‹ Description géographique et statistique de la confédération Argentine (volume 3)Chapitre 75 sur 193 · RIVES DE L'URUGUAY · texte numérisé non relu

RIVES DE L'URUGUAY

entre le Parana et TUruguay, et surtout les deux rives de ce dernier fleuve, appartieiuient certainement au même système, ainsi que la sierra des Glissions et ses dépendances. La présence du charbon de. terre, bien reconnue depuis par les ingénieurs brésiliens dans les terrains de cette nature, leur donne une importance qui n'échappera â personne. Cette valeur est d'autant plus appréciable pour la Confédération argentine, que près de San-Javier, sur la rive même de l'Uruguay, on a trouvé des indices de houille que le voisinage du Heuve rendrait facilement exploitable/

Quant aux nombreuses petites chaînes de la Bande orientale, nous ssavons qu'on y a rencontré également mie gninde variété do roches, mais que leur constitution se rapproche aussi de celle du système mo-gi*andin, ou plutôt brésilien, (^es montagnes, très-peu élevées, ne «ont d'ailleurs que la terminaison de la grande serra do M(u\ qui, partie des rives de l'Amazone, dans le voisinage de l'équateur, vient en côtoyant l'Atlantique expirer aux bords de la Plata. Les teiTains primitifs et les schistes cristallins y abondent. Ce groupe immc^nse constitue ce que plusieurs naturalistes ont appelé le système itacolumien.

Revenons à la rive droite de l'Uruguay. — Le bourg de la Cruz, ancienne mission jésuitique, est bâti sur une colline de grès de couleur rouge clair, au bas de laquelle on aurait trouvé plusieurs fois du mercure coulant. Nous devons cependant ajouter que toutes les recherches deM. Bonpland, en 1856, dans ces environs, n'ont puen procurer aucuu échantillon. Trois mornes, à 4 lieues à l'ouest de la Cruz, et aux pieds desquels viennent se tt*rmin«'r l«*s derniers bfinados de la grande lagune Ibera, lors de ses crues, paraissent également composés du même grès; leur forme aplatie rappelle celle de la Mesa de Artigas, près de l'Hervidero. De Fautn» coté de TAguapey, le sol cesse d'être sablonneux et se compose de cette argile rouge compacte très-ferrugineuse que l'on tiouve à San-Borja. Il y a toujours des grès, mais profondément enfouis dans le sol, et ils ne frappent la vue que dnns quelques lies de l'Uruguay, dont ils forment le noyau, et sur les bords de ce fleuve. Ce grès offre deux variétés, l'im à grain lin, rouge clair ou jaunâtre ; l'autre, poreux, qui se rapproche sans doute du basalte de Sellow et du trapp dioritique de M. Vasconcellos. Il est certain que ce grès, — nous ne pouvons lui donner un autre nom, car la cassure des parties compactes de la roche paraît bien dénoter sa nature, — est boursouflé k la superficie et rempli de petites cavités ovoïdes, comme tes basaltes que nous avons vus en Auvergne ; seulement on trouve à

la fois dans le même gisement et le grès fin et compacte, et le grès boursouflé : le premier est à la superficie, le second plus profondément. Mais les deux couches sont intimement unies, comme si sur le grès compacte il s* était fait un épanchement de trapp d'origine ignée, ayant naturellement produit là tous les phénomènes du métamoiTphisme observé dans tant d'autres roches. Ces variétés peuvent se reconnaître facilement dans les ruines de la belle église de la Mission de Sîmto-Tomé, presque en face de San-Borja, et dans la grande muraille dite Trinchera de los Paroguayos^ que Francia fit bâtir avec les pierres enlevées des ruines des missions de Candelaria, Santa- Ana, Loreto, San-Ignacio-Mini et Coi'pus, sur la rive gauche du Parana. Quant au calcaire, i-1 manque absolument dans tout le rincon de rAyuapey^ c'est-à-dire dans lo terrain enfermé entre le Rio-Aguapey et le Rio-Uniguay. Il est probable, cependant, qu'il reparaît dans la sierra des Missions et ses dépendances, puisque le porche de l'église de San-Ignacio-Mini est bâti avec une sorte de marbre blanc d'assez bon aspect, dit Doblas ; mais nous n'avons pu visiter les ruines de ces cinq grands villages, aujourd'hui complètement déserts et envahis par les bois. — Suivant M. Bonpland, les collines de Santa-Ana présenteraient des roches d'origine évidemment ignée, probablement de la même nature que les trapps volcaniques que nous venons de signaler à San-Borja et à Santo-Tomé. — Des échantillons portés à Paris ont été signalés par M. Cordier comme appartenant à un porphyre amygdalaire ; beaucoup de ces roches de couleur violette ou grise sont remplies de cavités irrégulières tapissées d'une terre verdfttre (d'Orbigny).

Un phénomène à noter dans tout le terrain occupé par l'argile rougeâtre dont nous avons parlé, et qui couvre de si vastes espaces dails les Missions, c'est l'absence complète de tout principe salifère. Les fourrages y ont un goût de citron très-remarquable ; le bétail y engraisse difficilement et se reproduit peu. Plus on approche des sierras des Missions, do Erval et do Tapé, et plus ce phénomène est saillant, à tel point que les Brésiliens de cette région sont absolument obligés de donner du sel à leur bestiaux, s'ils veulent les conserver en bon état.

§ II. — Rives du Paraguay et du Parana.

Si nous passons le Rio-Parana et arrivons dans les Missions de Paraguay, nous trouvons, entre l'Estero de Neembucu, le Parana

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et les collines boisées, prolongement sud- est de la chaîne centrale du Paraguay, un terrain très-analogue : argile rouge*, grès tantôt compacte et fin, tantôt boursouflé , absence complète de sel cpii ne se retrouve plus que vers le Rio-Paraguay. L'argile rouge disparaît au Carmen et à TAguapehy, et est remplacée par le sable 'pur très-quartzeux , dans lequel croissent de nombreux palmiers de divei-ses espèces. Les Missions de Santa-Rosa, Santa-Maria-d(^-Fé, et San-Ignacio-Guazu , reposent encore sur un grès de couleur rouge , siiusi que l'attestent les pierres dont elles sont bAties. Ce n'est que de IM'autre côté du Rio-Tebicuari que le sol revient au système talqueux. Tous les prolongements du Cerro de Acay dans les environs de Caajpucu, et jusqu'à la lagune Ipoa, sont des terrains de gneiss et de micajschistes. Le grès se retrouve dans les collines sur lesquelles est bâtie l'Assomption, dans celles de Lambaré et de San-Antonio, en redescendant le fleuve Paraguay. Mais il n'y est plus seul, il est mêlé à des schistes bleuâtres compactes vi lourds, qui 'simulent le basalte. ^uant au calcaire, il paraît qu'il y en a siu* la rive gauche de cette «ivière, vers le 23* degré, puisque, depuis quelque temps, on a éta- MAi des fours à chaux à la Conception (1).

Maintenant, si nous descendons vers le sud, nous trouvons la rive droite du Paraguay et celle du Parana jusqu'à Santa-Fé , siu' ime «tendue de sept degrés en latitude, exclusivement composée d'une mîrgile alluviale, légèrement sableuse : c'est le Chaco qui, dans sa su- J)erficie absolument plate et horizontale, n'offre aucune pierre, aucim ^^llou jusqu'au pied de la sierra del Alumbre qui le borde au nord- ^)uest et jusqu'aux derniers contre-forts des Andes boliviennes.

M. d'Orbigny rapporte toute cette superficie du sol à son terrain ^rtiaire pampéen. Dans le voisinage du Rio-Parana, ce sol est évi- <leiDment recouvert d'une immense quantité d'alluvions très-mo- <lemes, résultat des crues du fleuve. Ces alluvions doivent se retrouver près de tous les canaux qui coupent la région comprise entre le Parana et le Juramento.

Quant à la rive gauche du Rio-Paraguay, elle offre encore des grès

jusqu aux collines de Villafranca, puis le sol s'abaisse et devient pareil

à celui du Chaco. Cette bande de terrain bas comprise entre l'estero

(1) Oa trouvera des détails sur la constitution géologique du sol du Paraguay dans ^'excellent ouvrage de M. le docteur Alfred Demersay, qui a visité tout le pays de 1845 à 1^47. — Hbtoire physique, économique et politique du Paraguay et des établissements des ^tes. — Paris, 18G0. Tome 1''% pages G7-89.

de Neerabucu, lequel est analogue à la lagune Ibera, et le Rio-Parana, est un peu saline ; aussi offre-t-elle les meilleurs pâturages et nourrit-elle les meilleurs bestiaux de toute la république du Paraguay.

La rive droite du Parana est rocheuse depuis Itapua jusqu'à Ttle d'Apipé , et à partir de ce point, basse et sablonneuse dans la partie qui fait face aux marécages de Nembucu, jusqu'à las Tres-Bocas où ce fleiive reçoit le Rio-Paraguay. La fraction rocheuse est encore constituée par les grès, lesquels, à l'île d'Apipé , forment un cordon qui, traversant perpendicuLiirement du nord au sud le lit du fleuve, produisent les deux rapides [saltos) d'Aregua et d'Apipé. De ce point, sauf de rares intervalles, la rive correntine est également rocheuse quoique peu élevée; les tles du fleuve, généralement petites, ont aussi leur noyau composé d'un grès rougeâtre quarzeux trèsferrugineux et friable en certaines parties. Ce grès y forme des couches horizontales plongeant légèrement à l'ouest. Certaines parties sont tellement chargées de fer, qu'elles pourraient donner lieu à une exploitation utile. A Itati , il est recouvert d'un banc calcaire dont l'exploitation a donné une chaux maigre d'assez bon usage. On trouve aussi à Itati des cailloux creux renfermant un novau siliceux à Tintérieur ; ce phénomène se présente à Itapua et doit être commun sur cette partie du Parana. Ces formations ont quelque analogie avec celles de l'Uruguay à l'Hervidero, mais elles sont moins quartzeuses et beaucoup moins belles ; elles ont un peu l'aspect des cailloux voisins des gisements de pierre meulière.

Le même grès rougeâtre et à gros grains se retrouve encore en face de la jonction du Rio-Paraguay, au port de Santa-Ana, et enfin dans la ville de Corrientes qui est bâtie sur des strates de cette nature. C'est cette roche qui forme les sept pointes qui ont fait donner à cette ville le nom de San-Jucni de las Siete Corrientes. La pierre qu'on en tire y est employée avantageusement dans les constructions.

lui redescendant le fleuve, la rive gauche offre la même constitution géologique; seulement cette couche rocheuse diminue d'épaisseur, ou plutôt la couche argilo-sableuse qui la recouvre devenant beaucoup plus puissante, ce n'est qu'au raz de l'eau que l'on aperçoit la roche sous-jacento , c'est-à-dire toujours ce même grès ferrugineux qui ne disparaît complètement qu'à partir de l'embouchure de l'Arroyo de l'Empedrado.

De ce point jusqu'au village delà Paz [Cavallu-Cuatid]^ 80 lieues plus bas, il n'y a pas une pierre à la vue. La berge, dont la hauteur

Rni:S DU PARANA. 263

"^rie depuis 23 mètres de hauteur , à Bella-Vista, jusqu'à quelques .■nnètres seidement à Goya, et qui est presque de niveau avec le fleuve u plusieurs poiuts, se compose généralement d'une couche superfiielle d'humus qui varie de quelques centimètres à un mètre. Les rarins, dans certains endroits, comme au Toropy, près de Bella-Vista, font voir des masses de petits cailloux roulés, mais perdus dans un e argileuï tout différent de celui des bords de l'Uruguay. Sous la touche de terreaii noir dont l'épaisseur varie de 0",30à l'",00, se "•rouve un banc de sable argileux pur que l'œil suit jusqu'au niveau ^e Teau. Ce qu'il y a de plus remarquable dans ces sables aussi bien «pie dans ceux qui composent les îles du Parana , c'est une formation argileuse qui semble tout à fait moderne , et même contcmpo- 'raine, que -l'œil peut suîatc en certidns endroits, au pied de la bei^e, et que nous avons vue nous-mêmes sur la rive d'une lie très-basse ^u-dessous de l'Empedrado, sur laquelle nous étions descendus. C'é- ^t une couche d'argile plastique bleuâtre, très-ductile, épaisse de <pielques centimètres seulement et recouverte d'une couche très-mince de sable alluvial. Ce phénomène» doit certiinement se répéter en beaucoup d'autres endroits.

Cinq lieues avant d'arriver à la Esquina , dernier bourg de k province de Corrientes, les roches sous-jacentes qui forment l'ossature du sol se rapprochent de la superlicie, car il y a dans le lit même du Parana, et à 8 à 10 mètres sous Teau, des bancs pierreux, qui la font bouillonner, mais sur lesquels les navires passent sans difficulté à.cause de la grande profondeur du lit du fleuve. Il est à remarquer quiB les deux rives , celles du (ihaco à Tout^st , et à l'est les terrains qui environnent la Esquina, où le llio -Corrientes forme quelques banados, sont extrêmement basses autant d'un côté que de Tautre.

Ce n'est que près de 30 lieues plus bas que la rive gauche se relève un peu avant d'arriver h Li Paz, village» qui portait autrefois le xiom de Cavallu-Ctialia (cheval de papier, (îu guarani). De ce point «u Diamante, sur une longueur de 50 lieues, le fleuve est bordé du Côté oriental pai* des collines qui paraissent très-hautes et qui n'ont Cependant pas plus de 40 i\ 50 mètres au-dessus du niveau moyen de l^eau. Cette berge, par conséquent assez élevée, taillée k pic en beau- Coup d'endroits par suite des affouillements du fleuve, donne un très-beau spécimen géologique de la composition du sol de l'Entre- Ilio^ sur cette longue étendue.

C'est d'abord une couche de teiTe végétale, tantôt noirâtre, tantôt

violette, grâce à un peu d'oxyde de manganèse qui y est disséminé. Cette couche varie beaucoup en épaisseur. Vient ensuite une autre couche de terre argileuse jaunâtre, tanjbôt très-pure, tantôt semée de petits noyaux calcaires, que M. d'Orbigny a appelée argile pampéenne ; elle est d'une épaisseur de 2 à 5 mètres; puis une couche de calcaire coquiUier renfermant un très-grand nombre de fossiles, tels que des arca, des cytherea, des cardium, des venus, etc., mais surtout une immense quantité d'huîtres de toutes variétés ; c'est le terrain patagonien du même géologue. Ce banc calcaire contient aussi des ossements de baleine et des dents de squale. Sous la pierre à chaux se rencontrent en beaucoup d'endroits une faible coucha de grès, puis des veines d'argile plastique , quelquefois des marnes argileuses, des ocres jaunes et violettes, enfin un grand dépôt de sables qui arrivent à une profondeur inconnue.

Ces sables renferment les mêmes fossiles que la couche calcaire , mais en bien moins grande quantité , car les huîtres y sont rares, mais il y a de plus des pecten, des cerithium^ des mytilus, des soleUy des balanus^ etc. Enfin, en certains endroits on trouve des fragments, qui, suivant l'opinion de M. Bravard, auraient appartenu à des anaplotherium, palœotherium, tortues, poissons^ etc., qui seraient d'une époque beaucoup plus ancienne que ce môme terrain, considéré par lui comme tertiaire, et qui auraient été charriés là par les eaux. Toutes ces espèces éteintes ont été rencontrées dans 1»; berges du fleuve, près de la ville de Parana, endroits excessivement riches en fossiles de cette nature. Nous savons qu'il en a été vu de semblables au Diamante et sur différents autres points de la même région. Ce qu'il y a de certain, c'est que cette même formation, abandonnant les rives du Parana, un peu au sud du Diamante, se continue dans les collines basses que longent les rives du petit bras qui va passeç au bourg de la Victoria, et que, près de cette dernière viUe, on exploite sur une assez grande échelle ce même calcaire à coquilles. Ce dernier est cristallisé en certains endroits et forme une sorte de marbre. La chaux qu'on en retire est excellente , quoique un peu maigre, et ne peut supporter une grande quantité de sable pour les cimentç.

Les collines qui vont à la Victoria dans une direction à peu près sud-est, formaient très-probablement autrefois les berges du Parana , et le petit bras appelé aujourd'hui Paranacito est le reste de l'ancien lit du fleuve. Les terrains bas et très-souvent impratièables du delta paranien de ce côté sont les résultats des atterrissements ;

RIYKS DU PARANA. 2G5

on ne trouve pailoiit dans cette région qu'un terrain d'alluvion mo- . m. leme.

Quant à la rive droite du fleuve, depuis Santa-Fé jusqu'à lasConm. 'has où commence la Plata , sur une longueur de 80 lieues, elle ^i*éseute une berge d'argile souvent rougeâtre, coupée à pic presque j^MUlout, et dont la hauteur varie de 8 à 20 mètres au-dessus du ni- ^^eau moyen de l'eau ; de temps à autre quelque ravin y amène les ^^aux de la Pampa qui commence à cette berge même et s'étend indéfiniment à l'ouest. Les petites baies que forment les angles saillants de la rive ont des plages basses d'un sable très-argileux, recouvertes par les eaux à l'époque des crues. Ces sortes de caps «ivaucés sont affouillés à leur base par les eaux qui font aussi toml)er de temps à autre des blocs très-durs de terre argileuse, lesquels ^semblent des rochers, mais que le courant délaye et dissout assez ^ite.

La partie supérieure du sol, celle du côté de la Pampa, est formée par un humus épais de 13 à 60 centimètres, puis vient une terre argileuse mêlée d'un peu de siible, terre de plus en plus compacte à mesure qu'on la creuse. A une profondeur qui varie entre 20 et 2o mètres, on trouve la couche continue de sables verdâtres analogues à ceux de la rive gauche. Mais, dans les débris sortis du puits que Ton creuse soit au Rosario, soit a San-Nicolas de los Arroyos, on ne voit aucun fossile ; ce qui ne veut pas dire cependant qu'il n'y en ait pas plus profondément : le contraire est môme plus probable, puisque l'on en a rencontré dans le sud de Buénos-Ayres où la constitution du sol est pareille. Ces puits se creusent à une profondeur de 22 mètres en moyenne, c'est-à-dire la hauteur de la berge du fleuve; l'eau se trouve dans la couche de sable. Tout le banc supérieur est une argile très-compacte et très-dure.

La formation géologique du Rosario, qui est celle de la Pampa, se continue jusqu'à la ville de Buénos-Ayres et môme au delà ; la rive est toujours assez élevée en quelques endroits, comme à Obligado, par exemple, où elle forme de véritables collines d'une trentaine de •mètres d'élévation. Mais de ce côté il n'y a pas une pierre, pas un

caillou, rien qu'un dépôt argileux, recouvrant du sable sous lequel sans doute doit se trouver, à une profondeur que nous ne connaissons pas, la roche primitive. Celle-ci se sera s^uis doute formée par les gneiss et les micaschistes de la Rande orientale, que l'on retrouve dix degrés plus à l'ouest dans les sierras de San-Luis et de Gordova, et dans le système orographique du sud.

Près de San-Pedro se présente une p«articularité fort remarquable : quelques monticules de 2 ou 3 mètres d'épaisseur seulement, d'une forme allongée et dans le sens de la direction du fleuve, sont composés d'un sable très-fin si rempli de coquilles que les habitants donnent à ces tertres les noms de conchillas (petites coquilles). Ces débris marins se composent essentiellement à'azara labiata comme à Gualeguaychu , mollusques \ivant encore à l'entrée de la Plata. La position, la forme bien conservée de ces mollusques dénotent qu'ils ont vécu en cet endroit et à une époque récente, et qu'ils y ont été paisiblement abandonnés par les eaux.

Des dépôts semblables , mais contenant d'autres coquilles encore pareilles à celles des mers voisines et appartenant aux genres mytilus^ paludestrina, soleil^ etc., se rencontrent autour de Maldonado , de Montevideo, sur les côtes de la Bande orientale près de l'embouchure de l'Uruguay. Sur la côte de San-^icolas, dans un terrain très-superficiel, on a trouvé des ossements de baleine, etc.

Toutes ces parties du sol sont en dehors du terrain pampéen proprement dit, et paraissent appartenir à une époque plus moderne.

§ III. — Intérieur des provinces dEntre-Rios et Corrientes.

A l'intérieur de la Mésopotamie argentine , la constitution physique du sol est tout à fait analogue à celle de ses rives : terrains d'alluvions modernes au sud, dans le delta paranien; collines ou plutôt ondulations de terrain, composées exclusivement de terre argileuse peu compacte, semée par places de petits noyaux calcaires. L'ossature du sol paraît se composer en majeure partie de grès , recouvert en certains endroits de calcaire, tantôt coquillier, tantôt granuleux.

Depuis YArroyo de Pospos jusqu'à la Federacion^ tous les terrains voisins de l'Uruguay sont entièrement sablonneux, sans pour csela cesser d'être fertiles , et nourrissent une immense forêt de palmiers yataîs. Une grande partie du département de la Concordia jusqu'au Rio-Gualeguay , présente cette même composition du sol. — Ces mêmes terrains sont en plusieurs localités semés de tertres uniquement composés des mêmes graviers siliceux, qui constituent les lies et bancs de sable du fleuve Uruguay. — Les rives du Gualeguay offrent des grès qui viennent poindre à la superficie-du sol, ce qui confirme l'opinion que nous avons émise de l'identité de la même formation jusque bien haut dans la province de Corrientes,

INTÉRIEI'R DE LA MÉSOPOTAMIE ARGENTINE. 2fi7

près de la lagune Ibera. En effet , vei's le sud de cette lapune , le sol crhange complètement : ce nVst plus sous la couche d'humus une aj^ile jaunâtre qui se présente, mais bien cette terre d'un rouge foncé que nous avons déjà vue dans l(»s Missions, et que Ton retrouve, it à Cacaati, entre les bas-fonds de la IMalc^va et ceux où coule la ivière de Santa-Lucia , soit vers les Ênsenadas. Mais dans ces encïroits, cette argile rougeAtre est recouverte d'une très-<'»paisse couche e sable qui admet toutes les cultures. (> n'est que par l(»s excavaions faites pour les puits que Ton peut s'assurer de» la présence de ette terre si caractéristique du sol des Missions (tertiaire Guaranien, 'Orbigny). — Dans quelques parties de la province de Corrientes, <30Dime dans celle d'Entre-Rios , on trouve un calcaire granuleux et ^u sulfate de chaux disséminé en cristaux dans une terre argileuse *rès-meuble.

Quant aux ossements fossiles de mammifcres, appartenant à la aune mégathérienne , il en a été trouvé dans l'I-lntre-Rios, entre oya et Gualeguay, au bord d'un ruisseau qui a pris de cette Tenture le nom d'An^oyo del animal ^ et il n'est pas douteux que es fouilles n'en amènent d'autres débris à la surface du sol, dans eut le terrain pampéen de cette pro>ince. — Cette même argile ou lion pampéens, si communs dans la lîande orientale, l'Entre-Rios et ^^ine partie de Corrientes, du Paraguay, du Chaco, où ils constituent ^ïa couche la plus superlicielle du sol d'une épaisseur variable de 2 à 6 mètres, ont offert partout des débris de cette faune». Le beau squelette entier de Megathei'mm^ qui est au cabinet de Madrid, provient du Paraguay. Mais pour le moment la presque parfaite égalité du terrain , la présence auprès des rivières de bois épais qui en empêchent les abords , le gazon très-feutré qui t^ipisse le sol de la Pampa, l'absence de ravins profonds, excepté dans les berges du Parana, celle de ces grands travaux de l'industrie qui creusent le sol et mettent ses entrailles à nu , tout cela contribuer à rendre les recherches géologiques difficiles et toujours incomplètes dans ces régions.

§ IV. — Les Pampas.

La coupe des berges [barrancas] de la rive droite du Parana nous a déjà donné une idée de la composition géologique du terrain des Pampas, et en traitant de leur aspect (page 24 i) nous avons déjà indiqué la nature de leur sol. C'est une couche de terre végétide plus ou moins épaisse , recouwant une terre argilo-sableuse , tantôt rou-

2(i8 CONSTITLTION PHYSIQUE DU SOL.

geâlre, tantôt jaune (argile pampéenne), dans laquelle on ne trouve point de coquilles, mais où Ton rencontre des ossements de mammifères de l'époque mégathérienne, tels que les megalonix^ gliptodon , toxodon^ milodon^ arctotherium ^ scelidotherium^ etc. Pas une pierre , pas un caillou , pas même un simple grain de sable un peu gros, ne se trouve dans la Pampa proprement dite , excepté dans le voisinage des chaînes que nous connaissons déjà, et sur les côtes de l'Océan, dans le sud de Buénos-Ayres et de la Patagonie, à partir du cap Corrientes.

Cette partie des côtes a été très-bien étudiée en plusieurs points par d'Orbigny, M. Darwin et M. Bravard, qui y ont rencontré de nombreuses coquilles fossiles, à l'aide desquelles ils ont cherché à déterminer l'âge de ces terrains et les ont rapportés à la période tertiaire. Cette région offre quelques buttes terreuses, dont la hauteur varie de 20 à 60 mètres, et vers le sud , de véritables montagnes qui ont jusqu'à 300 mètres, et sont cependant de la même structure géologique. Dans ces élévations du sol, on retrouve la même couche sablo-argileuse, noUunée argile pampéenne par d'Orbigny , terrain pampéen par Dai'win. Les coquilles fossiles sont dessous cette masse terreuse, et occupent aussi un terrain plus ancien (terrain tertiaire patagonien de d'Orbigny).

Parmi ces coquilles, dont quelques-unes appartiennent aux mêmes espèces si communes dans les barrancas de la ville de Par rana , domine Vostrea patagonica , grande huitre qui a laissé de si abondants débris dans toutes ces régions. La plaine patagonienne, à l'ouest de ces côtes , est éminemment aride et sableuse , et nous manquons de renseignements sur sa composition. Mais nous savons cependant que les dîmes ou medatios y sont très-multipliées, et que les courants aériens en modifient constamment le relief. 3L Darwin a remarqué que cette plaine paraissait s'élever successivement en éta^ ges, en s'éloignaut du rivage de l'Atlantique. Il en est de même du sud de la province de Buénos-Ayres, dans le voisinage du Rio-Colorado et du territoire indien, jusque dans celui des Andes, et du système hydrographique du lac Amer (Curra-Lauquen). * Vers le nord, c'est-à-dire dans les parties de la Pampa appartenant aux provinces de San-Luis, de Cordova, de Santa-Fé, de Santiago-del-Est(TO, de Tucuman , la composition du sol paraît, à fort peu de chose près, la même. Toute la Pampa qui s'étend du Rio- Parana à la sierra de Cordova et celle qui part des pieds de rAconquija, dans le Tucuman, et arrive aux limites de la province de San-

STRUCTUREDE LA PLAINE INTERIEIRE. 2C9

liago-del-Estero, ont exactement Taspect de celle de TEntre-Rios et de Santa-Fé.

L'examen des berges du Rio-Salado qui, en quelques endroits,

sont coupées à des hauteuins de quatre à six mètres, celles du Rio-

Tercero, du Vermejo...., démontrent que Targile pampéenne s'étend

jusqu'à ces latitudes. Au Rio-Juramento , sous le limon pampéen,

on a trouvé, en certains endroits, des coquilles- fossiles analogues

à celles des berges du Parana, et une couche de marne blanchâtre

très-granuleuse. Nous ne devons pas non plus oublier de rappeler

ici ces grandes veines longitudinales de terre argilo-calcaire , dites

toscas^ qui traversent le Tercero, le Juramento, le Vermejo et le

Pilcomayo, c'est-à-dire qui s'étendent dans un espace de dix degrés

en latitude et présentent partout le même aspect, preuve nouvelle

de l'immense étendue des mêmes formations géologiques dans le

bassin de la Plata.

§ V. — Plaine intérieure entre /es Andes et le massif central.

Cette plaine, que nous avons définie sous le nom de plaine boisée intérieure, fraction de la Pampasie, en décrivant son aspect physique et sa configuration, a une structure géologique assez analogue à Celle des Pampas, quoiqu'elle paraisse se rapprochei* davantage de la Composition que M. d'Orbigny assigne à son terrain tertiaire pata- &onien. Seulement son climat, bien différent, par suite de la rareté Ou de l'absence totale des pluies en certains endroits, lui imprime Un autre cachet à la première nie.

Dans le voisinage des montagnes, quoique cette plaine soit parfaitement plate, sa nature participe de celle des roches qui constituent Ces mêmes montagnes. Ainsi, tous les environs du massif central de Corde va et de San -Luis offrent des débris et des sables granitiques qui se retrouvent au loin dans les ravins qui» creusent les eaux descendues de ces hauteurs. Près des Andes, le sol, éminemment argileux et salin, recouvre à des profondeurs inégales des masses de cailloux roulés, débris^ des porphyres qui forment la masse centrale de la cordillère. Mais une fois à cinq ou six lieues* des sierras, tout caillou disparaît, mémo dans les ravins. On n'en retrouve qu'en creusant profondément pour faire des puits , et encore vers le milieu de la plaine on n'arrive point au fond de la couche sablo-argileuse qui constitue ce terrain. C'est ainsi que proche des salines de Catamarca, dans les parties les plus basses du bassin, des puits creusés à 35 mètres

de profondeur, et donnant une eau très-saumâtre, ont offert la même nature de sol dans la totalité de leurs déblais. Dans le bassin de Cuyo, en se rapprochant du Rio-Desaguadero, toutes les excavations faites dans le même but de se procurer de l'eau ont également présenté un sol amdogue.

Effectivement dans l'immense plaine, ou plutôt dans la vaste dépression qui entoui'e vers T ouest et le nord le massif central, les puits creusés pour abreuver le bétail, peuvent seuls donner quelques renseignements sur la nature du sol, car les pluies sont si rares que les ravins n'existent pour ainsi dire pas, et que la plaine n'offre partout à Fœil qu'une couche uniforme de terre argileuse très-fine, très-salée en certains endroits, et qui ne nourrit, comme nous l'avons déjà dît, qu'une maigi^e végétation , excepté dans les petits bas-fonds où un peu d'humidité donne aux arbres une vigueur inaccoutumée. Or ces puits ne traversant partout qu'un terrain parfaitement égal et formé d'un sol argilo-sableux exactement pareil à celui de la surface , il est très-probable que ce n'est que beaucoup plus bas que Ton retrouverait les cailloux roulés des débris de chaînes longitudinales qui bordent cette plaine , et au-dessous de cette couche de débris , les roches primitiv.es et métamorphiques qui forment les contre-forts extérieurs, soit de la chaîne des Andes, soit du massif central. Quant aux fossiles, nous savons que des débris, très-probablement de quelques représentants de la faune magathérienhe, ont été trouvés en différents endroits, mais nous ne les avons point eus entre nos mains, si ce n'est à Santiago-del-Estero où quelques ossements très-frustes, provenant des environs de la petite Sierra de Guazayan nous ont été présentés. Quoique évidemment fossiles, ils étaient en trop mauvais état pour qu'on put les déterminer.

Pour ce qui est des coquilles si caractéristiques des terrains anciens, nous n'avons jamais réussi à nous eu procurer dans ces régions, ni même en voir.

Le phénomène le plus remarquable de la plaine intérieure est certainement celui des dmies ou ?nedanos , qui sont fort nombreuses et ont dû incontestablement jouer un gi*and rôle dans la configuration et la constitution actuelle de cette vaste partie du sol argentin. Elles sont composées d'un sable très-argileux extrêmement fin, et par conséquent très-mobile ; il est probable que cette mobilité a contribué beaucoup au nivellement si remarquable de la grande vallée de Cuyo, de celle de Touest de San-Luis et des deux versants des Liauos de la Rioja. Les vents du sud, les plus violents de tous, y poussent

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