CHAPITRE IIL
Ori|in« et ft^re i^éolog^iqae du lol ari^entin.
Nous ne ferons que résumer ici les opinions de quelques savants Sur la formation et l'âge géologique de cette partie du conthient sudaméricain qu'occupe aujourd'hui la Confédération argenthic. Ces
298 CONSTITUTION PmSIQUE DU SOL.
opinions sont diverses, et on comprendra que, dans un travail qui n'est point un ouvrage spécial de géologie et doit être essentiellement pratique au point de vue des applications utilitaires, nous soyons sobre de détails et de discussions purement,scientifiques.
La géologie et la paléontologie sont des sciences nouvelles; on ne connaît qu'une très-petite partie de l'écorce du globe, et chaque jour des découvertes récentes obligent à modifier les théories premières. — Des fossiles que Ton croyait d'abord exclusifs aux terrains tertiaires ont été trouvés depuis dans des terrains secondaires; et, ainsi que le fait judicieusement obser\er un géologue moderne dans son appréciation des travaux de Tillusti'e et regrettable d'Orbigny (1) , ces faits doivent nécessairement rendre les géologues eU les paléontologistes moins hardis dans rétablissement de théories ou d'hypothèses scientifiques que d'autres découvertes, d'autres faits nouveaux, peuvent renverser.
Deux opinions principales ont été émises par deux voyageurs éminents, MM. d'Orbigny et Dar\v'in, sur la formation du terrain des Pampas, et en général des régions argentines. Ils en ont visité des parties importantes, et nous avons déjà cité en nombre d'endroits leurs opinions sur la nature des terrains et des roches dans la Patagonie, la vallée du Parana, la Mésopotamie argentine, la Bande
( 1 ) « D^ailleun il n^est nullement prouvé que les oiseaux et les mammifères n'aient pas existé « dans les anciennes époques géologiques. Il y a quelques années on connaissait seulement quatre n espèces de mammifères fossiles dans les terrains secondaires. Ces animaux avaient été trou» « \és eu Angleterre, à Stonerfield près d'Oxford. Cette découverte avait faff grand bruit ; on « s'étonnait que les recherches des géologues n'eussent encore abouti qu'à la rencontre n do (|uatre espèces de mammifères, dans les formations secondaires. Plusieurs naturalistes « uut longtemps persisté à croire que ces animaux n'avaient paru qu'à rqN)que tertiaire. a Les uns ont pensé que les fossiles de StouerQeld n'étaient pas des mammifères, auùs des « reptiles ; les autre-s ont supposé (|u'ils avaient vécu pendiiut l'époque tertiaire et qu'ils « avaient pu tomber dans quebiues crevasses du terraiu secondaire. — Comme la question « mv senil)lait d'un grand intérêt pour Thistoire de la paléontologie, je me rendis à Stoner- « lield; je me fîs descendre au fond du puits où l'on avait trouvé les ossements en question; « l't tuile des couches nie prouva (jue les quatre espèces de quadrupèdes appartenaient véri- « taliltMuentau terrain secondaire.
« Dans ces dernières années on vient de découvrir d'autres mammifères fossiles dans les « liTiains secondaires de l'Angleterre, de l'Allemagne et de l'Amérique du Nord. Arriveran l-ou un jour à eu découvrir dans des terrains plus anciens? Nul ne peut le dire...» (Albert GaudiT, Hevue des Deux-Mondes, 15 février 1859, page 81G; D'Orbigny, ses voyages et ses travaux.)
Des poissons ont été trouvés tout récemment dans le terrain silurien supérieur et dans le terrain dévonien inférieur, regardés jusque-là comme exclusivement peuplés de mollusques. (Bay le, cours de Paléontologie à TKcole de:» miues, — 185U.)
orientale, (îiiliii dans une gi^ande partie des Andes et des autres systèmes des montagnes sud-américaines au midi de Féquateur. — Mais la configuration si remarquable des Pampas , la présence des fossiles nombreux qu'on y trouve, surtout de ceux appartenant à des races éteintes de grands mammifères, ont plus spécialement appelé l'attention du monde savant et provoqué l'explication des phénomènes géologiques qui ont amené sa formation.
M. d'Orbigny considère la formation pampéenne comme le résultat d'une série de cataclysmes dus h divers soulèvements du sol. Llmmense couche de tei're argileuse, tantôt jaunâtre, tantôt rougeatre, nommée par lui argile ou limon pampéens, qui cou\tc la plus grande partie du bassin de la Plata, serait le dépôt amené par les eaux dans les diverses secousses du sol.
Pour arriver à ses conclusions, ce géologue jette un coup d'œil sur hi sti'ucture de l'Amérique du sud à partir de l'équateur, et y reconnaît les terrains des mêmes périodes géologiques étudiées déjà en Kiirope ; seulement, au point de vue de leur étendue, ces terrains y Sont répartis différemment. Le sol est moins tourmenté, moins i^maiiié; les mômes formations couvrent de plus vastes surfaces.
Les terrains primordiaux sont très-disséminés tout en occupant Une assez grande étendue. Les roches qui y forment la première série stratifiée sont cristallines et forméi^s presque partout de gneiss. Ce terrain a été vu depuis Rio-de-Janeiro jusqu'à la sierra de la Tinta; il existe dans les systèmes de montagnes de Chiquitos , sur quelques points des chaînons extérieurs des Andes ; nous pouvons ajouter que nous l'avons trouvé dans le massif central de Cordoya et de San-Luis, et ses nombreuses dépendances.
Les terrains secondaires sont également très-disséminés. — La série silurienne s'obsene sur des espaces considérables et en des points très-éloignés les uns des autres. Les roches qui la composent Se recomiaissent sur la lisière orientale du plateau bolivien. Sur le Versant des derniers rameaux de la cordillère voisine des plaines de Santa-Cruz-de-la-Sierra, elles sont encore plus développées, et se retrouvent au sud des petites chaînes du système de Chiquitos. IMl. Darwin regarde les îles Malouines connne appailenant à ce terrain. — Partout cette série (»st composée de. phyllades schistoïdes Woues, roses et jaunâtres, superposées les unes aux autres. Elles ne présentent point de fossiles, mais sont très-intéressantes en ce que
toutes les mines d'or les plus riches de la Bolivie ont été rencontrées dans le terrain qui les renferme.
Ce terrain silurien est recouyert partout de masses énormes de grès quartzeux, que M. d'Orbigny considère comme faisant partie du terrain dévonien et représentant TOld-Sandstone ou vieux grès rouge des Anglais. Ces grès se retrouvent sur d'immenses surfaces au Brésil, dans le bassin de la Plata, dans les Andes, aussi bien sur l'arête centrale que dans les chaînons latéraux. Tous les géologues les y ont signalés, quoiqu'ils ne soient pas d'accord sur leur Age, les uns les cousidérant comme appartenant à deux formations successives, les autres à une seule, mais dans laquelle les phénomènes du métamorphisme auraient amené de grandes modifications. M. d'Orbigny n'y a vu de fossiles qu'en Bolivie. C'étaient des coquilles appartenant aux genres Spirifer, Orthis et Terebratula.
Les terrains carbonifères occupent un espace beaucoup plus restreint que les terrains précédents. M. d'Orbigny les a trouvés sur le plateau bolivien autour du lac de Titicaca, sur les deux versants ouest et est de ce grand plateau , sur quelques sommets des chaînes du système chiquitéen. Ce système carbonifère se compose de calcaires et de grès ; le calcaire présente seul des traces de -corps organisés. — Ces fossiles sont des coquilles appartenant aux genres Solarium, Pleur otomar ta ^ Natka, Pecten, Trigonia, TerebratiUa^ Spirifer^ Oy^this, Leptœna^ Productus^ Turbinolia^ Ceriopora, Belepo7*a.
Ces trois terrains paléozoïques (silurien, dévonien et carbonifère), renfermant des fossiles identiques avec ceux que l'on rencontre eu Europe, dans les terrains de même nature, font voir qu'à l'époque où ils se sont déposés, les climats du globe devaient être égaux, puisqu'aujourd'hui, au lieu d'être disséminés partout comme alors , la plupart des genres d'animaux qui peuplent les mers y sont rangés par régions géogi^aphiques dépendant de la latitude et par conséquent de la distribution de la chaleur sur le globe.
Les terrains triasiques succédant h ceux de la période carbonifère^ et composés de calcaires magnésifères, d'argiles bigarrées, de grès argileux friables, sont assez nombreux dans les plateaux des Andes. Leurs couches sont analogues aux calcaires de muschclkalk dans le nord de la France et du Var, et au grès bigarré de ces mêmes régions. Les fossiles y sont peu nombreux.
Les terrains liasiques et jurassiques sont excessivement rares. M. d'Orbigny n'en a rencontré aucun. — Mais postérieurement les
travaux de MM. Domeyko et Pissis (1) ont fait voir par les fossiles qu'ils ont recueillis et déterminés (Ammonites et Grj'phées, Orthoccres, etc.), que ces terrains se trouvaient à différents étages dans les Andes. M. Dar^în les signale en plusieurs endroits voisins de ce qu'il appelle la formation g^pseuse. — Nous avons vu des calcaires duCerro de Payen renfermant des Ammonites; des Térébratules jurassiques ont été recueillies par M. Domeyko en divers points de la cordillère chilienne.
Les dépôts de la grande période crétacée, si abondants sur le sol de l'Europe, le sont seulement au nord de l'Amérique du sud, et à son extrémité magellanique. On a reconnu en Colombie et à la Terre de Feu les Ammonites et les Ancyloceras qui vivaient dans les mers de l'Europe. M. d'Orbigny dit n'en avoir pas rencontré dans les parlies intermédiaires qu'il a visitées.
En revanche, les terrains tertiaires occupent à l'intérieur du continent sud-américain des espaces immenses, et c'est surtout après i étude attentive qu'il en a faite que le savant voyageur a produit son système sur la géogénie de cette partie du monde.
La vaste extension de ce système est un fait géologique des plus remarcjuables, surtout quand on la compare à la petitesse des divers bassins de même nature disséminés sur le sol de l'Europe. — En effet le bassin tertiaire des Pampas et de toute la plaine à l'orient des Ajides se termine et s'enfonce dans l'Océan Atlantique, depuis l'embouchure de la Plata jusqu'au détroit de Magellan; il occupe aussi toute la Patagonie, toutes les provinces argentines ( moins la région des Andes), le Chaco, une partie de la Bande orientale, de la province brésilienne de Rio-Grande du sud et du Paraguay, les provinces boliviennes de Chiquitos et de Moxos, une partie de celle de Mato- Srosso; et peut-être s'étend-il vers le nord jusqu'à l'Amazone.
Les parties étudiées par M. d'Orbigny sont les rives de la Plata et celles du Parana jusqu'à Corrientes, une portion de la province de ce ïiom et de celle de Buénos-Ayres, la côte de Patagonie jusqu'à la baie de San-Blas, au-delà du 42" degré, les environs du Carmen et les rives du Rio-Négro inférieur ; enfin le versant oriental des Andes de Bolivie, presque toute la province de Chiquitos et une partie de de celle Moxos, ainsi que les eûtes du Chili et du Pérou.
Après un examen minutieux des roches, terres, sables, fossiles ,
(1) Voyez leurs mémoires, dans les Comptes rendus de l'Académie des Sciences, tomcXIV, et dans les Annales de TEcole des mines. — Pissis, Geologia de Chilc. — Valparaiso, 18l»2.
302 ronsTîTcnoN physiqh? du sol.
qu'il a pu rassembler, analysant les observations faites par d'autres géologues que lui, tels que Darwin pendant le voyage du Beagle, Leguillou et Hombron pendant l'expédition Dumont-d'Urville, Lund et Clausen, Pissis, etc. dans leurs excursions au Brésil, M. d'Orbigny croit devoir partager cette grande formation tertiaire sud-^maéricaine en trois terrains qu'il caractérise du nom de terrains Gtiaranien , Patagonien et Pampéen.
Le terrain tertiaire guaranien est la partie inférieure de cette formation ; il n'offre aucun fossile, et se compose généralement de trois couches concordantes entre elles. — L'inférieure est formée d'un grès rougeAtre très-ferrugineux , renfermant quelquefois des géodes de fer hydraté, des sardoines de diverses couleurs. — La couche moyenne est un calcaire argileux gris-blanchûtre, rempli de rognons de fer hydraté, de petits cailloux de quartz, de nodules calcaires. — La couche supérieiu'e est formée d'argile gypseuse grise, d'une nature analogues à la couche précédente, mais ne contenant plus de fer. Celui-ci semble remplacé par le gypse en beaucoup d'endroits. Ce sont ces argiles qui dans la province de Corrientes forment le sous-sol, et qui, empêchant les eaux pluviales de pénétrer profondément, multiplient les lagunes, les esteras^ les banados et les canadas^ si communs dans cette fraction de la Mésopotamie argentine. Dans les Missions et au Brésil, la terre argileuse superficielle est rougeâtre par suite de la grande quantité d'oxyde de fer dont elle est pénétrée.
Le terrain guaranien occupe une partie de la Bande orientale, tout(»s les Missions, les deux rives de l'Uniguay, et l'angle de terrain compris dans la courbe du Parana au canton d'Itapua, une partie de Corrientes et de l'Entre-Rios et des provinces de Chiquitos et de Moxos.
Le terrain tertiaire patagonien embrasse une étendue plus considérable que le guaranien. — Ce terrain se compose de plusieurs couches : l'inférieure renfermant des grès marins avec des mollusques d'espèces éteintes ; — la moyenne formée encore de grès, puis des sables et des argiles mêlés, dans lesquels on trouve des ossements de mammifères et des bois fossiles ; — la supérieure constituée par des grès et des calcaires, des agglomérats marins renfermant des coquilles fossiles parmi lesquelles domine surtout YOstrea Patagonica. Les coquilles caractéristiques de ce terrain appartiennent aux genres Ostrea^ Vénus, Arca^ Pecten, Uyiio^ Cardittm^ etc.
Le terrain patagonien est visible sur les côtes de Patagonie et de la province de Buénos-Ayres, dans les berges du Rio-Négro et dans celles du Parana, dans l'Entre-Rios. Son étendue est inconnue, puis-
ORIGÇ^E ET FORMATION. - THÉORIE DE nM)RBlGNY. 303
que dans une foule d'endroits il etst recouvert par le termin panipéen.
Mais il se retrouye sur les côtes du Chili, de l'autre côté de la cordil-
ière, autant qu'on peut en juger par sa composition et ses fossiles. Ce
£errain aurait été formé alors que toute l'extrémité orientale du conti-
tent sud-américain était sous les eaux, et que la partie crétacée de la
cordillère chilienne, beaucoup moins large et beaucoup moins élevée,
constituait une tle.
lLi6 terrain teTiiùire pampéen est le plus superficiel et par conséquent le plus étendu, le plus accessible aux recherches, de ces trois terrains. Il forme le fond du bassin des Pampas, occupant ainsi une étendue de près de 24,000 lieues carrées,, et s' élevant jusqu'à une centaine de mètres au-dessus du niveau de l'Océan actuel. Des puits creusés à 30 mètres, à Buénos-Avres même, ont rencontré au dessous les sables patagoniens. 11 est très-apparent dans la berge qui forme la rive droitcî du Parana et celle de la Plata, de Santa-Fé au cap de 'Saint-Antoine. C'est une terre, tantôt sablo-argileuse, tantôt seulement argileuse ; ici de couleur rouge; là jaunâtre, grise en quelques endroits. Aux bords de la Plata elle présente des espèces de rognons argilo-calcaires assez durs, appelés dans le pays toscas. Ces masses renferment des ossements de mammifères appartenant tous à des races éteintes.
Le terrain pampéen se retrouve dans la Bande orientale, au Brésil, ^^ Paraguay, dans la province de Chiquitos et au delà , et même *^i* quelques points du plateau des Cordillères ; mais dans tous ces endroits il est disséminé, et non réuni en un seul bassin comme dans *®8 Pampas argentines.
Les ossements fossiles trouvés en ces divers endroits par MM. d'Or-
*^igîiy, Darwin, Lund et Clausen, appartiennent à des genres très-
^onabreux dont nous ne citerons que les principaux. — Parmi les
^^ï^nassiere : Canis, Fclis^ Cynaclw^s ^ Hyœna. — Parmi les ro&-
S^^Virs : Cerodon, Ctenomys^ Lonchophorus^ Phyllomis^ Synethe-
^^^^ Lagostomus^ Cavia^ Eydrochcerus, Dasyproctus^ Cœlogenys^
^^opotamus. — Parmi les édentés : Mylodon^ SceUdotherium^
^^^^cteropttSy Megalonix^ Megatherium^ Dasypus^ Enriodon^ Hete-
^^^^ion, Chlamydothermm^ Pachytherium^ Platonyx^ Sphenodon. —
^^-^toni les Pachydermes : Toxodon^ Glossotherium^ Mastodon^
^^^us^ Tapirus, Dicotyles. — Parmi les ruminants : Cervus^ Au-
^^'^^ias. Antilope, Leptotherhim. — Parmi les quadrumanes :
^^"^xkus, Cebus, Callithrix. — Ces derniers sont congénères des
^^^^ adrumanes de l'époque actuelle et regardés comme modernes.
Le terrain pampéen nivelle tous les reliefs du sol et se trouve, selon
a04 CONSTITUTION PHYSIQUE DU SOL.
les localités, en contact avec les terrains giieissiques, siluriens, dévoniens, triasiques carbonifères, crétacés.... aussi bien qu'avec les tertiaires guaranien et patagonien. Au Brésil il remplit des cavernes à ossements ; les berges des fleuves le présentent en quelques endroits affectant une sorte de stratification horizonUde, quoique en général il ne soit nullement stratifié.
Enfin à Tépoque quaternaire appartiennent les coquilles que l'on trouve groupées sur quelques points des Pampas voisines du Parana et de la Plata, sur les roches gneissiques des environs de Maldonado, de Montevideo, sur la côte de Buénos-Ayres, sur les bords de la baie de San-Blas dans la Patagonie. Pendant cette période qui touche à la nôtre, puisque c'est alors que l'homme a paru, s'accomplissent les phénomènes du diluvium, le dépôt des blocs erratiques, la formation des dunes, etc.; l'Amérique du sud arrive à la forme qu'elle a aujourd'hui.
Après cette classification des terrains de l'Amérique du sud, M. d'Orbigny arrive à leur succession, auxsoulèvements qui ont donné successivement à cette partie du monde sa configuration actuelle.
Epoque gneissique. — La terre d'Amérique est une des plus anciennes du monde : le vaste développement des terrains gnessiques ou primordiaux l'atteste. La partie la plus anciennement émergée de l'Océan primitif, lequel, à cause de sa chaleur ne pouvait renfermer aucun être organisé, serait la chaîne de montagnes qui s'étend le long de la côte de l'océan Atlantique , depuis le 16* degré de latitude jusqu'au 2T ; c'est le système brésilien. Ge système aurait précédé le premier soulèvement en Europe. Pendant cette époque le continent sud-américain fut limité à une île oblongue occupant l'est du continent actuel.
Epoques silurienne et dévonienne. — Pendant la deuxième époque se déposèrent les terrains siluriens et dévoniens, caractérisés par la famille des Trilobites, période qui a du être extrêmement longue. Les chaînes d'Itacolumi, de Minas-Geraes, du sud de Saint- Paul se seraient soulevées à la suite de cette période , augmentant ainsi vers l'ouest et le sud l'étendue de l'île première. Les îles Malouines auraient également émergé à cette époque, ainsi qu'un autre îlot occupant le centre de la Bolivie actuelle. Ces systèmes correspondraient au soulèvement du système des ballons des Vosges de la théorie de M. Elle de Beaumont.
Epoque carbonifère. — Elle commence après le soulèvement
ORIGIiNE ET FORMATION. — THÉORIE DE D'ORBIGNY. 305
des terrains siluriens et devoniens que nous venons de citer , et se termine par celui des chaînes des bords de TOrénoque, des Guyanes, du centre du Brésil, de Chiquitos, de la Bande-Orientale et de Buénos-Ayres. Ce mouvement du sol, quoique peu considérable en hauteur, aurait donc occupé une immense étendue. Il fit de l'Amérique du Sud un continent triangulaire de 35 degrés d'étendue du nord au sud.
Epoque triasique. — De môme que les mers siluriennes et carbonifères, Li mer triasique s'est maintenue un laps de temps considérable exempte de changements : cela est indiqué par la puissance des dépôts qui se sont formés dans son sein. A la fin de cette époque, le refroidissement de l'écorce terrestre amène de nouvelles ruptures et par conséquent des soulèvements et des affaissements nouveaux. C'est à ces mouvements qu'appartient l'apparition des chaînes orientales de la Cordillère, composées de l'ensemble des terrains siluriens, devoniens, carbonifères et triasiques qui les constituent, et ^ milieu desquelles de larges fentes ont donné passage aux pics granitiques de Sorata et d'IUimani, les plus hauts sommets de toute l'Amérique du Sud. Tout ceci forme le système bolivieti^ embrassant la moitié orientale de la région montagneuse qui s'étend du S" au 20» degré de latitude sud. — M. d'Orbigny y a joint sans doute, dans sa pensée, toutes les chaînes du Jujuy et de Salta, situés à Test de la vallée de Calchaqui où le grès domine.
Après ce soulèvement, l'Amérique du Sud présente presque sa Margeur actuelle ; mais les deux grandes îles qui la forment sont séparées par un vaste détroit dont les eaux couvrent ce qui est devenu la *^gion pampéenne ou plutôt la grande plaine du continent sud-amé- ^cain. L'émersion du système bolivien paraît correspondre au sixième ^ulèvement de M. Élie de Beaumont, au système du Monan. A la suite de la révolution qui termine l'époque triasique commence V Epoque a^étacée^ dont les dépôts se voient en Colombie et dans la Terre-de-Feu, c'est-à-dire aux deux extrémités de l'Amérique du Sud. Ils sont moins abondants qu'en Europe. Des soulèvements partiels ont lieu pendant cette période qui se termine par l'apparition de la cordillère des Andes depuis le Chimborazo jusqu'au détroit de Magellan. Ces dislocations du sol favorisent l'épanchement des roches porphyritiques, qui composent l'arête centrale de la Cordillère; elles portent à des hauteurs variées dans le sijtème chiliefi les roches appartenant aux époques précédentes. La chaîne des Andes est formée dans toute sa longueur et sépare les deux océans , mais elle
doit encore éprouver des modifications considérables. Ces grands mouvements du sol auront été Torigine première du dépôt du terrain tertiaire guaranien, lequel vient niveler tout le bassin qui doit contenir un jour celui des Pampas.
h^ Époque tertiaire^ la sixième de M. d'Orbigny, dans sa théorie de la formation de TAmérique , voit des changements très-considérables encore'. La plaine sud-américaine est sous les . eaux , et sur le tertiaire guaranien se déposent les couches du tertiaire patagonien. Dans cette mer, des courants puissants amènent, des versants des Andes et du continent du nord, des débris de mam* mifères, de bois,.... lesquels se trouvent ainsi mêlés aux mollusques qui vivent dans ses eaux. Pendant un temps extrêmement long' s'y déposent alternativement des couches de sable et d'argile, et iL s'y forme des grès marins qui empâtent ces fossiles. — Vers h& fin de cette période un dernier soulèvement a lieu dans la grande cordillère des Andes : c'est l'irruption des trachîteâ à travers les roches porphyriques disloquées, c'est le soulèvement des principaux pics de la chatne chilienne à la hauteur qu'ils ont aujourd'hui, et enfin la formation du relief actuel de toute la chaîne, moins ses volcans. Cette révolution, en amenant un balancement dans les eaux de la mer patagonienne, balaye tous les animaux de la faune mégathérienne qui devaient vivre alors sur les versants des Andes et de toutes les montagnes émergées aux époques précédentes. Le limon pampéen se forme et enveloppe tumultueusement tous ces débris animaux, qui se déposent péle-méle à la surface du terrain patagonien dans les anfractuosités, dans les cavernes d^s systèmes brésilien, itacolumien, chiquitéen^ . . . dans les masses argileuses et argilo-sableuses qui constituent aujourd'hui toute la région des Pampas et la grande plaine qui occupe le centre du continent. A la suite de ce grand cataclisme l'Amérique du Sud prend sa forme actuelle, les grands bassins des fleuves se dessinent, et tous les animaux qui la peuplaient sont détruits.
Dans une septième époque , qui est V Époque diluvientie ou quaternaire^ laquelle fait partie de l'époque actuelle, la terre sud-américaine se couvre de nouveaux habitants, et l'homme paraît. Cependant des soulèvements partiels, dont le plus considérable est probablement dû à l'apparition des volcans des Andes, déterminent encore des changements locaux d'une assez grande étendue, mais qui ne font que modifier la surface du continent sans la changer complet tement comme aux époques précédentes.
La violente secousse imprimée au sol américain par l'éruption de
ORIGINE ET FORMATION. — THÉORIE DE l^ORBIGNY. 307
cette formidable batterie yolcaiiique, détermine un balancement qui aixiène rimiption des eaux sur certains points, le déchaussement du pied des chaînes de montagnes, le transport d'énormes blocs erratiques à des hauteurs diverses, particulièrement à l'extrémité du contiiitent et sur les versants des Andes ; elle explique aussi ces énormes aïliivions dont quelques-unes, comme sur les bords du Rio-Secuii, d£i.x!s la plaine bolivienne, ont recouvert des poteries, ouvrage de l'indviîitrie humaine, par des couches de cinq à six mètres de puissance, et a^ peuvent être le résultat des inondations actuelles. Cette gi-ande catastrophe paraît à M. d'Orbigny coïncider avec le déluge dont tous l&s peuples conservent le souvenir et en être très-probablement la ca.mjse première.
Xa cordillère des Andes aurait alors été modifiée dans quelquesïti:i.s de ses reliefs; ses dislocations auraient donné issue aux lacs t^i'*elle renfermait , et dont le grand bassin de Titicaca est im reste eti, jxa exemple, et les eaux lancées vers les plaines auraient creusé ces ^^LUées, ces ravins couverts de couches de galets entassés sur une è^^korme épaisseur. (Tel le point du volcan dans la vallée d'Huma- I^^VMca, au-dessous de Tombaya.) Peut-être môme le climat, différ'^Mt de ce qu'il est aujourd'hui, aurait-il permis des pluies torrenfi^Ues capables de dénuder si complètement les lianes des Cordillères. Hlidfin , tous les terrains diluviens, si abondants autour de ces imi^^=^«nses massifs , auraient eu pour origine cette révolution partielle ivi globe.
En même temps , ou peu après , auraient eu lieu d'une manière
tfc^Kmsque, mais à une faible hauteur , le soulèvement de la côte de la
&^mde-Orienlale, celui des bords de la Plata, d'une partie des provinces
i.'*-Eûtre-Rios et de Buénos-Ayres, de la côte de Patagonie, et enfin
celui de toutes les régions où se présentent des bancs composés des
coquilles vivant encore dans les mei's actuelles voisines. Ce soulève-
tncnt se serait accompli également sur les côtes de l'Océan Pacifique
SUT une longueur de 600 lieues, depuis le détroit de Magellan jus-
qii au delà du Tropique.
C'est aussi après cette grande catastrophe que le phénomène de ^*8ccumulation des sables dont sont foi*méos les dunes de la côte de Patagonie aurait commencé, et que ces sables [auraient nivelé une P^îe des plaines voisines du Rio-Negro et du Colorado, et peut-être ^''Voisinage des Andes de Mendoza et de San-Juan.
Glassifiant ensuite la série des roches d'origine ignée, qu'il consî- ^^^^ comme étant d'une apparition postérieure aux roches trachy-
tiques anciennes, si abondantes dans la grande ehalae des Andes, M. d'Orbigny les rattache à trois époques ou plutôt à trois classes : . « La première comprend les roches granitiques antérieures aux (c terrains crétacés et qui apparaissent sous les gneiss des systèmes « oro^'aphiques, brésilien et pampéen (Cordillères du Brésil et du « Paraguay. Système du sud de Buénos-Ayres) ; sous lés terrains (c siluriens du système itacolumien (partie occidentale des mouta- « gnes du Brésil); — sous les roches siluriennes, devoniennes, car- « bonifères et triasiques du grand système bolivien qui forment des tt lambeaux séparés à l'ouest des Cordillères.
<( La seconde embrasse les roches porphyritiques postérieures « aux terrains crétacés, sorties à Test des roches granitiques de la c< cordillère, et s'étant fait jour à travers les terrains crétacés en préu sentant un premier relief dans la chaîne.
« La troisième renferme les roches trachytiques postérieures aux ter- « raiiis tertiaires situés à l'est de la bande granitique formant la chaîne « des Cordillères, et paraissant lui avoir donné son principal relief « avant l'époque actuelle. » Comme nous venons de le voir, M. d'Orbigny attribue à leur éruption l'élévation au-dessus des mers actuelles de tous les terrains tertiaires marins qui contiennent des espèces perdues, et, par suite de la perturbation que ce mouvement apporte à la surface du globe, l'extinction des races de grands mammifères et la formation du grand dépôt pampéen qui renferme ceux-ci. (Tome III, Géologie, page 221.)
Tels sont les phénomènes géologiques suivant Tordre et la succession desquels s'est formé le continent sud-américain. — En exposant ce système « fruit de huit années d'explorations lointaines, de comtt paraisons sans nombre, de méditations soutenues, de minutieuses (C recherches, M. d'Orbigny n'a pas la prétention de le donner « comme définitif; tout ce qu'il désire, c'est qu'il aide au progrès de (( la géologie, de cette science destinée à révéler à l'homme Thistoire « de la planète qu'il habite. » [Ibid,, page 275.)
Nous avons analysé et résumé le plus clairement qu'il nous a été possible le travail géologique du voyageur illustre dont l'Europe déplore la perte récente, non pour le donner comme le dernier mot de là science, l'auteur lui-mOme, nous venons de le voir, n'a pas cette prétention, mais parce qu'il offre une idée générale des phénomènes géologiques dont notre globe a été le théâtre, et qui, dans leur en-
semble, se sont probablement accomplis sur le continent sud-américain, sinon de la même manière , du moins dans le même ordre que celui indiqué par d'Orbigny.
Nous n'avons pas à récapituler ici les critiques dont cette théorie a été l'objet , aussi bien que le système géogénique que Tauteur a émis plus tard, et dont il avait puisé les éléments dans ses travaux sur la formation sud-américaine (1).
MM. Lund et Clausen qui ont fait, dix années après, un voyage géologique au Brésil , ont en partie confirmé les observations du voyageur français.
Ainsi, d'après M. Lund (2), l'intérieur des cavernes du Brésil est plus ou moins rempli d'une terre rouge identique avec celle qui forme la couche superficielle du pays (c'est également la terre des Af issions au nord de l'Aguapey.) Cette couche, qui varie de 3 à 16 naètres d'épaisseur, couvre indistinctement, et sans interruption, les plaines, les vallées et même les pentes douces des plus hautes montages du Brésil, jusqu'à près de 2,000 mètres de hauteur. Elle consiste principalement en argile renfermant des couches subordonnées de gravier et de cailloux de quartz. — Cette terre a donc une grande ^xialogie avec le dépôt pampéen.
M. Lund, comme d'Orbigny , attribue le limon rougeâtre du Brésil une grande irruption des eaux qui, couvrant toute cette partie du obe, mit un terme à l'existence des êtres qui la peuplaient. Les fouilles qu'il a faites en compagnie de M. Clausen (3) dans les ^vemes de la province de Minas-Geraes lui ont fait rencontrer des
(1) Dans des travaux postéri^rs à la rédaction et à la publication de son voyage, laquelle ^Mt terminée en 1847, douze ans après son retour du nouveau monde, d'Orbigny s'occupa ^(técialement de géologie et surtout de paléontologie. — Partant de ce prin(*ipe que cbaquc ^jïoquc géologique est caractérisée par des animaux et des végétaux propres, ses recherches â^OQt amené à bonsidcrer les formaiioiLS terrestres, ou plutôt les période-s de création, comme ^^étevant au nombre de vingt-six. — Toutes seraient dûment caractérisées par des fossiles différentSy mais particuliers et exclusifs à chaque étage superposé et se i-etrouvaht partout dans le même ordre dans toutes les parties du globe. — Les arguments à l'appui de cette théorie Xiouvelle, qui a rencontre une vive opposition dans le monde savant, sont principalement puisés dans ses observations sur la constitution géologii[ue du sol américain, comi^irée avec celle de l'Europe. (A. Gaudry, Bévue des Deux-Mondes, art. cité.)
(2) Coup d^œil sur les espèces éteintes de mammifères du Brésil. (Annales des Sciences naturelles, tom. XI, p. 2U et 230. — 1839. — Voyez le rapport de M. Élie de Beaumont sur les travaux de d'Orbigny. — Vorage dans l'Amcriffue Méridionale, etc., tome 111, p. 35.
(3) Qausen. — Mémoires publiés dans les Bulletins de l* Académie de Bruxelles^ tone VIII.
aïo GONSTinrnoN physique du sol.
ossements d'espèces de mammifères, dont le nombre dépasse déjà cent, et qtn sont analogues à ceux qiic Ton a trouyés dans le limon pampéen des bords du Parana, des côtes de Patagt)nie, des plaines de Buénos-Ayres, et des coteaux de la Bande-Orientale : ce sont des débris appartenant aux genres mastodon^ holophortts^ migalonix^ rnegatherium^ etc., etc., etc. Tout porte donc à croire que cette formation est simultanée avec celle qui a produit le vaste dépôt des Pampas; ce qui confirme l'opinion émise par M. Darwin tout en corroborant celle de d'Orbigny.
Tous les géologues dont nous venons de parler s'accordent à trouver une grande ressemblance, comme caractère physique, entre le limon pampéen et le limon de la Bresse, province de France qui s'étend entre le Rhône et les Alpes, à l'extrémité méridionale de la chaîne du Jura.
Le géologue anglais M. Charles Darwin (1), pendant le voyagi du Beagle^ de 1832 à 1836, a vu, ainsi que nous l'avons dit dan notre Introduction (voyez page 38), une partie des terrains recon nus par M. d'Orbigny , plus ceux du sud de la Patagonie, la cordillè:
de Mendoza aux passages du Portillo et de la Cumbre, la vaUée d — e
Copiapo, les eûtes du Chili et du Pérou. Tout en confirmant la plus grande partie des observations du voyî
geur français, et en les complétant, puisqu'il examina des régioi
que celui-ci n'avait pu explorer, il ne fut pas du même avis que It "
sur la formation pampéenne.
«J'ai étudié, dit-il, cette formation dans l'intervalle et sur unelîgn^^^ a est et ouest de 300 milles, depuis Maldonado jusqu'au Rio-Carcî « raila...., et je crois qu'elle s'étend jusqu'au pied des Andes, cî « dans un terrain entouré par des pentes de gravier, à ime altitud^^e « de près de 3,000 pieds, au sud de Mendoza, se trouve, comme ^^^ « l'ai décrit dans mon troisième chapitre, un dépôt très-semblable-'^ « au dépôt pampéen. En outre, au port Saint-Julien en Patagonie, * « 500 milles au sud de Rio-Colorado, j'ai vu une couche mince et il « régulière, d'une nature presque identique, contenant des débris « mammifères. Enfiln M. d'Orbigny, à i,000 milles au nord d^^^ « Pampas, a trouvé dans les provinces de Moxos et de Chiqiiîto^ <c puis sur le plateau bolivien, h une altitude de 4,000 mètres, « dépôts semblables qu'il regarde comme formés à la môme époqu<
(1) Geologtcal observations on South'j4mcrica, page 97, et p. OîK, édition de 1851.
« — Or, en considérant les immenses distances qui séparent ces dif- « ïérents points et leurs hauteurs diverses, il me parait beaucoup ^ plus probable que cette similitude est la conséquence, non d'une ^ Cîontemporanéité d'origine, mais de l'homogénéité de la structure
* » fia continent. On sait en effet qu'il existe au Brésil une immense
• étendue de roches gneissîques, et nous avons vu nous-même qu'in- ^ ^épendamment de l'énorme quantité de roches plutoniques qui ^ existent dans la cordiDère, les porphyres qui les recouvrent et les •^ déjections trachytiques sont presque identiques en nature. y>
L'ouvrage de M. Darwin, qui jouit d'une juste réputation dans le ^^cnde savant, n'a pas été traduit en français, et nous regrettons infiniment que notre connaissance incomplète de la langue anglaise ^ous ait empêché d'en faire l'analyse, comme nous avons fait celle des observations et de la théorie de d'Orbigny. Nous résumeï^ns donc Seulement les idées de ce naturaliste sur la formation pampéenne.
Considérant l'aspect si peu tourmenté des Pampas et de la grande plaine qui s'étend jusqu'aux pieds des Andes, M. Darwin ne peut admettre que cette immense étendue de terrain ait été brusquement formée par un grand cataclysme tel que le soulèvement de l'arête centrale de la cordillère des Andes, comme le veut d'Orbigny, cataclysme qui aurait couvert cette plaine de dépôts dans lesquels on ne trouve aucuns débris d'animaux marins, mais seulement des ossements de mammifères appartenant tous à des races éteintes. — L'élargissement énorme du fleuve de la Plata, qui aurait formé alors un immense estuaire, dont la rivière actuelle n'est qu'un reste bien réduit, lui suffit pour expliquer le dépôt du limon des Pampas.
Les cadavres des animaux y auraient été amenés, par les courants venus des versants des Andes et des montagnes brésiliennes, ainsi que des continents qui entouraient cet estuaire. Après avoir flotté tout entiers sur les eaux , ces cadavres se seraient déposés au fond, où l'argile pampéenne, la tosca^ les aurait enveloppés. Sur les bords de cet estuaire, là ou l'eau était la moins profonde,' quelquesuns se seraient échoués près de la plage et auraient été recouverts par les sables argileux des dunes, à mesure que les eaux se retiraient : de là Tétat parfait de conservation de leurs squelettes.
Au lieu de diviser le terrain tertiaire du bassin de la Plata en trois époques comme le fait M. d'Orbigny, M. Darwin le réduit à une seule. Les couches marines inférieures, le grès marin, l'argile pampéenne, tout cela s'est déposé pendant la môme période, avec quelques alternatives dans la nature des dépôts, mais toujours de la môme manière,
dans le grand bassin aux eaux peu profondes qui, de la côte océanique actuelle, alors enfoncée sous les eaux, allait toucher au pied des Andes. Ce qui le prouve, c'est qu'à Punta-Gorda (Diamante), où les diverses couches sédimenteuses sont de la même natiure qu'à la Bajada-del-Parana ( ville de Parana), M. Darwin affirme, avoir trouvé à la partie inférieure une argile rouge, à nodules de marne, en tout identique à celle des Pampas et recouverte par im calcaire à huîtres et autres coquilles marines si communes dans les berges de l'Entre-Rios et sur les côtes de Patagonie, et au-dessus, la même argile pampéenne avec les ossements habituels de la couche supérieure. — A Bahia-Blanca, cette même argile à ossements serait recouverU par des dépôts de coquilles d'espèce analogue à celles qui vivent dans la mer voisine. — Enfin les limites que l'on voudrait établir entn les couches marines et les couches argileuses sont tout à fait artificielles, ces couches devant être de la même époque.
La même argile rougeâtre qui forme le dépôt des Pampas se dé pose encore aujourd'hui dans les mers , charriée qu'elle est par h fleuve de laPlata. Ce fleuve ne peut-il pas, alors qu'il occupait un es pace beaucoup plus grand, l'avoir déposée dans le vaste bassin à l'o rient des Andes. Son dessèchement eût été le résultat d'un soulèvement successif du sol, et non de secousses brusques.
(( En effet, ajoute M. Darwin, d'après les nombreuses coquilles d'A tt 5tfrâr/a6/a/a disséminées à la surface des plaines, et près de Buenos tt Ayres renfermées dans la Tosca (roche argilo-calcaire durcie) a nous reconnaissons que cette formation, non-seulement était re « couverte autrefois par les eaux de l'ancienne Plata, mais que se tt parties les plus élevées furent déposées par elles. — Dans le sud d c( Buenos- Ayres, au contraire, au voisinage de la mer, les côtes fu « rent soulevées sous l'eau de l'océan, alors peuplé de coquilles ex c( clusivement marines, dont on retrouve les restes.
tt Or il résulte de l'examen que le professeur Ehrenberg a fait d< <t vingt fossiles microscopiques contenus dans le limon pampéen qu tt environnait une dent de Mastodonte trouvée sur les bords du Pa « rana, que la plupart des terrains de cette formation devaient néces « sairement leur origine à des dépôts effectués dans des eaux seule <c ment saumâtres. La conséquence naturelle de ce fait est que le c( couches qui présentent la même nature dans tout le bassin' de 1 a Plata doivent être d'une origine semblable. »
M. Darwin étend donc la formation pampéenne jusqu'aux pied des Andes et jusqu'au delà du Chaco. — D serait fort important d
ORIGINE ET FORMATION. — THÉORIE DE M. PARISH. ni3
savoir si les coquilles trouvées dans les berges du Rio-Juramento \ sur son parcours de la province de Santiago-del-Estero, sont des Azaras, ou seulement des mollusques du tertiaire patagonien de d'Orbigny. Ce fait éclaircirait singulièrement la question.
Au reste, comme le géologue français, M. Darwin ne donne sa t-liéorie de la formation des Pampas que comme une hypothèse qui J. ui semble mieux expliquer les faits que celle de son prédécesseur.
M. Parish, dans son histoire des provinces de la Plata (1), émet
l^opinion que le grand estuaire de la Plata, comme le delta du Nil,
^est comblé par des ensablements successifs qui se continuent même
ô l'époque actuelle. Il embrasse d'ailleurs une partie des idées de
^31. Darwin sur sa formation première.
« Pour ce que nous savons jusqu'à présent, dit-il, de ces vastes «( plaines nommées Pampas, qui s'étendent depuis les versants orien- ^ taux des Andes jusqu'aux rives du Paraiia et de l'Uruguay, il parait ^< qu'elles sont formées d'une immense couche alluviale de matière com- <i posée en grande partie d'argile rougeàtrc qui contient de petites con- « crétions calcaires plus ou moins dures. Ce serait le limon charrié dans tt le cours des siècles, par d'innombrables rivières descendant des « Andes, vers une ancienne mer plus profonde, dont le fond se serait (c successivement exhaussé par ces sédiments. Il paraît même qu'au- « jourd'hui cette formation se continue là où des ruisseaux et rivières « descendant des montagnes à la saison des pluies, et une fois arrivés « dans la plaine, n'ayant plus assez de courant pour gagner la mer, « se répandent sur une surface horizontale , y forment des lagunes, « des mai'ais qui se sèchent ensuite , et dont ils exhaussent le fond. « Les masses de sédiments qu'ils accumulent finissent par combler « leurs lits et les en font changer pour aller ailleurs produire les « mêmes dépôts. »
M. Parish, continuant à développer sa théorie, établit, d'après les observations faites pendant le voyage de Cruz en 1800, que dans le sud la formation pélagique est évidente, et que la mer a dû aller battre le pied des Andes, puisqu'à chaque pas, à la superficie du sol aussi bien que dans les ravins, on rencontre des débris marins.
Quant aux ossements de mammifères, ils auraient été déposés sur les bords de cette mer, ou entraînés par les courants qui venaient des
(1) Buenos'yéyres y ^os proviiicias del Rio de la Plata, — Traduit en espagnol par D.i.Maeso.— Tome I, page 318.^Bueuos-A)Tes, 1852.
314 COIfSTITirnON PHYSIQUE DU SOL.
Andes. D'autres auraientété submergés par des inondations locales, car la parfaite conservation deleurs squelettes indique qu'ils n^ont pu être ballottés longtemps par les flots, etc., etc.
Un paléontologiste que nous avons déjà nommé, M. Bravard, explique les choses autrement (1).
D'après lui, dans ce que MM. d'Orbigny et Darwin appellent formation pampéenne , il existe trois formations parfaitement distinctes les unes des autres , aussi bien au point de vue des débris organisés que chacune renferme, que des causes auxquelles il est permis d'attribuer leur origine et même leur constitution géologique et leur âge. La principale; deuxième formation par rang d'étage, est le terrain pampéen proprement dit. Ce terrain s'est formé lentement par l'action des vents, qui, pendant ime période fort longue, ont poussé vers rintérieur des terres déjà émergées les sables argileux qui forment aujoiu'd'hui le dépôt pampéen. Sur ce sol vivaient alors les représentants de la faune mégathérienne, dont on trouve les débris si bien conservés, etc., etc. L'excellente conservation de leurs squelettes est due au sable qui a enveloppé leurs cadavres au moment de leiu* mort, qui aurait été naturelle chez im certain nombre. Le phénomène de la formation des dunes s'opérait alors sur une bien plus grande échelle qu'aujourdlmi.
a Nous ne voyons, dit M. Bravard, dans ces vastes sables qui s'é- « tendent du détroit de Magellan jusqu'à la mer des Antilles, et des <( Cordillères à l'Atlantique, que les représentants des dunes quater- « naires.
«c Dans notre hypothèse, ces sables ont été successivement accumu- « lés sur les anciennes plages océaniennes et graduellement poussée « vers l'intérieur des terres, de sorte qu'ils ont formé, sur une épaisce seur souvent considérable, toute la superficie actuelle des inunenses « plaines sud-américaines.
« Mais comme ces dunes quaternaires sont immédiatement superc( posées à des terrains marins miocènes (2), il est évident que ceux-ci ce avaient déjà été soulevés au-dessus du niveau de la mer avant que
(1) Ohservaciones sobre efîferentes terrenos de transporte en la hoya del Plaia, Par Aug, Brarard. — Bnenoi-Ayres, 1857. — Page 9 et suivantes.
Monografia de los terrenos marinos tercialrîos de las cercanîas del Parana, Pftraiia, 1858. — Page 106.
(2) Période pliocène, miocène, éocène,.. — Ces mots ont été adoptés par le géologue anglais Charles Lyell pour classifier diverses époques dans la période tertiaire. Les terrains
« le phénomène des dunes se manifestât. Par conséquent, le soulè- « vement des terrains miocènes des collines de Parana, des côtes de « Patagonie et de toute la côte du Brésil est antérieur à l'apparition « de la faune quaternaire (c'est donc la première formation).
« Ce soulèvement, en donnant à l'Amérique une yaste étendue de « terrains de sédiment lentement accumulés dans les mers voisines , m. terrains qui se sont augmentés par le travail incessant des dunes, ^ a préparé le sol sur lequel ont été lancés par la puissance créatrice ^ les premiers êtres de l'avant-demière population animale du globe,
«le cette période commencent après les terrains crétacés qui font partie du groupe secon-
^Uire : aussi les appelle-t-on de même terrains supercrétacés.
« En comparant ensemble, dit M. Lyell, les fossiles des formations aqueuses en général, m mais principalement les testacés, qui, de tons ces fossiles, sont les plus nombreux et les « mieux consenrés, on arrive à ce résultat, savoir : que ceux qui s^éloignent le plus du type « de la création organique actuelle, sous le rapport de la forme et de la structure, sont •« ceux des rocbes primaires fossilifères (terrains siluriens et devoniens) ; que ceux des tcr- « rains secondaires (terrains car!)ouiferes, triasiques, jurassiques, crétacés) s'en écartent « moins que ces premiers; et que ceux enfin des formations tertiaires en diffèrent moins « que tons les antres. — De même que si Ton divise les dépôts tertiaires en quatre groupes « principaux, et que Ton vienne ensuite à comparer les coquilles fossiles qu'ils renferment « avec les testacés actuellement >ivant dans les mers les plus voisines et sous les mêmes « latitudes, on trouve que les coquilles des courbes les plus anciennes ont généralement « bien moins de ressemblance avec la Canne des mers environnantes que celle du groupe le « plus récent. En nn mot, plus l'Age d'une formation tertiaire est moderne, et plus il y a ■ de ressemblance entre ses coquilles fossiles et la faune tertiaire des mers actuelles, v
Gonséquemment, après avoir comparé 3,000 coquilles de l'époque tertiaire avec 5,000 des espèces récentes, trouvant : — que les dépôts tertiaires les plus anciens ne contiennent ^e 8 1/2 pour O/o de coquilles fossiles identiques à des espèces récentes ; — Que les dép('>ts qni viennent ensuite en contiennent 17 O/o ; — Qu*^ <^cux de la troisième série, toujours en commem^ant de bas en haut, en ont de 35 à 50 O/o ; — Enfin que les plus superficiels de tous ces dépôts de l'époque tertiaire en renfei*ment de 90 à 05 O/o, — M. Lyell a résolu de domier^à ces quatre groupes ou aux époques auxquelles ils se rapportent des noms techniques concis :
« J'appelai, continue-t-il, le premier ou plus ancien de tous éoccne; le second, miocène; « le troisième, ancien pliocène; le quatrième ou dernier, nouveau pliocène. »
La première période, éoccne, parce qu'elle signala l'aurore de la faune testacée de l'époque tertiaire. — La seconde période, miocène, parce qu'elle était moins récente. -— La Iroîsième période], ancienne pliocène, parce qu'elle était plus récente encore. — Enfin, la dernière période, nouvelle pliocène, parce qu'elle était la plus rapprochée de nous. (Éléments de géologie, traduction de M** TuUia Meulien. — Paris, 1839, p. 228 et suiv.)
Les périodes de M. Lyell sont adoptées par quelques géologues anglais avec leurs désignatknis. En France, on s'en tient aux grandes époques que nous venons d'indiquer dans le tiavail de d'Orbigny, mais on les divise en groupes qui se seraient succédé dans la même grande époque; chaque géologue a d'ailleurs son système. Nous venons de voir que d'Orbigny avait fini par admettre vingt-six groupes ou étages, répondant à vingt-six périodes différentes.
<( les Mégathérium , GUptodon, Typotherium, MilodûQ, Arotoliie- K rium, etc., etc.»
La destruction de cette faune eut lieu par suite du dernier soulèvement de la cordillère des Andes, soulèvement qui détermina dans le sol un mouvement de bascule de Touest à Test, et noya dans les eaux de TOccan toute la contrée, a Ce soulèvemei^t, affirme M. Bra- « vard, doit être placé chronologiquement entre la formation plio- « cène des géologues anglais dont nous avons fait, nous, notre épocc que quaternaire, et les alluvions anciennes ou diluvium.
a Nous attribuons, continue-t-il, à cet événement géologique Té- (( mission à travers les dépôts pampéens de la majeure partie des « contre-forts du versant oriental des Andes, parmi lesquels figure, tt comme le plus considérable et le plus élevé, le grand plateau bolic( vien. — C'est à ce môme moment aussi que se sont soulevées les a chaînes primitives et métamorphiques de la Ventana, de Curra- « Malal et de Guamini, que se sont effectuées les dislocations de tertt rain qui ont produit les protubérances du Tandil, de la Tinta , de a Tapalquen et toutes les chaînes et vallées qui se rencontrent depuis c( le Rio de la Plata jusqu'à la mer des Antilles. C'est à cette épo- <( que enfin que l'Amérique du Sud a pris définitivement sa configutt ration actuelle.
« Ce grand bouleversement ou commotion a produit incontesta- M blement tous les reliefs et toutes les dépressions situées à l'est eu « dehors de la région des Andes. 11 a déterminé la forme et la direcc( tiou des grands bassins hydrographiques du Paraguay et de TOréa noque, l'élévation et la disposition si brisée des steppes ou plaines c( en forme d'amphithéâtre de la Patagonie, enfin la direction de a la plus grande partie des berges qui encaissent les grandes rivières (c de la Confédération argentine.
<( C'est un fait bien remarquable que tout l'espace compris entre <( les 25* et 3T degrés de latitude sud, et qui s'étend depuis la merjus- « qu'aux provinces de Mendoza et de Cordova, n'ait été en aucune « manière modifié par les violents déchirements qui ont pour ainf tt dire remanié toutes les régions voisines.
<( A ce soulèvement correspond la cessation des causes product (( ces et accumulatrices de la formation pampéenne, comme aussi a disparition des espèces animales qui vivaient autrefois dans les s « tudes de TAmérique méridionale, et dont cette formation renfe? « une si prodigieuse quantité de squelettes parfaitement conserv <t l'état fossile. »
A ces grands désordres de la nature qui détruisirent toute la faune pampéenne, succéda une période de calme et de repos. Toute la partie orientale du continent qui forme aujourd'hui les cAtes de la Patagonie et l'estuaire de la Plata était sous les eaux. C'est alors que s'y formèrent les dépôts superficiels de coquilles dont les analogues vivent encore dans les mers voisines, Mytilus^ Paludestrina, Soleu, Azara^ etc., etc., que s'y déposèrent les cadavres de baleine dont on a retrouvé les ossements à San-Nicolas, et quelques squelettes de mammifères qui y auraient été entraînés. — Une mer assez profonde s'étendait jusque près du Rosario , formant ainsi un grand golfe couvrant une partie de la province actuelle de Buénos-Ayres, de la Bande-Orientale et de l'Entre-Rios.
Par suite d'une réaction contre l'ancien mouvement de bascule qui avait noyé toute la plaine à l'est des Andes, tous les terrains de sédinent, depuis Bahia-Blanca jusqu'à San-Pedro, et de San-Pedro au cap Sainte-Marie, ont été poussés du sein de la mer où ils s'étaient formés jusqu'à la hauteur à laquelle ils se trouvent aujourd'hui par un soulèvement du sol , soulèvement qui s'est fait lentement, paisiblement, de sorte que le terrain n'a été nullement disloqué. — Cet ensemble de phénomènes constitue la troisième formation, à laquelhî doivent se rattacher sans doute le dépôt des alluvions modernes de l'Entre-Rios , et quelques modifications locales et de peu d'étendue dans le relief de ces mêmes terrains.
Nous avons résumé brièvement, mais aussi nettement que possible, les idées de M. Bravard. — Son hypothèse brille surtout par 5a simplicité. — Ce que d'Orbigny a cherché à expliquer par une immense investigation de la nature des terrains de toute l'Amérique du Sud, par une analyse minutieuse de leurs formes, de leurs gisements , enfin par leur comparaison détaillée avec les formations analogues en Europe, ce que M. Darwin ne se hasarde à donner que comme une simple hypothèse , basée sur des obser\ations faites sur une vaste étendue des côtes sud-américaines et sur plusieurs parties de la cordillère des Andes, M. Bravîu'd, qui n'a vu qu'une petite partie de la région du littoral, l'établit pour toute l'Amérique du Sud; il pousse hardiment, au milieu de ce continent, ses dunes quaternaires allant promener leurs colonnes sableuses du détroit de Magellan à la mer des Antilles, nivelant les vallées, couvrant les collines , passant à travers les montagnes brésiliennes pour en remplir les anfractuosités.
La formation des montagnes de l'Europe et du reste du globe a été
considérée par M. Élie de Beaumont comme la suite d'une série de soulèvements s'élevant au moins au nombre de dix-sept , idée adoptée depuis par la majorité des géologues. M. Bravard, lui, soulèye d'un seul coup la masse presque entière des Andes, et cet énorme plateau bolivien que M. d'Orbigny regarde, avec le système itacolumien du Brésil, comme les premières terres émergées de l'Amérique du Sud. Sans s'occuper de la grande formation de grès des époques secondaire et tertiaire, qui sont si remarquablement abondants dans la presque totalité de ce continent, il élève à la fois à travers les dépôts pampéens, les systèmes orographiques des Guyanes, du Brésil, de la Bande-Orientale, du sud de Buénos-Ayres, tous les versants orientaux des Andes, et sans doute aussi le massif centi'al de Cordova et de San- Luis ; il ouvre en môme temps les bassins et les lits de tous les fleuves, et fait d'un seul bloc, du moins à très-peu de chose près, l'Amérique du Sud telle qu'elle est aujourd'hui.
Nous pensons que c'est trop se hâter de résoudre le problème et que ce système fort commode sans doute, mais trop pressé de conclure, est difficile à accepter autrement que comme ,une hypothèse, qui peut expliquer certains phénomènes locaux, mais non pas tous ceux qui ont modifié la surface d'un continent aussi vaste que celui de l'Amérique du Sud (1).
(1) Les matières traitées dans ce chapiti^ HI sont assez abstraites et peut-être difficiles à comprendre pour les personnes qui n'ont que peu de notions sur la géogénie. Afin de doiiuer la clef des théories desquelles nous sommes parti , dans Texposition des faits relatifs à la formation du sol argentin, nous allons résumer brièvement l'opinion généralement admise, dans l'état actuel de la science, sur la formation du globe et les périodes de la création.
Dans l'origine des choses, la terre était une masse en fusion ; l'océan, Tatmosphère, une grande partie des éléments qui entrent dans la composition des roches aujourd'hui solidifiées l'enveloppaient d'une immense couche de vapeurs. Dans la série des temps, le globe fut se refroidissant; les vapeurs retombèrent, la mer se forma; mais cette mer était bouillante et contenait en dissolution dans ses eaux une foule de substances minérales, qui commencèrent à se déposer sur la couche durcie, mais encore brûlante qui formait l'écorce solide. De là les roches dites primordiales, les granités, les quartz, les gneiss, les micaschistes, toutes roches cristallines qui paraissent s'être foimées avec le contact de l'eau. Cette période première est la période ou époque g^neîssîque. Aucun être organisé ne pouvait vivre dans cette mer ardente, et il fallut sans doute de longs siècles pour que» le refroidissement continuant, l't d'autres dépôts venant encore à se former, la vie pût commencer à s'établir sur le globe«
Eu effet, la vie commence avec la mer Silurienne , ainsi nommée de ce que les premiexs sédiments les plus en rapport avec les terrains primordiaux ont été trouves et étudiés en Angleterre, dans le pays occupé anciennement par le peuple Silure. — Ces terrains présent tent les premiers êtres organisés, par conséquent les premiers-nés de la création ; ce sont des crustacés que Ton a nommés trilobites ; ils suut &ui>is de l'apparition de différents genres