LES ANDES. -^ PASSAGE DU PORTILLO. 19T
élevé de la province de Santiago. Alors que les bestiaux importés de la Confédération étaient frfippésd'un droit iissez fort, un estanciero qui les introduisait en contrebande avait coupé de ravins factices certaines parties du sentier pour le faire croire impraticable, et s'en réserver en conséquence le monopole. Il serait donc très-facile de le restaurer et d'en faire un chemin où l'on pourrait passer huit mois de l'année. Or le passage de la Cumbre n'est praticable que pendant cinq mois. Le chemin de fer de Santiago à Valparaiso terminé, il y aura avantage à prendre cette voie, qui est plus courte que la précédente.
Paso del Portillo et jjortillo de los Piuffitenes (ce nom lui vient d'une graminée alpestre que l'on nomme au Chili, Piiiciin). — Ce passage est au sud du Tupungato et le sépare du massif où se trouve plus loin le volcan de San- José.
Du côté du Chili on remonte la vallée d'où vient la rivière deMaipo, laquelle arrose la capitale de Santiago, et par la petite quebrada du Yeso, son affluent, ou arrive assez vite aux passages. Le volcan de Maipo s'aperçoit à 3 lieues au sud. C'est un cône dont les environs sont couverts d'immenses quantités de scories et de pierres ponces. On tiiille une variété très-grosse de ces dernières pour faire des vases à filtrer l'eau, qui sont d'un assez grand commerce dans les provinces andines.
Ce volcan est situé dans le chaînon occidental du massif andin, et le col qui se trouve là n'a que 4,012 mètres d'après le docteur Gillies, et 4,200 selon M. Pissis, Uuidis que le chaînon orient(d est plus . élevé. Ces deux chaînons sont séparés par la vallée de Tunuyan, qui court du nord au sud. On passe la rivière à une hauteur de 2,280 mètres dans cette même vallée; puis il faut gravir le chaînon oriental, le franchir par un col plus haut que le précédent, puisqu'il a 4,427 mètres d'altitude, et venir retrouver le Tunuyan, qui a fiût un coude vei's le nord à l'estancia du Totoral , laquelle n'est plus qu'à 22 lieues de Mendoza,
On a donc ainsi deux cols à franchir : celui de la Cordillère chilienne , au nord du volcan de Maipo ; c'est le portillo de los Pinquenes; et celui de la Cordillère argentine, c'est le Portillo proprement dit. Ce chemin est plus court que celui de la Cumbre, la distance de Mendoza à Santiago étant ainsi réduite à moins de 80 lieues. Par contre, il est aussi plus difficile , plus encombré de neige , et n'en est pas débarrassé avant le mois de janvier. Le naturaliste Darwin a donné une description exacte de ce passage. Il est peu fréquenté à cause des difficultés que nous venons d'éuumérer.
Pciso de la Dehesa ou del Potrero-Alto, Ce passage se sépare de celui de la Cumbre à la punta de las Vacas ; il remonte le torrent qui vient du Tupungato, passe sur le penchant nord de cette montagne et descend au Chili par la vallée de la Dehesa. Le col, haut de 4,064 mètres, d'après Pissis, porte le nom de paso del Potrero-Alto , à cause des pAtumges que Ton rencontre dans la route. Ce chemin est plus court que celui de la Cumbre pour aller à Santiago , mais il est assez difficile et par conséquent peu recherché.
Paso de la Cumbre. Ce passage a été de tout temps et est encore aujourd'hui le plus visité de toutes les Andes. W se trouve sur la grande route de la Plata au Chili; on y a fait quelques travaux pour l'améliorer ;• il n'y a pas de plateau; la partie dangereuse se franchit en une journée; en outre, quelques huttes en briques, dites Casttchas^ ont été bâties dans la partie la plus élevée et servent, au besoin, de refiige aux voyageurs. De novembre à avril cette route est extrêmement fréquentée et n'offre alors aucune espèce de danger.
Le chemin, en partant de Mendoza, se dirige d'abord 10 lieues au nord en côtoyant la sierra desParamillos, cordon élevé de 3,000 à 3,500 mètres, analogue à celui que nous venons de nommer en parlant du Portillo et qui limite la vallée haute du Tunuyan. Il fait ensuite un coude à l'ouest et pénètre dans la quebrada de Villa-Vicencio qu'il remonte par une pente très-douce jusqu'à la puntii del Agua, 6 lieues plus au haut, où il devient exécrable; mais ce mauvais pas est court. La montée du plateau des Paramillos est roide, sans être très-difficile. Ce plateau, situé à une altitude de 2,960 mètres, est extrêmement froid et balayé de vents très- violents. En été les orages y sont fréquents et dangereux , mais comme il n'a pas plus d'une demi-lieue de large, la traversée s'en fait vite, et l'on recommence à descendre par un excellent chemin. La vue dont on jouit, du plateau des Paramillos, est des plus belles : tout le bassin de Cuyo se déploie sous les yeux, et l'on aperçoit les maisons blanches de Mendoza située à une sîxaine de lieues en ligne droite au sud-sud-est. A l'ouest, apparaît l'arête ccnti'ale de la Cordillère comme une muraille gigantesque , dentelée par de nombreux pics noirs striés d'une neige éclatante. Quant au plateau lui-même, c'est une petite plaine très-ondulée qui nourrît un fourrage assez substantiel , et d'assez nombreux bestiaux y pâtim?nt en été.