MULETIERS
Les muletiers se lèvent à l'aube ; ils vont rassembler les animaux, installent les bâts et commencent à charger. Cette opération est toujours longue et difficile, surtout au commencement du voyage. Puis on se met en marche, rai'ement avant huit ou neuf heures, et l'on ne s'arrête qu'à la couchée. Si les chai'ges se dérangent en route^ deux peones s'arrêtent, enveloppent de leur poncho la tète du mulet, et rétablissent l'équilibre avec une sûreté de coup d'œil et une rapidité qui font plaisir à voir. A la halte, on installe en cercle les bâts proprement arrangés avec les ballots à côté. On allume le feu ; le repas se prépare, maigre chère composée de viande sèche \charqui) que l'on cuit avec du riz assaisonné de force piment; Tenu du torrent désaltère après ; puis, chacun s' enveloppant de son poncho et d'une couverture de laine, dort sur la terre nue, s'abritant un peu denière les ballots. A tour de rôle, chacun suneille les animaux pour les empêcher de s'écarter. Rien ne peut donner idée de la sobriété et de la force de résistance de ces braves gens ; nous ne parlons pas de leur probité, qui est un fait connu de tout le monde. Impai:sibles, toujôiirs de bonne humeur, pour un maigre salaire ils affrontent le mauvais temps, les neiges et tous les dangers sérieux que présentent les passages des Andes. Qu'il suffise de savoir qu'un voyage, aller et retour, dans la cordillère de Copiapo, se paye
LKS ANDKS. - VOYAGEURS. — PUNA. ÎI7
12 piastres en été et 17 en hiver. Il est vrai que tous les frais de nourriture et de séjour sont à la charge du patron ; mais on sait ce qu'est un voyage d'hiver, et les accidents, soit de mort soit de congélations partielles, n'y sont pas rares. On rencontre dans les provinces des Andes plus d'un individu qui a perdu les doigts des pieds ou des mains, et quelquefois môme un membre entier dans ces traversées.
TOYAGEDRS.
Les voyageurs marchent un peu plus rapidement et font des traites de 12 à 20 lieues, en moyenne 13 à 14 lieues par jour. Loi'sque Ton porte avec soi une tente, un matelas et des vivres, de bons vêtements, le voyage est très-supportable, et Ton ne souffre guère que de l'extrême sécheresse des plateaux, et quelquefois de liiptiua ou .soroche,
PDNA.
On donne le nom de pwm k cette sensation pénible, h cette anxiété l'espiratoire que quelques pei'sonnes éprouvent lorsqu'elles se trouvent à de grandes hauteurs. Cette sensation est certainement due à la raréfaction de l'air, car, à 4,200 mètres, altitude» générale des plateaux, la colonne barométriqui* est réduite en moyenne à O'",460, c'est-à-dire à 300 millimètres de moins qu'au bord de la mer, et il est impossible qu'une si énorme différence dans la pression atmosphérique ne produise pas une impression profonde sur l'économie animale, (blette impression varie d'ailleurs selon les pei'sonnes; les unes ont la respiration gênée, les autres éprouvent de la céphalalgie, une sorte de migraine et une perte complète d'appétit. Beaucoup n'éprouvent rien ; mais, loi^que l'on veut marcher, presque tout le monde sent une fatigue nisolite.
Quant à la puna proprement dite, à la gène dans la respiration , elle n'est pas seulement particulière aux grandes hauteurs de la Cordillère; il est certaines localités peu élevées où elle se fait beaucoup plus sentir que dans d'autres. Nous l'avons éprouvée nousméme au bourg de Molinos, qui n'est pourtant qu'à une altitude de 1,970 mèti'es, et dans xme vallée entourée de montagnes granitiques qui n'offrent rien de particulier. Il nous est impossible de découvrir une cause à cette particularité, qui se ivtrouve d'ailleurs sur différents points des Andes de Bolivie.
318 OROGBAHIIE.