LES ANDES. — PASSAGE DE LA CUMBRE
La descente dans la vallée d'Uspallata se fait de la manière la plus facile, mais elle est très-longue, et jusqu'à la rivière de ce nom on ne trouve pas une goutte d'eau. Le Rio-d'Uspallata se forme de tous les filets d'eau qui viennent de la sierra des Paramillos et de la Cordillère, et passe près de Testancia de ce nom , où est établi le bureau de douane. A côte s'élève une usine pourTexploitiition des minerais de cuivre qui abondent dans les environs. La ferme d'Uspallata sert en môme temps d'auberge , et l'on y trouve les vi>Tcs nécessaires.
La vallée a une hauteur de 1,830 mètres en cet endroit; le climat en est naturellement très-froid; cependant on y souffre plutôt du vent que des gelées. Ou a voulu y fonder une \ille et l'on en a déjà signîdé et mesuré les mes et les terrains. Mais peu de gens de la plaine veulent venir s'établir dans cette haute vallée, et les travaux en sont restés là. II y a toutefois assez d'eau et la terre est assez bonne pour y faire un bon établissement agricole ; en effet, l(*s céréales, les fourrages, les arbres fruitiers réussissent très-bien à la ferme, et le transit qui augmente tous les jours entre les deux Etats serait certainement une source de prospérité pour la .population.
D'Uspîdlatii la route gagne le Rio-de-Mendoza et commence à remonter la vallée en cotovant la rive droite de ce torrent. Olui-ci s'est creusé son lit parmi les masses énormes de décomlires au milieu desquels serpente également le chemin. La pente est peu rapide , mais il v a tant de cailloux amoncelés , t^mt de roches éboulées à contourner, tant de monceaux de débris à monter et à descendre au milieu d'une épaisse poussière argileuse et saline , que la marche ne laisse pas d'fitre assez fatigante. On arrivi* ainsi à lajmnta de las Vacas^ éloignée de 13 lieues de la ferme d'Uspallata.
Ici la vallée, ou phitôt lîi quebrada, car elle «*st généralement étroite, se divise en trois. La quebrada du Noi'd pénètre au vœwv de la Cordillère et donne issue au Uio-de-las-Vacîis. Celle du sud mène au versant nord du Tupungato ; c'est le chemin du Potrero alto et delaDehesa, que nous avons déjà cité. La quebrada moyenne, qui continue directement vers l'ouest, est celle de las-Cuevas, que suit la ginude route du Chili. Le Rio-de-las-Yacas, torrent fougueux en tous temps , se passe sur un très-bon et très-cUégant pont de bois construit aux frais du gouvernement de ^lendoza, ouvrage que Ton s'étonne réellement de rencontrer (»n de pareils déserts ; puis on remonte la vallée de las-Cuevas, plus large, moins accidentée et plus
humide que la précédente ; aussi renferme-t-elle de bons fourrages pour les mules de charge.
C'est là que commencent aussi les huttes de refuge {casuchas). Ce sont des constructions voûtées, en briques, élevées sur un massif de 3 mètres de haut, afin qu'elles restent toujours au-dessus de la neige, et où Ton monte par un escalier extérieur; la chambre a S mètres en tous sens. Quelque grossier que soit cet abri, qui n'a poiqt de fenêtres, point de cheminée, et où Ton allume du feu dans le milieu, il n'en rend pas moins d'importants services lorsque Ton est surpris par le mauvais temps , et il serait à désirer que tous les pasos im peu fréquentés, des Andes en fussent pourvus.
Au tiers environ de la vallée de las Cuevas, se trouve le pont de rinca, grande voûte formée par les dépôts calcaires de l'eau qui sort de dessous les roches voisines. Cette eau, chargée d'un peu de carbonate de chaux ferrugineuse, se dépose en couches horizontales, analogues à celles qui constituent le pont de Saint-Allyre à Clermont, en France, merveille connue de tous les naturalistes, mais qui est loin d'avoir le grandiose de celle de la Cordillère. Le pont de Tlnca a environ 20 mètres de long sur lo de large, et une épaisseur qui varie de 5 à 8 mètres. L'arche naturelle se conserve grâce au passage conthiuel du Rio-delas-Cuevas, qui forme dessous une belle et pittoresque cascade. La partie la plus remarquable est certainement le dessous de la voûte, tapissée de magnifiques stalactites d'un blanc de neige, formées par les infiltrations des eaux à travers l'épaisseur du pont. Lii, sur une espèce de large banc naturel, pareil à l'albâtre, s'ouwent deux bassins profonds, larges chacun de 1 mètre, d'où l'eau minérale sort eu bouillonnant. Cette eau, d'une température de 34", est parfaitement claire et limpide, d'uu goût aigrelet et un peu salin, sans être pour cela désagréable. Elle est chargée d'acide carbonique et renferme, en outre, un peu de fer et de matière animale, ce qui la rend fort analogue aux eaux du mont Dor, en Auvergne, dont elle doit avoir probablement les vertus médicinales. Nul doute qu'un jour il ne se forme là un établissement pour leur administration, ce qui aurait aussi l'avantage de créer une auberge bien utile pour les voyagë\irs.
Après le pont de l'Inca, près duquel se trouve ime casucha, on gravit une petite montagne, appelée Paramillo-de-las-Cuevas^ qui ferme complètement la vallée, et ne laisse qu'une gorge étroite et profonde, où passe en grondant la rivière. De l'autre côté on revoit