ILES
Le détroit de Magellan, tortueux et étroit, présente une foule de petites lies, d'anses et de criques où les navires peuvent parfaitement s abriter; sa largeur, généralement de 9 à 10 lieues, se réduit dans certains endroits à 2 seulement. Les vents n'y sont point forts , mais il y a des courants très-variables et des brumes fréquentes. La navigation à voiles y est en conséquence fort lente , et celle à vapeur est la seule qui puisse y faire route d'une manière rapide et sûre.
Ces 400 lieues de côtes sont aujourd'hui désertes, à l'exception des colonies et forts de Bahia-Blanca sur le Rio-Naposta, près la baie de ce nom, et du Carmen sur le Rio-Negro, à 12 lieues au-dessus de son embouchure. Elles étaient jadis fréquentées par de nombreuses baleines et des troupes innombrables de phoques, mais la grande destruction qu'on en a faite, sans mesure ni méthode , a éloigné ces animaux.
Les marées, si faibles à l'entrée de la Plata, sont de plus en plus hautes à mesure qu'on se rapproche du détroit de Magellan. Elles vont, dit-on, jusqu'à 20 mètres au cap des Vierges à Tentrce du détroit. Fitzoy en a vu de 13 mètres au port de Santa-Cruz. La mer dans ces cas y monte et descend avec une extrême rapidité. En traitant en particulier de la province de Buénos-AjTes et de la Patagonie, nous entrerons dans de plus amples détails sur les côtes de cette partie orientale du continent sud-américain.
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n n'y a d'autres îles sur ces côtes que de petits îlots à l'embouchure des rivières ou le long du rivage , à une petite distance de la terre. On les trouve marquées seulement sur les cartes marines. Ces Ues sont peu élevées, sablonneuses et dépourvues d'eau.
Dans ces derniers temps toutefois, quelques-unes ont acquis une véritable importance , à cause du guano qu'on y a recueilli. Nous citerons entre toutes l'île des Pingouim et celle des Lions.
Pendant le siège de Montevideo, à partir de 1845, plusieurs maisons de commerce avaient fait d'assez grandes spéculations sur l'extraction de cet engrais, dont on exporta plus de 20,000 tonneaux pour l'Europe. Mais nous devons dire que ce guano est inférieur à celui du Pérou, par la raison très-simple que sur les côtes du Pérou il ne pleut jamais, tandis que sur celles de la Patagonie il pleut
assez souvent, et que, rhumidité dissolvant la plus grande partie des sels ammoniacaux qui constituent la propriété fécondante du guano, cette substance est d'une qualité bien moins active et par conséquent d'une moindre valeur sur les marchés européens. Aussi son exportation a*t-elle beaucoup diminué.
L'administration du général Rosas avait réclamé contre l'exploitation irrégulière de ces dépôts, dont elle se déclarait propriétaire; elle voulait vendre les permis d'exploitation, à cette fin d'en appliquer le montant à l'extinction de l'emprunt anglais de 1824. Les événements politiques survenus depuis 18S1 ont empoché le gouvernement argentin de donner suite à ces réclamations.
Ces îles servaient également de refuge à un grand nombre d'éléphants et de lions de mer; poursuivis avec acharnement, ces animaux se sont retirés vers le sud. Les pingouins y abondent, et les marins qui s'occupent de l'exploitation du guano trouvent dans leurs œufs un aliment précieux.
Du temps de la domination espagnole il avait 'été question d'établir des pêcheries sur ces côtes et dans ces lies. Mais la rudesse du climat, l'aridité du sol, le manque d'eau douce et de combustibles sur beaucoup de points, éloignèrent de cette industrie les habitants du littoral de la Plata, qui ne se souciaient pas, avec quelque raison, d'abandonner leur beau climat, leur vie facile de pasteurs, pour venir périr de misère et de scorbut sur ces côtes fort peu hospitalières. Il ne faut pas se le dissimuler , il n'y a guère que les gens du nord de l'Europe, accoutumés à une vie laborieuse et dure, à une tempéture âpre , qui puissent se faire aux travaux qu'exigerait l'occupation des côtes de Patagonie et de leurs îles.
Les îles Malouines (occupées aujourd'hui par l'Angleterre) , qui , géographiquement dépendent de la Patagonie, ont été vues une première fois par Sebald en 1899, et par Strong en 1688. Ce dernier leur donna le nom d'îles Falkland, qui fut oublié et remplacé par celui de Malouines, en mémoire des marins de Saint-Malo qui les découvrirent une seconde fois. Les Anglais leur ont rendu depuis leur premier nom de Falkland. Elles forment un petit archipel entre 51° et 62* 48' de latitude sud, et 60*» 10' et 64** 35' de longitude ouest. Le climat en est humide et pluvieux. Les vents y sont constants et d'une grande violence ; cependant la température n'en est pas rigoureuse à cause des brumes qui les enveloppent en hiver. Il n'y a point d'arbres, sinon des lichens et un gazon très-épais et très-substantiel, qui, dans beaucoup d'endroits, y recouvre des amas énormes de très-
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bonne tourbe. Le bétail y prospère, et Ton y avait même établi, dans ces derniers temps (1880), un saladero ou établissement pour préparer de la viande salée ; mais les travaux ont été abandonnés à cause de la difficulté de la faire sécher.
Les Malouines restèrent inhabitées jusqu'en 1764, époque à laquelle la France les occupa. Le navigateur Rougainville y conduisît une petite expédition qui avait été préparée à Saint-Malo, d'où le nom de Malouines confirmé aux Iles de cet archipel. Sur les réclamations de l'Espagne, elles furent restituées à cette dernière puissance à la charge de rembourser les 120,000 piastres qui avaient été dépensées pour l'occupation. Le vice-roi de Buénos-Ayres y mit alors une petite garnison et y fit transporter du bétail qui a prospéré. Cette garnison n'y resta que quelques années, et l'établissement fut abandonné.
Le gouvernement argentin, successeur de l'Espagne et héritier de ses droits, y envoya, en 1820, un gouverneur, M. Vemet. Celui-ci, en 1833, fut dépossédé purement et simplement par l'Angleterre, qui prétendit que l'Espagne les lui avait cédées en 1771. Cette puissance y entretient depuis une petite garnison de 400 hommes avec un commandant, et a fait relever l'ancien fort.
Dans l'état actuel des choses, les Malouines sont utiles comme relâche et port de refuge. Elles sont précieuses à l'Angleterre qui en a fait un des chaînons de cette ceinture de colonies qui entourent le globe, et offrent partout des points de ravitaillement à ses navires. On comprend d'ailleurs leur utilité en face du détroit de Magellan qui sera un passage très-fréquenté par les bâtiments à vapeur ; c'est une position forte et un dépôt de charbon tout trouvé. Ajoutez à cela que les côtes de la Patagonie ont offert des indices de gisements de ce précieux combustible.