‹ Description géographique et statistique de la confédération Argentine (volume 3)Chapitre 96 sur 193 · POSSIBILITÉ DES PUITS ARTÉSIENS · texte numérisé non relu

POSSIBILITÉ DES PUITS ARTÉSIENS

nient pas, et d'ailleurs la difficulté de les y percer serait extrême. Au contraire, dans les terrains de sédiment à couches crayeuses ou sableuses Stratifiées, on est à peu près sur detrouver de Teau, si Ton pousse Jiisqu'à une profondeur suffisante. C'est ainsi qu'à Paris on a foré jusqu'à 547 mètres le fameux puits de Grenelle, dont on estime que les ea.ux d'infiltration viennent des collines de la Champagne, où se redressent, à 60 lieues plus à l'est, les mêmes couches calcaires sur lesilles est bâtie cette capitale. La partie occidentale de l'Europe, qui ferme d'immenses superficies de ces terrains, a donc présenté une .lité très-grande pour l'établissement des puits forés. L'ancienne ^nce d'Artois en France en possède depuis six siècles, et ils y tellement multipliés, que ce système de puits en a pris le nom rtésien. La quantité d'eau que donne un puits foré varie de 500 ,500 litres par minute, suivant la force de la nappe ou la lar- ^jr du ti*ou; on a remarqué que cette quantité diffère en raison ^ii7^€cte des pluies, mais elle est toujours considérable.

IKn Afrique, on faisait, depuis un temps immémorial, des puits de

^^^ genre dans le Sahara. On s'était aperçu que sous cette plaine aride

^tr <;ouverte de gros galets, comme le lit d'une ancienne mer, il y avait

^ xjne profondeur qui n'était pas très-considérable, des nappes d'eau

d<^ Kice très-abondantes dont on pouvait tirer un excellent parti, et pour

' irrigation, et pour les troupeaux; aussi en avait-on creusé un certain

^^^inbre. Le voyageur Shaw(1727), qui en parla le premier, racontait

4^-^^, pour les creuser, un homme se faisait suspendre par des cordes,

^^i-sait un trou étroit en enlevant successivement des couches de sa-

^-■-^et d|3 gravier, jusqu'à ce qu'il arrivât à un banc de pierre noire

^^ ^Jilletée, semblable à de l'ardoise qui recouvrait, selon l'opinion des

:7^^^Ji)itants du pays, la mer souterraine. Dès que ce banc était percé,

^^«u jaillissait avec une telle force que, quelle que fût la rapidité avec

^^^^t^^Ue on retirait l'ouvrier, il était quelquefois suffoqué. L'admi-

^tration française a fait faire dans ces derniers temps de nombreux

^;;^ï^es sur la limite du grand désert, et a ainsi groupé les popula-

^Dns dans les endroits les plus favorables pour la culture et l'élève

^-^•=»fi troupeaux.

Dans la Confédération argentine, quelle est la partie qui aurait le t^Xus immédiatement besoin d'eau, et dans quelles conditions se trouve- ^lle?

La chaîne des Andes est primordiale, comme nous l'avons vu ; les porphyres constituent son arête centrale ; les quelques terrains de ^diment que l'on y rencontre occupent accidentellement les som-

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mets et ont été certainement portés là par le soulèvement de la masse. Le versant oriental a des calcaires et des grès de transition, c'estrà-dire intermédiaires entre les terrains primordiaux et les terrains secondaires. Les contre-forts les plus extérieurs sont des gneiss, des micaschistes et des granités, recouverts en quelques endroits de petites portions de terrains tertiaires et quaternaires, c'est-à-dire de sédiments d^* la dernière époque géologique. Cette structure est celle des petites chaînes, de los Llanos, Brava, de las Quijadas, etc., etc. Enfin le massif central est également primordial dans la plus grande partie de ses roches.

Certainement cette constitution physique des hauteurs qui circonscrivent les bassins n'est pas très-favorable à l'infiltration des eaux pluviales, (jui d^ailleurs sont rares, ainsi que nous l'avons dit ; mais, d'un autre côté, la disposition inclinée du sol vers un bassin central, l'existence de masses énormes de galets qui forment le pied des montagnes et qui n'apparaissent point, nivelées qu'elles sont par les sables argileux apportés, soit par des eaux anciennes, soit par les vents, tout cela nous permet de croire que les infiltrations sont possibles, et que les eaux météoriques peuvent, en pénétrant profondément le sol à travers ces masses roulées et sédimenteuses, aller y former des nappes souterraines.

D'un autre côté, les eaux des irrigations sont encore plutôt absorbées par le sol que dissipées par l'évaporation, laquelle en hiver est si peu considérable, que les deux grandes cienegas de Mendoza et de San-Juan se remplissent alors et débordent. Il est impossible qu'à la longue ces eaux ne pénètrent pas le sol à de grandes profondeurs, car la terre argileuse de ces régions n'est pas très-compacte et ae nous semble point former des couches imperméables. En conséquence, des trous pratiqués dans le sol, aune profondeur de 80 à 300 mètres, amèneraient probablement des eaux jaillissantes. Remarquons, par exemple, que la plaine de San-Juan et Mendoza est à une altitude moyenne de 700 mètres, que le lit du Desaguadero est à 450, — la Caîlada de la Travesia (voyez p. 247 ) à 430 également ; — que de ce côté les pentes sont vers le sud, et que les points les plus bas occupent le bassin du Bebedero (ait. 400 met.), puis ses canaux de décharge vers le lac de Curra-Lauquen ; — que de ce même eôté encore, la pente va toujours en s'inclinant directement à l'est, vers le rivage de l'Atlantique : — et l'on comprendra que l'hypothèse de l'existence de nappes souterraines, dans cette oirection, n'a rien d'improbable.

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Si maintenant nous examinons la partie nord de la plaine intérieure, depuis le travers de la sierra de los Llanos, en suivant vers le nord-est le demi-cercle des Salines, nous trouverons une pente encore plus rapide vers le Saladillo ; nous verrons im bassin trèsmarqué qui, probablement, en des temps qui ne sont pas très-reculés, a contenu de grands amas d'eaux salées, desséchés sans doute par Tévaporation, comme les vastes terrains abandonnés depuis un siècle par la mer Caspienne et le lac d'Aral. Une partie des sierras d'Ambato et d' Aiicaste offre quelques terrains secondaires, surtout à leurs extrémités sud, et de plus l'énorme dépôt de cailloux roulés que nous avons signalé au pied des andes de Mendoza, San-Juan et la Rioja, et du ii"iassif central ; c'est donc aussi une circonstance favorable pour les i Infiltrations des eaux météoriques vers cette région.

Knlin les chaînes orientales de Salta, de Jujuy, certaines parties de Tiicuman ont des terrains secondaires très-reconnaissables : qnolques- ^iTies de leurs couches, d'ailleurs fort épaisses, se composent de sables partie désagrégés et très-perméables, et en se relevant sur le flanc montagnes et des' collines, elles se présentent à nu par leur trnnche, et reçoivent ainsi les eaux pluviales si abondantes dans cette '^^glon, pendant l'été. Ces eaux peuvent donc, par infiltration, aller former beaucoup plus loin, dans le Chaco, par exemple, dans la P^Txipa de Tucuman, des nappes liquides continues. Dans ces vastes Plîi.înes, des puits forés feraient constamment jaillir des torrents d'une ^^^t délicieuse, alors que presque tous les puits ordinaires ne donnent ^^i^iin liquide trop souvent altéré par les sels des terrains superficiels ^^*îl à traversés. Il devra en être de même dans la Pampasie.

Lia difficulté réelle que présentera l'établissement des puits arté- ^^^ns dans la Confédération, c'est le haut prix d'un équipage de fondes rendu sur les lieux, à cause de l'énormité des frais de trans- X^rt, et la cherté, non pas des bras ordinaires, mais des bras habiles; ar ce n'est qu'à des Européens, dirigés par de bons ingénieurs et ^ompus à ces sortes de travaux, qu'on peut confier une pareille tâche. Cependant les résultats seraient si beaux, si avantageux pour le pays, ^e nous appelons de tous nos souhaits la formation de compagnies ;|)rovinciales, qui se chargeraient de ces forages. Il ne faut pas se dissimuler, en effet, qu'il y a plus d'une fois des mécomptes, et que les particuliers ne sont pas assez riches, dans un pays où l'intérêt de l'argent est souvent au denier vingt, pour aventurer ainsi des capitaux considérables dans des entreprises toujours dispendieuses, et à de pareilles distances des points habités.

L'histoire et l'étude des puits artésiens demanderaient un traité ex professa. Nous n'avons voulu qu'indiquer ici la possibilité de les introduire dans la Confédération argentine, la probabilité de réussite des travaux et la splendeur des résultats ; — pour les particuliers d'abord, qui pourraient augmenter leurs cultures et leurs troupeauiLac^, d'une manière presque indéfinie; puis pour la nation entière qui profiterait immensément [de cet accroissement de la richesse ciale.

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