TERRITOIRE DES MISSIONS
pas aTantageux pour les bestiaux; mais en revanche i^arbre à yerbamaté y prospère et y forme des forêts entières. On y trouve aussi de magnifiques bois de construction, exploités jadis, mais qui ne peuvent plus l'être aujourd'hui, faute de routes et d'habitants.
En face d'Itapua se trouve une sorte de camp retranché, formé par une muraille en pierre sèche d'un mètre et demi de haut et de 1,200 mètres de développement. Elle dessine un arc de cercle dont les deux extrémités s'appuient sur le Rio-Parana, large en cet endroit d'une demi-lieue. Cette enceinte, construite par Francia avec les matériaux provenant de la démolition deCandelaria, Loreto, etc., etc., est occupée par une garnison paraguayenne. Sous la dictature de Rosas, lorsque les rivières étaient fermées, la république du Paraguay commerçait avec le port brésilien de San-Borja, à travers les Missions, et Itapua, protégée par cette tête de pont, était l'entrepôt de ce pays.
Le terrain qui s'étend le long du Parana entre ce fleuve et la lagUjDe Ibera, était occupé jadis par les meilleures estancias de la province : San-Borjita, Curupay, Santa-Tecla, San-Agustin, Santa- Maria, ^osario, Caraguatay, etc. Elles fmissaient à la Tronquera ou barrière de San-Miguel^ endroit où les jésuites avaient fait creuser plusieurs fossés entre la lagune et le fleuve, de manière à empêcher rentrée des Missions. C'est là aussi que le Paraguay a construit la Trafiquera de Loreto^ barrière palissadée avec fossé qui interdit à volonté les communications avec Gorrientes. Il existe le long du fleuve Parana une chaussée naturelle, offrant de ce côté un passage fiicile même aux charrettes, pour gagner le nord de cette province. Dans le territoire des Missions les communicatiqns sont faciles. Hoirs de la saison des crues on peut suivre la côte de l'Uruguay; tous les ruisseaux qui s'y jettent, excepté l'Aguapey, sont guéables. Le Mirifkay se passe facilement au Pas du Père éternel [Paso del Tupa- Tupa) où les jésuites avaient autrefois une chapelle ; c'est à peu prèsTendroit où il sort des marais de l'Ibera. Il y a aussi les Pasos de las Piedras, de Lopez et del Rosario où il est encore guéable aux basses eaux et permet ainsi la communication avec les départements de Mercedes et de Curuzu-Cuatia. L'Aguapey ne cesse de l'être qu'une dizaine de lieues avant de déboucher dans l'Uruguay.
Les fleuves Parana et Uruguay, malgré quelques rapides, sont navigables presque toute l'année dans toute leur partie qui baigne iet Missions. Aujourd'hui l'Uruguay est le siège d'une navigation active à partir de Santo-Tomé et de San-Borja, par suite du
commerce des bois et de celui de la yerba-maté. Les bourgs de la Uruguayana, Itaquy et San-Borja, sur la rive gauche, celui de la Restauracion sur la droite, sont les principaux points de commerce. Les nouveaux services de bateaux à vapeur et de diligences établis récemment ont fait beaucoup de bien à toute cette région jadis si isolée. C'est au-dessus de San-Javier que les chercheurs de bois de construction vont couper les essences de cèdre, de lapacho, d'urundey, de quebracho, dont ils forment des radeaux avec lesquels ils descendent la rivière. Le Parana, interdit à la navigation par le Gouvernement paraguayen, ne reçoit dans cette partie que les canots de guerre de cet Etat.
Le territoire des Missions est extrêmement fertile ; Thumus, généralement épais, y recouvre un sous-sol formé d'une terre argileuse rouge, très-rétractile et fortement chargée d'oxyde de fer. Il n*y a point de sable ; aussi, sous l'influence des sécheresses prolongées, le sol se fend-il profondément. Il est totalement dépourvu de sel, minéral si abondant dans tout le reste du pays. La végétation est fort riche et très-rapprochée de celle de la zone équinoxiale, puisque le pays est compris entre les 26* et 30* degrés de latitude. Les produits d*Europe et ceux des tropiques y réussissaient également entre les mains des Jésuites et de leurs Indiens. Les colons européens y pourraient cultiver la canne à sucre, le coton, le tabac, à côté du blé et du maïs qui y donnent d'immenses récoltes.
Le climat est celui de la province de Corrientes ; les chaleurs de l'été sont tempérées par une ventilation constante; l'hiver, on n'y éprouve que de rares gelées blanches. — Le pays est parfaitement salubre ; on y voit quelques fièvres intermittentes bénignes, et, lorsqu'il ékiit peuplé d'Indiens, la petite vérole y régnait à l'état épidémique tous les huit ou dix ans, comme, d'ailleurs, dans le reste du bassin de la Plata.
La population serait déjà revenue d'elle-rmôme dans le territoire des Missions, si la question de souveraineté du territoire avait été jugée entre la Confédération argentine et le Paraguay, tant le pays est favorable à l'exploitation agricole, pastorale et industrielle.
Histoire. — Nous résumerons seulement ici à grands traits les principaux points de l'histoire des Missions, renvoyant pour le reste à notre Mémoire historique annexé au présent ouvrage.
A l'époque de la conquête, le pays était occupé par plusieurs tribus d'origine guaranies, par quelques Tupis, par les Minuaûes, enfin par
TERRITOIRE DES mSSIONS. 155
les Charruâs qui vivaient principalement de l'autre côté de F Uruguay. Au commencement du dix-septième siècle, les missionnaires jésuites commencèrent à évangéliser ces Indiens et formèrent des Missions sur le revers occidental de la Sierra del Tapé. Bientôt, par suite des incursions des Mamelucos ou sang-mêlés du Brésil qui venaient à main armée enlever ces néophytes pour en faire des esclaves, ils concentrèrent leurs établissements entre le Parana et l'Uruguay, et formèrent ainsi les quinze bourgs des Missions occidentales, où se trouvaient réunis environ S0,000 lûdiens ; plus tard leurs missions s'étendirent de l'autre côté de ces deux fleuves. A l'expulsion des Pères de la Compagnie, en 1768, ces réductions tombèrent en décadence; elles se soutinrent cependant jusqu'en 1817, époque à laquelle les Portugais les ruinèrent complètement et en détruisirent et enlevèrent la population. Le gouvernement de Buénos-Ayres dont elles dépendaient à l'époque de l'émancipation en 1810, en avait réuni le territoire à la province de Corrientes : le Paraguay, protestant contre cette décision, a constamment, depuis bientôt un demi-siècle, empoché tout établissuement nouveau de s'y implanter solidement. On l'a même vu en 1849, à la suite de quelques difficultés avec Corrientes, l'envahir brusquement, incendier le village de l'Hormiguero, et emmener de l'autre côté du Parana et le bétail et les fermiers qui étaient venus s'y établir.
Le gouvernement de Corrientes eut depuis l'intention d'y établir des colonies , et traita même avec le docteur Brougnes à cet effet, mais il n'a malheureusement pas été possible de réaliser ce projet qui eût ramené la prospérité dans cette magnifique contrée. C'est seulement à Yapeyu que l'on a pu conduire quelques colons étrangers qui paraissent y prospérer. — D'un autre côté, les Yerbales au nord de San-Javier sont envahis par des Brésiliens et à peu près livrés au pillage. On dévaste cette riche région abandonnée, pour ainsi dire, au premier venu. C'est donc au Gouvernement fédéral à prendre des mesures pour que l'on voie enfin cesser un état de choses si préjudiciable aux véritables intérêts de la nation argentine et à la colonisation d'un pays qui a besoin avant tout de se peupler.