‹ Description géographique et statistique de la confédération ArgentineChapitre 9 sur 60 · FRONTIÈRE OCCIDENTALE OU LIGNE DES INDIENS · texte numérisé non relu

FRONTIÈRE OCCIDENTALE OU LIGNE DES INDIENS

De l'occident de Patagones au district de Tapalquen, en traversant le Rio-Colorado et en passant aux pieds de la sierra de la Ventana pour arriver aux buttes de Curico, à l'extrémité de la chaîne du sud, on peut tracer une sorte de ligne fictive qui laisse eu dehors et à l'ouest ce que nous avons appelé le Territoire indien du sud, et à Test, les plaines de TEntro-Rios du Sud et de l'Entre-Sierras, assignées nominalement, comme nous l'avons indiqué plus haut, aux districts actuels de Patagones, Bahia-Blanca et Loberia. De l'autre côté de la première ligne de sierras et tout à fait à l'ouest de la province, on trouve les districts de Tapalquen, du 25 Mai, du Bragado et de Junin, qui s'échelonnent du sud au nord tout le long de la frontière actuelle, et sont considérés comme la ligne extérieure de défense contre les barbares de la pampa.

District de Tapalquen, — Au sud de la sierra de ce nom et à l'ouest de l'Azul. La sierra de Tapalquen est peu élevée; elle est gneissique et quartzeuse comme les autres, et se termine à l'ouest par des ondulations sablonneuses qui se confondent avec les médanos de cette partie de la pampa. Les ruisseaux qui en descendent sont

ceux de Tapalqueu, Barracas et de Las-Florès, que nous avons déjà nommés. La campagne de ce district, évaluée à 142 lieues ceu'rées, est bonne pour le bétail, qui y est relativement assez nombreux ; mais les invasions répétées des Indiens l'ont empêché de se peupler. On y compte 500 habitants au plus^ disséminés dans des fermes défendues par des fossés profonds.

Le fortin de Tapalquen ou Tapalqué a été abandonné, et Ton n'y a plus que des campements occupés par quelques troupes de cavalerie de ligne. Les Indiens alliés, commandés par le cacique Catriel, y ont établi plusieurs tolderias^ campements, et y entretiennent un peu de bétail.

Le district Del- Saladillo^ par sa portion occidentale, touche à la frontière indienne et sépare les districts de Tapalquen et Del 2S de Mayo. Nous l'avons rangé et décrit parmi les cantons intérieurs de la province, parce que ses conditions physiques et économiques sont tout à fait analogues à celles du district de las Flores auquel il est parallèle, et que ses fermes et sa population sont surtout groupées vers le centre, alors que sa ligne de l'ouest, comme celle de Tapalquen, est très-dégarnie.

District Del 25 de Mayo. — Ce district, au nord de celui Del-Saladillo, qui le sépare du district de Tapalquen , s'étend le long de la frontière, dans une région traversée par quelques lignes de medanos et semée de lagunes. Il mesure une étendue considérable, évaluée à près de 400 lieues carrées. Les pâturages y sont excellents, et la sécurité actuelle de cette partie de la frontière a permis à la population de s'y répandre. On y compte aujourd'hui environ 6,000 habitants, la plupart livrés aux soins du bétail dont le chiffre est considérable. On fait de l'agriculture près du chef-lieu ; on en fait aussi dans les principales fermes du district, surtout en se rapprochant du centre de la province. La production des céréales est môme assez considérable pour permettre un peu d'exportation dans les autres districts.

Le village du 25 Mai^ appelé anciennement Mulitas^ a été fondé en 1849, auprès de la lagune permanente de ce nom, qui a porté aussi celui de lagune de La Crtiz-de-Guerra; il est situé à 50 lieues de Buénos-Ayres. Depuis près de trente ans il y avait une petite forteresse dans cette localité ; on l'a reculée à six lieues ouest du nouveau village qui est aujourd'hui devenu uu centre de commerce assez actif, peuplé d'un millier d'habitants. Ceux-ci s'occupent avec activité du progrès de leur bourg. On construit en ce mo-

ment une maison municipale qui renfermera le local pour les écoles, et bientôt une église en briques remplacera la simple chapelle qui date de la fondation du village. Tous les trois jours des messageries le mettent en communication avec la capitale. Il y a beaucoup d'aisance dans le canton.

District Del-Bragado. — Ce canton se trouve dans les conditions du district précédent. Le terrain est un peu sablonneux, mais fertile, traversé par plusieurs lignes de medanos, et renferme quelques grandes lagunes. Comme dans le district du 25 Mai, la population n'a commencé à s'y enraciner que depuis une douzaine d'années. On y compte aujourd'hui 2,000 âmes , et l'agriculture se développe rapidement, sans que pour cela l'industrie pastorale cesse d'être très-avancée. — Superfice : 48 lieues carrées.

Le village de Santa-Rosa-del-Bragado est sur l'emplacement d'un ancien fortin, que l'on a reculé à l'ouest, et non loin des belles lagunes de Cusco et de Palantelen. Il compte 500 âmes, et une petite garnison de troupes de ligne commandée par un officier supérieur chargé de la surveillance de cetta partie de la frontière. — On y fait quelque commerce avec les Indiens amis du voisinage et avec le bourg de Chivilcoy, situé à dix-huit lieues à l'est, sur la route de Buénos- Ayres. On commence seulement la construction des édifices municipaux, et il n'y a qu'une simple chapelle ; ce village ne date d'ailleurs que de huit années.

District de Jimin. — Entre le district de Rojas, au nord, et celui du Bragado, au sud. Il a une superficie de soixante-quatre lieues carrées; le sol est sablonneux, très-meuble, traversé par différentes lignes de medanos recouverts d'un gazon court et épais, et renferme les grandes lagunes saumâtres dans lesquelles le Rio-Salado prend sa source. L'eau douce se rencontre presque partout à 3 mètres de profondeur; cette humidité intérieure du sol lui donne une extrême fertilité.

En aucun endroit de la province la végétation arborescente n'est plus rapide et plus vigoureuse. Des saules et des peupliers de huit ans sont déjà de grands arbres ; les espèces fruitières ne croissent pas avec moins de force et donnent d'excellents fruits. Le canton ne compte guère qu'un millier d'habitants, dont la moitié dans le cheflieu ; mais les estancias augmentent vers l'ouest, à cause de la bonne qualité des pâturages, et le district se peuplerait rapidement si le voisinage des Indiens de la Pampa ne retenait les colons. Ceux-ci se construisent des maisons à terrasse, ou, s'ils ont des chaumières, les

entourent d'un fossé profond avec une simple planche pour pontlevis.

Le village de Junin^ anciennement Federacion^ est, comme les précédents, un ancien fort qui n'a plus conservé que sa caserne. Il est entouré en quelques endroits de restes de fossés et a une garnison de troupe de ligne. On construit en ce moment une maison municipale et des écoles, et bientôt une église. La population commence seulement à s'y porter ; longtemps ce village, dont la fondation remonte à trente années, n'a été qu'un simple poste avancé contre les barbares. Les alentours sont bien cultivés; le blé, le mais, tous les légumes réussissent à souhait et suffisent largement aux besoins des habitants.

Junin est à S8 lieues de Buenos- Ayres, 10 de Rojas , 18 de Salto , 13 de Chivilcoy et autant du Bragado. Une diligence va toutes les semaines de Junin à San-Nicolas en passant par Rojas et Pergamino. — Lorsque Ton aura ouvert une route vers San-Luis et Mendoza, à travers la Pampa, il sera le point de départ pour pénétrer dans le désert. Il n'y aurait pas même cent lieues de ce point à San-Luis, en passant à toucher le sud des lagunes du Juncal, où se perd le Rio- Quinto, et par les fortins del Lechuzo et de Las-Pulgas bâtis sur cette rivière. La restauration de l'ancienne frontière du sud permettrait de donner de la sécurité à ce chemin (l).

(1) OmsEftVATiO!is gé;(ébal£s. — Nous eussions désiré entrer dans des détails statistiques (dus complets sur les districts et leurs chef s- lieux; mais les éléments d'une statistique générale exacte manquent Le Registro estadistico repnxluit ce qui lui est transmis directement, mais plus de la moitié des districts s'abstiennent d'envoyer leurs états de fin d'année. Seules, les nmnicipalilés donnent avec exactitude au gouvernement l'état de leurs recettes et dépenses, et des travaux qu'elles ont accomplis dans l'année. A la suite du message du gouverneur, à rouverture de la session législative de 1 863, trente-neuf de ces rapports ont été imprimes. Ils émanent de toutes les municipalités établies et ayant un centre de population pour chef-lieu, car il y a treize districts qui n'ont point de village et où , par conséquent , la municipalité n'existe pas encore.

Quant aux documents transmis directement au bureau de statistique et qui ont été reproduits à partir de 1 855 , on voit, en les dépouillant, que ce ne sont que des données approxiaiativcs, surtout relativement à l'étendue du terrain attribué au district, et à celui que l'on esliiiie cultivé ou laissé en pâturages destinés au bétail. Aussi avons-nous dû préférer ne donner <|oe les détails principaux et résumer tout ce que l'on avait de renseignements réels et sérieux sur le district, sans entrer dans des séries de chiffres qui auraient nécessairement été inexacts.

Pour que le gouvernement fût bien renseigné sur l'état de chaque district, il faudrait qu'à aoQ rapport ofGciel de recettes , dépenses et travaux , chaque municipalité joignit tous les trois ans, par exemple, une description substantielle des cantons : terrains, eaux, culture, popuhtioD, etc., etc.... Les choses marchent si vite, les modifications dans les occupations et le régime des habitants sont tellement promptes, que ce qui était vrai une année ne l'est pbis lorsque trois se sont écoulées.

§ III. — Histoire abrégée de la province.

L'histoire de la ville et de la province de Buénos-Ayres est si intimement liée à celle de tout le bassin de la Plata, que nous ne pourrions que relater ici ce que l'on trouvera dans notre chronologie historique. Nous résumerons donc simplement les événements, insistant seulement sur ce qui est spécial à la province, à son régime politique et économique, surtout depuis l'émancipation de la métropole, et à sa position particulière relativement aux autres provinces du territoire argentin.

En 1508, le grand pilote de Gastille, Juan Diaz de Solis, avait découvert l'embouchure de la Plata et y était revenu en 151S, pour périr sous les coups des Indiens Charmas. En 1327, Gaboto avait continué les explorations de Solis, remonté le Parana, reconnu le Rio-Vermejo et le Rio-Paraguay, et fait un premier établissement près de l'embouchure du Carcarafia dans le grand fleuve Parana, en y construisant le fort d'Espiritu-Santo. Ensuite il était allé en Espagne, exaltant les richesses et la beauté du pays qu'il avait trouvé, et après avoir donné à son fleuve le nom de rivière d'argent.

Ces découvertes excitèrent l'esprit aventureux des Espagnols, déjà mis en émoi par la conquête du Mexique et celle du Pérou. Diego de Mendoza, gentilhomme de la cour de Charles-Quint, obtint de ce prince le titre d'Adelantado^ ou gouverneur général des terres à conquérir, et partit avec une escadre puissante pour l'époque, portant des troupes et des colons. Après une longue et pénible navigation, il vint aborder, en 1S3S, sur la rive gauche de la Plata, entra dans le Riachuelo où il abrita ses navires, et jeta sur ses bords les fondements d'une ville, à laquelle il donna le nom de Nuestra Senora de Buenos- Ayr es, Notre-Dame de bon air, tant le climat avait plu aux conquérants.

Le pays était habité par deux classes d'Indiens : les Querandis, peuple nomade et brave, probablement de race araucane ; les Mbeguas et les Timbus, de race guaranie. Les premiers virent avec peine des étrangers, dont la renommée célébrait la valeur et la fierté cruelle, s'établir sur leurs terres. Aux relations amicales qui s'étaient d'abord établies, succédèrent bientôt du refroidissement, puis une hostilité ouverte. Ils refusèrent de continuer à fournir des vivres aux

colons ; ceux-ci, affamés, voulurent eu obtenir par force : il fallut faire desexpéditions dans la campagne voisine ; mais, affaiblis parles privations, décimés parles maladies nées delà disette, les Espagnols furent bientôt obligés de s'enfermer dans les murailles de leur ville naissante. Ils y furent attaqués par les Querandis, dont les boules chargées de pailles enflammées incendièrent les chaumières du fort et même quatre des navires mouillés dans le Riachuelo. Cependant Ténergie espagnole repoussa toutes ces attaques, et les Indiens éprouvèrent des défaites sanglantes sur la rivière de la Matanza et celle de Lujan, défaites, il est vrai, achetées bien chèrement. Ces combats éloignèrent un instant les Querandis, qui convertirent le siège en blocus, et la famine continua de décimer les conquérants. En vain, Mendoza courut-il chercher des secours au fort d'Espiritu-Santo, bâti par Cabot, et envoya-t-il son lieutenant Ayolas au Paraguay pour en rapporter des vivres qu'il devait acheter aux tribus pacifiques de cette contrée, tout cela fut insuffisant. Après une lutte d'un an et demi, il repartit désespéré pour l'Espagne et mourut en route. La colonie essaya de se soutenir ; elle reçut quelque soulagement de la part des Espagnols et des Portugais établis à l'île de Saint-Vincent, sur la côte du Brésil ; mais les attaques continuelles des Querandis rendaient la culture et par suite tout établissement impossibles. En 1539, la plupart des colons s'enfuirent, soit au Brésil, soit au Paraguay, et, en 1342, l'Adelantado Alvar Nuùez-Cabeza-de-Vaca donna Tordre d'évacuer complètement la colonie. Le pays fut donc rendu aux Indiens.

Pendant que l'établissement de Buénos-Ayres échouait, les colonies des bords du Parana et du Paraguay se développaient malgré les guerres avec les indigènes, et l'on sentait de plus en plus la nécessité d'avoir un point de relâche et de ralliement à l'entrée de la Plata. On ne pouvait songer à la Bande orientale, dont les indomptables Charruas défendaient obstinément le territoire. Avec le temps, les Querandis s'étaient repliés vers le sud, et il ne restait plus sur la rive gauche de la Plata que des Indiens de race guaranie qui paraissaient faciles à soumettre. Juan de Garay, voyant prospérer la province du Paraguay, redescendit le Parana, fonda Santa-Fé en 1573, soumit les Timbus et les Quiloasas des bords du Parana, et, en 1380, nommé gouverneur de tous ces établissements espagnols, il se crut assez fort pour rétablir la ville de Buénos-Ayres, dont la situation avantageuse n'avait point été oubliée.

Ce fut avec 60 soldats espagnols et une troupe d'Indiens auxiliai-

res, que, le il juin 1S80, don Juan de Garay prit solennellement possession du territoire, et accomplit la cérémonie solennelle de la fondation de la ville qui devait être un jour la métropole de la Plata(I). Les Querandis, retirés vers le sud et mêlés aux Tehuelches, ne firent point d'opposition ; les Guaranis de San-Isidro et de las Couchas se laissèrent sans résistance réduire en commanderies et ne tardèrent pas à se fondre avec les colons espagnols.

Par sa situation, Buénos-Ayres était la station obligée des navires qui arrivaient d'Europe et de ceux qui descendaient du Paraguay; elle était le dépôt naturel de la multitude d'objets de commerce qui pouvaient s'échanger entre l'Espagne et ses établissements coloniaux du bassin de la Plata. Déjà même l'on commençait à aller au Chili par la Pampa et la cordillère de Mendoza, ville qui venait d'être fondée. Dès 1384, commencèrent des opérations commerciales qui prirent bientôt une importance telle que, six ans plus tard, en 1590, le commerce andalou, pour conserver ses monopoles de la Nouvelle-Grenade et du Pérou, provoqua de la part du gouvernement espagnol des mesures restrictives véritablement extravagantes qui obligeaient l'importalion des articles européens à se faire par la route du Pérou, c'est-à-dire par une voie terrestre de l ,000 lieues !... (Voyez tome II, page 490, Histoire du commerce argentin pendant la période coloniale.)

En effet, le nouvel établissement se développait avec une telle rapidité, qu'en 1587, attirés par le bruit de sa richesse, les corsaires anglais venaient le menacer, et se voyaient obliges de se retirer devant la bonne contenance des colons. La population y venait, uonsoulement des établissements du Tucuman, du Haut-Parana et du Paraguay, mais encore d'Espagne. L'immense multiplication des bêtes à cornes et des chevaux dans les plaines des environs, tout eu assurant la subsistance et le bien-être des habitants, leur fournissait un précieux moyen d'échange pour un commerce qui avait à lutter si

(1) II s'établil à quelque distance du Riachuelo, là où est la ville actuelle. On possède d'ailleurs Tacte de fondation , la distribution du terrain , celle des commanderies d'Indiens, et les noms des fondateurs et des concessionnaires. La construction du fort , pour protéger la ville , fut immédiatement commencée sur le même emplacement où s'élève aujourd'hui le palais du gouvernement national. On rendit a la ville le nom que Mendoza lui avait donné, Ciudad de la santisima Trinidad y puerto de Santa Maria de Buenos- Ayres , ville de la très-sainte Trinité et port de Sainte-Marie de Bons-Airs. (Voyez la collection Ângelis, t. 111, où sont relatés plusieurs documents relatifs à la fondation de Buénos-Âvres ; les registres statistiques de 1858 cl tSo9, qui en donnent de nouveaux avec les plans des conclussions et de U ville.)

énergiquement contre la malveillance des monopoleurs de Séville et de Cadix. En 4602, à force de réclamations à la couronne, les Buénos-Ayriens obtiennent de pouvoir exporter un peu de viande salée pour les établissements portugais de la côte de Guinée (le Portugal était alors annexé à l'Espagne); en 16i8, ils peuvent envoyer deux petits navires directement à la métropole. Ces concessions ridicules favorisent cependant le pays, qui continue à prospérer.

En 1620, Fernando de Arias (vulgairement Hernandarias), gouver- Deur des établissements de la Plata, obtient leur séparation en deux gouvernements, celui du Paraguay et celui de Buénos-Ayres, qui toutefois continuent de dépendre, comme dès le principe, de la viceroyauté du Pérou. L'année suivante un siège épiscopal y est érigé ; en 4624, le gouverneur Hinestrosa fortifie la ville, et cette mesure tient en respect les Hollandais et les Français, qui plusieurs fois dans le courant du dix-septième siècle vinrent menacer cet établissement. Pendant toute cette période, les environs se peuplent et se cultivent un peu, et Ton commence à former des fermes à bétail {estancias) à quelque distance de la ville.

Cependant les restrictions douanières qui pesaient sur les établissements de la Plata y faisaient naître une contrebande qui reçut une nouvelle activité après la fondation de la Colonia-del-Sacramento par les Portugais, en face même de Buénos-Ayres. Cet établissement, trop faible pour compromettre la sécurité de la capitale, parut même avoir été vu sans aucun déplaisir par les colons , dont il satisfaisait les nécessités commerciales si complètement méconnues par la métropole, et l'opposition qui lui fut faite vint plutôt de l'Espagne que de sa colonie. Au commencement du dix-huitième siècle, l'établissement de la traite des noirs pour la Plata vint introduire un nouvel élément dans la population, population qui commençait à croître, mais avec lenteur, puisque le recensement de 1744 donnait moins de 20,000 âmes à toute la province, y compris la capitale.

C'est pourtant à partir de cette époque que le progrès se développe sur une toute autre échelle. L'envoi de plusieurs gouverneurs actifs et capables, entre autres Mauricio de Zavaia, galvanise le pays. Les Portugais sont contenus dans leurs empiétements sur la Bande- Orientale, Montevideo est fondé ; les fermes à bétail, que les Buénos- Ayriens établissent dans la campagne, sont protégées par des forts avancés: Arrecifes, Areco, Lujan, Monte, Ranchos, Magdalena, etc., etc. .\lors aussi commence la guerre avec les Indiens Pampas qui, paisibles jusque-là, grâce au nombreux bétail sauvage qui couvrait la

campagne, et duut ils se nourrissaient, comprennent que les chrétiens vont les refouler incessamment vers le sud. Après de petits combats qui forcent les Indiens à reculer, on essaye infructueusement sur eux l'action des missions; mais les établissements chrétiens augmentent toujours, et, lors de la création de la vice-royauté de la Plata, en 1776, ils touchent au Rio-Salado.

C'est de l'établissement de la vice-royauté que date réellement la seconde période de la grandeur politique et commerciale de Buénos- Ayres. Cette mesure fait de cette ville la capitale d'un grand pays, et la rapproche de l'Europe, puisque l'administration supérieure ne réside plus au Pérou. Non-seulement le nouveau gouvernement embrasse les anciennes provinces littorales, mais encore le Tucuman, le HautrPérou et la province de Cuyo, distraite du Chili. Alors le commerce, devenu presque libre avec la métropole, permet le développement de la richesse locale ; l'industrie naît, l'agriculture s'étend davantage, la population augmente, et à la fin du dix-huitième siècle elle s'élève pour la ville et la campagne à près de 80,000 âmes. Dans la seconde moitié de ce siècle s'élèvent la plupart des églises et autres monuments publics de Buenos- Ayres.

L'Espagne avait fini par comprendre l'importance de ses colonies de la Plata. Ses efforts sérieux pour arriver, après de longues discussions, à un bon traité de limites avec le Portugal en 1750 et 1776; l'envoi d'officiers, de magistrats, d'administrateurs instruits et capables; les reconnaissances géographiques pratiquées dans la Patagonie et les colonies que l'on avait tenté d'y fonder, les travaux des commissaires des limites, l'établissement d'une audience royale à Buénos-Ayres pour remplacer celle de Charcas (aujourd'hui Chuquisaca), éloignée de 800 lieues, témoignaient de son meilleur vouloir. Les dernières années de sa domination dans la Plata furent certainement les plus sages et les plus brillantes, les plus réellement heureuses de l'époque coloniale, quoiqu'il restât encore beaucoup à faire. La glorieuse résistance des habitants de Buénos-Ayres aux invasions anglaises, en 1807, marque Tavénement des Platéens au gouvernement du pays par eux-mêmes, et la révolution du 23^ mai 1810 ne fit que satisfaire et réaliser des désirs et des projets qui étaient dans tous les cœurs.

A cette époque, Buénos-Ayres était une grande ville de 55,000 âmes, avec un certain nombre d'établissements d'utilité publique, tels que le consulat commercial, des écoles pour l'instruction primaire et secondaire, un institut médical où pouvaient se former des prati-

PROVINCE DE BUÉNOS-AYRES. . 8t

ciens. — Sa campagne s'était peuplée jusqu'au Salado, et la ligne des forts avancés avait été portée de l'autre côté de cette rivière. J)es expéditions périodiques jusqu'à la lagune des Salines, dans le territoire indien du sud, pour y chercher du sel, avaient amené des traités avec les nomades du désert, et la frontière était assez tranquille. L'alliance avec l'Angleterre, à partir de 1808, époque de la rupture de l'Espagne avec Napoléon, ouvrait un débouché presque illimité au commerce de la Plata.

La révolution du 25 mai (Pronunciamiento de Mayo) consacra les droits des habitants du territoire argentin et leur suprématie. Les Espagnols cédèrent à regret leurs privilèges, et bientôt le reste du pays suivit l'exemple. donné par Buenos- Ayres. — Mais un peuple ne passe pas sans de longues agitations de la quiétude et de la soumission coloniale, aux conditions qu'exige l'exercice de son autonomie. Buénos-Ayres et les provinces de la Plata devaient en faire la rude expérience pendant plus d'un demi-siècle.

Notre précis chronologique exposera d'une manière exacte la série des événements qui s'accomplirent de 1810 à l'époque actuelle; aussi ne ferons-nous que résumer les faits généraux, en expliquer les causes et en déduire les conséquences.

Buénos-Ayres venait d'être, pendant trente-quatre ans, le siège de la vice-royauté ; l'administration générale y était centralisée ; elle était donc habituée à gouverner le reste du pays, et trouva tout naturel de remplacer purement et simplement la métropole. La junte de gouvernement, sorte de comité de salut public formé aussitôt après la révolution du 23 mai, assuma Tautorité du vice-roi, mais en cherchant à la faire ratifier et accepter par les provinces, auxquelles elle demanda sagement d'envoyer des députés à la capitale , afin de constituer le pays dans des formes légales.

Là était la difficulté. Pendant que les armées réunies pour achever de renverser le pouvoir espagnol combattaient bravement dans le Haut-Pérou, la Bande Orientale et au Chili, l'inexpérience de la vie publique poussait le peuple de Buénos-Ayres à troubler incessamment la marche de l'administration qu'il s'était donnée : de leur côté, jalouses de leur autonomie propre , les provinces voulaient former chacune un petit État faiblement relié à un centre commun, et refusaient obéissance au nouveau pouvoir.

Dès la fin de 1810, le Paraguay s'était abstenu de le reconnaître, «iils'était provisoirement, puis définitivement isolé. En 1814, Artigas en faisait autant dans la Bande-Orientale. La junte buénos-ayrienne,

cour. ABGBTITniB. — T. UI. 0

icmSIption des provinces.

rrvr^ diîiMiliition du pays, essaya de donner plus d\»n- -•::.:'- - 5- > -r.-: i j\tJmiaistralion générale, en instituant le Direc- ; ,- -^ ?r. v 2,:-:t>-l'aies ; mais ces tentatives d'administration uni-. .^•^ ; -: - .v-îTreeiit été l'ancienne capitale de la vice-royauté, se ^,-. r^^îvo; ^ïin< suix'ès pendant sept années, années troublées par j: .;i;:i- nv*û i::UrfT*^mpue des partis, les vanités et les exigences des >.^ries. ri;:D«:»riiKV fl les préjugés populaires, enlin par tout ce ^1 .oieue uni* émancipation non préparée chez les peuples traités lôiiiTttmps en mineurs. On avait sous les yeux l'exemple des Étatsl'ais: c'était iV modèle que Ton voulait imiter, mais sans y être auit'ue par U^ intêixHs et les habitudes qui avaient facilité, dans l'Amérique du Non!, rétablissement d'un gouvernement fédératif.

Ce fut ainsi que Tidée de la fédération Argentine finit par être adoptée tt jmHMvHmêe parla majorité des provinces. En 4820, Buénos- V^nrs dut ivdor devant cet entraînement général; et, après des tri^ublos qui n^nplirent la première moitié de cette année, ce princîpi* fut èisalement proclamé par elle. (Voyez d'ailleurs tome II, {M^^ ^'^^^^ ^*^ suivantes. )

Ku otlet. après le vote de sa constitution provinciale et Torganisatiou do sou administration locale, dont les bases n'ont point été déplactYS depuis cette époque, sous le gouvernement du général de Las Horas^ Uuénos-Ayres, à peu près étranger à ce qui se passait dans Ws autn^s provinces, put s'occuper de développer sa richesse locale et W n*sîiounM»s de son territoire. Elle fit des traités avec les Indiens iHUU' assurer la tranquillité de sa frontière, et l'industrie pastorale en pivtita. La possession de l'unique port fréquenté de la Plata, les re- \ouu8 i|ut^ fournissait sa douane, faisaient à la province de faciles conditions d'tîxistence, et bientôt l'immigration européenne vint aider à HOU prof;rès. En même temps, la présence au pouvoir d'un adminis- IniliMU* aussi bien intentionné, aussi probe et aussi éclairé que l'étiiit Hivadavia, facilita et favorisa le développement de tous ces éléments de jiroHpériU'i (;t donna aux Buéuos-Ayriens la foi en eux-mêmes, la confiance en la viUilité de leur province. Cette foi même eut son côté périlleux : lorsqu'en 1823 cet éminent patriote voulut que, par la t^Viation d'un gouvernement centralisé, mais franchement constitullonmîl, la nation argentine entière participât aux conditions heureUHCH dans lesijuelles il avait placé son pays , un parti se forma, e.oni|»oHi'î de citoyens aveuglés par un patriotisme étroit et iniutelligiîni, qui virent avec peine leur capitale étendre à la nation entière, ftu li«ii de \f*M réwerver à la province seule, les avantages de toute na-

lure que la position géographique et des habitudes commerciales séculaires lui avaient faite. Cet instinct irréfléchi devait être à plusieurs reprises, jusqu'à l'époque actuelle, l'origine de graves et fâcheuses dissensions.

D'un autre côté , dans la province même , les rivalités d'amourpropre d'abord, d'intérêt ensuite , entre les habitants de la ville et ceux de la campagne , traités trop légèrement par les citadins , jetaient des semences de discordes futures. Il fallait caractériser ces nuances par des désignations politiques ; les noms de Fédéraux et d'Unitaires furent appliqués. Mais que de fois , durant les longues luttes civiles de quarante années, ces dénominations désignèrent-elles des idées et des partis tout à fait opposés au nom qu'ils portaient !

L'époque du gouvernement de Las Heras, ou plutôt de Rivadavia, d'abord son ministre , puis gouverneur lui-même , fut brillante et heureuse pour Buenos- Ayres. Les relations diplomatiques s'entamèrent avec le reste du monde; l'Amérique du Nord et l'Angleterre reconnurent l'indépendance des Provinces-Unies, et furent imitées plus tard par les autres puissances. Tout annonçait une ère non interrompue de paix et de prospérité , lorsque la tentative d'organisation nationale essayée en 1826 par les plus intelligents et les plus patriotes des Argentins, échoua devant les préjugés populaires des provinces et surtout des chefs qui y commandaient, devant les instincts et les répugnances du parti localiste qui s'était formé à Buenos- Ayres, et qui alors arbora si violemment la bannière de la fédération. D'un autre côté, la guerre entreprise contre le Brésil pour la délivrance de la Bànde-Orientale, en amenant le blocus, des dépenses considérables et des levées d'hommes mal acceptées par les provinces, contribua à dépopulariser le nouveau gouvernement. La constitution unitaire de 1826 ne put être maintenue. Le président de la république, Rivadavia, donna sa démission, et Buénos-Ayres redevint ce qu'il était eu 1822 , une province se gouvernant en Etat séparé et n'ayant, provisoirement du moins, d'autre lien politique avec le reste des autres provinces que le droit concédé par elles de les représenter a l'extérieur. La révolution de i828, tentée par les unitaires, n'eut qu'un succès de peu de durée , qui amena , dans les six premiers mois de 1829, le siège de la ville par les milices de la campagne, et le triomphe du général Rosas, qu'une habile et persévérante ambition avait fini par mettre à la tête du parti fédéral. Dès lors , cet homme devint tout dans la province et bientôt dans le reste du pays.

Nous avons raconté et apprécié ailleurs (tome II, page 601) les évé-

nements de 1827 et 1828, et la dictature acquise et conservée pendant seize ans par Rosas. La période qui s'écoule de 1822 à 1838 doit être notée par les efforts qui furent faits pour assurer la frontière indienne, notamment l'extension donnée à la colonie de Patagonès et le rôle assez important qu'elle joua pendant la guerre du Brésil, la création du fort du Tandil, enfin la grande expédition du désert, en 1832, opération qui rejeta un instant les Indiensdu côté de Rio-Negro, et produisit chez eux une terreur à Taide de laquelle les frontières de Buénos- Ayres furent respectées jusqu'en 1853, tandis que les barbares se dédommageaient ailleurs. A l'aide de cette sécurité, la province, dévastée par la grande sécheresse de 1828, 29 et 30, se repeupla de bétail, et les estancias s'étendirent considérablement vers le sud.

Les démêlés de Rosas avec la France, en 1838, amènent un nouveau blocus bien funeste au commerce de Buénos-Ayres. L'année suivante, l'insurrection du sud ensanglante la campagne et commence une nouvelle guerre civile, où les excès auxquels le dictateur se porte alors contre ses ennemis établissent un régime de terreur sous lequel toute prospérité s'arrête et que ne rétablit point la paix faite avec la France à la fin de 1840. La campagne de 1841 dans les provinces de l'intérieur, les assassinats politiques de 1840 et 1842, les incessantes levées d'hommes dans la campagne buénos-ayrienne, la guerre contre la Bande orientale et le siège de Montevideo, le nouveau blocus anglo-français de 1843, 46 et 47, tout cela contribue à maintenir un état de gêne et de crainte , obstacle à tout progrès social. En 1848 seulement, la levée du blocus de Buénos-Ayres et la continuation du siège de Montevideo permettent au commerce de reprendre. Le dictateur lui-même, sans abandonner quoi que ce soit de son autocratie, semble se relâcher de sa politique dure et exclusive et se préoccuper un peu des intérêts matériels. Sa chute, en 1832, ouvre une autre ère, et une nouvelle tentative d'organisation nationale est essayée par le général Urquiza, entouré alors des principaux citoyens du pays et de ceux qui avaient fait à la dictature la plus constante et la plus énergique opposition.

Les intérêts et les préjugés qui avaient combattu le système national de Rivadavia se retrouvèrent encore, et l'on eut en quelque sorte une répétition des événements de 1827, 28 et 29. — Le siège de Buénos-Ayres en fut la suite ; niais la ville triompha cette fois de la campagne, et les événements de juillet 1833 consacrèrent sa suprématie. Les treize provinces s'organisèrent de leur côté, et la Confédération argentine fut constituée. Buénos-Ayres crut alors devoir

s'isoler, et promulgua une constitution particulière qui en fit une sorte d'État fédéral de nom , indépendant de fait, réalisant ainsi le rêve des fédéraux de 1827 et des localistes d'une époque ultérieure. Ces conditions lui permettaient d'employer exclusivement au profit de la ville et de la province les immenses ressources de sa douane et de son port. Aussi Ton construisit des môles de débarquement, une douane nouvelle, le théâtre de Colon, des écoles, on restaura les églises, on aida les bourgs et villages de la province. Cependant, malgré les immenses progrès aussi bien moraux que matériels accomplis sous l'empire de ce régime et à l'aide d'une tranquillité à peu près complète de six années, tout péril n'était pas conjuré. Od le vit bien en 1859, époque à laquelle un choc eut lieu entre la Confédération et la province dissidente, et après lequel, heureusement, des concessions mutuelles amenèrent, l'année suivante, la convention de Santa-Fé et l'union de toutes les provinces argentines sous la constitution nationale de 18S3, modifiée toutefois dans quelquesunes de ses dispositions (1).

Les événements de 1861, provoqués par des défiances et des rivalités réciproques, remirent aux prises les deux partis; leur principal résultat fut d'amener le gouvernement général à Buénos- Ayres, son siège naturel, désigné d'ailleurs par la constitution na-

(1) Vojez aux Notes et Documents le texte de la constitution de 1853 et les modifications laites 60 1860. Ces modifications, proposées d'ailleurs par les députés de Buenos- Ayres, sont toutes dans le sens de fortifier Findépendance provinciale et de restreindre Taction du gou- Temeinent central. Il est remarquable que ce soient ceux que la dictature essayait jadis de tictrir du nom ridicule de sauvages ttnitaireSt à cause de leur opposition à son système, qui aient été les provocateurs des modifications qui fortifient l'autorité et la liberté provinciale. D'ailleurs la constitution unitaire de 1 826 (voir son texte aux Notes et Documents) était loin d'être hostile à cette lil)erté. — Si elle n'admettait pas une chambre de représentants, elle acceptait un conseil d'administration d'élection populaire, comme les députés actuels. Le ^vemeur était élu par le président de la République sur une présentation de trois membres Cute par ce conseil d'administration. Le budget de la province était établi par ce même conseil, il deTait être ratifié par le gouvernement national, qui en comblait le déficit à condition toutefois de remboursement lorsque les ressources des provinces se seraient accrues. Les préoccupations localistes, dans les provinces de l'intérieur aussi bien que dans celles de BuéiM»-Ayres, firent une opposition victorieuse à ce système, peut-être alors prématuré, mais qui s'appuyait sur les anciens errements de la forme espagnole à laquelle le pays était habitué et dont il a encore tant de peine à se défaire. La constitution de 1863 était un retour à ces idées, car, sous l'invocation et les formes fédérales consacrées par les événements depuis 1820, elle cherchait au fond à fortifier l'action d'un gouvernement central que composeraient les ctlojeos les meilleurs et les plus éclairés, et à réunir autour de lui des fractions qui n'avaient que trop de tendance à s'en éloigner pour former un jour autant de petites républiques séparées, Ëtats sans force et sans prestige et par conséquent dévoués d'avance aux alternatives fotales de Fanarchie et de la dictature.

80 DESCKIPTION DES PROVINCES.

tîonale de 1853; mais ce ne fut pas sansuue opposition assez viv<î des ultra-patriotes, gardiens jaloux de l'autonomie provinciale (i), et qui pensaient que la présence du gouvernement national dans les murs de leur cité annihilerait son gouvernement particulier, comme s'il n'était pas dans l'intérêt d'une ville déjà riche et peuplée d'être plutôt la capitale d'un grand État que celle d'une province, qui, toute forte qu'elle est, ne peut se passer que difficilement du reste de la nation, comme on l'a vu pendant le régime des droits différentiels (voyez tome II, page 515) ; comme si l'on ne devait pas être Argentin avant d'être Portefto (Buénos-Ayrien) (2).

(1) Par la loi du 4 mars 1826, qui ne fut point exécutée, le congrès constituant, sous Tinspiratiun de Rivadavia, champion ardent de l'unité et de l'intégrité nationale, avait nationalisé la ville de Buénos-Ayres et son territoire compris entre las Conchas, la Enscnada, la Plata et une ligne tirée parallèlement à la rivière, du Puente del Marquez au ruisseau de Santiago, ce qui formait une bande de terrain longue de 22 lieues sur 4 de largeur, et, par conséquent, 88 de superficie. — En outre, la province entière, considérée comme trop vaste et sans équilibre avec les autres, devait être divisée en deux fractions nouvelles : la province de Parana avec San-Nicolas-de-los-Arroyos pour capitale, celle du Rio-Salado, capitale Ghascomus. — Une ligne tirée du nord au sud et suivant les ruisseaux de la Matanza, Morales, Florès et Tapalquen, jusqu'au Sierras du sud, divisait les deux provinces. — Ce système fut violemment repoussé par la majorité des Buenos- Ayriens.

La constitution de 1853 faisait de Buénos-Âyres la capitale de la Confédération Argentine. Une loi additionnelle fédéralisait le même territoire de las Conchas à la Ensenada, sans toucher au reste de la province. Cette mesure, appelée loi de capitalisation, ne trouva pas plus d'accueil que celle que l'on avait essayée vingt-sept ans auparavant. D'ailleurs la province s'était déjà isolée.

En 1862, le gouvernement national, provisoirement déposé entre les mains du général D. B. Mitre, gouverneur lui-même de la province de Buénos-Ayres et chargé de la réunion du nouveau congrès, manifesta le désir de fédéraliser la province entière comme l'avait été l'Entrc-Rios de 1853, à la fin de 1860. Les chambres provinciales repoussèrent énergiquement ce système, quoiqu'il eût été complètement approuvé par le congrès. — On voulut ensuite fédéraliser seulement la ville et un petit territoire autour d'elle, et la même opposition fut rencontrée. On fut obligé alors de se contenter de la nationalisation de la cité seule (mtmtctpto), en admettant la coexistence des deux gouvernements, celui de la Nation et celui de la Province dans la même capitale. La Banque, l'Université, l'École de médecine, la Bibliothèque, les Écoles, etc., etc., tout, excepté la cathédrale, le port, la Douane et les établissements militaires, restait à la province. — II est vrai que la loi n'a établi ces conditions que pour trois années, mais l'histoire du passé annonce assez d'avance comment seraient accueillies toutes modifications au présent état des choses, à moins que l'expérience ne démontre aux ultraprovinciaux qu'un gouvernement central peut résider dans la ville de Buénos-Ayres sans écraser la province sous la nation.

(2) Nous avons cru devoir entrer dans quelques appréciations générales sur l'histoire particulière de la ville et de la province de Buénos-Ayres, parce que sans cela les événements qui s'y sont accomplis et s'y accompliront encore seraient inexplicables. — On a vu, dans notre Introduction, les causes réelles de sa dissidence avec les provinces. Pendant huit années on a cherché à les déguiser sous des noms propres; les événements de 1862 se sont chargés

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