CHAPITRE II
Province d'Entre -Rio*.
§ I. — Province (TEnire-Rios en général,
La province d'Entre-Rios forme la partie méridionale de cette magnifique bande de terrain comprise entre les fleuves Uruguay et Parana, que nous avons désignée sous le nom de Mésopotamie Ar-
<r6ter le voile et de faire voir les choses sous leur véritable aspect. LMntérét local cherchait à se substituer à l'intérêt natioDal, et il a fallu toute la prudence et toute l'habileté du général Mitre et de son gouvernement pour ménager une transaction qui a permis de constituer un étal de choses que le temps consolidera, et qui permettra à la nation argentine d'exister sur des bases plus fermes.
La forme fédérale, on no peut le nier, est aujourd'luii acceptée et acolamée par l'immense majorité des Argentins ; mais, préoccupés beaucoup plus du mot et de l'apparence que du fond, les citoyens se rendent peu compte des nécessités et des devoirs qu'elle impose. — Toutes les provinces, sans exception, organisent un système d'administration que leurs ressources, toujours insuffisantes, empêchent de défrayer. Elles réclament impérieusement des subsides du gouvernement national, déjà chargé des frais énormes de l'administration générale, et trouvent étrange qu'on ne puisse leur donner qu'une faible partie de ce qu'elles demandent. Les provinces natorellement nches, comme : Buénos-Ayres, dont la douane, avant les droits différentiels, donnait mensuellement 200,000 piastres fortes ; l'Enlre-Rios, qui en donne 50,000; Corrientes, qui en a 25 .000; Santa-Fé, dont le Rosario produisait 100,000; Salta, Mendoza, San-JaaDy qui en ont chacune 10,000 en moyenne, se croient en droit d'exiger un subside plus fort... et voient avec peine ce revenu, très-justement nationalisé, aller tout entier au trésor public... Elles sentent que la libre possession de leur douane, source du revenu le plus abondant et le plus facilement perçu, leur donnerait toute facilité de faire face à leur budget imprudemment grossi, et elles la désirent au fond de leur cceur. On comprend que, sous l'influence de dispositions pareilles , des troubles nouveaux trop prolongés pourraient amener d'antres isolements dont le provisoire deviendrait définitif, et que l'exemple de Buénos-Ayres, rallié aujourd'hui, séparé demain, pourrait être imité par l'Entre-Rios et Corrientes, que leurs deux Neuves mettent si facilement en contact avec le commerce étranger, par Cordova et les antres provinces du centre et du nord qui s'appuieraient sur le port du Rosario; enfin par les provinces deCuyo aidées de leur commerce transandin. Certes rien ne fait préjuger aujourd'hui de pareils événements, qui seraient la dissolution de la nation argentine et la renaissance de guerres civiles plus acharnées et plus sanglantes que jamais ; mais il faut que l'on y songe et que ron n'hésite pas à sacrifier momentanément quelque chose de l'intérêt local aux intérêts nationaux, qui sont le patrimoine de tous et dont la satisfaction fera le bonheur du pays entier.
Sous l'administration du général Rosas, chaque province avait sa douane particulière, ses droits de transit ; elles faisaient facilement face à leur budget. Tout passait d'abord a Buenos-
gentiae, région la mieux située^ la plus féconde, et un jour la plus riche de la république.
Limites et situation astronomique. — Les limites de TEntre-Rios sont, au nord, le Rio-Guayquiraro, tributaire du Parana, et le Rio- Mocoreta, qui se jette dans l'Uruguay. Ces deux rivières, situées en moyenne par 30 degrés 1/2 de latitude sud, le séparent de la province de Corrientes. Les deux grands fleuves Parana et Uruguay à Test et à Touest Tenserrent comme une lie, que le Delta paranien, sous le parallèle de Si"", complète dans le sud. Le grand canal du Guazu est considéré comme la ligne de démarcation entre la juridiction de Buenos- Ayres et celle de TEutre-Rios ; en conséquence, toutes les lies au nord de cette large et profonde branche du Parana appartiennent à cette dernière province. En remontant le fleuve, à partir de l'endroit où le canal de Las-Palmas se réunit au Guazu, c'est-à-dire à la hauteur du viUage de San-Pedro, son thalweg sert de limite, d'abord avec le territoire de Buénos-Ayres , puis avec celui de Santa-Fé. Cette province embrasse aussi près de 3 degrés 1/2 en latitude et un peu plus de 2 degrés 1/2 en longitude , ce qui lui donne une superficie d'environ 4,000 lieues astronomiques ou 36,000 milles carrés.
Aspect général. — L'Entre-Rios se présente sous la forme d'une grande plaine ondulée, boisée en certains endroits, et qu'une rivière principale, le Gualriguay, coulant du nord au sud, sépare en deux
Ajrret, qui prélevait un premier droit d'entrée maritime, celui de dépdt ne fut établi que fort tard. Ce droit lui donnait un revenu considérable; et, en outre, la place du Rosario n'existant pas, cette ville était le centre exclusif de toutes les opérations pour Tintérieur. Puis, les marchandises payant un droit de douane dan&la province à laquelle elles étaient destinées, pour traverser le territoire de Tune d'elles, c'était tant par charrette, droit de pavé {piso\ Les objets d'importation étrangère atteignaient ainsi des prix exorbitants. On comprend donc <|uel obstacle au progrès général du pays devait mettre le régime des douanes locales, et combien les provinces éloignées avaient à «oufTrir d'un pareil ôtat do choses. Aussi la constitution de 1863 abolit-elle avec justice toute douane intérieure, et personne ne songe à les rétablir. Malheureusement les provinces ne se sont point assez hâtées de se créer de nouvelles ressources, tout en augmentant leurs dépenses; de là le mal dont souffre partout leur administration et le déficit de leurs budgets. Celle de Buénos-Ayres fait ses frais, parce qu'en 1860 la nation lui a garanti son budget pour cinq ans, et qu'en conséquence elle prélève mensuellement cent mille piastres fortes sur les revenus généraux ; mais, à l'expiration de cette garantie, alors qu'il lui faudra \ivre de ses propres ressources, comment fera-t-elle , si elle n'en improvise do nouvelles, si elle ne met une extrême économie dans son administration? Il en est do même de rEntre-Riot, dont le budget, garanti pour 1860 par le gouvernement national, est resté en partie impayé, et qui depuis trou années est en déficit.
bandes à peu près de môme étendue. Chacune de ces bandes est sillonnée également du nord au sud par une série de collines ou plutôt d'ondulations, nommées dans le pays cuchillas, dont les plus élevées n'atteignent pas 80 mètres, et qui déterminent les bassins des petites rivières et ruisseaux qui se jettent soit dans le Parana, soit dans rUruguay, soit enfin dans le cours d'eau central du Gualeguay. Ces ondulations, qui naissent entre le Guayquiraro et le Mocoreta, et de là descendent vers le sud en se divisant et se subdivisant en plusieurs branches, sont couvertes d'un épais tapis de plantes graminées, à travers lesquelles filtrent les eaux pluviales qui viennent former dans les bas-fonds soit des lagunes permanentes ou temporaires, soit les mille ruisseaux qui s'écoulent dans le Parana, le Gualeguay, l'Uruguay et le Gualeguaychu. — Des bouquets de bois s'étalent çà et là dans la plaine, mais c'est surtout vers ces rivières que ces bois deviennent étendus et plus épais. Vers le nord-ouest la grande forêt de Montiel couvre un cinquième de la province.
Cours d'eau. — Nous connaissons déjà le Parana et l'Uruguay. (Voyez tome I, pages 79, 81 et 91 .) Le tableau de la partie inférieure du Parana exige seulement quelques développements.
Bella du Pavana, — Il est probable qu'au commencement de la période géologique actuelle, le Rio-Parana couvrait tous les terrains compris entre sa rive droite d'aujourd'hui et les collines de la Victoria, les ondulations de Nogoya, de Gualeguay et de l'Ibicuy, et que le vaste delta que sillonnent maintenant ses canaux est le produit desatterrissements'que ses eaux y ont formé dans le cours des siècles. D s'ensuit donc que la Plata devant s'étendre jusqu'au Diamante, là où commence le premier canal qui, sous le nom de Paranacito, passe près de la Victoria et va recevoir le Gualeguay, en formant ainsi la branche la plus septentrionale du fleuve, là aussi cesse la ligne de berges élevées qui depuis La-Paz surplombent son lit. Les canaux inférieurs Del-Pillo, de San-Lorenzo, Del-Pabon, qui circonscrivent de grandes îles basses, noyées dans les fortes crues, au milieu desquels s'élèvent quelques plateaux de deux ou trois mètres de hauteur, connus sous le nom à'albardones^ sont les restes de l'ancien lit. Ces lies sont couvertes de bois et de plantes aquatiques. Aux basses eaux, il est possible d'y pénétrer, et le bétail y va paître ; mais lors des grandes crues, telles que celle de 18S8, tout est couvert par l'inondation ; les bêtes fauves qui l'habitent, bétail devenu sauvage [alzado), jaguars, cerfs, aguaras, loutres, capibaras, sont obligés de
gagner les hautes terres. En même temps les débordements amènent l'ensablement d'anciennes passes et l'ouverture de nouvelles, changeant ainsi continuellement la géographie de ce labyrinthe.de canaux plus ou moins profonds. Le Guazu, bras principal du fleuve, est le seul que, grâce à sa vaste étendue et à sa grande profondeur, ces modifications n'affectent point.
Dans les temps ordinaires une partie de ce terrain est praticable, et, en suivant les albardonesy on peut communiquer de Gualeguay au Tonelero, point de la rive gauche du grand fleuve, qui reste toujours au-dessus des eaux et se signale par un petit groupe d'îles moins basses que les autres.
Les canaux que nous venons de nommer sont fort longs et tous navigables pour les navires de cabotage. C'est ainsi que la ville de Victoria peut communiquer par le Paranacito avec le Diamante, Rosario, Gualeguay, enfin avec le reste du cours du Parana. Les canaux Del-Pillo, de San-Lorenzo et Del-Pabon sont moins fréquentés.
Rio'Uruguay, — Ce fleuve est navigable dans toute la partie qui baigne l'Entre-Rios, et n'offre de difficulté que vers le Salto, entre la Concordia et la Federacion , à l'époque des basses eaux. Partout ailleurs il est profond, bien encaissé et peu rapide.
Le Rio'Gualeguay prend sa source au nord de la province, sous le 31* degré de latitude, à Tendroit où la série des ondulations, qui vient de Corrientes, se bifurque pour former les deux chaînes de collines qui partagent les trois bassins de l'Entre-Rios. — Cette rivière, peu large et peu profonde, ne devient navigable qu'à partir de Villaguay; et encore ne Test-elle que dans la saison pluvieuse. Elle se jette dans le Paranacito, qui prend à son embouchure le nom d'Ibicuy et va se joindre au Parana-Guazu. On peul remonter en tout temps jusqu^à la ville de Gualeguay et même un peu au-dessus. Mais jusqu'à présent cette ville est la seule qui ait une navigation établie sur ce cours d'eau.
Le Rio-Gualtgitaychu forme un petit bassin particulier plus rapproché de rUruguay et pourrait être remonté jusqu'à San-José; mais, comme le Rio-Gualeguay, sa partie inférieure seule est exploitée par les caboteurs de la \iUe qui porte son nom.
Le Mocoreta^ qui forme la limite avec TEntre-Rios, n'est ni large, ni profond, et reste guéable toute Tannée. D en est de même de toutes les autres rivières qui se jettent dans T Uruguay.
Les affluents du Parana, tels que le Guayçtiiraro. le Rio-Hondo^ YArro^Feiicimw, le Rio^e-HmunHiariaSy le Rio-de-las^onchas^
sont plus profonds que la plupart des affluents de l'Uruguay, mais ils ne peuvent cependant recevoir que de petites embarcations. — Le Guayquiraro, remarquable en ce qu'il forme la limite de Corrientes, prend sa source dans une lagune dite Del-Sarandi^ qui n'est pas éloignée de la sourcç du Mocoreta. Il ne sera peut-être pas impossible un jour de canaliser ces deux rivières et d'établir ainsi une communication entre les fleuves Parana et Uruguay. C'est ainsi que, lorsque la population aura augmenté, la navigation du Gualeguay et du Gualeguaychu pourra être étendue vers leur portion supérieure.
Orographie. — L'Entre-Rios n'a d'autres montagnes que ces séries d'ondulations dites ciichillas^ que nous avons indiquées plus haut et qui déterminent les bassins de ses cours d'eau. Ces plis de terrain, dans l'intérieur des terres , sont sans aucun escarpement et Tiennent mourir en pente douce auprès des rivières; mais du côté du Parana, de la Paz et du Diamante, ils forment les berges élevées qui surplombent le fleuve, tandis qu'au-dessus et au-dessous de ces deux bourgs les terres basses et noyées se confondent, pour ainsi dire, avec les eaux.
Nature du sol. — Le sol de l'Entre-Rios est constitué par une couche d'humus d'une épaisseur variable, recouvrant un sous-sol ordinairement argilo-sableux, très-meuble et toujours fertile. Au dessous, se trouve la couche argileuse, semée presque partout de noyaux calcaires, généralement très-petits. La partie rocheuse qui affleure quelquefois la superficie vers le Panma, est un calcaire coquillier; elle est formée par du grès vers l'Uruguay, et quelquefois aussi par du calcaire, mais celui-ci n'est plus coquillier et se trouve au contraire mêlé d'une assez forte proportion d'argile. Ces deux dépôts, quoique de nature différente, se complètent ainsi l'un par l'autre et fournissent, par conséquent, tous les matériaux nécessaires aux constructions. (Voyez d'ailleurs tome I, pages 233, 260, et tome II, page 452.) Dans le voisinage du Haut-Uruguay, au-dessus du Salto, on rencontre de belles agates, des sardoines et calcédoines et de magnifiques échantillons de cristal de roche, tantôt blanc, tantôt coloré.
CuMAT. ■ — Le climat de l'Entre-Rios est celui du littoral (voyez tome I, page 34S). L'hiver y est extrêmement doux, et ne se signale çie par de courtes gelées qui n'ont lieu que le matin et par un temps très-clair. Les pluies sont souvent irrégulières, quoique celles de
printemps et d'automne manquent rarement. Cette irrégularité des pluies rend les sécheresses assez fréquentes, et nécessite des travaux particuliers, tels que la construction de puits, de norias, etc., etc.^ pour assurer le succès des cultures et maintenir le bétail en bon état. Les chaleurs de Tété sont tempérées par les vents du sud et du sud-est, qui soufflent dans les deux grandes vallées de l'Uruguay et du Parana; de plus, il y a toujours une grande différence entre la température du jour et celle de la nuit, et les matinées sont d'ordinaire fraîches en toute saison. Les orages sont fréquents et forts, quelquefois, mais rarement, accompagnés de grêle et même de trombes. Les vents les plus violents sont ceux du sud, lesquels, surtout après les pluies, amènent toujours un grand abaissement dans la température. La température moyenne de tout l'Entre-Rios varie entre 17%50 et 19 degrés. La hauteur barométrique moyenne est d.e 760 ; il y tombe approximativement 1 ,200 millimètres d'eau par an , mais cette quantité se répartit inégalement, suivant les années et la saison.
Végétation. — La végétation de l'Entre-Rios est celle du littoral (voyez tome I, page 397). Les bois abondent sur les bords des ruisseaux et rivières, mais ils ne sont pas d'une haute taille. La grande forêt de Mont tel ^ qui cpuvre tout le nord-ouest de la province, et dont la pointe sud touche à Nogoya, est composée d'essences de ûandubay, quebracho, tala, viraro, chaùar, etc., etc., tous arbres qui n'atteignent pas un très-grand développement sous cette latitude. C'est un bois semé de beaucoup de clairières naturelles, dont on profite pour établir des fermes à bétail. — Les rives de l'Uruguay nourrissent une vaste forêt de palmiers yataïs, depuis l'arroyo de Pospos jusqu'à la Concordia. Partout ailleurs, le sol est abondamment couvert de plantes graminées formant d'immenses pâturages, qui semblent appeler l'industrie pastorale. Aussi l'éducation du bétail est-elle la première industrie et fait-elle la principale richesse de l'Entre- Rios.
Agriculture. — L'agriculture proprement dite est peu pratiquée dans cette province. Ce n'est que dans le voisinage des villes, qu'indépendamment de la culture des légumes et des arbres fruitiers, on se livre à celle des céréales et des fourrages artificiels. Cependant, l'Entre-Rios produit assez de blé pour la consommation de certains départements qui ont des moulins mus par la vapeur ou par des mules [atahonas). La culture du coton, qui pourrait être entreprise sur une grande échelle, est délaissée faute de population suffisante. On
ne récolte de fruits que ce qu'il faut pour la coasommation locale. Tous les arbres fruitiers d'Europe, poiriers, pommiers, pêchers, cerisiers, etc., etc., indépendamment de quelques-uns des pays chauds, tels que Toranger, le goyavier, prospèrent et donnent des produits excellents. La vigne réussit assez bien pour que Ton puisse la traiter en grand pour la production du vin. — Enfin, toute espèce de culture, en général; pourrait êlre tentée sur le sol de TEntre-Rios ; il est, le répétons-nous, éminemment fertile, et n*a d'autre inconvénient que de souffrir de temps à autre de la sécheresse, et tous les cinq ou six ans de la sauterelle.' Il est à remarquer que ce dernier fléau attaque plutôt les départements voisins du Parana que ceux de T Uruguay.
Les colonies établies à la Villa-Urquiza (Las-Conchas), sur le Rio- Parana, et à San-José-del-Uruguay, près du fleuve de ce nom, commencent à prospérer par la culture, industrie principale des immigrants. Leurs exportations en produits du sol entrent déjà pour une part notable dans les expéditions de la province pour la place de Buéûos-Ayres.
ÀNUfAux SAUVAGES ET DOMESTiQiES. — La Configuration de l'Entre - Rios, ses rivières, ses ruisseaux, ses bois, y facilitent le développement du règne animal. On trouve le jaguar dans ses forêts, le grand cerf des marais dans le Delta paranien, le caïman dans les affluents du fleuve. Des bandes de chevreuils et .d'autruches courent dans sa campagne, et ces animaux inoffensifs y sont protégés par la loi. Le gibier, abrité et défendu par les bois, abonde et offre des ressources inépuisables au chasseur. Enfin, presque tous les animaux sauvages dont nous avons parlé dans notre description générale du règne animal sur le territoire argentin s'y rencontrent.
BétjiL — Les animaux domestiques élevés sur une grande échelle sont : le bœuf, le cheval et le mouton. L'excellence des pâturages les multiplie, et le pays compte de nombreuses estancias. Il n'y a plus de bétail alzado^ sauvage, que dans quelques îles du Delta paranien ; partout pilleurs il est réduit, et son exploitation fait la principale richesse des habitants. Les chevaux et juments, dont ou estime le nombre à un demi-million, sont grands et forts, et d'une douceur remarquable. Les moutons indigènes étaient d'assez bonne qualité, mais Tintroduction de nombreux béliers de race fine les ont singulièrement améliorés, et aujourd'hui ces troupeaux métis se raffinent incessamment. Les départements voisins du fleuve Uruguay, par la nature de
leur sol un peu sableux et celle de leur pâturage, qui est court, mais substantiel, sont surtout propres à la production et à l'entretien de cet animal, dont la laine fait aujourd'hui une branche fort importante d'exportation outre-mer. On s'adonne aussi à l'élève du mulet, que l'on envoie à Corrientes et au Brésil. Le bœuf qu'on élève dans les fermes du pays est de haute taille et prend bien la graisse. D'après les derniers calculs, le chiffre des bêtes à cornes était de près de 2 millions en 1863, et celui des moutons de 2 millions également. Les chiffres officiels du recensement de 1864 donnaient 1,093,659 bœufs et vaches, 1,087,298 brebis, 268,408 juments; mais il manquait les chiffres des départements de la Victoria, Nogoya et l'Uruguay, qui sont extrêmement riches en bétail.
Industrie et Commerce. — L'industrie de l'Entre-Rios est donc essentiellement l'éducation du bétail. La province est couverte d'estancias, surtout entre les rivières Gualeguay et Uruguay, région où les pâturages sont de qualité supérieure. Les épizooties sont rares ; elles ne se développent que par suite des sécheresses, et les pertes de bétail seraient insignifiantes si tous les propriétaires avaient le soin de construire des mares artificielles [tajamares) , comme beaucoup l'ont déjà fait, et des puits pour abreuver leurs animaux. En effet, quoiqu'il existe un assez grand nombre de lagunes naturelles et beaucoup de ruisseaux, ces amas d'eau se sèchent lorsque plusieurs mois se sont écoulés sans pluies. Les bestiaux abandonnent alors leurs pâturages habituels pour se rapprocher des rivières plus considérables, afin d'y boire ; ils se fatiguent en route, meurent ou se mêlent à ceux des fermes voisines et il s'en perd ainsi une certaine quantité.
Le mouton s'élève bien, atteint une belle taille, et sa laine se raffine facilement par le métissage. Les béliers fins ne souffrent pas du climat, quoiqu'il soit plus chaud que dans la province de Buénos- Ayres; comme dans cette province, on abandonne graduellement l'élève du bœuf pour la remplacer par celle du mouton, et l'on fait venir à grands frais des béliers des meilleures espèces. Les plus belles fermes à moutons sont dans le département de la Concordia.
Dans la forêt de Montiel et dans le sud on s'occupe principalement du gros bétail. — Les estancias, en général, sont d'une étendue considérable et nourrissent en moyenne 2,000 têtes par lieue carrée, sans compter les chevaux et les moutons. Le chiffre varie d'ailleurs suivant la qualité du pâturage; les fermiers qui soignent leur
terrain en donnant de l'écoulement aux eaux, en faisant des abreuvoirs, en extirpant les mauvaises herbes, en brûlant les joncs (/?ajonales) des bas-fonds, peuvent y nourrir près de 3,000 tôtes.
Le commerce d'Entre-Rios repose essentiellement sur l'exportation des produits de l'industrie pastorale : Gualeguay, Gualeguaychu, l'Uruguay, la Coucordia, la Victoria et Parana ont des saladeros où l'on tue environ 200,000 bœufs ou vaches par année (4), ce qui, avec la consommation ordinaire , élève à plus de 350,000 le nombre des cuirs d'animaux adultes que l'on peut extraire du pays. On exporte un tiers de ce chiffre en cuirs de chevaux et de juments soit secs, soit salés. Quant à la laine, la quantité produite augmente tous les ans, en même temps que sa valeur s'élève par suite du raffinement. Il s'expédie une quantité considérable de viande salée pour le Brésil et Cuba, de suif et de graisse pour l'Europe. Il existe plusieurs grandes tanneries ; les cuirs que l'on y prépare se consomment dans la province, ou sont envoyés à Montevideo et à Buenos- Ayres.
La multitude de bois d'essences très- dures qui existent dans l'Entre-Rios permet plusieurs industries. On y construit des charrettes et des embarcations, et, de plus, on envoie soit à la Bande orientale, soit à Buenos- Ayres, des pieux de fiandubay pour faire les enceintes à bestiaux ou à culture [corrales de palos à pique). Cet arbre précieux est incorruptible en terre et d'un prix qui s'élève chaque jour par suite de l'extension de son emploi dans l'industrie rurale. — On expédie aussi sur ces mêmes points des bois de chauffage et du charbon pour les usages domestiques. — L'agriculture commence à offrir des produits susceptibles d'exportation , tels que céréales et fruits ; mais ce commerce n'est encore guère important. La fabrication de la chaux, au contraire, à Parana, à la Victoria, et sur les bords de l'Uruguay, donne lieu à un certain mouvement d'affaires. On a établi à Parana des fabriques de carreaux et poteries qui parviennent à envoyer au dehors leurs produits avec assez de succès. On a tenté d'établir une fabrique d'alcool de palmier dans les forêts de yatals du départeinent de la Concordia, mais cette opération a été abandonnée.
(1) Les chiflres ofBciels donneni pour les animaux abattus dans les saladeios :
Le commerce de l'Entre-Rios a grandi considérablement depuis dix années, puisque ses douanes rendent aujourd'hui près de 800,000 piastres fortes par an en droits d'importation et d'exportation et que la valeur totale des exportations dépasse 10,000,000 (50,000,000 fr.). Après Buénos-Ayres, c'est la province la plus importante et la plus riche de la Confédération argentine ; c'est aussi celle où la population, chaque année plus nombreuse, consomme le plus,.
Voies de communication. — La configuration de l'Entre-Rios rend les communications partout faciles, excepté dans la saison pluvieuse, où les rivières ne sont quelquefois pas guéables. On a construit dernièrement plusieurs ponts qui rendent d'immenses services à la via^ bilité générale. Il existe des bacs sur les rivières de Gualeguaychu et de Gualeguay. A l'aide de ces moyens, le transit n'est interrompu en aucun temps et les charrettes peuvent parcourir toute la province; tous les centres de population sont donc reliés ensemble aujourd'hui par des chemins, plus ou moins faciles sans doute , mais généralement praticables.
Depuis 1858, on a établi un service de diligences qui fait communiquer ensemble les villes de Parana, Nogoya, Victoria, Gualeguay, Gualeguaychu et Uruguay. En outre, le gouvernement national subventionne, depuis la fin de 1862, un service de messageries qui va de la Concordia à la Restauration, dans la province de Corrientes, et qui se relie aussi aux messageries brésiliennes de la Uruguayana à Itaquy et à San Borja dans les Missions. Cette mesure met ce pays fertile et qui commence à se repeupler en contact rapide avec le littoral. Ces diligences et les vapeurs de l'Uruguay permettent de se rendre en moins de huit jours de San-Rorjaà Ruénos-Ayres et Montevideo, tandis qu'autrefois il fallait six semaines ou même deux mois pour cela.
Indépendamment de ces messageries, dont le service se fait avec régularité, les bateaux à vapeur desservent journellement tous lespoints principaux du littoral des deux fleuves Parana et Uruguay, à partir de Montevideo , et mettent ainsi en rapport continuel le Saito , Paysandu , Fray-Rentos , las Higueritas , la Colonia , dans la Rande orientale; la Concordia, Colon, la Concepcion, Gualeguaychu, dans l'Entre-Rios; Ruénos-Ayres, San-Pedro, San-Nicolas, Rosario, Diamante, Parana, Santa-Fé, La Paz, La Esquina, Goya, Relia Vista, Corrientes sur le Parana, et enfin l'Assomption sur le Paraguay. — Sous le rapport des communications par eau, l'Entre- Rios se trouve le mieux partagé des provinces argentines ; aucun dé
ses villes, bourgs ou villages, aucune de ses eslancias n'est éloignée de plus de trente lieues d'un port sur Tun ou Tautre de ses deux fleuves, et en deux ou trois jours au plus peut y porter ses produits. Presque tous ces ports sont accessibles, même aux navires d'outremer, et Ton comprend queb avenir de pareilles conditions de viabilité ouvrent au commerce de la province, lorsque la population aura atteint le chiffre qu'elle peut nourrir à l'aise, c'est-à-dire quatre millions d'habitants, à raison de mille par lieue carrée.
Population. — La population actuelle de l'Entre-Rios est entée sur les anciennes tribus indiennes de Minuanes et de Chanas, qui habitaient autrefois le pays, mais qui ont complètement disparu en se fondant avec les colons espagnols. Cependant les traces de ce mélauge se reconnaissent facilement dans la population de la campagne. Depuis la ruine des Missions et la dispersion de leurs Indiens, UD certain nombre de Guaranis se réfugièrent également dans cette province et se mêlèrent à ses habitants. A partir de 1845, il y est venu beaucoup d'étrangers, tous originaires d'Europe, puisque le recensement de 18o7 en comptait 12,000. La plupart épousent des filles du pays. Ces unions sont remarquablement fécondes, et c'est à cette grande reproduction qu'est surtout due l'augmentation rapide de la population de la province. En effet, dans les vingt dernières années, la population de l'Entre-Rios s'est accrue considérablement : ou l'estimait à 30,000 âmes en 1830; elle était de 47,000 en 1849, etdeprès de 80,000 en 18S7. Le recensement de 1861, moins la ville deParana, qui compte encore au moins 7,000 habitants, a donné 94,650 âmes, ce qui fait qu'on peut l'estimer à 107,000 aujourd'hui. L'examen de cette progression de 1849 à J861 démontre un doublement de population en onze années ; c'est l'exemple de l'accroissement le plus rapide que l'on connaisse encore dans la Plata (1). Nul doute que Tordre et la tranquillité dont a joui la province depuis
(1) Ces 107,000 habitants se répartissent ainsi :
Départements à VOuett du Gaaleguay :
DéfMutenieDt du Parana 13,200
Département du Diamante 3,000
Département de la Victoria 16,000
Département de Nogoya 8,500
Départemeot de Gualeguay et Tala 16,000
Département de la Paz 5,600
A reporter 62,00<»
COHF. ▲BGUfTniB. — T. lU. 7
1846, SOUS radminislration du général Urquiza, en y développant partout le bien-être et même la richesse, n'aient puissamment contribué à cette extraordinaire progression. Il est à remarquer aussi que maintenant la population, soit indigène, soit immigrante, cessant de s'entasser dans les villes où il y a une grande concurrence en toute espèce de niétiers et professions, va beaucoup à la campagne, où elle trouve à acheter des terres à bas prix, et s'y met à Tagriculture ou à rélève des brebis, enfin à produire au lieu de s'obstiner à servir d'intermédiaire à la production. — Cette circonstance favorise notablement son accroissement; les enfants s'élèvent mieux à la campagne qu'à la ville, et la mortalité y est moins considérable. L'Entre-Rios est éminemment salubre. On n'y connaît d'autres
Report 62,()00
Départements à VEst du Gualeguay,
Département de Gualçguaychu 13,000
Département de ri} ruguay 11,800
Département de Villaguay 5,700
Département de la Concordia et Federacion 14,500
Total • 107,000
Voici ce que donnent les recensements divers de l'Entre-Rios depuis soixante-cinq ans : '
11,600 âmes selon Azara.
— selon D. Ignacio Nunez..
— recensement ordonné par le général Urquiza.
— recensement ordonné par le gouvernement national. — > recensement ordonné par le gouvernement provincial.
— id. id. (mais il y manque la population de la ville de Parana alors fédéralisce.)
Le recensement de 1849 se décomposait ainsi :
„,,,,.. ( Départements du Parana 29,045 i .^«.
Selon les localités. . . \ j^*^ , . , „,. .«/.«« I 49,671
( Départements de lUruguay 18,626 )
o , , ( Hommes 23,274 ) ^^ ^,
Selon le» sexe... . . | ^^^^^ ^^ ^^^ | 49.671
i Étrangers européens . 1,771 j
Suivant la nationalité. / Étrangers américains 2,246 [ 49,671
( Entrc-Rianos purs 43,054 )
A celte é|X>que un grand nombre d'Argentins et d'Orientaux, fuyant les persécutions de Rosas et d'Oribc, s'étaient réfugiés dans l'Entre-Rios, sous la protection du général Urquiza.
Le recensement de 1857, ordonné par le gouvernement de la Confédération, donne :
Pour les cinq départements de la section du Parana 44,098 ) -q «««
Pour les quatre départements de la section de l'Uruguay. . . 35,189 ) *
Sur ce chiffre total, on compte 12,044 étrangers, la plupart venus d'Europe. — Les deux derniers recensements ne donnent pas ce chiffre, qui ne peut avoir diminué. 11 doit y avoir aujourd'hui près de 15,000 étrangers dans TËntrc-Rios.
épidémies que celles de variole, de rougeole et de scarlatine, qui parcourent de temps en temps la Plata. Malgré les inondations des rivières, les fièvres intermittentes ne s'y voient pour ainsi dire pas. — Le tempérament des Entre-Rianos est robuste, et ils sont excellents soldats. — Quant au travail, entièrement absorbés par l'éducation du bétail, ils ont négligé longtemps l'agriculture et s'occupent peu des arts mécaniques, dont l'exercice reste presque exclusivement entre les mains des étrangers. Depuis quelques années cependant, animés par l'exemple des colons de Las Couchas et de San-José et des nombreux Européens établis dans la province, ils se sont mis avec succès à la culture des céréales et des arbres fruitiers.
Gouvernement et administration. — Pouvoirs exécutif et législatif. — La province d'Entre-Rios, fédéralisée de 1833 à 4860, était gouvernée directement par le président de la confédération Argentine. Le 15 février 18G0 elle a voté sa constitution provinciale, et depuis cette époque elle a son gouvernement particulier. Celui-ci se compose d'un gouverneur nommé pour quatre ans et non rééligible, si ce n'est après une période égale. Il est assisté de deux ministres, l'un pour l'intérieur, l'autre pour les finances. La Chambre législative est formée de vingt députés, à raison de deux par département, et qui ODt droit à une indemnité de 800 piastres pour quatre mois de session ordinaire. La nomination de ces députés doit se faire désormais en raison de chaque fraction de 5,000 habitants au plus et de 3,000 au moins.
Chaque département est présidé par un chef politique ou préfet; sous les ordres de ce magistrat sont tous les employés subalternes; il est aussi chargé de la police qui s'exerce à l'aide des commis>aires de district. Il y a en outre un juge de paix et une junte d'inspection des écoles publiques.
Justice, — Un tribunal supérieur de justice, composé de trois membres, siège dans la capitale de la province. Celle-ci est partagée en deux grandes circonscriptions judiciaires, la section du Paraiia et la section de l'Uruguay. Chaque chef-lieu de département doit avoir un tribunal de première instance.
Culte et clergé. — Un délégué ecclésiastique relevant de l'évéché de Parana réside également dans là capitale ; chaque département fonne une paroisse pourvue d'un curé et d'un ou deux vicaires. Des desservants sont assignés aux autres villages. Il n'y a aucun couvent dliommes ni de femmes dans toute la province. Excepté à Parana et
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à r Uruguay, partout les églises, qui ne sont que de simples chapelles devenues trop étroites pour la population, ont besoin d'être reconstruites.
Instruction publique. — Les écoles primaires, pour les deux sexes, entretenues par le trésor provincial, sont assez nombreuses, et dès 1849, le budget de l'instruction publique était de 48,000 piastres fortes, grâce à l'attention constante que le général Urquiza prêtait à ce puissant instrument de civilisation. Aujourd'hui le gouvernement continue à s'en occuper avec activité ; mais, malgré les sacrifices faits par l'État et sa surveillance, l'éloignement des estancias empêche les enfants de fréquenter autant qu'il serait à désirer les écoles de district, et plusieurs ont dû fermer faute d'élèves. Quelques \illes ont des établissements privés d'instruction secondaire qui sont assez fréquentés. Chaque chef-Ueu a deux écoles de l'Etat, l'une pour les garçons, l'autre pour les filles. La junte d'instruction publique est chargée de leur surveillance.
Hygiène publique, — Un conseil d'hygiène, résidant à l'Uruguay, a dans ses attributions l'examen de tout ce qui tient à l'art de guérir, à la salubrité publique, aux épidémies, etc.. Il est en outre chargé d'examiner les titres de ceux qui veulent se livrer a la pratique médicale ou à l'exercice de la pharmacie dans toute la province. — On s'occupe aujourd'hui de l'organisation des hôpitaux dans les principales villes de la province, et l'on a demandé en Europe des sœurs de la Charité pour les diriger.
Municipalités. — La loi qui doit organiser ces magistratures locales, si utiles, si essentielles pour la prospérité de la province, n'est point encore votée, mais doit l'être incessamment. On prendra sans doute pour modèle les dispositions qui ont produit de si heureux résultats à Buénos-Ayres.
Finances. — Avant d'être fédéralisée, la province d'Entre-RiosJ jouissant du revenu de ses douanes, avait ses finances dans un état de prospérité remarquable. Tous les services publics étaient ponctuellement servis, et le gouvernement avait môme pu prêter 800,000 piastres (4,000,000 fr.) aux particuliers. Une foule de travaux publics avaient été entrepris et menés à bien, tels que la chambre des députés de Parana, le collège et la commandance de l'Uruguay, les écoles de Nogoya, Gualeguaychu, la Concordia , la commandance de Gualeguay, les cimetières, etc. A partir de 1851, l'Entre - Rios a appliqué exclusivement ses finances à l'organisation de la confédération argentine, et, depuis sa fédéralisation en 1853, ses rêve-
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nus ont formé à eux seuls les deux cinquièmes de la recette totale du budget de la nation. En consacrant ainsi toutes ses ressources au pays, TEntre-Rios a noblement immolé sa richesse personnelle à l'intérêt général ; mais la conséquence de ce patriotisme , c'est que l'état de ses finances, si prospères alors qu'elle formait une simple province à part sans avoir à contribuer aux charges d'un gouvernement central qui n'existait pas alors, a bien changé. Une fois confondues, et cela a duré dix ans, avec le trésor nationîd de la Confédération surchargé d'énormes frais, il ne lui a^lus été permis de continuer ces travaux d'utilité publique qui avaient signalé son administration, si brillante de 1846 à 1851, et de 1802 à 1860 pns un seul n'a pu être exécuté dans la province.
Aujourd'hui l'Entre-Rios rendu à lui-môme organise son budget, dont les charges trop lourdes montent à près de 330,000 piastn^s, mais peuvent, le temps et la paix aidant, être couvertes par la vente du papier timbré, les patentes, la location et vente des terres publiques, le produit des fermes de l'État et surtout l'impôt territorial, qui est de 4 pour 1,000. De plus, le gouvernement commence h faire recouvrer les créances de l'administration antérieure à la fédéralisation, de manière à reprendre les travaux suspendus, et à pourvoir aux nécessités les plus urgentes de la province. Comme le pays est réellement riche, quoique l'état financier actuel laisse à désirer, et que les années 1861 et 1862 se soient soldées par du déficit, il n'est pas douteux qu'avec de Tordre et de l'économie le budget provincial n'arrive rapidement à s'équilibrer.
Il a été question d'établir une banque provinciale, garantie sur les terres de propriété publique. L'étendue de ces terres est considérable, et elles se vendront à un prix élevé lorsque leur délimitation aura été faite. C'est dans ce but que le gouveniement vient de créer récemment un Bureau topographique pour les faire mesurer par les géomètres de l'Etat.
Milice provinciale. — Tout Entre-Riano est garde national ; aussi cette milice arrive-t-elle au chiffre de 18,000 hommes, dont la plus grande partie est immédiatement mobilisable. En 1858, à la grande revue du 26 mai à Parana, le général Unjuiza avait présenté 12,000 cavaliers, montés, équipés et armés à leurs frais. Les Entre- RioDOS sont excellents soldats ; depuis vingt années ils ont triomphé sur tous les champs de bataille de la Plata. Cependant les nombreuses campagnes qu'ils ont faites, si l'on excepte celle de la Rande-Orientale, qui a duré trois années, de 1843 à 1846, ne les ont distraits que
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peu de temps de leurs travaux, le général Urquiza, leur illustre chef, ayant Thabitude de ne les appeler qu au dernier moment et de les licencier sitôt l'expédition finie. Ainsi les dernières campagnes de 1859 et 1861 ne leur ont pris que quelques mois. — Le service de la milice est organisé sur des bases solides, par départements et districts. Au premier signal , dans les trois jours, toutes les divisions actives sont réunies au quartier général, et l'on est prêt à marcher.
§ II. — Province éCEntre-Rios en particulier. — Division administrative. — Départements^ districts et centres de population.
Division administrative. — L'Entre-Rios est divisé en deux grandes sections, celle du Parana et celle de l'Uruguay, séparées entre elles par le Rio-Gualeguay. La section du Parana se partage en six départements : ceux de la Paz, Parana, Diamante, la Victoria, Nogoya et Gualeguay. Celle de l'Uruguay est divisée en quatre : Gualeguaychu, El-Uruguay, Villaguay et la Concordia ; en tout, dix départements, désignés du nom de leur chef-lieu. Ils se subdivisent en districts au nombre de 77, dénommés suivant le ruisseau, la lagune ou la ferme près desquels ils sont situés.
On y compte 6 villes [ciudades) : Parana, Nogoya, la Victoria, Gualeguay, Gualeguaychu, Concepcion-del-Uruguay et la Concordia ; — 7 bourgs [villûs) : La Paz, Villa-Urquiza, El Diamante, El Tala, Villaguay, Colon et la Federacion ; — enfin, un grand nombre de hameaux formés seulement de quelques maisons groupées à une courte distance les unes des autres, et qui généralement sont des chefs lieux de district. — Les estancias ou fermes à bétail sont semées par toute la province, et occupent naturellement les endroits les plus favorables pour cette industrie, c'est-à-dire le sommet des «/chillas ou collines, d'où la vue peut embrasser un vaste ensemble de terrain. Les chacras^ ou fermes à culture, se trouvent au contraire sur les flancs de ces mômes ondulations et dans la plaine.
Toutes les villes actuelles n'étaient guère que de pauvres villages jusqu'à l'administration du général Urquiza; c'est depuis 1852 qu'elles ont pris le développement extraordinaire qu'elles ont aujourd'hui. Ces centres de population S(^ composent d'une ou plusieurs places carrées de i60 vares (i36 mètres) de diamètre, sur laquelle sf>nt généralement l'église, l'école et la commandance ou préfecture,
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puis des rues larges de 15 mètres se coupant à angle droit, et circonscrivant une lie de maisons {manzana) de 69 mètres de côté. Les maisons sont construites en briques, soit à terrasses {azoteà)^ soit à toits de paille [rancho). Elles sont assez grandes, bien aérées, d'une distribution passable, et ont plusieurs cours qui les rendent commodes ; ces cours sont fort souvent ornées de caisses de fleurs. En outre, rétendue des terrains primitivement concédés à chaque habitant, généralement un carré de 35 mètres de côté, permet à chaque maison d'avoir un jardin où Ton cultive quelques arbres fruitiers ou plantes d'agrément.