‹ Description géographique et statistique de la confédération ArgentineChapitre 16 sur 60 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

ProTince de Sanfa^Fé.

§ I. — Province de Santa- Fé en général.

• Limites et situation astronomique. — La province de Santa-Fé se compose d'une grande plaine boisée dans le nord, herbeuse dans le sud, qui s'étend en forme de carré long, sur la rive droite du Rio-Parana, depuis 29'' jusqu'à Sd"" 30' de latitude sud, dans une largeur moyenne d'un degré. Elle est limitée : — au nord, — par l'Arroyo-del-Rey, cours d'eau peu connu, qui vient de l'intérieur du (ihaco se jeter dans le Rio-Parana, et celui de Las-Vivoras qui parait aller au Salado ; — à l'ouest, — par une portion du Rio- Salado, et, de l'autre côté de cette rivière, par une petite série d'ondulations de terrain, connues sous le nom de LosAltos^ qui la séparent de Santiago-del-Est^ro. — Les bois et les canadas du Quebracho, l'Arroyo de las Tortugas, forment sa limite avec Cordova. Cette ligne occidentale coïncide à peu près avec le 64* de longitude. — Au sud, — l'Arroyo-del-Medio marque la frontière avec Buénos- Ayres. — A l'est, -. — le thalweg du Rio-Parana la sépare de Corrientes et de l'Entre-Rios; ce thalweg, étant plus rapproché de la rive gauche, laisse dans sa juridiction quantité de grandes lies formées par le fleuve. Dans ces limites, la province a un peu plus de 2,000 lieues carrées de superficie.

Aspect général. — Cette province offre une plaine à peu près absolue, aussi bien dans la partie basse, presque au niveau du Rio-Parana et se confondant au nord avec le Chaco, que dans la portion un peu plus élevée qui commence après l'embouchure du Rio-Salado et va s'unir aux pampas de la province de Buénos-Ayres et du territoire indien du sud. Le sol est sablo-argileux, très-meuble, recouvrant des strates d'argile qui se succèdent de haut en bas sur une épaisseur moyenne de 20 mètres, sous lesquels se trouve une couche sablonneuse, laquelle pénètre de même à une profondeur indétermi-

née : c'est dû moins ce qu'indique la coupe des puits creusés à Santa-Fé et au Rosario. L'humus superficiel est extrêmement fertile et propre à toutes les cultures. Le nord de la province et les bords du Salado nourrissent de grandes forêts composées principalement d^algarrobos, de talas, de viraros, etc., etc. ; le sud est une pampa herbeuse, éminemment propre à l'élève des bestiaux.

Hydrographie. — L'extrême horizontalité du terrain rend les rivières rares, les eaux pluviales étant presque aussitôt absorbées par le sol, ou formant des lagunes et des canadas. ' — En dehors du Parana et de ses branches il n'y a en réalité que le Ria-Tercero connu dans la province sous le nom de CarcararUiy et le Rio-Juramenio ou Salado (voyez t. I, pages 152 et 139) qui puissent porter des embarcations. — Mais le fleuve Parana y présente un système particulier de canaux qui pénètrent assez profondément dans les terres et sont accessibles à la navigation, sauf les trois ou quatre mois de basses eaux.

En effet, depuis l'embouchure du Carcarafla par 32'' 30' jusqu'au 29* degré en face de Goya, le canal principal du grand fleuve se rapproche de la rive gauche et laisse ainsi vers la droite un nombre considérable d'iles assez étendues, au milieu desquelles serpentent des canaux plus ou moins larges et plus ou. moins longs. — L'un, désigné sous le nom à' Arroyo-del-Mal-Abrigo (ruisseau du mauvais abri), qui se détache du Parana bien au-dessous de l'Arroyo-del-Rey, communique avec une lagune intérieure, connue sous le nom de lac du Cristal, puis vient rejoindre le grand fleuve à une vingtaine de lieues au-dessus de Santa-Fé. — Un autre bras, analogue au précédent, arrive près de cette ville sous le nom de Colastiné. — Enfin le Caiial de Santa-Fé lui-même, qui sort en face de la ville de Parana, se continue jusqu'au Carcarafla en passant devant le bourg de Coronda, dont il prend le nom, après avoir reçu le Rio*Salado. — Ces trois canaux forment, pour ainsi dire, une longue rivière qui coule parallèlement au fleuve et en est séparée par plusieurs grandes lies peu élevées, couvertes de bois, mais où Ton trouve parfois d'excellents pâturages pour les bestiaux. Us ont assez d'eaji pour recevoir de grosses embarcations. De grandes goélettes arrivent jusqu'à Santa-Fé, et même à Coronda ; elles peuvent aussi dans la saison favorable passer par le Colastiné.

V Arroythdel'Rey parait plutôt un canal de décharge des inondations intérieures formées par le Rio-Parana, lors des grandes

crues, qu'un ruisseau né du Chaco. On croit même qu'il communique avec le I\io-Salado à certaines époques de Tannée, par un ruisseau nommé Arroyo de los Palmarès ou de las Vivaras qui part du petit lac de ce nom, de telle sorte que tous les cours d'eau qui se trouvent dans la plaine au-dessus de Santa-Fé seraient formés à la fois par les eaux du Salado et celles du Parana, aussi bien que par les eaux pluviales. En passant dans les terrains salés de cette partie de la province ils y prendraient le goût saumâtre qui a fait donner le nom de Saladillo à un grand ruisseau qui tombe dans Li lagune de Santa-Fé. Cette région basse , semée de bois et de lagunes, est géographiquement peu connue ; l'extrême horizontalité du terrain permet des changements fréquents dans le cours des rivières et la forme des lagunes. Ainsi, au-dessus de la localité nommée Monte-Agiiara^ en remontant le Rio-Juramento, on trouve des ouvertures dites boquerones qui sembleïit d'anciens lits de la rivière, et se dirigent vers l'est ; ce sont ceux que l'on a figurés sur quelques cartes en communication avec la lagune des Vipères [laguna de las Vivoras) et rejoignant le Parana par l'Arroyo-del-Rey. Cette même lagune communique probablement avec le lac du Cristal, qui lui-même se joint au Parana et aux Saladillos, ou ruisseaux salés, que nous venons de nommer, et qui se rendent dans la lagune de Santa-Fé.

Il s'ensuit que toute cette grande plaine est coupée de canaux de dimensions diverses, généralement guéables quand le Parana est bas, mais qui, à l'époque des crues de ce fleuve, se remplissent parle reflux de ses eaux, celles-ci venant couvrir diverses parties de la campagne et y former des lagunes et des banados.

Depuis la ville de Santa-Fé jusqu'à l'extrémité nord delà province, le sol semble avoir fait partie de l'ancien lit du fleuve ; il est évidemment formé d'alluvions modernes. Ce qui le prouve, c'est que la grande lagune qui se déploie de l'autre côté de la ville a son rivage occidental bordé par des berges de S à 6 mètres de haut, alors que la rive orientale est basse, à peine au-dessus des crues de la rivière, et que Ton peut suivre ainsi par les ondulations du terrain les traces de l'ancien rivage. Aussi l^Rincon de San-José, situé entre la lagune et le Parana, est-il un terrain d'mie fertilité extrême. Deux canaux naturels allant de l'extrémité nord-est de la lagune au Colastiné attestent l'origine de ce vasteamas d'eau.

Du Rio-Juramento au Carcarafia, le sol est coupé de quelques ruisseaux sans importance allant tomber dans le Parana , dont un seul,

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celui Del^Monge^ loi*s des grandes pluies, offre uu obstacle sérieux aux chariots et aux voyageurs. — Le Carcarafta est guéable aux basses eaux, h' Arrot/o-del-Medio^ qui sépare la province de Santa-Fé de celle de Buénos-Ayres, est un ruisseau qui n'a qu'une importance politique comme frontière. UArroyo de Pabon, qui le précède, est d'une dimension égale et ne sert qu'aux troupeaux. Ces deux ruisseaux prennent leur source dans les canadas de la plaine. — L'i4rrayo de las Tortugas est un ruisseau fangeux qui se forme dans les bas-fonds inondés ou bafiados du Quebracho et, se dirigeant presque directement du nord au sud sous le méridien du 64'' de longitude occidentale , \a tomber dans le Carcaraùa près du village de Gruz- Alta. Il forme la frontière entre Santa-Fé et Cordova. Peu avant d'arriver au Tercero, il est profond, encaissé et très-difficile à franchir à gué. Heureusement, on a construit un pont à l'endroit où le coupe la nouvelle route du Rosario à Cordova.

Les lagunes, favorisées par l'horizontalité du terrain, sont nombreuses : nous avons déjà nommé celles des Vipères, du Cristal et de Santa-Fé, qui sont les principales ; mais il en est de bien plus petites qui sèment la pampa et qui , quelquefois salées, le plus souvent douces, sont précieuses pour les bestiaux. Les caùadas ou bas-fonds souvent marécageux et boisés, où se rassemblent les eaux pluviales, rendent les mêmes services.

Orographie. — La province de Santa-Fé n'a point de montagnes, et à peine quelques reliefs du sol. Sur la rive droite du Rio-Salado, en remontant vers le nord, on trouve plusieurs ondulations de terrain qui vont se réunir à cette série de petites collines très-basses désignées sous le nom de Los-Altos^ qui séparent le bassin de la lagune de Los-Porongos de celui du Rio-Juramento, et marquent les limites de Santiago del Estero. — Quant aux berges {barrancas) du Rio- Parana, — basses dans le nord de la province , à partir de l'embouchure du Carcaraùa, elles se relèvent successivement jusqu'à at* teindre une hauteur de 22 mètres au Rosario, hauteur qu'elles conservent jusqu'à TArroyo del Medio. Le fleuve y a creusé son lit aux dépens de la Pampa, qui, de ce point, commeuce à se relever aussi CD pente insensible jusqu'au massif central de Cordova et aux Andes.

Naturb du sol. — Il est, comme celui de la province de Buénos- Ayres, sablo-argileux , mais un peu plus léger encore. La couche d'humus varie en épaisseur, sans être jamais bien considérable ; le

sous-sol est assez dur, argileux également, et toujours mêlé de sable. A 20 mètres de profondeur on rencontre des couches de sable siliceux presque pur. L'argile qui compose les berges du Parana est très-compacte et présente des noyaux calcaires en certains endroits. On n'y a point encore trouvé de fossiles.

Quant au sol du nord de la province, à partir du Carcaraûa, toute la partie voisine du Parana est composée d'alluvions modernes. Les puits que Ton y creuse offrent de Teau presque toujours douce à quelques mètres seulement de profondeur. Si Ton s'avance à une quinzaine de lieues vers l'ouest, le sol est salin, et il est plus difficile de trouver de l'eau douce; celle de la plupart des puits est saum&tre; cependant les hommes et les bestiaux s'y habituent. Dans la Pampa du sud et le département du Rosario, l'eau se trouve à 25 mètres et est de bonne qualité.

Quoique le sol soit en général léger, il est fertile et n'a besoin que d'humidité pour nourrir une belle végétation.

Au point de vue minéral, aucune province n'est plus dépourvue que celle de Santa-Fé. Elle n'a que de bonnes argiles pour la brique et les poteries, et le sel que l'on pourrait au besoin obtenir de ses saladillos (ruisseaux salés).

Climat. — Le climat de 1^ province de Santa-Fé est tout à fait celui de TEntre-Rios, et n'offre rien de particulier ; on y trouve la même splendeur du ciel, la même salubrité de l'air. — Les gelées sont rares et courtes ; le vent est généralement modéré , en toute saison, et beaucoup moins fréquent que sur le littoral de la Plata. Les sécheresses seules sont à craindre.

Végétation. — Au point de vue de la végétation, la province se divise en deux parties séparées l'une de l'autre par le Rio-Tercero ou Carcarafta. La portion septentrionale offre beaucoup de forêts, principalement dans les endroits humides et au bord des rivières. Ces forêts, tantôt épaisses, tantôt semées de nombreuses clairières naturelles, nourrissent des arbres qui ne sont pas de très-haute taille, mais gros et trapus et d'un bois fort dur, tels que Talgarrobo, le fiandubay, le viraro, le tala, etc., tous excellents pour le charronnage, la construction des navires, etc., et enfin le chauffage. La végétation herbacée n'offre rien de particulier. Les prairies, tapissées d'un épais gazon, offrent au bétail des pâturages sans cesse renaissants ; beaucoup sont un peu salines et d'autant plus propres à la nourriture des bêtes

à Goraes et à laines. — La partie méridionale ne présente qu'une pampa sans fin, c'estrâ-dire une plaine absolue sans arbres et couverte de' pâturages naturels qui ne peuvent être utilisés que par le bétail, du moins tant que le défaut de population empéchem d'y faire de Tagriculture.

Agricultwe. — Elle n'est développée que près de la capitale et du Rosario, dans le département de San-José et dans les colonies de la Esperanza et de San-Çarlos. — On cultive avec succès presque tous les arbres fruitiers d'Europe et une partie de ceux des tropiques. L*arbre le plus en honneur est l'oranger, qui, à Santa-Fé même et aux environs, acquiert une grande taille et se couvre d'une immense quantité de fruits excellents, qu'on exporte avec profit. Le coton et le tabac réussissent très-bien et pourraient être l'objet d'une culture en grand fort lucrative, mais on ne s'en occupe pas encore malgré le bel avenir promis à cette industrie agricole sous le climat de Santa-Fé.

Animaux sauvages et domestiques. — Le règne animal s'y compose des mêmes classes d'animaux que dans les provinces précédentes ; la grande quantité de bois favorise leur multiplication. — Grâce aux nombreux canaux du Parana, le poisson abonde partout et pourrait môme donner lieu à l'établissement de pêcheries pour la préparation d'une sorte de morue indigène. — La classe des insectes présente un phénomène particulier à Santa-Fé : c'est une araignée fileuse qui vit en société et fournit une soie qui pourrait être utilisée. (Voyez d'ailleurs tome II, page 62.)

Quoique les prairies qui couvrent la plus grande partie du sol soient extrêmement favorables à l'élève du bétail, par suite des événements politiques de 18S9 et 1861, il n'abonde pas dans la province. Les pâturages du nord sont exposés aux incursions des Indiens du Chaco, Tobas et Mocovis, qui, presque à tour de rôle, viennent faire k maraude sur la lisière du pays peuplé. Les agitations politiques qui, si souvent, ont mis aux prises Santa-Fé avec Buénos-Ayres, ont niioé périodiquement les estancias du sud, de sorte que le pays n'a jamais, depuis 1810, nourri les animaux que la nature du sol lui lurait permis de posséder. Cependant la partie méridionale compte fasse? belles fermes où l'on s'occupe beaucoup de l'élève et du raffinage des brebis. Les terrains sont d'ailleurs excellents pour toute espèce de bétail, et sa multiplication pourrait même être illimitée s'il y avait de la sécurité pour les éleveurs.

conv. AmuÊKtmm, — t. ui. il

Industrie et commerce. — Malgré ces conditions accidentellement fâcheuses pour Tindustrie pastorale, celle-ci est encore la principale de la province. Les animaux sont conduits aux estancias de Buénos-Ayres, ou exploités dans les deux saladeros qui existent à Rosario. On vend en outre beaucoup de bœufs de trait pour les troupes de charrettes qui viennent de Tintérieur et y retournent. — La production de la laine augmente considérablement et on raffine avec soin les troupeaux. — Les produits de Tagriculture, tels que le blé, le mais, les fruits de toute sorte, ont un grand débouché pour Rosario, Buenos- Ayres et même Montevideo.

La fabrication du charbon de bois, dans les lies du Parana et les bois du Salado, occupe un certain nombre de bras. Cette industrie est importante, car Buénos-Ayres ne consomme guère que les charbons et les bois à brûler de Santa-Fé. — L'abondance des bois de charronnage et de petite construction maritime dans ces forêts, alimente ces deux industries qui y sont fort activas et donnent une im* portance réelle au commerce de la province.

Voies de communication. — La grande voie commerciale de la province de Santa-Fé est naturellement le Rio-Parana. Tous les centres de population de quelque importance sont situés sur ce fleuve, et le Rosario, devenu la seconde place de commerce de la Confédération argentine, reçoit dans son port des navires d'outre-mer. — Les canaux nombreux que nous avons nommés plus haut offrent une voie précieuse à une navigation intérieure qui permettra d'exporter facilement tous les produits du nord de la province lorsque cette partie se sera repeuplée. — La navigation du Rio-Salado (Juraraento) n'a encore pu se réaliser, malgré toute l'activité de ses entrepreneurs et les travaux que l'on a commencé à y faire. La rivière une fois ouverte jusqu'à Santiago del Estero, la ville de Santa-Fé deviendrait l'entrepôt du commerce du nord de la république. Quant à celle duRio-Tercero, elle exige des travaux analogues à ceux qui préparent l'ouverture du Rio-Salado. — Cette double navigation sera le résultat nécessaire de l'accroissement de la population, du commerce et de l'industrie. Mais de pareils progrès ne peuvent se réaliser qu'avec le temps.

Les voies de terre sont au nombre de trois : l'une, qui suit le Rio-Parana et va du Rosario à Santa-Fé. Un service de postes et une diligence y fonctionnent avec régularité. Cette dernière sert principalement aux communications de San-Lorenzo et de Goronda, car, pour celles avec le Rosario, on préfère avec raison

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la voie des bâtiments à vapeur, si nombreux aujourd'hui sur le fleuve. Quant aux communications avec TEntre-Rios, elles ont lieu à Taide d'un petit bateau à vapeur qui fait un voyage quotidien entre la ville de Santa-Fé et celle de Parana, située à quatre lieues de là sur la rive opposée du fleuve , et d'ailleurs une foule d'embarcations de tout tonnage font incessamment la traversée entre les deux villes qui sont ainsi intimement liées l'une à l'autre. Coronda et le Diamante ne communiquent que par des embarcations à voiles et à rames.

La route de Santa-Fé à Cordova par El-Sauce , El-Quebracho et le Rosario de los Ranchos, a été rectifiée en (861 par l'ingénieur de Laberge. Cette rectification la réduisit à 56 lieues de 6,000 vares ou 296 kilomètres. Elle est parfaitement carrossable et semée sur son trajet de bois et de lagunes d'eau douce à souhait pour des établissements agricoles. (Voyez d'ailleurs tome II, page 333.)

Une route fort importante, suivie autrefois, mais abandonnée depuis 1810, n'a point été rétablie encore, c'est celle de Santiago-del- Estero. Cette voie, laissant le Rio-Salado au nord-ouest, passait par les fortins du vieux Colulu et Del-Eje et allait aboutir à celui de la Reine^ dit aussi de Los-Sunchales. Là elle se bifurquait : l'une de ses branches passant au sud de la Mar-Chiquita (la petite mer), dépendance des bas-fonds inondés de Los-Porongos, allait rejoindre le chemin de la pampa de Cordova au Rio-Dulce ; l'autre, laissant les lagunes au sud , venait toucher le fortin d' Abipones , et de là, en suivant la rivière, aboutir à la ville de Santiago. L'inconvénient de cette route est surtout le manque d'eau potable, la plaine qui longe le bord septentrional des lagunes étant aujourd'hui remplie de sel en beaucoup d'endroits, par suite des dérangements survenus dans le lit du Rio-Dulce et de son passage dans le désert des Salines où il se charge d'une immense quantité de chlorure de soude, et le dépose sur la plaine lorsqu'il y déborde. Cette constitution du sol, en même temps que le défaut de population et l'absence d'esprit d'entreprise , ont empêché jusqu'à présent de rétablir une communication si importante au commerce du nord de la confédératbn et à celui de Santa-Fé. Cependant le gouvernement national, dès la fin de 1862, en a repris le projet et ordonné une reeonnaissance topographique indispensable avant de commencer les travaux qui consisteront surtout dans le creusement de puits et l'établissement de maisons de poste fortifiées le long de cette route i (Voyez tome II, page 555 .)

Population. — Lors de la découverte, les Indiens Timbus Quiloazas et Chanas, tous d'origine guaranie, peuplaient la pro vince de Santa-Fé. Les colons espagnols prirent des femme parmi ces tribus qui graduellement se fondirent avec eux. Depuis d'autres Indiens, tels que les Tobas, lesMocovis, les Abipons, ont con tribué à recruter la population de la campagne et ont fourni d nombreux métis. — A partir de 1830, mais surtout depuis 1 850 d'assez nombreux étrangers se sont fixés dans le pays ; ils ont gros les rangs des habitants des villes et n'ont pîis craint d'aller s'étabL à la campagne pour y former des fermes à culture {chacras) et bétail {estancias). Les deux colonies de la Esperanza et de San*Ca los, dont nous parlerons tout à l'heure, ne sont, en effet, formé que d'Européens nouveaux venus. Ces dernières recrues ont augment notablement le chiffre total de la population qui peut monter au jourd'hui à près de 45,000 âmes(l).

(i) Quelques Santa-Fecinos assurent qu'afant 1810, la population «le la province était pk nombreuse qu'aujourd'hui. Cela nous parait fort difficile à croire, car le recensement de 179 scion Azara ne leur donnait que 12,600 habitants ainsi répartis :

Ville de Santa-Fé 4,000 *

Rosario, ville et campagne 3,500

Goronda 2,000

Mission d'Inispin 600

Mission de Cayasta 67

Mission do San-Pedro 643

Mission do San-Javier 1,300

Mission de San-Géronimo 490

Toul 12,600

En 1825, D. Ignacio Nuiîcz lui assignait approximativement 15,000 âmes, chilfre évidei ment trop faible.

Le recensement de 1857 onlonnc par le gouvernement nhtional pn'îsente:

Argentins 36,957

Étrangers : 4 ,304

Total 41,261

Aujourd'hui, quoique la population de la ville de Rosario ait diminué, la reproduction n turellequi est grande et l'immigration doivent avoir porté ce chiffre à 45,000, ainsi reparti

Département de Santa-Fc | ^'"^ ^'^® ( 13,000

f Campagne.^ .... 6,000 S

Département de Rosario ....... i ^'"^ '^'^^ i 24,000

\ Campagne 14,000 S

Département de Goronda 5,000

Département de San-José 3,000

Total . 45,000

La population de cette province a toujours été assez flottante par suite des osctUations c6

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Les Santa -Fecinos se livrenl à la culture, au commerce , à l'industrie, mais leur principal goût est celui de Télève du bétail à laquelle le pys se prête admirablement. La population masculine de la campagne n'a guère d'autre occupation ; aussi les guerres civiles ont-elles toujours pu recruter sans peine parmi ces pasteurs de nombreux cavaliers constamment prêts à saisir la lance et à courir sus aux provinces voisines et surtout à celle de Buénos-Âyres avec laquelle Santa-Fé s'est trop souvent trouvée en discussion .

Le nord de la province , dont les frontières se confondent avec ceUes de Chaco, est parcouru par des bandes d'Indiens Tobas et Mocovis, qui viennent quelquefois des bords du Vermejo faire des incursions vers les cantons rapprochés de la ville pour enlever du bétail. Les Sanra-Fecinos font, à leur tour, des entradas ou courses en terres d'Indiens et ramènent un certain nombre de prisonniers, femmes et enfants, qui sont mis au service de particuliers sous la tutelle du juge défenseur des mineurs et sont généralement attachés à la domesticité. Ces expéditions maintiennent une hostilité presque constante entre les habitants de la frontière et ceux du désert; il en résulte l'impossibilité de fonder aucun établissement durable vers le nord. A tour de rôle les Tobas et les Mocovis viennent inquiéter non-seulement les fermiers, mais encore les bûcherons qui exploitent les forêts au nord de Sauta-Fé. Cependant il y a quelques intenralles de paix, et, pendant ces trêves, les Indiens ne craignent pas de visiter la capitale et font un petit commerce de pelleteries et de cire avec les blancs. — Quant aux colonies agric'oles, contenus par l'attitude des colons, ils n'osent pas les attaquer et commercent au contraire avec eux.

GouvERîŒMENT ET ADMINISTRATION. — La proviuce de Santa-Fé est aujourd'hui régie par une dernière constitution votée en 1856. Cette constitution y établit comme dans les autres provinces les trois pouvoirs, législatif, exécutif et judiciaire.

Le premier appartient à une chambre de dix-huit députés nommés directement par le peuple, savoir : six pour la capitale, six pour le

■wciales du port de Rosario, et de» querelles qui ont souvent eu Heu entre Buénos-Ayres cl W autres provinces de Tintérieur. Par sa situation, elle est le théâtre nécessaire des premières hostilités, et ces agitations effrayent naturellement les gens paisibles et lés éloignent ^s'j étabUr définitivement. Les colonies agricoles ont été assez heureuses pour se maintenir ^t à £ui en dehors des événements de 1859 et 18G1 qui n'ont altéré en rien ni leur tranquillité, ni leur bien-être. Aujourd'hui, la population y est assez forte pour se faire respecter <^Indieiis et des manudeurs de toute espèce et en toute circonstance.

département du Rosario, quatre pour celui de San-Geronîmo de Coronda et deux pour San- José. — Les fonctions de ces députés durent quatre ans, mais la chambre se renouvelle par moitié de deux en deux ans. La session est annuelle et dure du 1" mai au 31 octobre.

Le gouverneur est nommé par la charïibre à la majorité absolue des suffrages. Ses fonctions durent trois années, et, sa période de magistrature expirée, il ne peut être réélu avant trois autres années. 11 est assisté d'un ministre général à son choix et révocable à sa volonté.

Justice. — Le pouvoir judiciaire est exercé par une chambre de justice, des juges d'appel et des tribunaux de première instance pour le civil et le criminel. Ce système n'est pas encore complètement organisé. Des juges de paix, des alcades et des commissaires de police sont chargés des menues affaires et de la sécurité publique.

Des municipalités sont établies dans chaque capitale de département et dans les colonies.

Culte, — Toutes les cures départementales sont pourvues de curés et de vicaires. Il y a dans la capitale un couvent de franciscains, à^ propaganda fide et un de dominiquins. Les premiers ont aussi une maison à San-Lorenzo ; plusieurs de leurs missionnaires ont été détachés dans les villages d'Indiens, tels que le Sauce et San- Javier.

Instruction publique. — Il existe dans la capitale un collège pour l'instruction secondaire dirigé par des pères jésuites , c'est un établissement particulier. — L'État n'entretient que des écoles primaires qui malheureusement ne sont pas assez nombreuses et surtout assez fréquentées. Il y en a pour les deux sexes dans tous les chefslieux de département, mais les districts en sont en grande partie dépourvus.

Force publique. — Le service de la frontière est fait par la troupe de ligne nationale à laquelle on adjoint, en cas de besoin, la milice provinciale ou garde nationale mobile. Tout Santa-Fecino est naturellement soldat, les luttes contre les Indiens maintenant sans cesse en alerte les habitants de la campagne. Le chiffre total de la garde nationale atteint 7,000 hommes.

Finances, revenu, budget, — Les dépenses de l'administration provinciale sont, en moyenne annuelle, de 90,000 piastres fortes ; cependant le revenu ordinaire ne peut couvrir cette dépense, et il faut avoir recours à la vente des terres publiques, — le papier timbré, les patentes, la contribution directe, etc., etc. ^ ne rendant pas plus de 60,000 pias-

très. Le produit de la location et vente des terrains provinciaux a été considérable depuis 1856, mais on a aliéné assez légèrement des propriétés de l'Etat que celui-ci essaye de revendiquer aujourd'hui. D'un autre côté, la plupart des propriétés sont mal définies, malmesurées, sanstitres réguliers, et, à Santa -Fé comme ailleurs, une bonne délimitation des terres publiques est à établir. Elles sont d'une étendue suffisante, surtout dans le nord de la province, pour que leur bonne administration puisse constituer pour l'État des ressources inépuisables.

§ n. — Division administrative. — DépartetnentSj districts et autres centres de population.

La province de Santa-Fé est divisée en quatre départements : — La Capitale; — El-Rosario; — San-Geronimo de Coronda; — San- José, — lesquels se subdivisent eux-mêmes en districts.

Département de La Capitale. — Il est limité au nord par TArroyr» de Aguiar qui vient déboucher dans la lagune salée de Sétubal, dite plus généralement lagune de Santa-Fé, et par TArroyo de los Calchines ; — à l'ouest par le Bajo de las Tunas, entre la colonie Espérance et le Sauce ; — à l'est par le fleuve Parana ; — au sud, de l'autre côté du Rio-Salado, par le bois dit Monte de los Padres. — On le subdivise en six districts : ceux del Paso de Santo-Tomé^ De las QuiniaSj De las Chacras^ De Ascochingas^ De Anapiré^ des cantons militaires y delà colonie Esperanza. Ce département, d'une étendue moyenne, renferme quelques estancias. Mais comme la végétation y est fort belle, et que toutes les espèces d'arbres fruitiers et de légumes y réussissent, on y fait un peu d'agriculture fort lucrative en général. Toutefois sa principale industrie, après celle de l'élève du bétail, est l'exploitation des bois pour le charronnage, la charpente des maisons et la construction des navires de cabotage.

SA!fTA-FÉ, capitale du département et de la province, est une des plus anciennes villes du littoral de la Plata, puisqu'elle date de iS73, près de trois siècles. — Elle est située sur un terrain absolument plat, à une faible hauteur au-dessus du Parana, et sur un canal naturel qui s'en détache un peu plus haut, nommé Riacho de Santa-

Fé. Ce canal, après avoir reçu le Salade, va plus bas, sous le nomade Riacho de Coronda, recevoir le Carcaraûa et rejoindre le grand cours d'eau dont il formait ainsi la branche la plus occidentale. — La ville est resserrée, d'une part entre la lagune de Setubal, longue d'à peu près cinq lieues, sur une largeur variable qui atteint près de 2,000 mètres en certains endroits, et le Rio-Salado qui s'unit au Riacho, à une petite derai-lieue au-dessous, de sorte qu'elle se trouve enfermée dans une presqu'île ouverte seulement au nord*ouest. Le Riacho a en tout temps assez d'eau pour permettre la navigation de goélettes calant 2 mètres, et, lors des crues du fleuve, qlii durent huit mois de l'année, des bâtiments d'un plus fort tirant d'eau peuvent y arriver. C'est lui qui forme le port, et les embarcations s'amarrent à la rive; une simple planche les met en communication avec la terre et permet de charger et décharger facilement. Un quai, que les eaux menacent de ruiner, protège la promenade ou A/ameday plantée de beaux azedarachs, qui embellit le port, et est très -fréquentée. — De grandes îles, formées par les bras du fleuve, s'étendent en face de la ville^et sont consacrées à l'élève des bestiaux ; les bois qui les couvrent en partie sont surtout exploités par des ouvriers qui y préparent le charbon destiné à Buénos-Ayres.

La ville de Santa-Fé est divisée en cuadres de 130 vares (111,80 mètres) de côté ; la nature un peu sablonneuse du sol permet aux rues de rester fort propres, quoiqu'elles ne soient point pavées. Les maisons vastes , souvent bâties en adobes ou grandes briques cuites au soleil et recouvertes en tuiles, sont en général assez bien distribuées et renferment des jardins bien plantés d'arbres fruitiers et d'agrément ; depuis quelques années on en a construit de fort élégantes ; on en compte près de 1 ,200, grandes ou petites, habitées par une population de 7,000 âmes; 6,000 peuplent le reste du département.

Les principaux édifices publics sont quatre églises : celles de la Merced, Saint-Dominique, Saint-François et la Matriz; cette dernière de construction moderne. Les trois premières appartiennent à des couvents, qui, sauf celui de la Merced, le plus ancien de tous^ ont conservé quelques moines. Ces églises sont proprement tenues, et la Matriz a même un aspect assez monumental. — Le Cabildo, grand édifice à arcades, d'une belle construction, qui orne la place principale, a été élevé sous la domination espagnole. C'est le monument historique par excellence de la Confédération argentine, car il a servi à la réunion du congrès constituant de 1852 et à la convention de 1860.

PROVINCE DE SANTA-FÉ. ir.O

SaDta-Fé a un club pour la lecture des journaux et des bals mensuels, une société de bienfaisance et un hôpital civil. Un hospice spécial est destiné aux individus atteints d'éléphantiasis {mal de Lazaro).

Du département de Santa-Fé dépendent plusieurs cantons militaires, qui sont ceux de San-Pedro, d'Ascochingas et de Narmja.

San-Pedro^ au nord-o\iest de la lagune, est un village d'Indiens Hocovis à demi civilisés, au nombre de 700, sur lesquels 200 hommes de combat. Le gouvernement leur passe des rations de tabac et de yerba-maté, et ils se tiennent tranquilles.

Ascochingas et Narvaja sont des hameaux sur la frontière indienne de l'ouest, où Ton a placé quelques compagnies de vétérans. — Les habitants de ces trois cantons élèvent du bétail et font un peu d'agriculture autour de leurs villages. Mais ce qui les fait vivre, ce sont principalement les rations qu'ils reçoivent de l'État.

La colonie de la Esperanza^ sur l'emplacement de l'ancien canton militaire d'Iriondo, à sept lieues de Santa-Fé, sur la rive gauche du Rio-Salado, a été fondée en 1856. Elle compte aujourd'hui 1,800 âmes. Chaque famille possède une concession de 27 hectares, sur lesquels elle se livre à l'agriculture. La superficie de la colonie est d'environ quatre lieues carrées comprises entre la rivière et deux grands bois qui l'enserrent à l'est et à l'ouest. Le terrain est de première qualité, léger, sablo -argileux, facilement pénétrable à la pluie, et offre de l'eau douce excellente à une profondeur de 8 mètres. Toutes^ les conditions y sont réunies pour le bien-être des colons ; aussi rétablissement est-il aujourd'hui dans un état de prospérité remarquable (1). (Voyez d'ailleurs tome 11, page 377, et aux Notes et Documents.)

(1) La eokmie de VE$péranee se développe et grandit chaque jour. Son voisinage a fait leplos grand bien à la ville de $anla-Fc dont elle a galvanisé la torpeur et où elle a développé une eentâae activité commerciale ; car, si les colons sont grands travailleurs, ils sont tmû grands consommateurs et ne se refusent point une vie aisée. Leur exemple a appclô de Soifae et d'Allemagne d'autres immigrants qui sont venus remplacer ceux qu'une impade mouvement ou les difficultés de premier établissement ont poussés hors du I. Aussi, le recrat^ment de TEspérance se fait-il aujourd'hui tout seul et les concessions sat acquis une valeur considérable.

La bonne attitude des colons en a imposé aux Indiens, qui se gardent bien de se présenter

aajoanfbui, sinon en amis, à ce canton d'iriondo qu'ils insultaient autrefois. Ils font même

ifMlqiM oonimerce avec eux, apportent des peaux, des cuirs, de la laine, du miel et de la cire.

Li eolonie de Son-Cartoi, établie dans le département de San-Géronimo, en 1859, est

importante que celle de l'Espérance, car elle ne compte qu'une cinquantaine de famil-

Le département de San-José est situé au nord de celui de Santa-Fé, et compris entre le Rio-Parana, la lagune et les saladillos. Il se subdivise en quatre districts, trois au nord de TArroyo de los Calchines, et un en deçà. Ce dernier porte spécialement le nom de Rincon (le coin), parce qu'il est fermé de tous cAtéspar les eaux. Ce dernier district est essentiellement agricole et relativement très-peuplé, car il renferme près d'un millier d'âmes, dont 400 pour le village de San-José. — Les trois autres, situés en plein Chaco, n'ont qu'une population à peu près nomade. Sur l'Arroyo de los Calchines, existe une petite colonie d'Indiens de ce nom, gens pacifiques et laborieux, qui sont agriculteurs sur la rive et charbonniers dans les îles du Parana ; elle forme le district de Los-Calchines.

Les anciennes colonies et missions de Cayasta^ Inispin ou Jésus- Nazareno et San-Geronimo^ le village Del-Rey^ sur le ruisseau de ce nom, à l'extrême nord de la province, ont été abandonnés depuis 1810 par suite du soulèvement des Indiens qui les habitaient, et qui, profitant des troubles et de la guerre civile élevés entre les chrétiens,

les; mais elle n*a rien coûté au gouvernement, sinon une concession de terres à rentrepreneur, et ne prospère pas moins.

Suivant un rapport de D. J. M. Zuviria, ministre du gouvernement de Santa-Fé, daté du 22 novembre 1862, les deux colonies comptaient à cette époque 2,500 habitants, ^2821 cuadres (4,693 hectares) de terrain en culture, — 651 maisons, — 522 corroies ou cours fer* mées de pieui, — 484 puits, «— 142,520 arbres fruitiers, — 7813 bétes à cornes, — 2,227 chevaux, — 1,640 brebis, — un nombre considérable de porcs, de lapins, de volailles, etc., etc.

Les 300,000 piastres qui ont été dépensées pour la Espéranza ont fécondé tout un canton et appelé un courant d'immigration qui est peu considérable encore, mais qui ne se ralentit pas. C'est de l'argent bien placé.

Le gouvernement de Santa-Fé est décidé à donner 300 lieues carrées de ses meilleures terres, pour la colonisation de 10,000 familles allemandes auxquelles seraient accordées, en toute propriété, 128 lieues carrées, le reste étant abandonné à la compagnie, qui se chargerait des frais de passage, d'installation, de nourriture pendant les premières années, etc., etc. Les colonies seraient au nombre de 50 , chacune composée d'un groupe de 200 familles. l\ serait accordé à chaque groupe 2 lieues 1/8, soit 3,536 hectares, plus 100 cuadres, 166 hectares, pour la municipalité. — La chambre provinciale a été saisie de cetto^proposition qui n'a pas encore pu avoir de solution faute d'un cadastre préliminaire qui permette de faire la distinction entre les terres particulières et celles de l'État. I^ ministre estime que tout le territoire à partir de 18 lieues nord de la capitale est propriété provinciale. Il est certain que toutes les Missions établies dans cette région étaient sous le régime communautaire, quoique ce ne fussent pas les jésuites qui eussent leur direction, et que, par suite de l'éloignement des grands centres, les particuliers n'aimaient pas à aller s'y établir. Les concessions qui ont pu être faites alors par les autorités espagnoles n'étaienf certainement que temporaires, et, comme partout, à la condition de peupler (podiar), conditions qui n'ont pas été remplies ou n'ont pu continuer à l'être.

Aujourd'hui, non-seulement le gouvernement, mais encore la population nationale de Santa-Fé, comprenant tous les avantages de la colonisation par l'immigration étrangère, sont disposés à faire tout ce qui est nécessaire pour rattirer.

sont retournés à la vie sauvage. Unis aux autres tribus du Chaco, ils ont souvent ravagé le nord de Sànta-Fé pour y venir enlever du bétail/L'ancienne colonie de San-Javier a été repeuplée en 1857 par un groupe de Calchines détachés de leur village. Tout ce terrain au nord du Rincon et des deux cAtés des saladillos, jusqu'à l'Ârroyo del Rey, est très-fertile, très-apte, non-seulement à l'élève du bétail, mais encoi*e à l'agriculture, et reste en ce moment, faute de population chrétienne, à la merci des nomades du désert. C'est une excellente partie de la province de Santa-Fé , celle dont la bonne administration peut fournir le plus de ressources au gouvernement de cette province si l'aliénation des terres publiques qu'elle renferme est opérée avec prudence et économie. Sa conquête à la culture et à la civilisation ne peut être faite qu'en mettant sérieusement et méthodiquement en pratique le système de frontières indiqué (tome II , page 207} , système dont le gouvernement fédéral avait commencé rexécution, malheureusement interrompue depuis 1860.

Département de San-Geronimo de Coronda. — Depuis le ruisseau du Monte de losPadres jusqu'au Carcaraûa, et du Rio-Parana à l'Arroyo de las Tortugas et au fort du Quebracho Herrado. — Subdivisé en sept districts : un«de ville, c'est le bourg de ce nom, et six de campagne, qui sont : — ceux de Lomas^ Barrancas^ Carcaraha-Arribay CarcarafUi'Abajo^ Los-Desmochados, Monte deJoséNudo^ vers l'ouest. — C'est une plaine absolue, couverte de bois et de pâturages ; près du chef-lieu, elle'ofiQre une assez grande lagune communiquant avec le fleuve Parana. Le terrain est analogue à celui des deux départements précédents, et les industries y sont les mêmes.

Coronda^ chef-lieu de ce département, est un bourg de 1 ,200 âmes, âtué sur le bord d'un canal qui n'est autre chose que la continuation de celui de Santa-Fé, et qui va dix lieues plus has recevoir le Rio- Carcaraûa ou Tercero. Des lies formées par ce canal, la plus méridionale porte lé nom de Rincon de Gaboto ; c'est là que cet illustre nayigateur construisit le premier établissement espagnol dans ces contrées, le fort du Saint-Esprit^ dit aussi Tour de Cabot {Fuerte de Sancii'Spiriltts^ Torre de Gaboto)^ où il laissa une garnison lorsqu'il remonta le grand fleuve pour aller découvrir le Paraguay. Il ne reste plus de traces de cet ét^lissement, qui a été remplacé par les maisons d'une estancia.

Le bourg de Coronda renferme une jolie église de construction nouvelle et quelques belles maisons qui garnissent la place carrée ,

Ilî DESCRIPTION DES PROVINCES.

centre de toute ville ou bourg de la Plata. La population fait un peu de commerce, et exporte ses produits à Taide d'un petit cabotage sur. les canaux du fleuve.

Au nord-ouest de Coronda se trouve la colonie de Son-Carlos , récemment fondée sur le modèle de celle de TEspérance. Elle est composée de colons allemands dirigés par Tentrepreneur lui-même, et qui s'occupent exclusivement d'fi^riculture.

Le canton militaire du Sauce^ situé à dix lieues de la capitale, dépend de ce département. C'est une ancienne colonie d'Indiens Abipons, fondée par D. Stanislas Lopez, en 4824; ils sont tous chrétiens et complètement fondus avec la population nationale. Le village renferme une chapelle et une école et compte 800 habitants sur lesquels 150 hommes de combat. Les hommes, fort pacifiques et assez laborieux, se livrent à l'agriculture : les femmes filent et tissent de la laine et teignent les étoffes qu'elles fabric^uent elles-mêmes.

Le Fortin de Romero^ — à l'ouest du précédent, se trouve en

plein désert^ et n'est pas toujours occupé. La route directe de Santa-

Fé à Cordova passe par le Sauce et Romero et trouve au fortin du

Qtiebracho Herrado la première bourgade de la juridiction de

Cordova.

Département du Rosârio. — Limité au nord par le Rio-Carcaraûa, au sud par l'Arroyo-del-Medio, à l'ouest par une ligne correspondante au 64° de longitude et passant à travers la pampa ; à l'est, par le fleuve. — Le terrain, quoique parfaitement plat, est plus élevé que celui du reste de la province. Son horizontalité est si parfaite, surtout aux environs du Rosario, que le mirage s'y montre communément en été. Le sol est un peu plus argileux et un peu plus sec que dans les autres départements, mais toujours fertile et propre à toutes les cultures. Les bois, si abondants partout ailleurs, manquent et sont remplacés par une pampa ou plaine couverte d'une herbe épaisse.

Ce département compte , en outre de sa capitale , deux bourgs, ceux de San-Lorenzo et de Constitucion ou Las-Piedras^ et est subdivisé en quinze districts : — Chacras del Rosario ; — Bajo Hondo ;

— Cerrillos; — Monte de Flores; — Orqiieta; — Arroyo Pabon Arriba; Arroyo Pabon Abajo; Arroyo Pabon Centro; — Arroyo del Medio Arriba; Arroyo del Medio Centro; Arroyo del Medio Abajo;

— Arroyo^Seco; — Arroyo de Ludueha; — Dcsmochados^ Abajo ^ . Desmochados-'Arriba,

La Tille du Rosario, devenue la seconde place de commerce de la Confédération argentine, a été fondée en 4730, sous le nom de paroisse du district de Los-Arroyos [Parroquia del partido de los Arroyas), et, jusqu'en 1852, ne futqu*un village assez insignifiant. Cependant Âzara donne à ce canton une population de 3,500 âmes au commencement de ce siècle. Le grand avantage de sa situation, c'est qu'eUe se trouve placée sur le Parana, à Tendroit oii ce fleuve, faisant un coude vers l'ouest, se rapproche le plus de l'intérieur des provinces argentines, et qu'elle en est le port naturel. En outre, la rivière est assez profonde pour admettre en tout temps, dans son port, les bitiments d'outre-mer qui peuvent mouiller à quai et y trouvent par conséquent toutes les facilités nécessaires pour charger et décharger leurs cargaisons.

Depuis 1853, Rosario agrandi considérablement et de nombreuses maisons de commerce s'y sont établies. En 1859, il a reçu deux cent cinquante bâtiments d'outre-mer, alors que l'établissement des droits différentiels par le gouvernement fédéral grevait de 18 pour cent toutes les marchandises qui ne seraient pas venues directement dans son port. On y a construit des débarcadères, une douane , de belles maisons particulières, et commencé une seconde église. La berge s'élève de 20 mètres au-dessus du fleuve; le port, long de 600 mètres, est formé par une plage laissée par l'arc de cercle rentrant qu'elle dessine en constituant aussi une véritable anse fluviale où les navires sont parfaitement en sûreté, quel que soit le vent qui souffle, et dans laquelle le travail ne peut être interrompu en aucun temps. — Les environs de la ville sont bien cultivés, mais, à une lieue de là, h pampa redevient absolument nue et l'on n'y trouve plus que des piturages.

Rosario a un marché, un théâtre, un club, une société de bienfiûsance, un hôpital civil, deux moulins à vapeur, etc., etc. — Sa population est de 10,000 habitants, sur lesquels un tiers sont étrangers. La population totale du département, y compris la ville, atteint 24,000 âmes. Cette place ne s'occupe absolument que de commerce; «lie est l'entrepôt naturel^' des provinces argentines à l'ouest du Parana qui y expédient leurs troupes de mulets chargés et leurs caravanes de charrettes. Ces charrettes forment un campement des plus pittoresques sur une grande place à l'ouest de la ville, et la campagne du département alimente les nombreux troupeaux de bœufs qui sont nécessaires à leur traction.

Bosario est le point de départ des diligences qui mettent les pro-

vinces de Tintérieur en contact avec le littoral. Il sera la tête de la ligne de fer {Ferro^arril central argentino) qui doit joindre la ville de Cordova au fleu\e Parana, et dont les travaux ont été commencés en avril J863, grâce à l'activité de l'administration du président Mitre et de son ministre de l'intérieur, D. G, Rawson, et à l'impul* sion vigoureuse que ces deux magistrats distingués impriment à toutes les entreprises utiles au pays. La distance est de 80 lieues par eau de Buenos- Ayres, 120 de Montevideo, 440 de l'Océan. De nombreux bateaux à vapeur, venant de tous les ports de la Plata, de TUruguay et dii Parana, y touchent chaque jour.

Le commerce de cette place roule sur un capital de dix millions de piastres, valeur des importations et des exportations, et la douane rend en moyenne de 80 à 100,000 piastres fortes par mois.

Les districts de la campagne sont exclusivement occupés par des fermes à bétail. La culture est à peu près nulle > sauf celle des légumes et des arbres fruitiers autour de la ville. Les céréales sont fournies par les autres départements. — Les animaux produits par la province sont exploités dans deux saladeros voisins de Rosario.

Le village de San-Lorenzo, à cinq lieues nord de Rosario et sur le fleuve Parana, est remarquable par le beau couvent de San-Carlûs^ terminé en 1786, sous le règne de Charles III, et appartenant aux Pères FranciscsLins de propagandâ/ide. L'église, fort convenable, est ornée d'une flèche qui, de quatre à cinq lieues, signale cette localité aux navigateurs du fleuve, d'une extrême largeur en cet endroit. Les moines de San-Carlos sont chargés des missions de la Confédération argentine. Dans la province de Santa-Fé, ils ont des pères au Sauce, à San-Pedro et à San-Javier. — Cet établissement est le point d'arrivée de tous ceux qui sont dirigés d'Europe sur ces contrées. — Le village de San-Lorenzo s'est élevé sur le terrain cédé par le couvent. Les constructions de ce monastère ont été commencées en 4775 sur une concession d'un quart de lieue carrée obtenue du roi pour cette pieuse fondation. Les bâtiments ne couvrent qu'un petit espace et les jardins sont médiocrement tenus. On fait aux environs un peu d'agriculture.

La Comtitucion est un bourg fondé seulement en 4859, au port dit de LaS'Piedras, à neuf lieues au-dessous de Rosario, sur le Parana. Les rues y sont tracées, les terrains distribués, aussi bien dans l'enceinte qu'aux environs, pour les cultures, et Ton a commencé à bâtir l'église et quelques maisons. Ce point est à quatre

province: de SAiNTA-FÉ. 175

lieues de San-Nicolas de los Arroyos. Sa situation avantageuse y appellera de la population, d'autant plus que son port est d*un accès facile, et très-profond.

§ III. — Histoire abrégée de la province de Santa-Fé.

L'histoire de la province de Sauta-Fé est celle du bassin de la Plata jusqu'en 4840, et depuis l'émancipation elle se trouve entièrement mêlée à celle de Buénos-Avres et de TEntre-Rios.

£d 4527, Cabot, en remontant pour la première fois le Parana, avait essayé de fonder un établissement à l'extrémité sud de la grande Ile formée par le Riacho de Coronda, localité qui porte encore aujourd'hui son nom [Rincon de Gaboto\ et bâti le fort de Sancti- Spiritus. Ce fort fut abandonné quelques années après, par suite des attaques réitérées des Indiens Timbus, Quiloasas, etc., de race guaranie, qui habitaient ces cantons. En effet des combats acharnés avaient signalé cette prise de possession, et les récits du temps narrent avec complaisance la légende du cacique Mangoré et de la belle Miranda, victime de l'amour conjugal (J ). Les Espagnols s'étantconcentrés au Paraguay, la colonie nouvelle fut oubliée, et, pendant quarante-cinq ans, on laissa les Indiens de ces cantons à leur indépendance primitive. — La fondation de Santa-Fé par Garay rappela la lutte ; elle lut courte : les tribus guaranies consentirent enfin à être réduites en encomietidas^ commanderies, et se fondirent peu à peu avec la population espagnole, qu'elles absorbèrent presque complètement dans la campagne.

Longtemps cette ville n'eut qu'une importance secondaire ; mais enfin, lorsque Buenos- Ayres eut grandi, que Corrientes eut été fondé, sa position intermédiaire entre les établissements du Paraguay et ceui de la Plata la rendit précieuse pour les caboteurs du fleuve. Dans le courant du dix-huitième siècle, la population augmenta, de nouveaux centres de population, tels que Rosario, Coronda, Cayasta, lurent créés; on fonda les missions de San-Pedro, San-Javier, Jésus

(1) Mangoré, cacique des Timbus, avait fait alliance avec les Espagnols, et devint amoureux <lelliranda, femme de Tofficier Hurtado, qui commandait le fort de Sancti-Spiritus. Manquant ^ b foi jurée, Tlndien pénétra par surprise dans la forteresse, fit prisonniers Miranda et son iBvi, et, sur le refus de cette noble femme de lui céder, il la fit brûler vive sous les ycui de MB nari attaché à oo arbre, puis tuer celui-ci à coups de flèches.

et Sau-Geronimo , le village d'El-Rey sur le ruisseau de ce nom. L'agriculture, l'industrie, se développèrent, et le commerce grandit, surtout lorsque les mesures restrictives qui pendant si longtemps avaient pesé sur lui furent abolies. L'établissement de la vice-royauté de la Plata fut le signal d'un progrès, qui, vers la fin du siècle surtout, fut très-marqué. A cette époque, Azara évaluait à 42,600 âmes la population des huit cantons qui composaient la province.

Malgré cela, des idées plus libérales encore avaient fait tant de progrès dans la bourgeoisie et même dans le peuple, que,, comme tout le littoral, Santa-Fé fut pleine d'enthousiasme pour secouer le joug de la métropole. Bientôt cependant elle se sépara de Buénos-Ayres dont elle crut avoir à se plaindre, parce qu'elle lui voyait l'intention de substituer purement et simplement le pouvoir du vice-roi par celui du gouvernement de l'ancienne capitale de la vice-royauté. Les nécessités de la guerre avaient obligé la junte buénos-ayrienne de dégarnir la frontière nord de la province ; cette mesure, qui permit aux Indiens du Chaco de pénétrer impunément dans l'intérieur, et qui livra les propriétés aux incursions des barbares, fut un des motifs qui occasionnèrent la séparation de Santa-Fé de la juridiction de Buénos-Ayres et son érection en province indépendante. Elle adopta donc dès 1814 le système fédéral proclamé par Artigas et Ramirez, et l'un de ses chefs les plus intelligents et les plus tenaces, Estanislao-Lopez, s'en fit l'écho. La résistance de Santa-Fé au système unitaire compte parmi les causes de la dissolution du directoire en 1820. — La constitution unitaire de 1826 fut également accueillie avec froideur par cette province , une des premières à la repousser en 1827. — La levée de boucliers du parti unitaire en 1828 la trouva fidèle à ses instincts; elle combattit contre ses armées à Cordova, et, en 1831, fut une des parties contractantes du traité dit quadrilatéral qui fédérait ensemble Buénos-Ayres, l'Entre-Rios et Corrientes. L'influence du gouverneur permanent, Stanislas Lopez, et ses sympathies pour D. Juan Manuel de Rosas, qui dominait alors à Buénos-Ayres, unirent intimement cette province au parti fédéral, qui régnait également dans l'Entre-Rios.

En 1839, elle accueillit à coups de fusil l'armée du général Lavalle, champion du parti unitaire, et, quoique occupée momentanément par ses troupes dans sa retraite , elle lui fit éprouver des pertes qui préparèrent sa destruction au Quebrachito.

Pendant l'administration du général Rosas, le trésor de la pro-

vince recevait un subside annuel de 24,000 piastres fortes, que le gouvernement buénos-ayrien avait consenti à lui payer, pour combler le déficit de son budget , et compenser le sacrifice de sa douane locale fait aux importations venues par voie de Buénos-Ayres. En 1852, Tannée de Santa-Fé se réunit à celle du général Urquiza pour la délivrance de la république; en 1854 elle accepta de grand cœur la constitution fédérale élaborée par le congrès national constituant siégeant dans sa capitale ; et bientôt la prospérité du Rosario, la fondation des colonies agricoles, le développement du commerce el de rindustrie signalèrent l'ère nouvelle dans laquelle le pays venait d'entrer. En 4860, son \\exix cabildo revit encore une réunion de lé^slateurs argentins, lorsqu'une convention nouvelle vint modifier la constitution de 1853. Les événements de 1859 et surtout de 1861 furent funestes à sa campagne; mais ces désastres ne tiu*dèrent pas à être réparés, grâce à la fertilité de ses champs, et à la situation si avantageuse de la province sur l'immense fleuve qui est devenu la vie d'un tiers du continent sud-américain.

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