‹ Description géographique et statistique de la confédération ArgentineChapitre 11 sur 60 · DÉPARTEMENTS DE LA SECTION DU PARANA · texte numérisé non relu

DÉPARTEMENTS DE LA SECTION DU PARANA

Département de la Paz. — Situé au nord-ouest de la province, sur les bords du Rio-Parana. Il est borné au nord par le Rio-Guayquiraro, qui le sépare de Ja province de Corrientes, à l'ouest par le grand fleuve, au sud par le Rio-deHemandarias, à Touest par la Bgne de collines (cuchiUas) qui séparent le bassin du Rio-Feliciano de celui du Gualeguay. Il est aiTosé par beaucoup de ruisseaux qui se jettent dans le Parana, entre autres, ceux de Feliciano et d'Alcaraz. La forêt de Montiel, bois semé de nombreuses clairières dont on a profité pour établir une multitude d'estancias, occupe ce département tout entier, sauf quelques points de la rive du Parana. L'industrie

(1) Une statistique des maisons de TEntre-Rios, présentée à la chambre législative de 1862 par le ministre de rintérieur D. Luis de la Pefia, a donné les résultats suivants :

Département de Parana (la campagne seulement] 850

«- Diamante 405

— La Victoria ?

— Nogoya 1,289

— Gualeguay 3,271

— Gualeguaychu 1,620

— L'Uruguay 1,850

— Villaguay 730

— La Goncordia 3,015

On n'a pas fait la distinction entre les maisons à terrasse , celles en brique et à toit de chaume, qui sont quelquefois grandes et bien construites, le toit de paille (paja brava dans le pays, plante de la famille des graminées du genre Gynerium — Gyneriutn argenttum?) étant excellent et de longue durée ; ni celles de terre et branchages recouvertes de joncs ranehosde estanteo), que le paysan construit lui-môme à la campagne. Les maisons à terrasse ne font pas plus du vingtième du chiffre total, qui peut être approximativement de 14,000, en ajoutant aux chiffres précédents celui des maisons de la ville de Parana et du dcpartcmont entier «le la Vicloria , dont le recensement n'avait pas encore été transmis à Tadministration,

lot DESCRIPTION DES PROVINCES.

est rélève du bétail bovin et rexploitation des bois. — On s'occupe peu d'agriculture.

La campagne se divise en 7 districts : Las-Tacuaras^ El-Chanar^ Las-Estacas^ Alcaraz^ San-Jose-de-Feliciano^ El-Yeso^ Hermart" darias.

La Paz est un bourg rebâti en 1836 sur remplacement d'un ancien village du nom guarani de Cavallu-Cuatia (cheval de papier), au bord même de la rivière, sur la berge élevée de 20 mètres qui la surplombe. Depuis une dizaine d'années, la Paz a prospéré et s'est augmentée beaucoup par le commerce du bois de charronnage et d'essences à brûler pour les bateaux à vapeur, quelques-uns employant du bois de fiandubay au lieu de charbon. On y a également établi des dépôts de charbon do terre importé d'Europe pour les steamers qui remontent et descendent le Rio-Parana, et y touchent à chaque voyage. Ce bourg est à 40 lieues de Parana, et 80 de la ville de l'Uruguay.

Il s'est formé récemment un village dans le district de San- Joséde-Feliciano^ au nord-ouest du département, en pleine forêt de Montiel ; partout ailleurs il n'y a que des estanciasou des groupes de deux ou trois maisons. Ce village commence à avoir quelque importance par son voisinage de la province de Corrientes, et facilite les communications de la Paz avec laConcordia et le bourg correntin de Curusu- Cuatia.

Département de Parana. — Du rio de Hernandarias à l'arroyo de Paracao, et à l'ouest, jusqu'aux cuchillas de Villaguay et de Nogoya. — Terrain généralement élevé, très-ondulé, surtout en se rapprochant du fleuve, où toute la région de l'ouest est entièrement boisée. Terre fertile et fort propre à l'agriculture ; les pâturages sont également de bonne qualité, quoiqu'ils ne vaillent pas cependant ceux des départements voisins de l'Uruguay. Le principal cours d'eau est le Riode-las-Conchas. La rive du Parana, y est partout haute de 30 à 50 mètres et de l'aspect le plus varié; —nous l'avons d'ailleui's décrite tomel, page 92 et 263. — Tout le territoire est semé de collines ondulées dont les escarpements viennent former les berges du fleuve. Celles-ci s'ouvrent çà et là pour former des baies que le Parana couvre de ses eaux lors des grandes crues, et où l'humidité entretient une brillante végétation, qui persiste pendant les sécheresses.

Ce département, étant anciennement peuplé, est plus agricole que les autres ; il produit des céréales, des fruits (»t des fourrages. Le sol

est excellent pour le coton et le tabac, quoique ces deux végétaux n'y

soient cultivés qu'en vue des besoins locaux. La colonie de Las-Con-

chas, formée en grande partie de laboureurs venus d'Europe, occupe

le district arrosé par la petite rivière de ce nom, et se livre à la fois à

l'agriculture et à l'élève du bétail.

Ce département est divisé en 8 districts : El-Paracao^ la Manga^ El'Espinilio^ El - Quebracho ^ Las-Conchas^ El-Tala^ Maria- Grande^ Antonio-T ornas. — Il a deux centres de population, la ville de Parana^ son chef-lieu, et Villa-Urquiza ou bourg de Las-Conchas.

Ei/-Paranâ, la ville la plus ancienne de l'Entre-Rios, capitale de cette province, puis de la Confédération entière, et devenue, par suite des événements de 1861, simple chef-lieu de département, est une Tille des plus intéressantes par sa situation avantageuse, ses industries locales, ses cultures et le pittoresque de ses environs, sa population et son histoire.

Elle a été fondée en 1730 par une colonie détachée de Santa-Fé. Les colons, par crainte des Indiens du Chaco, qui faisaient alors des incursions sur les deux rives du fleuve, s'établirent à deux kilomètres de la rivière, sur une sorte de plateau qui domine les ondulations de terrain voisines, et forme la place actuelle de la cathédrale. L'anden hôtel de la présidence a remplacé la première chaumière qui fut alors construite. Le village porta d'abord le nom de Bajada-del-Parana^ descente du Parana, et resta avec toute la partie de l'Entre- Rios comprise entre ce fleuve et le Gualeguay, sous la juridiction de Santa-Fé ; il n'en fut distrait qu'en 1787,. par les ordres du vice-roi, le marquis de Loreto. En 1790, la population du canton s'élevait à 3,000 âmes. Lors de l'émancipation, en 1810, le bourg avait déjà assez d'importance pour que Belgrano en fit son quartier général lorsqu'il partit pour sa malheureuse expédition du Paraguay. En 1819, la Bajada fut élevée au rang de ville et de capitale de la province d'Entre-Rios, au lieu et place du bourg de la Concepcion-del- Cruguay, autrement dit Arroyo-de-la-China, qui avait été désigné pour cela en 1814 dans le décret du directeur Posadas, lorsqu'il divisa l'Entre-Rios en deux : l'Entre-Rios proprement dit et Corrientes avec les Missions; toutefois la frontière de l'Entre-Rios devait être alors le Miriùay et le Rio-Corrientes. — De 1814 à 18S3, la Bajada, devenue la ville du Parana, resta capitale de l'Entre-Rios. En 4833, sur le refus de Buénos-Ayres d'être capitîile de la Confédém-

106 DKSCKIPTION DES PROVINCES.

lion Argentine, le congrès en fit la capitale provisoire de la République, par loi du i3 décembre, ratifiée par la chambre provinciale le 23 mars 1854, en même temps que la proviiice entière d'Entre-Rios était fédéralisée. En 1856, elle devint le siège de l'évôché du littoral. En 1839, la province ayant été reconstituée, Parana et sa banlieue furent fédéralisés sur une étendue de deux lieues carrées. Cet état de choses dura deux années, jusqu'au commencement de décembre 1861, époque à laquelle la chambre réclama et obtint la restitution de ce territoire.

Aujourd'hui, par suite de ces derniers événements, Parana a bien perdu de son importance. Cependant c'est encore la ville la plus remarquable de l'Entre-Rios par sa situation et ses édifices. Elle se divise en deux parties, le port et la ville proprement dite, séparées Tune de l'autre par un espace d'environ 2 kilomètres. — Le port forme un faubourg composé de quelques maisons de commerce et de plusieurs établissements publics tels que la douane et la capitainerie. Il est constitué par la plage mênie du fleuve, et l'on débarque n'importe où à l'aide de canots et de charrettes; il n'y a point encore de quai. Quant aux navires, ils mouillent en pleine rivière, à deux ou trois cents mètres du bord ; l'ancrage est bon, et, malgré la largeur du fleuve, ils y sont en sûreté. Celui-ci en effet n'a pas moins de 2 milles à cet endroit et s'élargit encore vers le nord-est, de sorte que, du haut des berges (barrancas), il semble plutôt un lac qu'une rivière. Aussi cette vaste étendue d'eau donne-t-elle une incomparable grandeur au paysage. Dans les journées claires on aperçoit à 4 lieues au nordouest, par-delà les canaux et les lies qui se mêlent et se dessinent à l'horizon, les édifices de la ville de Santa-Fé. Au nord-est, les eaux vont se confondre avec le ciel derrière les caps lointains d'un rouge éclatant que forment les escarpements des collines de la rive gauche, alors que la rive droite, basse et sans aucune ondulation, se perd dans les brumes de la pampa. — Quoique l'on y soit à 180 lieuesdel'Océan, les navires de tout tonnage peuvent mouiller dans le port du Parana.

La ville proprement dite est en grande partie de construction récente. «Les maisons, d'assez belle apparence, n'ont généralement qu'un étage, et sont presque toutes à terrasse. Les oiû^rfraç ou lies de maisons ont 150 vares (129 mètres) de côté, ce qui donne beaucoup de fond aux habitations , et leur permet d'avoir de grands jardins généralement plantés d'orangers, de grenadiers, de vignes, de pêchers et de figuiers. Les rues ne sont pas pavées, ce qui, sous un climat où les phiies ne sont pas très-fréquentes, a l'inconvénient de donner une

affreuse poussière lors des grands vents. En fait d'édifices publics, on y compte les anciens palais du gouvernement, de la Présidence, du Sénat, tous très-simples, mais commodes et bien bâtis. Le théâtre, fort convenable et bâti en 1848, peut contenir 800 personnes. La cathédrale est petite et de la plus médiocre architecture. Une grande église, celle de San -Miguel, dont la construction est suspendue depuis des années, est dans une situation magnifique. Son chevet, qui porte un petit dôme aujourd'hui terminé, la signale de plusieurs lieues aux navigateurs du fleuve. La petite église de la Trinité sert de chapelle au cimetière, qui est fort bien tenu et renferme quelques beaux tombeaux. L'évêché entretient un chapitre ecclésiastique, mais il n'y a pas encore de séminaire. Outre les écoles primaires soutenues par l'Etat, il y a le collège de San-Justo et Pastor , qui compte une centaine de jeunes filles internes élevées aux frais de la province. Parana est le siège d'un tribunal de première instance pour la section des départements occidentaux. La population, qui, depuis que cette ville a cessé d'être capitale, a diminué beaucoup, est encore de 7,000 âmes. Celle du département entier s'élève à 13 à 14,000.

L'industrie principale de Parana consiste dans la fabrication de la chaux, qui s'opère dans huit fours appuyés sur les berges mêmes du fleuve près du port; celle de carreaux et poteries, auxquelles ses argiles sont très-propres (voyez tome II, page 452), enfin dans l'exploitation de quelques tanneries et de deux petits saladeros. On exporte à Buénos-Ayres et au Rosario pour une valeur d'environ 100,000 piastres fortes de chaux ; le commerce des carreaux et poteries commence à peine. Quant aux produits de la culture, ils se consomment sur place , sauf les oranges, dont on envoie une certaine quantité dans le bas du fleuve. On ne s'est pas encore mis à la culture du coton, qui pourrait faire la richesse de ce département, car il V réussit admirablement bien.

La Villa-Urquiza est un bourg dont la fondation ne remonte qu'à 1860, et que l'on a établi au centre de la petite colonie de Las- Conchas, qui date déjà de 1853. On y a construit une chapelle et des écoles. Le fond de la population est formé de colons étrangers, principalement d'Allemands, qui s'occupent d'agriculture et de bétail. Parana, capitale, était pour ces braves gens un marché suret avantageux. Aujourd'hui ils ont été forcés de restreindre la culture maraîchère pour se livrer entièrement à celle des céréales, dont le débouché est toujours certain, soit pour Buénos-Ayres, soit pour Corrientes ou le Paraguay, qui n'en produisent pas.

t08 DESCRIPTION DES PROVINCES.

Départebient DEL DiAMANTE. — Depuis le ruisseau dit Arroyo de Paracao jusqu'à l'embouchure du DoU, d'une part, et, de l'autre, aux cuchillas de Nogoya et Victoria ; bien arrosé et traversé par un canal naturel du Parana, qui part du chef-lieu et va se fondre aux canaux inférieurs de ce fleuve. Il compte quatre districts de campagne, qui sont : El-Salto^ El-Palmar^ La Costa-Grande^ Las-hletas. — Terrain en général découvert et ondulé; bons pâturages.

El Diamante^ son chef-lieu, a été fondé en 1836 sur une colline nommée anciennement Punta-Gorda^ la grosse pointe, haute d'environ 80 mètres au-dessus du Parana. La situation est des plus pittoresques, car la vue dont on jouit de la place et des maisons qui la bordent est immense, aussi bien sur la rivière que dans la campagne, d'où le nom poétique qui lui a été donné. Le fleuve, un peu plus étroit dans cet endroit et semé de quelques îles rapprochées les unes des autres, s'y traverse avec moins de difficulté que partout ailleurs. Aussi est-ce ce point qu'ont toujours cherché les armées de l'Entre- Rios pour passer sur l'autre rive; ainsi en 1851, 1859 et 1861. I^ bourg a plusieurs fours à chaux en activité, et l'on en exporte de la pierre calcaire pour le Rosario. On commence à faire un peu d'agriculture dans les environs, mais l'industrie principale est toujours l'éducation du bétail. — A partir du Diamant vers le sud, le terrain s'abaisse, de manière à arriver presque au niveau du fleuve.

Département de la Victoria. — Au sud du précédent, et limité au nord par le DoU, il embrasse une partie des terrains inondés du delta paranien. — Formé des six districts de Rincon-del-Nogoya^ Laguna-del'PescadOj Corrales, Quebrackitos, Pajonal^ Rincon-del- DoU. — Terrains généralement bas, mais couverts de très- riches pâturages. Grâce aux niisseaux et aux lagunes, entre autres celles Del- Pescado, on y souffre peu de la sécheresse; aussi ses estancias sontelles comptées parmi les bonnes du pays, et y jouit-on d'une aisance générale. — Population totale, 16,000 habitants.

La ville de La-Victoria^ fondée en 1810, est sur le bras le plus septentrional du delta paranien nommé Paranacito, ou Rras-de-la- Victoria ; ce canal naturel, navigable pour les bâtiments de cabotage, permet à cette ville, quoique située dans l'intérieur des terres, de commercer directement avec tous les ports des deux fleuves, où elle exporte sa chaux, qui est de bonne qualité et les produits de son industrie rurale exploités dans deux saladeros. Le gouvernement national l'a fait reconnaître en 1860, avec le projet d'en améliorer cer-

PROVINCE D'ENTHB-RIOS. 109

laines parties, et principalement de faciliter les approches du port. Ces

travaux, malheureusement, ne sont pas encore commencés. Dans ces

dernières années la Victoria a beaucoup grandi, et est une des plus

florissantes villes de la province. Les maisons sont bien construites;

il y a du commerce, la population atteint aujourd'hui 4,600 âmes

el augmente rapidement. Son nom vient d'une victoire remportée en

1728, dans le voisinage, par les colons espagnols sur les Minuanes et

les Charmas , victoire qui décida ceux-ci à évacuer définitivement

l'Entre-Rios.

Département de Nogoya. — Tout à fait central, et à l'extrémité sud-estde la grande forêt de Montiel, qui en couvre une petite partie, n est constitué par les districts de Montol^ Sauce^ Chiqueras^ Crucecita, Don-Cristoval^ Algarrobitos. — Terres fortes et argileuses, salines en certains endroits ; excellentes pour l'élève des bœufs, des chevaux et la culture des céréales qui y estassez développée. Les fermes sont nombreuses, par suite de la division des propriétés, plus notable sur ce point que dans le reste de l'Entre-Rios; aussi l'aisance estelle générale. — Population, 9,000 habitants, dont 2,000 pour le cheflieu.

Nogoya^ fondée en 1790, près de la petite rivière de ce nom, était restée pendant un demi-siècle un pauvre village. Elle est devenue aujourd'hui une petite ville réellement riche, dont le commerce augmente d'autant plus que c'est un centre pour le sud de la province, et un point obligé de passage entre le Parana et les autres départements et villes, telles que Gualeguay, Gualeguaychu et l'Uruguay. Ou n'y voit d'autre édifice public que la belle école bâtie en 1849. L'église n'est encore qu'un pauvre bâtiment à toit de chaume, que les habitants voudraient remplacer par une construction convenable. La place est entourée de belles maisons à terrasse, dont le nombre augmente tous les jours. La ville possède un club pour les réunions de société et la lecture des journaux .

Toute la partie riveraine des bras du Parana est extrêmement basse et s'inonde à l'époque des crues; les îles du Delta paranien, désignées sous le nom de Sau-Lorenzo, Pabon, Lechiguana, etc., font partie de ce département.. Ce sont des terrains marécageux, boisés et difficilement praticables. — On ne s'occupe d'agriculture que dans les environs du chef-lieu.

Département de Gualeguay. — Situé à rextréuiité sud et centrale de

l'Entre-Rios, sur la rivière de ce nom, laquelle, dans son cours inférieur, est navigable pour des goélettes. Les terrains sont généralement bas et quelquefois sablonneux, particulièrement dans les environs du chef-lieu. Il y a surtout près du Rio-Gualeguay des forêts où dominent le tala et le ftandubay ; elles abondent d'ailleurs le long de tous les cours d'eau. — L'industrie principale est toujours celle du bétail, qui prospère principalement sur le plateau qui sépare Nogoya de Gualeguay et dans la vallée du Clé. Les pâturages y sont un peu salins ; aussi ce canton renferme-t- il les plus belles estancias de la province. Le département de Gualeguay contient dix districts : Capilla-Vieja^ Punta-del-Monte^ Bincon-de-Nogoya^ Costa-de-Nogoya^ Viscachas, Cuchilla^ Pueblo-del-Tala^ Satice^ Altamirano. C'est le plus peuplé de tout le pays; il compte aujourd'hui 17,000 habitants.

La ville de Gualeguay est un port de commerce sur la rivière de ce nom, à huit lieues de son embouchure dans le Paranacito. Les navires d'outre-mer peuvent en tout temps venir par l'Ibicuy, bras du Parana, jusqu'à la bouche du Gualeguay, mais il n'y a pas assez d'eau pour qu'ils puissent remonter la rivière, ce que font, au contraire, avec facilité les navires de cabotage jusqu'au port de Ruiz, distant d'une lieue et demie de la ville, et même à celui de Santa-Fé , qui n'en est qu'à un quart de lieue, si les eaux sont plus hautes. — L'importance de Gualeguay augmente rapidement par l'immigration et l'implantation d'industries nouvelles. Elle a un service de bateaux à vapeur pour Buénos-Ayres, et des diligences qui la mettent en contact avec Nogoya et Parana, d'une part, et de Vautre avec La- Victoria, Gualeguaychu et l'Uruguay. Les bestiaux du département et des départements voisins sont abattus dans quatre saladeros, tous situés sur la rivière, ce qui donne une grande facilité pour les importiitions et exportations. La ville, généralement bien bâtie et bien percée, possède une belle commandance, principal ornement de la place publique; mais, comme les villes précédentes, elle manque d'une église de suffisante capacité. Le cimetière est remarquable par sa bonne tenue et ses plantations. — La population de cette ville atteint presque 7,000 âmes. Après Gualeguaychu, Gualeguay est la ville la plus commerçante de l'Entre-Rios.

Le bourg du Tala^ simple village sur le Gualeguay, à quinze lieues nord du chef-lieu, est le centre d'un canton de pâturages. Il est le point obligé du passage pour aller de la ville du Parana à celle de rUruguay.

DÉPARTEMExNTS DE LA SECTION DE L*URUGUAY.

Département de Gualeguaychu. — Occupe le sud-est de la provlDce, depuis le Gêna et rArroyo de Cupalen jusqu'au delta parauien, et de l'Uruguay à la cuchilla qui le sépare du bassin du Gua leguay, et se divise en onze districts : Sarandi^ Costa-del-Uruguay^ Dos-Hermanas, Alarcon^ Cuchilla-Redonda^ Taliias, San-Afitonio^ GmacitOj Campo-Florido, Perdices^ Ceibos. — Le terrain est largeoient ondulé, tout à fait plat dans le sud, où il touche aux bras septentrionaux du Parana, et extrêmement fertile ; dans cette partie il a le même aspect et la même structure que celui de Gualeguay; vei's le Dord et Test, les ondulations sont plus marquées.

L'industrie est à peu près la même que dans le département précédent; c'est toujours l'élève du bétail, surtout des bœufs et des chevaux, et un peu celle du mouton, qui absorbe les habitants. On fait aussi de l'agriculture et beaucoup de plantations d'arbres fruitiers auprès du chef-lieu ; en outre, on exploite les bois qui bordent le Rio-Gualeguaychu et le Rio-Gualeyan.

Gualeguaychu^ chef-lieu du département, est le principal port de commerce de la province. La rivière de ce nom , sur laquelle il est situé, pi^end sa source à trente lieues plus haut, et, arrivée près de la ville, elle se grossit duGualeyan, atteint une largeur de plus de 100 mètres et une profondeur considérable. Trois lieues plus bas elle se jette dans le Rio-Uruguay, en face du bourg oriental de Fray-Bentos. Là ce fleuve n'a pas moins de sept milles de large et reçoit toute espèce de navires. Les goélettes et moyennes embarcations peuvent seules pénétrer dans la rivière de Gualeguaychu, à cause de la barre qui en obstrue l'entrée et qui est formée par la vase, le sable et les troncs d'arbres accumulés. Il serait cependant possible de lu rendre praticable presque en tout temps avec quelques travaux. Lorsque le veut du nord souffle plusieurs jours, l'Uruguay baisse tellement que cette barre ne conserve que quelques décimètres d'eau ; par contre, avec les vents du sud, du sud-ouest et du sud-est, l'eau monte considérablement et les navires en profitent pour y entrer. L'intérieur de la rivière est sûr et pi*ofond. Les goélettes viennent mouiller aux quais des saladeros qui la bordent , et au port même une simple planche les met en communication avec la terre. On travaille eu ce moment

k un quai et à un débarcadère qui étaient d'une absolue nécessité, ainsi qu'au pavage des rues principales.

Gualeguaychu possède une commandance et un théâtre, tous les deux situés sur une vaste place agréablement plantée d'azedarachs. On a commencé la construction d'une très-belle église. Quelques rues sont déjà pavées^ et Ton y compte un assez grand nombre de belles maisons. Les environs de la ville sont cultivés, surtout par des étrangers qui sont venus s'y établir depuis une dizaine d'années, et la conduite des arbres fruitiers a fait de si grands progrès que l'on y récolte aujourd'hui tous les fruits de l'Europe et une partie de ceux des tropiques. Les exportations de ce port sont les produits du bétail qui s'exploitent dans les cinq grands saladeros établis sur la rivière audessous de la ville. A l'un de ces saladeros est annexée une tannerie qui prépare des cuirs de bonne qualité pour la consommation de la province. Dans la ville, on compte deux moulins à vapeur pour la mouture du blé recueilli dans les environs; on exporte même des farines. — La population de Gualeguaychu s'élève à 6,000 âmes et va croissant. Cette population est entreprenante, active et laborieuse ; le département est réellement en prospérité. Cependant cette ville, qui était autrefois l'entrepôt de tout l'Entre- Rios, ayant cessé de l'être par suite de la facilité des communications avec le littoral et de l'accroissement du commerce djrect des autres villes avec les grands ports de la Plata, son mouvement d'affaires est resté stationnaire depuis 1837, et n'a repris que vers 1862, époque à laquelle on a donné plus d'impulsion à l'exportation des produits de l'industrie pastorale, surtout à celle des laines. — Les communications avec les grands ports de la Plata se font facilement par les steamers du fleuve Uruguay, qu'un petit vapeur appartenant exclusivement au port de Gualeguaychu va rejoindre à Fray-Bentos. Des diligences presque quotidiennes facilitent les commîmications avec l'intérieur de la province.

Département de l'Uruguay. — Il est compris entre le Rio-Gualeguaychu à l'ouest, le Rio-Uruguay à l'est, l'Arroyo de Cupalen au sud, TArroyo Grande au nord, et se divise en dix districts : Puentedel-Giialegimychu^ Arroyo-del-Molino^ Arroyo-Urquiza, Potrero^ Sesteada^ Cupalen^ Islds-del-Uruguay y Pospos^ Arroyo-Grande, Tala^ Gêna. Ce département renferme des terrains de pâturages, beaucoup de ruisseaux et de lagunes. Vers l'Arroyo de Pospos, dans le district de l'Arroyo-Grande, commence une vaste forêt de palmiers

yatais, qui suit la rive de l'Uruguay et va se perdre à la Concordia. 11 n'y a de culture que dans les environs de la ville de TUruguay, sur les bords de TArroyo-Grande, à San-José, résidence du général Urquiza, et à la colonie de ce nom. — L*élève du mouton y est' faite sur une très-grande échelle ; l'industrie pastorale est fort avancée. — Population, 12,000 habitants.

La ville de la Coxcepcion-del-Uruguay, ou simplement Uruguay, anciennement Arroijo-de-la-China (Ruisseau de Tlndienne), est la capitale de ce département et de la province. Les terrains accidentés et entrecoupés de bois, de colluies, de petites vallées et de ruisseaux ([ui entourent cette ville, rendent sa situation très-pittoresque. — Quoique Ton soit 4 130 lieues de TOcéan, les navires d'outremer peuvent entrer dans son port, formé par un bras du fleuve Uruguay. Cette ville, fondée en 1778, et dont les commencements ont été lents et difficiles, s'est surtout développée depuis 1846. Elle a aujourd'hui une très-belle église, bâtie en 1838 et 18S9, des deniers du général Urquiza, une commandance, un club et le magnifique collège construit en 1830, où jusqu'à 400 élèves ont été entretenus aux frais du gouvernement fédéral, et qui en contient encore aujourd'hui une centaine. Sur le ruisseau, nommé Arroyo de la China, à demi-lieue de la ville, scî trouvent deux saladeros, celui de Santa-Candida et celui de Baranao, où s'exploitent les bestiaux dû département; on évalue à GO, 000 le chiffre des animaux abattus annuellement dans ces deux établissements. — La Concepcion del Uruguay est le siège du gouvernement provincial et de la chaaibre de justice. Les sessions législatives y ont lieu de janvier à avril inclusivement. — Population, 5,000 habitants.

San-José^ maison de campagne et résidence habituelle du général Urquiza, est à six lieues ouest de l'Uruguay; c'est un fort beau château, avec une splendide chapelle, de vastes bâtiments, et de plus un grand établissement pastoral et agricole qui réunit en tous points l'utile à l'agréable. Il est remarquable surtout par l'immense quantité d'arbres fruitiers d'origine européenne qui y ont été acclimatés, et donnent la preuve pratique de ce que l'on peut obtenir dans l'Entre-Rios par une culture intelligente. 'De 1832 à 1861, le camp de dépôt et d'instruction de Tannée argentine était à San-José ; il n'existe plus aujourd'hui, l'état-major général ayant été transporté à Buénos-Ayres. . •

La Colonie agricole de San-José est sur le fleuve Uruguay

CO?fr. ARGEKTIXB. ~ T. UI. S

môme, à 8 lieues nord de la capitale. Elle occupe un territoire de trois lieues carrées et renfermait en juillet 1863 2,200 habitants, Français, Suisses et Allemands, qui s'occupent exclusivement d'agriculture. Cette colonie a été fondée par le général Urquiza à la fin de 1856, sur des terres de sa propriété, qui ont été concédées aux colons à raison de 16 cuadras (27 hectares) par famille de cinq personnes. Le terrain est très- fertile et éminemment propre, par sa nature un peu caillouteuse près de la rivière , à la culture des arbres fruitiers et surtout de la vigne. (Voyez tome II, p. 378.)

Un village, la Villa de Colon^ vient d'être établi au port même de la colonie sur l'Uruguay, dans un terrain réservé pour cet objet dès la fondation. Tous les vapeurs y touchent en montant et en redescendant la rivière. Le voisinage de ce groupe de population intelligente et laborieuse a fait beaucoup de bien à La Concepcion et y a stimulé le travail agricole. La colonie, après les premiers tâtonnements et mécomptes inhérents à toutes les entreprises de cette nature, est en pleine voie de prospérité (O.

(1) Cent familles de la Colo!<ir de San-José ont été mises en possession de leurs concessions au commencement de 1857. Les autres sont arrivées en 1859, 60, 01 et 62. Il contitinue même à en venir de lemps à autre Leur chiffre actuel (juillet 1863) s'élève à 376, donnant un total de 2,10*2 individus; 400 émigrants environ sont sortis de la colonie pour se répandre dans le pays. — Sous le rapport de l'origine , les colons se divisent en sections suivantes : — Savoisiens, 112; — Piémontais, des environs de Pignerol, 50; — Allemands, 50; — Suisses, 264 , presque tous du .Valais. — La langue française domine. A l'exception d'une trentaine , toutes les familles appartiennent a la coinnumion catholique. Le mouvement de la population est en moyenne de quatre naissances par mois pour un seul dt'H^ès ; on a remarqué une fécondité très-grande , plus grande même qu'en Europe, chez les femmes , mais il nait plus de filles que de garçons.

Quoique l'agriculture soit Toccupation principale des colons, cela ne les empêche pas d'avoir un nombreux bétail. On y comptait, en 1862, 7,120 bœufs et vaches; 1,020 chevaux et juments; 84 i porcs, sans compter les moutons, les volailles, etc., etc., répandus sur une superficie de trois lieues carrées, dont 2,000 hectares sont en culture. — La récolte du blé était en 1862 de 15,000 hectolitres; il rend de 15 à 25 pour un , en moyenne 20; l'orge donne de 40 à 50; le maïs rend en raison des pluies, énormément lorsqu'il a été bien arrosé pendant Tété , très-peu s'il y a eu sécheresse.

On a commence' à cultiver le mani (arachide) et le tabac. Tous les arbres fruitiers et légumes de l'Europe y réussissent. On veut se mettre à l'éducation du ver à soie du ricin. La pomme de terre rendrait très-bien si ses feuilles n'étaient souvent dévorées par une s«rte de cantharide appelée dans le pays bicho-moro. Les melons, les pastèques, les giraumons, abondent. La vente de la volaille, des œufs, du beurre et du fromage, rend a la colonie 2,000 piastres par mois ; presque tout cela va à l'Uruguay, à la Concordia, à Paysandu et à Buénos- Ayrcs.

Le terrain de San-José est arrosé par six ruisseaux qui tombent dans l'Uruguay. On trouve partout de l'eau douce exwllente, en creusant a quelques mètres. Tout y facilite l'agriculture, qui ne rencontre de difiîcultés réelles que dans la destruction des fourmis.

On calcule qu'il y a maintenant pour 1 00,00 J piastres de mnisons.Dcs carrières voisines de

DépabYemepo" de la Concordia. — Au nord du précédent, borné par TArroyo-Grande au sud, le Mocoreta au nord, TUruguay à l'ouest. Le Gualeguay en arrose la partie centrale; il renferme douze districts de campagne, qui sont ceux : Del-Aqui^ De-los-Yugxieries^ Del-Yerua^ Del-Compas, DeMoreira^ Del- Fédéral, De Diego- Lopez, De Atensio^ Del Pueblo de la Federacion^ Del Gualeguaycito^ de Mandisovi^ de Tatuti, Le terrain est légèrement ondulé, un peu sablonneux et en partie couvert de palmiers. Son climat permet d'y cultiver le manioc et le tabac, qui y réussissent fort bien, quoique la culture en soit très-restreinte ; Tindustrie principale est l'éducation du bétail et surtout celle des bêtes à laine ; la nature du sol s'y prête parfaitement : aussi les troupeaux de mérinos et de métis augmentent-ils tous les jours, et la laine des botes indigènes se raffinet-elle de plus en plus. Le gazon court des bois de palmier yataïs et leur sol net et peu humide conviennent admirablement au mouton. Depuis quelques années un assez grand nombre d'étrangers sont venus fonder des fermes pour l'exploitation de celte industrie rurale. — Population de ce département : 14,500 Ames, dont 3,000 pour le chef-lieu.

La ville de la Concordia^ chef-lieu du département, fondée en !83i sur le Rio Uruguay, à demi-lieue au-dessous de la ville orientale du Salto et à un kilomètre au plus de la rivière, occupe une position charmante, sur une sorte de plateau qui la domine. Il n'y a d'autres édifices publics qu'une école et une commandance des plus simples ; mais les maisons particulières sont généralement bien construites : toutes ont des jardins remplis d'arbres fruitiers , parmi lesquels l'oranger domine. Une belle

p^ et de pierre à chaux pcmietlenl de les construire solidement. Il y a une église, doux écoles et une maison municipale. — Les concessions valent aujourd'hui 3,000 piastres, et plu-* ■rars se sont vendues à ce prix.

La colonie est administrée par un directeur , intermédiaire entre M. le général Urquiza ^i a donné le terrain et fait les avances, et les colons. -^ La justice est rendue par un juge 4t paix ; ce magistrat est assisté par un commissaire de police et une garde de quelques kaaBsnos. Tous ces employés , le maître d'école et le curé , sont défrayés par le gouvernement proTtocial. Le conseil colonial est nommé par les colons et n'a que des attributions muni'-

Le généra! a fait tous les frais de cette fondation ; il a concédé le terrain et les bestiaux à frèf-bas prix , fait des avances aux colons sur leur passage, leur nourriture dans le principe, «il reste encore en ce moment à découvert de 150,000 piastres. Mais, en récompense de ses iicnGccs, il a doté sa province d'une colonie modèle, qui a donné une grande valeur aux lemioft environnants, appelé de la population dans l'Entre-Rios, lequel n'attend que des bras fMnr devenir un des plus riches pays du monde.

(Extrait d'une lettre de M. Alexis Peyret, directeur de la colonie, 25 juin 18630

église va remplacer la pauvre chapelle qui date de la fondalion.

Son port est formé par la petite rivière Yuquery , où les navires de cabotage sont parfaitement en sûreté contre les coups de vent qui se font quelquefois sentir dans T Uruguay. Lors des basses eaux, ils sont obligés de se tenir dans le fleuve luimême, ce qui met alors le port à trois quarts de lieue de la ville, et oblige de suivre une route assez mauvaise après la pluie pour y arriver. Si les roches de Los Corralitos étaient enlevées, comme il est facile de le faire avec quelque travail, les navires pourraient en tout temps venir mouiller près de la ville et accoster la rive ellemême, la rivière étant assez profonde pour les recevoir.

Le commerce principal de la Concordia est celui de la yerbamaté, qui vient des Missions par le Haut-Uruguay. Le passage étant forcément interrompu au Salto-Grande une partie de Tannée, les petits navires qui font le cabotage du haut du fleuve s'arrêtent au bourg de la Federacion, situé au-dessus des rapides et à 11 lieues de la Concordia. Là on charge les marchandises sur des charrettes, et on les apporte à cette ville, qui est Teutrepôt de ce commerce et celui de tout le nord de la province. Les bestiaux du département sont abattus dans un grand saladero, à un petit quart -de lieue de la ville ; leur chiffre varie de 23 à 30 mille par campagne.

La Federacion est un bourg fondé en 1844, à 2 lieues au-dessous de Tancien village, aujourd'hui abandonné, de Mandisovi. Il est sur la rive même du fleuve, qui peut avoir 800 mètres de large à cet endroit. Uii petit ruisseau dont on a creusé et agrandi le lit lui sert de port et reçoit facilement une quinzaine de grosses embarcations de cabotage. Ce bourg, aujourd'hui peuplé d'un millier d'habitante, est avec la Concordia l'entrepôt du commerce du Haut- Uruguay, et a des relations continuelles avec Monte-Caseros, la Restauracion et les petits ports du nord de la Bande-Orientale et des Missions correutines et brésiliennes. Le bourg correntin de Curusu-Cuatia, situé dans l'intérieur des terres, reçoit également tous les objets d'importation étrangère par la voie de la Concordia. — Le service de diligences établi de la Concordia à la Restauracion met en rapport continuel presque toutes les populations de la rive droite de l'Uruguay, et concourt puissamment au développement de leurs relations commerciales, si restreintes jusqu'en 1860, par suite de leur éloignemerit des grands centres.

Département de Villaguay. — Il occupe la partie centrale de la province entre les départements de l'Uruguay et du Parana , et est partagé en deux par le Rio-Gualeguay, sur les rives duquel sont de grandes forêts, traversées par un grand nombre de ses petits affluents. On le partage en quatre districts de campagne : Lucas, Sauce-de- Luna , LaS'Raices , Las-Moscas. L'unique industrie est celle de rélève du bétail ; il n'y a que peu d'agriculture. Les estancias sont disséminées dans les clairières des bois et dans les plaines voisines des départements de l'Uruguay et de la Concordia. — Population, 6,000 habitants, dont 800 pour le chef-lieu.

Santa-Rosa de Villagtiay^ capitale de ce département , est îin petit bourg assez commerçant, situé sur le ruisseau de ce qom, affluent du Rio-Gualeguay. II. ne compte guère que des chaumières, quoique les habitants vivent dans une grande aisance, par suite du bon état de leurs fermes, dont le bétail, ne souffrant presque jamais de la sécheresse, se reproduit incessamment.

§ III. — Histoire abrégée de la province d^Entre-Rios.

Lors de la découverte du Rio-de-la-Plata, l'Entre-Rios était habité par des Indiens Minuanes et Chanas, alliés avec les Timbus, qui occupaient la rive droite du Parana, et les Charmas de la Bande-Orientale. Les Espagnols, cantonnés d'abord dans le Paraguay, puis à Buénos- Ayres et à Santa-Fé, ne' cherchèrent point pendant deux siècles à coloniser cette magnifique partie de leurs possessions platéennes. Cependant, au commencement du dix-huitième siècle, quelques colons de Santa-Fé et de Buenos- Ayres vinrent s'établir sur les rives des deux fleuves et commencèrent à s'y livrer, à leurs risques et périls, à rélève du bétail. Les Indiens ne pouvaient voir d'un bon œil ces intrus qui venaient ainsi les inquiéter et usurper leurs terres : on se fit la guerre de part et d'autre, et ce ne fut -qu'en 1728 que les Minuanes, complètement battus près de l'endroit où s'élève aujourd'hui la ville de la Victoria, cédèrent le terrain aux colons et commencèrent à se fondre avec eux. Quant aux Charruas, leurs anciens alliés, ils se retirèrent dans la Bande-Orientale, de l'autre côté de rUniguay. En môme temps, les jésuites des Missions cherchaient à étendre leurs conquêtes spirituelles sur le moyen Uruguay, et établissaient quelques chapelles et estancias le long de la côte. C'est

ainsi qu'ilb fondèrent Mandisovi et San-Antonio, remplacés aujourd'hui par la Federacion et la Concordia.

Le gouverneur de Buénos-Ayres, voyant que le pays commençait à se peupler de chrétiens, le partagea en deux juridictions séparées Tune de l'autre par le Rio-Gualeguay, assignant la première à Saota- Fé, et la seconde à Buénos-Ayres, et bientôt se mit à faire des concessions de terrain aux familles qui lui en demandaient. Ces concessions faites sans discernement et sollicitées par quelques favoris du pouvoir étaient immenses et mal limitées. La discussion du plus ou moins de valeur de ces titres est aujourd'hui une source de nombreux procès, soit entre les familles, soit entre les particuliers et l'administration (1).

En 1730, le gouvernement de Santa-Fé fonda la ville de la Bajada del Parana, et la population commença à s'accroître ; mais, endurcis par leur lutte avec les Indiens, habitués à chasser les bestiaux sauvages de la contrée, les paysans devenaient presque aussi sauvages que les Minuanes et les Charmas qu'ils avaient expulsés, et l'Entre-Rios était de fait le refuge de tous les bandits de la Plata. Cet état de choses dura un demi-siècle ; les habitants paisibles n'osaient étendre leurs établissements et protestaient incessamment contre une situation si nuisible à leurs intérêts.

En 1782, le vice-roi de la Plata, D. José de Vertiz, jeta enfin les yeux sur cette province et chargea le capitaine D. Tomas de Rocamora de l'organiser. Celui-ci parcourut aussitôt le pays, et, trouvant une population assez nombreuse , groupée dans les cantons désignés déjà sous le nom de Parana, Nogoya, Gualeguay-Grande , Gualeguaychu et Arroyo de la China, il déclara la nécessité de fonder des centres de population dans tous ces endroits en y traçant le plan d'une petite ville, en y construisant une chapelle et une maison pour municipalité [cabildo)^ en faisant des concessions de terrains, de bœufs de labour et d'instruments d'agriculture à ceux qui voudraient les habiter. C'est ainsi que furent fondés San-Antonio-de- Gualegiiay , Nuestra-Seriora'de-la-Concepcio7i-del-Urngtiay , San- José-de-Gualeguaychu^ en 1783; Nogoya le fut quelques années plus tard, en 1793, et Parana l'avait été dès 1730 ; mais ce ne fut que sous l'administration de Uocamora que ces bourgs furent organisés,

(1) Le D*" D. Benjamin Victoria a publié un travail intéressant sur Toriginc des villes de l'Entre-Rios »lans la Revista del Parana. — Apuntes para servir à la historia del origen y fundacion de los pueblos del Entre-Rios , extractados de documentos autênti- COS. T. I, page 130, 181 et 241. Parana, 1861.

suivant la coutume espagnole, avec leurs magistrats locaux et leur municipalité .

A la fin de ce siècle, Azara donnait une population de 11,600 âmes aux cinq cantons alors existants de TEntre-Rios, savoir: Parana, 3,000 âmes; — Nogoya, 1,500; — Gualeguay, 1,600; — Gualegaychu, 2,000 ; — Arroyo de la China, 3,500. — Dès 1804, TEntre-Rios envoyait à Buénos-Ayres cent mille cuirs de chevaux, sans compter ceux de bœufs, en outre des bois de construction, du charbon, du bois à brûler, de la chaux, etc. La province commençait à prospérer (1).

Lors de la révolution de 1810, TEntre-Rios imita l'exemple de Buénos-Ayres, et aida à Témancipation de la Bande-Orientale et à la prise de Montevideo sur les. Espagnols. La gloire qu'avait acquise Artigas, général oriental, et les sympathies qu'il s'était attirées de la part des soldats entre-rianos, lui donna une influence considérable dans celte province.

Le directeur Posadas, au commencement de 1814 (10 mars), avait séparé l'Entre-Rios proprement dit de Corrientes et signalé ses limites en nommant l'Uruguay pour sa capitale. Dans le courant de cette même année, sous Tinfluence d' Artigas, la province nouvelle se prononça pour le système fédéral et se déclara en état de se gouverner elle-même en dehors du système unitaire que proclamait Buénos-Ayres. De cette époque date l'ère de la fédération entrc-riane, qui fut longtemps usitée dans la province. Artigas et Ramirez développèrent et affermirent cet esprit d'autonomie qui devient depuis si tenace, et lorsque enfin, écrasé par les Portugais en 1819, le chef oriental voulut consacrer les dernières ressources de la province épuisée à la guerre de la Bande-Orientale, il trouva une résistance absolue dans Ramirez, qui jugea que l'Entre-Rios avait assez fait. Artigas, ayant essayé d'employer la force pour maintenir son influence, fut battu et expulsé par Ramirez, qui le força de se réfugier au Paraguay. La proviuce de Corrientes, fatiguée comme l'Entre-Rios, accepta à son tour l'influence du chef entre-riano, qui fut proclamé en 1820 protecteur suprême des deux provinces de Corrientes et d'Entre-Rios, magistrature qu'il exerça jusqu'à sa mort, mais que la province de Corrientes ne con- ,

(1) Parmi les principaux propriétaires <Ie la province, on comptait en 1805, à l'Arroyo de b Cfaioa, D. José de Urquiza, Espagnol marié à une dame de Buénos-Ayres , et qui commandait tous les départements à rest du Gualeguay. C'était le père du capitaine général D. José Josto de Urquiza, ex-président de la République Argentine, gouverneur actuel de l'Entre- Kiot.

tiiuia pas à son successeur. L'administration de Ramirez, quoique toute militaire, est celle qui a laissé le plus de souvenir, car c'est elle qui a constitué la province et lui révéla alors sa propre valeur. C'est à partir de cette époque que l'épée de l'Entre-Rios a été d'un si grand poids dans toutes les questions qui ont agité la Plata.

Ramirez, en 1820, participa à la ligue contre Buénos-Ayres, qui se termina par le traité de la Capilla-del-Pilar. L'année suivante, 1821, il voulut aider le gouverneur de Cordova, Carreras, contre Santa-Fé, et fut vaincu et tué dans cette lutte. Après sa mort, le général D. Lucio Mansilla, qui avait été son lieutenant, prit sa succession et établit la capitale de la province à Parana. En 182S, l'Entre- Rios envoya des députés au congrès général des Provinces-Unies ; mais, dès l'année suivante, il revenait à son autonomie fédérale. C'est aussi à cette époque que l'on voit figurer pour la première fois le nom de D. José Justo de Urquiza comme député au congrès législatif de la province; sur sa motion, l'assemblée éleva au rang des villes Parana et l'Uruguay, jusque-là considérées seulement comme de sim- ' pies villas (bourgs) .

Lors de la querelle des fédéraux et des unitaires en 1828, l'Entre-Rios arbora naturellement la bannière fédérale et triompha avec ce parti. En 1831, il participait au traité dit quadrilatéral du 4 janvier avec les provinces de Buénos-Ayres, Santa-Fé et Corrientes , traité qui créait entre les parties contractantes une ligue offensive et défensive et déléguait à Buénos-Ayres la représentation extérieure.

En 1838, la levée de boucliers contre Rosas, alors considéré comme le champion du système fédéral, trouva l'Entre-Rios fidèle à ses principes. Il fallut combattre Corrientes, qui s'était séparée de la ligue, puis la Bande-Orientale, que les unitaires buénos-ay riens réfugiés avaient entraînée dans la guerre. En 1842, envahi par les Correntinos, après la bataille de Caaguazu, puis occupé par l'armée d'Oribe à son retour des provinces de l'intérieur, attaqué enfin par le général oriental Rivera, il fut saccagé par tous, amis comme ennemis, et sur certains points, tels que dans la campagne de Parana, les traces de ce désastre ne sont pas encore effacées. Le bataille de rArroyo-Grande, . le 6 décembre 1842, rendit la province à elle-même, et, le 1" janvier 1843, elle nommait pour son gouverneur Thomme qui devait la porter à un si haut point de gloire et de prospérité : c'était le général D. José Justo de Urquiza, natif de l'Uruguay, où son pèi-e, José de Urquiza, avait été commandant pour TEspagne. Le général Urquiza figurait depuis longtemps sous la bannière fédérale et avait combattu.

mais sous les ordres d'autres généraux, dans toutes les grandes batailles qui avaient eu lieu depuis 1838, à Pago-Largo, à Cagancha, à Caa-Guazu, à TArrovo-Grande.

Nous avons raconté dans notre introduction (tome I, page 17) comment, après la rude campagne de la Bande-Orientale, de 1843 à 46, et celle de Vencès, en 1847, il avait organisé la province ; comment, en 1831, son épée délivra Montevideo assiégé depuis neuf ans, renversa Rosas, et, en 1832 et en 1853, protégea l'organisation argentine née de la constitution élaborée par le congrès de Santa-Fé. — Depuis c'est encore l'Entre-Rios qui, sous son commandement, a fourni les plus forts contingents dans les campagnes de 1839 et de 1861, et son histoire se confond avec celle de la Confédération argentine, dont cette province a été jusqu'à présent le plus ferme appui.

L'Entre-Rios a été fédéralisé de 1833 à 1860, et la ville deParana était à la fois capitale de la province et de la Confédération argentine. Lorsque le pays cessa d'être fédéralisé, Parana avec sa banlieue resta capitale nationale et la Concepcion de rUruguay redevint celle de la province. A la fin de 1861, par suite des événements politiques de cette année, le pouvoir national cessant de siéger dans l'Entre-Rios, Paraua fut rendu à la province et devint simple chef-lieu de département. (Voyez d'ailleurs ce que nous en avons dit déjà, page i 03.)

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