‹ Description géographique et statistique de la confédération Argentine (volume 3)Chapitre 67 sur 193 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Ijes Pampas.

Pampa est un mot indieu qui siguitic plaine. Il a passé dans la langue hispano-américaine, et on remploie souvent pour désigner un terrain plat, en quelque endroit qu'il se trouve, fut-il sur le dos des Cordillères.

Mais les Pampas proprement dites désignent surtout les plaines couvertes d'herbages des provinces de Buenos- Ayres, de Sauta-Fé, de (iOrdova et de San-Luis, plaines dont bien rarement un arbre quelconque interrompt Funiformité. Ces prairies tîipissées de graminées commencent au sud du Rio-Salado et de la lagune de los Porpngos, se déploient entre le Parana et les pr(Muiei*s reliefs de la sierra de Cordova , et s'étendent jusqu'aux déserts à peu près inconnus de la Patagonie. Dans cette plaine sans fin et qui ressemble à la mer, aucun autre objet ne se présente à la vue qu'un rare ambu qui s'élève dans le voisinage d'une esUincia, plus rarement encore un petit bouquet rabougri de chahm\ arbre épineux du sol argentin. C'est l'aspect des prairies de TAmérique du Nord; c'est celui des steppes de la Russie méridionale (;t de la Mongolie, pampas de l'ancien monde qu'ont fiiit connaître les récits de tant de voyageurget qui doivent singulièrement resst»mbler aux pampas du bassin de la Plata.

Sur cette énorme superficie si pbme, si égale, les moindres plis de terrain prennent à l'œil des proportions extraordinaires ; le mirage, si fréquent en été, y fait ressembhT les touffes d'herbe à des palmiers, et sème de lacs et d'Iles imaginaires cette mer de gîizon. Des troupeaux nombreux de bœufs et de chevaux parcourent la pampa; le chevreuil, l'autruche y vaguent, y bondissent en liberté; le jaguar, ou tigre d'Amérique, le loup rouge (aguara), s'y tapissent dans les roseaux qui bordent les lagunes pour surprendre leur proie ; riguaiie se glisse dans l(»s haut(»s herbes, et la biscachn, la marmotte de la Plata, y cretise ses terriers, à l'entrée desquels veille, en poussant des cris rauques, la petite chouette grise du désert.

Personne, d'ailleurs, n'a fait de la Pampa une description phis exacte et plus brillante à la fois que 1). Estevau Echevarria, dans son

)t\J PLALNE AHGENTINE.

poëme de la Cnptice, qui a ces plaines pour théâtre. Nous ne pouvons résister au plaisir d'en reproduire quelques traits.

« G^était le 'soir et l'heure où le soleil dore la crAte des Andes. A leurs pieds le « désert s'étend immense, sans limiter et mystérieux. L'aspect de cette solitude « est silencieux et triste, comme la mer lorsqu'aux approches de la nuit elle « abaisse la hauteur de ses vagues.

« Parcourant en vain Timmensité, pareille à Toiseau perdu sur l'Océan, la vue c. fatiguée ne rencontre aucun point sur lequel arrêter son vol rapide. Partout se « déploient des plaines , domaine séculaire de Toiseau et de ranimai farouche; « partout le ciel, et des solitudes connues de Dieu seul et que lui seul peut sonder.

« Parfois la tribu errante, montée sur le coursier sauvage dont les crins suit perbes flottent au vent, y passe comme un tourbilloD. Elle plante ses tentes sur « l'herbe épaisse, et, tranquille, repose et dort, pour suivre bientôt après son « chemin rapide.

« Déjà le soleil inclinait à l'occident son front chargé de lumière et lançait à « la vot^te céleste l'éclat affaibli de sa blonde chevelure. Le ciel, serein et limpide^ « étendait sur la plaine verdoyante son voile d'azur plein d'une ombre mystérieiup.

« La brise, secouant à peine ses ailes pleines de parfums, soupirait à traver» « les herbes qui semblaient onduler comme une mer ; et la terre^ contemplant « le départ de Tastre-roi, se taisait triste et grave comme dans un adieu.

« Parfois seulement se faisaient entendre les hennissements de Télalon faroucliet « les mugissements furieux du taureau ou les rugissements du tigre; tantôt, « contemplant les nuages comme dans une extase joyeuse, le Yaja, des éclats de « sa voix prophétique, troublait le silence du désert

« Ije soleil se coucha. \a vaste horizon sembla s'enflammer^ et la plaine sileo- « cieuse s'obscurcit peu à peu ; le ciel lui-même devint plus sombre, et les étoiles « à la lueur tremblante commencèrent à se montrer; puis la nuit, étendant tes « ombres, répandit dans le désert son silence terrible et sa sombre majesté..... •

Tels sont les aspects des Pampas. De très-rares ruisseaux y creusent leurs lits, ce qui s'explique parfaitement par rhorizontalité du terrain; en revanche il y a une quantité innombrable de flaques d'eau , d'étangs naturels, soit temporaires, soit permanents, ici d'eau douce, ailleurs d'eau salée. Ces lagunes, tantôt réceptacles seulement des eaux pluviales , tantôt alimentées par des sources souterraines, sont d'une immense utilité pour le bétail. Lorsque dans les années de sécheresse prolongée elles viennent à tarir , une épouvantable mortalité frappe les troupeaux.

Une partie de la Pampa est peuplée, c'est celle qui avoisine le Rio- Paraua, t»t qui appartient aux provinces de Santa-Fé, de Cordova, de San-Luis, ainsi que la portion qui est en deçà de la frontière militaire de Buénos-Ayres. Dans cette région se trouvent les meilleures estan-

eias, C\»st là que lo bétail se reproduit le mieux, qu'il atteint une plus belle faille. Leresti», composant ce que nous avons nommé le territoire indien du sud, est le domaine de l'Indien nomade qui occupe tout ce qui est au delà du 34" degré.

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