LI^S ANDES. — PASSAGE DE LA CUMBRE
la même vallée, large de 300 à 600 mètres, silencieuse, tapissée d'une herbe courte et très-verte, noume par T humidité que lui domieut les neiges qui la couvrent cinq mois de Tannée. Les montagnes qui bordent la route ne sont plus très-élevées ; l'œil les embrasse tout entières avec les roches noires porphyriques qui les cou« jronnent et qu'on remarque également sur leui*s tlancs terreux ; car, à ces hauteurs, tous leurs débris s'effacent sous la ten'e végétale qui ^«5 forme incessamment, et que jamais la pluie n'entraine. La vallée parait fermée par un gi^and mont, dont l'élévation est de 6o0 mètres jusqu'à son col; mais on ne peut guère en juger à l'œil; c'est le ;poiut qu'il faut franchir, la Cordillère proprement dite. L'altitude «le la casucha qui se trouve au pied est de 3,230 mètres.
Ou franchit cette montagne par un sentier en zigzag au milieu des
débris terreux qui n'ont rien de particulier , et après une heure et
hernie de marche, on amve au point culminant, où nous avons
"trouvé 3,900 mètres. Le col n'est qu'une petite plate-forme que l'on
descend immédiatement. De ce point, la vue est bornée de tous côtés
3>ar les montagnes qui s'élèvent encore plusieurs centaines de mètres
<aiu-dessus et n'ont rien de remarquable. Là cesse le territoire argentin
€t commence le Chili. La descente est encore plus rapide que la
montée ; elle mène à la naissance du Rio-d'Aconcagua , lequel sort
par un filet très-clair de dessous les roches qui bordent le sentier, et
va se réunir un peu plus loin aux eaux bourbeuses qui viennent d'un
grand nevado , situé plus au nord , et dont les montîignes les plus
voisines dérobent la vue.
Autimt la pente d'Uspallata au pied de la Cordillère, dans un espace de 23 lieues, a été peu rapide , autant elle est forte pour descendre au Chili. Le chemin se précipite dételle façon, qu'en six heures, on descend de 2,320 mètres, et cela, non par une pente uniforme, mais par échelons brusques, tels que les descentes de la Calavera, de XAlto-de-la-Lagmia^ du Portillo, du Jimcalillo, Ces grands accidents de terrain rendent cette partie de la route des plus pittoresques. Rien ^e plus sauvage, de plus sinistre que l'aspect de la Inyuna del Inca^ avec ses eaux vertes et dormantes que renferment les parois à pic- de hautes cimes de porphyre noirâtre. Aussi les muletiers racontent-ils que ce lac mystérieux est hanté par les esprits , et se couvre la nuit de flammes errantes que bien des fois ils ont aperçues. Toute cette partie haute de la quebrada s'enconibre de neige en hiver.
La végétation ne reparaît qu'aux Ojos de Acjua , sources abon-
dantes à 5 lieues du pied de la Cordillère, et qiii ne sont plus qu'à une altitude de 2,090 mètres. Elle ne discontinue plus le reste du chemin, et bientôt les arbres commencent. A la Guarda-Vieja^ il y a une sorte d'auberge où y on trouve quelques vivres, et du fourrage pour les animaux. Jusqu'au Resyuardo de los Colorados^ où est la douane chilienne, dans un espace de 6 lieues, les bois sont abondants, et le Quillay [Quillmja saponaria)^ bel arbre qui a l'aspect du chêne, quoique plus petit, couvi'e tous les terrains qui ont une terre végétale im peu profonde, timdis que de beaux cactus aux fleurs rouges éclatantes croissent sur tous les rochers. Rien de beau et de pittoresque comme cette partie de la vallée, avec son torrent qui mugit au fond, ses pentes abruptes couvertes d'une élégmite végétation, le ciel bleu tendre dans lequel se noient les cimes des montagnes, entourées d'une vapeur légère qui en adoucit les contours. On apprécie d'autant plus la suavité de ce papage, que pendant si longtemps on vient d'être privé de la vue de toute végétation. A la douane des Colorados commencent les cultures, pratiquées à l'aide de nombreuses rigoles dérivées du Rio-d'Aconcagua, et l'on arrive enfin à la jolie ville de Santa-Rosa-de-los- Andes, située dans un beau bassin, que le même cours d'eau, devenu une rivière large et paisible, fertilise de ses eaux limoneuses. Sauta-Rosa est le centre du commerce trans-andin; ses pâturages nourrissent les mules et mulets qu'emploie en grand nombre ciî transit ; elle est à 30 lieues de Valparaîso et à 22 de Santiago.
En résumé, le grand chemin de Mendoza au Chili se partage en les sections suivantes :
De Mendoza à Uspallata : — 30 lieues de pays (4,000 mètres chacune), i9 heures de marche;
D'Uspallata au pied de la Cordillère : — 25 lieues , — 18 heures de marche;
Du pied de la Cordillère à Santa-Rosa de los Andes : — 25 lieues » — 46 heures de marche.
En tout 80 lieues. Le voyage pour les passagers se fait généralement en six journées que l'on divise ainsi :
De Mendoza à Villa-Vicenck) 15 Mènes.
De ViUa-Viceacio à Uspallata iô »
D'Uspallata à la puota delas Vacas 15 b
De la IMinta au pied de la Cordillère. 10 »
Du pied de la Cordillère à la Guardia-Vieja • 12 »
De la Guardia-Vieja à Santa-Rosa 13 »