dernier traité , conclu entre les deux couronnes le l*' octobre 1777, maintenait une partie des dispositions de celui de 1730, mais il rendait les Missions orientales à l'Espagne, et réglait la frontière entre la Bande-Orient^ile et la province de Rio-Grande, par la
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«ierra del Tape et les chaînons qui, en la continuant, vont séparer le bassin du Rio-Negro et celui de Laguna Mirim ; la Colonia restait définitivement à l'Espagne.
Au nord de l'Uruguay, on conservait les limites de 1730 : le Pepiri et le San-Antonio-Guazu , T Y-Guazu, le Parana, Tlgurey, Ja ligne droite des sources] de cette rivière au Rio-Paraguay, le chenal principal de ce fleuve jusqu'au Jauru ; et cela en ces termes :
Art. VIII. — «Comme les possessions des deux couronnes sont déjà a signalées jusqu'à l'embouchure du Pequiri ou Pepiri-Guazu, dans «i l'Uruguay , les hautes parties contractantes conviennent que la « ligue de division suivra en amont ledit Pepiri, jusqu'à la source « principale, et de là, par le plus haut du terrain, suivant les règles «c données par l'art. VI, elle continuera jusqu'à rencontrer les eaux a du Rio-Sah-Antonio, qui débouche dans la grande rivière de Cuit ritiba (Y-^uazu), et la suivra en aval jusqu'à son entrée dans le Pa- « rana, par la rive orientale. De là elle suivra en amont ce même Paie ranajusqu'asajonctionavecleRio-Igur6y,par8on bord occidental.»
Art. IX. — « Depuis l'embouchure de Tlgurey, la ligne suivra, en « amont de cette rivière, jusqu'à sa source principale. De ce point on n tirera une ligne droite dans la partie la plus élevée du terrain ( le a point de partage des eaux), selon les formes indiquées dans Tar- « ticle VI, jusqu'à trouver la source de la rivière la plus proche qui <c se jettera dans le fleuve Paraguay du côté de l'est, rivière qui ^era « peut-être celle que l'on nomme Rio-Corrientes. Alors la ligne suite vra en aval de cette rivière , jusqu'au Rio-Paraguay ; de ce point, a elle remontera par le canal principal de ce fleuve, en temps de sé- « cheresse, jusqu'à rencontrer les marais qu'il forme , sous le nom « de Laguna-de-los-Xarayes, et traversera cette lagune jusqu'à l'em- «c bouchure du Rio-Jauru. »
Nous avons cité ces deux articles parce qu'ils sont péremptoires, et donnent la clef de toutes les querelles qui ont eu lieu depuis enti*e les deux couronnes et leurs successeurs.
Le récent traité conclu, en date du 14 décembre 1836, entre le Brésil et la Confédération, établit pour limites, entre les deux États, le fleuve Uruguay d'une part, le Pepiri-Guazu et le San-Antonio de l'autre, puis l'Y-Guazu, admettant ainsi les bases posées par les traités de 1750 et 1777. Quoiqu'il y ait encore de l'incertitude sur la position du Pepiri et du San-Antonio, dont les longitudes ne sont pas bien sûres, le principe est admis et ne pourra de longtemps donner lieu à des contestations, d'autant plus que cette frontière traverse des
forêts vierges à peu près impénétrables, qui ne seront peut-être pas défrichées et peuplées avant plusieure siècles.
Ce qui, au-dessus do IT-Gnazu, empocha toujours de régler la question de frontières entre le Brésil et le Paraguay, fut Tincertitude où Ton était de Texistence et de la position du Rio-Igurey, Les Portugais voulaient voir cette rivière dans le Guarey , petit cours d'eau qui est sans doute celui que les Paraguayens appellent aujourd'hui Pim-Puytain, et qui vient de Touest déboucher dans le Parana, audessous du Salto-Grande-de-Maracayu, par 24^ 30' environ de latitude. L'adoption de cette frontière eût fait perdre à l'Espagne une bande de lerniin de plus de 50 lieues de large du sud au nord ; aussi, les commissaires espagnols refusèrent-ils de l'accepter, en affirmant que l'on devait regarder, comme étant le Rio-Igurey, cette grande rivière nommée Ivinheima, Monice ou Yguarey, qui débouche entre le 22* et le 23' degré de latitude, cours d'eau puissiuit reconnu par Azara, et bien propre en effet h marquer une frontière réelle. Les Portugais voulurent alors prendre pour limite Tlgatimi ou Gatimi, qui débouche au-dessous de rivinheima ; mais la question resta en suspens. Toute cette partie, d'ailleurs, est couverte de montagnes peu élevées et de bois épais comme dans les hautes Missions, ce qui a toujours rendu les opérations géodésiques presque impossibles.
La légèreté avec laquelle on avait indiqué le llio-Corrientes comme limite an nord, fut des deux parts une autitî cause de fin de non-recevoir. Le Rio-Corrientes, appelé aussi Rio-Apa, se perd dans le Paraguay par 22** 4'. On prétendit que le véritable Rio-Corrientes était le Rio-Mbotetey qui s'y jette par lO*" 2' et que l'on nomme aussi Mondego, et Rio-de-Miranda, du nom d'un petit fort que les Portugais ont bâti sur ses rives, il y a une vingtaine d'années ; et cela était d'autant plus spécieux qu'anciennement ce canton avait été peuplé par les Espagnols qui y avaient bâti la ville de Xérès, détruite depuis par les Paulistes (1). Azara, pour trancher la difficulté, proposa
(I) Paulutes, — On donne ce nom aux habitants de la province brésilienne de Saô- Paulo. A la fin du teizième et pendant presque tout le diK-«eptième iiècle, les habitants de cette province s*étaient constitues en une sorte de république qui n'obéissait ui au Portugal ni à l*Espagne. Us arguaient alors de la réunion forcée des deux royaumes sous le sceptre de Philippe H, réunion qui dura de lô80 à 1G40 et fut rompue par la révolution de Pinto, potir protester contre cette violence par des hostilités envers les Espagnols d* Amérique. Ce qui les poussait en réalité , c'était le désir d'aller faire des esclaves dans leurs possessions en sVmparant des Indiens que ceux-ci s'étaient partagés en commanderies. Ces hommes énergiques et brutaux s'étaient unis aux femmes indiennes, aux négresses importées d'Afrique ; il en était résulté des métis flétris du nom de Mamelueos, qui composaient la majo-
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le Rio-Blanco, ruisseau situé près du fort Bourbon, par 21", Mais cette limite fut refusée, et les choses en sont encore restées là jusqu'à Tépoque actuelle, où la détermination de cette frontière a donné lieu à de très-sérieuses difficultés entre le Paraguay et le Brésil.
L'article IX du traité était parfaitement clair et ne donnait lieu à aucune équivoque, puisque c'était la branche principale du Paraguay, aux basses eaux, qui devait faire la limite ; mais, profitant des incertitudes résultant de la désignation de l'Igurey et du Corrientes, les Portugais portèrent leur frontière de l'autre côté du Rio-Paraguay, sur la rive droite duquel ils bâtirent successivement les forts , que nous mentionnons ici , savoir :
Nueva-Coimbra, par 19^ 75', en 1775 ;
Nouvel-Albuquerque ou Nossa-Senhora-da-Concceicào-de-Albuquerque, ancienne mission d'Indiens Guatos et aujourd'hui port principal du Haut-Paraguay, fondé en 1835, par 19° 31' latitude sud et 59** 42' de longitude ouest ;
Ancien-Albuqùerque ou Corumba , fondé en 1778 par 19° 8' et 59° 55' ;
Fuerte-do-Dorado , établi vers 1840, petit fort près de l'embouchure du San-Lorenzo, par 17^ 58' etôO** environ.
En 1792 , pour contrebalancer l'influence de ces établissements, les Espagnols bâtirent à leur tour le fort Bourbon ou Olimpo , sur la rive droite du Paraguay, par 21*" 1', c'est-à-dire un degré plus au nord que le Corrientes ; ils étaient dans leur droit, tandis que les Portugais violaient évidemment le traité. Aujourd'hui, après quatrevingts ans, la question n'est pas plus avancée. La Bolivie revendique avec raison la frontière du Bio-Paraguay ; la république du Paraguay, mécontente de la limite du Rio-Corrientes^ réclame celle du Rio-de- Miranda , ou au moins celle du Rio-Blanco ; de plus , elle prétend avoir des droits sur le Chaco , dont la Bolivie se proclame propriétaire, à partir de la rive gauche du Pilcomayo. Enfin , le Brésil insiste sur Yuti possidetis^ c'est-à-dire qu'il veut conser\'er ce qu'il tient déjà, la rive gauche du fleuve Paraguay, au-dessus du 22® degré, de manière à rester complètement maître de la navigation de ce fleuve, dans la partie supérieure. Or il est difficile que la Boli\ie,
rite des habitants de la province. Les Mamelucos furent longtemps réputés pour leur esprit d*audace et d'entreprise. G*est à eux que le Brésil doit en partie ses agrandissements dans les régions baignées par le haut Parana et le haut Pai'aguay. Avec le temps, la population de Saint-Paul s'est adoucie et a perdu ce goût d'aventui-es et de conquêtes, qui la rendit longtemps si dangereuse pour les établissements espagnols.
dont les débouchés futurs et nécessaires sont par le Rio-Paraguay , accepte cette prétention réellement injuste , qui ne repose que sur une usurpation contre laquelle TEspagne a protesté dès le principe.
n ne s'agit pas ici de plus ou moins de terrain ; le Brésil et la Bolivie en ont vingt fois plus qu'ils n'en ont besoin; il s'agit d'une navigation qui, au lieu d'être l'objet d'un monopole, doit être commune dans l'intérêt de tous les riverains.
Nous ne parlons pas des prétentions vraiment peu sérieuses du président du Paraguay, qui, depuis cinq ans, n'a cherché qu'à embrouiller toutes ces questions, pour maintenir son isolement et exploiter à lui seul les ressources du pays. Il est urgent, dans l'intérêt du commerce et des relations des quatre États limitrophes, que ces (juestions soient définitivement réglées dans un sens rationnel.
Au reste les traités conclus entre le Paraguay et le Brésil le 6 avril 1856, entre le Paniguay et la Confédération le 6 août suivant, ont ajourné à six années révolues le règlement des questions de limites. Ainsi le terme est proche, et il serait fort à désirer que l'on profitât de cette occasion pour en finir, en faisant inter\'enir également la Bolivie dans un armngement de nature à concilier les droits légitimes de chacun.
Aussi répéterons-nous ce que nous avons déjà dit au § P*" :
La limite du Pilcomavo entre la Confédération et la Bolivie, celle (lu Uio-Paraguay et du Parana avec la république du Paraguay, celle du Rio-Paraguay, du Jauni et du tuiapore, entre la Bolivie et le Brésil, enfin celle du Corrientes et de Tlvinheima, entre le Paraguay et le Brésil, sont certainement hîs frontières les plus naturelles et les moins susceptibles de contestation .