‹ Description géographique et statistique de la confédération Argentine (volume 3)Chapitre 50 sur 193 · LES ANDES. — PASSAGE DE LA CORDILLÈRE DE CORUA · texte numérisé non relu

LES ANDES. — PASSAGE DE LA CORDILLÈRE DE CORUA

franchie, mais pour gagner TOcéan, il faut encore traverser près de 75 lieues du désert d' Atacama, plage de sable sans eau et sans aucune végétation. La seule halte est, 30 lieues au delà d'Atacama, à la jolie vallée de Calama , dans un pli de terrain qui s'ouvre subitement au milieu du désert. De Calama à Cobija, c'est encore 43 lieues de chemin à travers cette même solitude d'Atacama, mais on y a les trois points de Guacate^ Chacansi et Colvpo^ où Ton a coîistruit des baraques qui offrent un abri contre le soleil du jour et le fc'oid de la nuit, et quelques ressources en vivres. — La distance totale de Salta à Cobija, par cette route, est donc de 180 lieues, sur lesquelles 33 jusqu'à San-Antonio de los Cobres sont en pays habité, 33 sur les plateaux absolument déserts du Despohlado de la Cordillère, 13 dans la descente de ces mêmes plateaux , et 73 dans le désert sablonneux d'Atacama. Cette longue et fatigante route se fait en 20 journées ; mais il faut de temps à autre donner du repos aux mules , car, par suite de la nature des terrains, la somme des marches doit être répartie très-inéçalement. Malgré tous ces inconvénients, elle ne laisse pas que d'être le lieu d'un transit assez actif. Les voyages par ce chemin peuvent se faire toute l'année , malgré la hauteur des plateaux, qui est au moins égale à celle de la cordillère de Copiapo ; mais il y a aussi de mauvais temps et l'époque des changements .de saison y est dangereuse.

Ce danger n'existe d'ailleurs que faute d'abri; car, s'il y avait seulement sur tous ces plateaux quelques maisons de refuge en cas d'ouragan, le passage seniit extrêmement facile à toute époque de Tannée; les mauvais temps n'y sont qu'un accident, fort grave, il est vrai, mais rare. Les passages des Alpes sont vingt fois plus difficiles et plus périlleux ; mais là il y a des routes entretenues, des poteaux, des piliers de pierre pour se reconnaître au uïilieu des neiges, des maisons, des hospices où Ton peut s'abriter. Dans les Andes, on voyage à la grâce de Dieu ovec la voiite du ciel pour toit, un petit mur en pierres sèches , que Ton se construit opposé au vent , pour abri, l'eau du torrent pour boisson, les vivres que Ton porte avec soi pour nourriture, et le maigre foui'rage des quebradas pour refaire les midets fatigués. Si l'on veut se faire une idée des plateaux des Andes, que l'on se figure avoir 30 lieues à faire dans les plaines de la Brie par une belle gelée d'hiver, une brise fraîche du nord, le thermomètre à 10 ou 13 degrés au-dessous de 0 la nuit, et ni maisons, ni arbres, ni plis de terrain pour s'abriter : voilà la Cordillère pendant sept mois de l'année, du 29* au 32* degré.

Entre les provinces de Salta et de Jujuy et la Bolivie, la eommuîiication* par les plateaux des Andes n'est jamais interrompue. Elle se fait par deux routes principales. Il y a d'abord celle qui passe par la vallée de Calchaqui, la Cuesta-de-Acay , San-Antonio de los Cobres, Casabindo, la Abra de Quêta et les Altos de Piscuno, en traversant ainsi toute la puua de Jujuy, et arrive aux départements boliviens A'Estarca et de Lipez, De là le chemin conduit indistinctement, par le grand plateau bolivien, à Potosi, à Oruro, à Puno, à la Paz, etc. Cette route est principalement suivie par les introducteurs de chevaux et de mules, qui choisissent ces hautes plaines parce qu'ils y rencontrent des fourrages, et peuvent les conduire ainsi, sans trop de frais, jusqu'à Lima. — L'autre chemin, qui est l'ancienne route royale du Pérou, part de la ville de Jujuy et remonte la longue vallée AHumahuaca jusqu'à Yabra de Cortaderas, col élevé de 3,952 mètres (suivant le docteur Read), par lequel on descend dans les vallées de Suipacha et de Tupiza, Un service de poste très-ancien fonctionne sur toute la route ; mais les troupes de mules chargées la suivent rarement à cause du haut prix des fourrages. Dans cette partie des Andes l'âne et le llama, beaucoup moins exigeants encore que le mulet, sont souvent employés aux transports. Les mauvais temps sont rares ; s'il y a de temps à autre de la neige, elle ne dure pas plus d'une journée, et le chemin est praticable en tout temps pour los bétes de somme. C'est par leur aide que se font exclusivement les transports , l'usage de toute espèce de chariots étant impossible dans un terrain aussi accidenté.

Telles sont les Andes argentines et les routes et passages par lesquels on peut les traverser.

§ IIL — Traversées de la cordillère des Andes.

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