LES ANDES. — PASSAGE DE LA CORDILLÈRE DE CORUA
franchie, mais pour gagner l'Océan, il faut encore traverser près de 75 lieues du désert d' Atacama, plage de sable sans eau et sans aucune végétation. La seule halte est, 30 lieues au delà d'Atacama, à la jolie vallée de Calanut , dans un pli de terrain qui s'ouvre subitement au milieu du désert. De Calama à Cobija, c'est encore 43 lieues de chemin à travers cette même solitude d'Atacama, mais on y a les trois points de Guacate^ Chacansi et Colvpo^ où l'on a construit des baraques qui offrent un abri contre le soleil du jour et le froid de la nuit, et quelques ressources en vivres. — La distance totale de Salta à Cobija, par cette route, est donc de 180 lieues, sur lesquelles 35 jusqu'à San-Antonio de los Cobres sont en pays habité, 35 sur les plateaux absolument déserts du Despoblado de la Cordillère, 15 dans la descente de ces mômes plateaux , et 73 dans le désert sablonneux d'Atacama. Cette longue et fatigante route se fait en 20 journées ; mais il faut de temps à autre donner du repos aux mules , car, par suite de la nature des terrains, la somme des marches doit être répartie très-inéçalement. Malgré tous ces inconvénients, elle ne laisse pas que d'être le lieu d'un transit assez actif. Les voyages par ce chemin peuvent se faire toute l'année, malgré la hauteur des plateaux, qui est au moins égale à celle de la cordillère de Copiapo ; mais il y a aussi de mauvais temps et l'époque des changements .de saison y est dangereuse.
Ce danger n'existe d'ailleurs que faute d'abri; car, s'il y avait seulement sur tous ces plateaux quelques maisons de refuge en cas d'ouragan, le passage seniit extrêmement facile à toute époque de l'année; les mauvais temps n'y sont qu'un accident, fort grave, il est vrai, mais rare. Les passages des Alpes sont vingt fois plus difficiles et plus périlleux ; mais là il y a des routes entretenues, des poteaux, des piliers de pierre pour se reconnaître au milieu des neiges, des maisons, des hospices où l'on peut s'abriter. Dans les Andes, on \oyage à la grâce de Dieu iivec la voûte du ciel pour toit, un petit mur en pierres sèches , que l'on se construit opposé au vent , pour abri, l'eau du torrent pour boisson, les vivres que l'on porte avec soi pour nourriture, et le maigre fourrage des quebradas pour refaire les mulets fatigués. Si l'on veut se faire une idée des plateaux des Audes, que l'on se figure avoir 30 lieues à faire dans les plaines de la Brie par \\\\e belle gelée d'hiver, une brise fraîche du nord, le thermomètre à 10 ou 13 degrés au-dessous de 0 la nuit, et ni maisous, ni arbres, ni plis de terrain pour s'abriter : voilà la Cordillère pendant sept mois de l'amiée, du 29* au 32* degré.
cama et par conséquent bien misérable ; il ne s'y fait que très-peu de commerce. De Loro-Guazi, si Ton continue à suivre la route de Copiapo , on gagne le pied oriental de la cordillère aux Colorados , et Ton franchit le plateau qui a 28 lieues de large , en faisant halte près d'une autre Lagwia-Brava ^ où il y a un peu 'de fourrage pour les animaux et quelques broussailles. On descend par la quebmda del Juncal et Ton gagne San-Andrès^ misérable maison au pied des Andes dans laquelle on trouve cependant quelques ressources ; de là il y a 30 lieues de désert jusqu'à Copiapo. C'est une route de 200 lieues jusqu'à Salta, route que les voyageurs font en quinze jours, mais que les troupes chargées mettent, au minimum, vingt à parcourir.
Par sa conformation en plateaux depuis le 29" degré , la Cordillère est accessible presque partout. Ainsi le département chilien de Huasco^ indépendamment des passages que nous avons cités, a encore ceux de la Pampa., de las Lagxinillas^ del Caballo-Mtierto., del Pintado^ de Manflas; et au nord de Copiapo, tout le reste de la province d'Atacama pourrait communiquer avec la région de l'autre côte des Andes par n'importe quelle quebrada. Mais l'Atacama e§t d'une stérilité absolue; par suite de la sécheresse du climat, aucun ruisseau ne descend de ces arides plateaux, et la population n'y pourrait en conséquence subsister. On se limite donc aux chemins que nous avons indiqués.
Le paso par la cordillère du Despoblado^ qui conduit de Salta à Cobija, port bolivien sur le Pacifique, par 20** 32' et 72" 41', est analogue à ceux de la cordillère de Copiapo. Il fait communiquer la ville de Salta avec ce port par les larges plateaux déserts de Tocomar et del Afjua-Caliente. — Le chemin à partir de Salta remonte la quebrada del Timal , passe par le village de Tastil , et passant mi col fort élevé, prolongement de celui d'i4c^y, amve au village de. San- Antonio de los Cobres., qui est déjà sur les plateaux. De San- Antonio, il passe par YAbra de los Chorrillos^ ouverture dans un autre prolongement de la cordillère qui sépare la Confédération de la Bolivie. On est alors dans le Despoblado proprement dit, lequel s'étend par Tocomar ., el Agua-Calienfe et Guayqnitinn jusqu'au Paj&nal ^ descente du plateau. C'est une largeur de 48 lieues, absolument déserte, et les endroits où l'on peut trouver de l'eau, du bois et des pâturages sont comptés. Sur le versant occidental, on rencontre une petite esUmcia à Soncor., et Ton arrive à la vallée de Toconao qui mène à la ville A'Atacama. Cette vallée est peuplée et cultivée dans un espace de près de 10 lieues. — Ici la cordillère des Andes est