‹ Description géographique et statistique de la confédération ArgentineChapitre 17 sur 60 · CHAPITRE VL · texte numérisé non relu

CHAPITRE VL

Proirince de Cordova.

§ 1. — Province de Cordoca en général.

Situation astronomique et limites. — La province de Cordova, la plus cenU^e de la Confédération argentine , est située entre : — 29*40' et 34* de latitude sud; — 64« et 67^30' de longitude occidentale; — elle embrasse ainsi une superficie de terrain qui peut être cfaluée à 6,000 lieues carrées. — Ses limites au nord et au sud sont à peu près les deux parallèles que nous venons d'indiquer, celui du ttord coïncidant avec les lagunes de los Porongos et le bord méridioaal des Salines; celui du sud avec la grande pampa abandonnée aux Indiens qui s'étend de l'autre côté du Rio-Quinto. — A l'ouest, la Ugne du Quebracho-Herrado, de l'Arroyo de las Tortugas, et son prolongement vers le sud, la séparent de Santa-Fé. — A l'est, la pro-

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longation des Salines forme sa limite avec les provinces de la Rioja et de San-Juan ; la petite Sierra de la Lomita, le Rio de la Cruz et la Sierra de la Estanzuela la séparent de celle de San-Luis.

Aspect général. — L'aspect général de cette province est celui d'une vaste plaine dont la pente s'incline de l'ouest à Test vers le Rio-Parana , et au milieu de laquelle s'élève un grand massif montagneux parfaitement isolé. Ce massif, assez abrupt du cûté occidental^ l'est bien moins dans son versant oriental et vers le sud ; sur ces deux points, ses pentes adoucies finissent en pampas herbeuses qui vont se confondre avec celles de Santa-Fé, de Buénos-Ayres et du territoire indien du sud. — La sierra présente à la fois des plateaux élevés de 2,000 mètres, qui ne sont propres qu'aux pâturages, et d'autres, à la moitié de cette hauteur seulement, ou même plus bas, qui se prêtent à des cultures Irès-diverses. De nombreuses vallées s'ouvrent entre les différents cordons qui la composent et renferment une belle végétation. De ces hauteurs descendent une foule de ruisseaux utiles pour les cultures, et dont les principaux se réunissent pour former les quatre rivières principales désignées sous leur nom numérique.

Hydrographie. — Nous avons décrit le Rio-Tercero, principale rivière de la province (voyez tome I, page 153), lequel, né des sommets de la sierra, la traverse presque entière et va tomber dans le Parana à dix lieues au-dessus de Rosario. Les trois autres rivières de quelque importance sont désignées par leur numéro d'ordre en commençant par le nord.

Ainsi le Rio-Primero^ formé de plusieurs ruisseaux arrosant les val- : lées de la sierra àl'O. N. 0. de Cordova, descend à flots rapides dans la plaine et vient couler dans la petite vallée, où est bâtie aujourd'hui la capitale de la province. Nulle parf il n^a assez d'eau pour être navigable, mais il rend de grfemds services pour l'irrigation par les canaux qu'on en fait dériver pour fertiliser la campagne. Le Rio-Primero, au sortir de la vallée de Cordova, se dirige à Test» nord-est et va se perdre dans la pampa , non loin de la ifor-CAiçtiita, où ses eaux arrivent par une série de bas-fonds marécageux* Lors des grandes crues, les inondations qu'il amène sont quelque^ fois dangereuses pour la ville de Cordova.

Le Rio-Segundo est un peu plus considérable que le précédent ; Il est formé de deux branches principales : le Rio-de-Anisacaie et le

Segundo^ proprement dit, qui se réunissent au sortir de la sierra. Le Segundo forme alors une rivière peu profonde, mais large de cent mètres au moins, qui pourrait môme être navigable dans certaines parties. Son cours est parallèle à celui du Rio-Primero dont il est séparé par un espace de neuf lieues, et, suivant la même direction, il vient, comme lui, expirer dans des bas-fonds à une courte distance de la Mar-Chiquita, avec laquelle il communique quelquefois. — Ces deux rivières sont tout à fait analogues dans leur forme et le régime de leurs eaux.

Le RiihCuarto coule vers le sud-est et se forme, comme leTercero, dans les hautes vallées des Cumbres de Lutis (hauteurs de Lutis), qui forment les plateaux les plus au sud de la Sierra. — Large et rapide, mais peu profond, il arrive au bourg important de Concepcion del Rio-Cuarto, la seconde ville delà province deCordova; puis, parvenu au milieu de la pampa, ses eaux s'égarent en des bas-fonds salins où cBes deviennent saumâtres, puis, se réunissant de nouveau, elles viennent, sous le nom de Rio-ScUadillo^ déboucher dans le Rio-Tercero, près du village de ce nom. Cette rivière, sans être navigable, a un volume d'eau assez fort et pourrait fournir la quantité nécessaire pour l'irrigation d'immenses terrains.

Tous les autres cours d'eau de la province de Cordova ne sont que des ruisseaux de montagne dont les eaux sont utilisées tout entières pour l'irrigation, et qui n'arrivent qu'à une faible distance dans la plaine. Ceux du versant oriental se réunissent en partie aux rivières que nous venons de nommer ; ceux de la partie orientale de la Sierra , tels que le Rio-de-los-Satices^ ceux de Soto^ de Pic/iana^ del Eje^ etc., etc., vont se perdre dans le voisinage du bassin des Salines. Le nombre de ces cours d'eau est malheureusement restreint, car sans eux pas de sécurité pour les cultures, à cause des sécheresses qui frappent de temps à autre cette région.

Laffunes de Los-Porongos. — Le nord-est de la province de Cordova présente un système hydrographique remarquable et foi*t peu connu jusqu'à ces derniers temps : c'est le groupe dfc lagunes désignées tous le nom de lagunes de Los-Porongosy où vient se perdre le Rio- Dulce, et une autre lagune fort grande qui communique avec elles «t que l'on appelle la Mar-Chiquita , la petite mer. La rive sud de cette dernière lagune a été reconnue en 1861 par l'ingénieur de Uberge, qui a suivi les traces du Rio-Primero et du Rio-Segundo qui s'y jettent quelquefois lors de leurs grandes crues. Au dire de tous les habitants^ la Mar-Chiquita formerait une seule lagune, dont la

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plus grande étendue serait de l'ouest à Test, et elle commuuiquei*ait a\ec celle de Los-Porongos par une autre lagune intermédiaire dite del Soldado et des canau-x peu profonds, tantôt à sec, tantôt remplis d'eau.

Ce qui rend peu aisée la reconnaissance de ces bas -fonds, c'est que tour à tour couverts ou découverts par les eaux salées, ils n'offrent que des bords fangeux où la marche est très-difficile, gênée qu'elle est d'ailleurs par des plantes aquatiques de toute espèce qui croissent sur ce sol mobile. — Tout le terrain .compris entre 30" et 31® de latitude, 64'' et 63" de longitude, forme anisi une sorte de vaste cuvette où arrivent les eaux pluviales de. tous les environs, et où elles n'ont d'autre issue que l'évaporation . — La Mar-Chiquita a moins d'Iles que la lagune de Los-Porongos; ses bords sont absolument plats. et les eaux s'avancent ou reculent au gré des vents, laissant à découvert de grandes plages vaseuses où Ton va recueillir du seL — Il y a quelques eslancias dans le voisinage de ce lac, et dans plusieurs eu-droits on trouve de l'eau douce en creusant des puits, alors même que le terrain superficiel montre quelques plaques salines. On rencontre aux alentours beaucoup de bois composés presque exclusivement de mimosées épineuses. (Voyez d'ailleurs tome I, page i48 ' et 180.) C'est dans ce bassin que vient se perdre le Rio-Dulce. Les crues de cette rivière ont une grande influence sur la hauteur de ses eaux qui croissent à partir du mois de janvier et baissent en hiver.. Les rives septentrionales sont assez élevées, mais au sud et au sud* est elles sont partout basses et marécageuses, d'autant plus que, toute la région environnante étant excessivement plate, aucun accident de terrain n'empêche les eaux de se répandre à des distances considérables.

Orographie. — Nous avons décrit en détail la conformation du '' massif central argentin composé des Sierras de Cordova et de iSait- ' Luis (voyez tome I, pages 223 et 276) , aussi bien que sa constitu- ' tion géologique; nous n'avons qu'à nous référer à cette première des- * cription, qui, d'ailleurs, se retrouvera en partie dans le tableau de chaque département. — Nous ajouterons seulement que la partie ' montagneuse de la province embrasse un quart de sa superficie, mais que cette région est accessible partout, et qu'en beaucoup d'eudroits il ne serait pas difficile d'établir des routes carrossables pareilles à celle qui la travei'se du sud au nord pour conduire à Santiago del Estero.

Constitution physioi'e du sol. — Le sol de la plaine orientale de Cordova est celui des provinces de Santa-Fé et de Buénos-Ayres , c'est-à-dire un humus plus ou moins épais recouvrant une terre argilo-sableuse, saline en quelques endroits, et nourrissant de beaux pâturages; c'est la pampa proprement dite. Il n'y a de bois qu'en se rapprochant de la sierra, et encore ces bois sont-ils maigres et épineux et composés principalement de chaûars et d'espinillos, enfin de mimosées ; ils augmentent en étendue vers la Mar-Chiquita et se confondent avec ceux de Santa-Çé. Vers le sud Foeil s'égare sur une immense plaine herbeuse et à peine ondulée.

Dans la sierra , le sol est généralement granitique ; mais il s'y trouve des plateaux et des vallées où la terre végétale est épaisse et très-propre à toutes les cultures ; dans la plaine, qui commence au pied des versants occidentaux, elle est argileuse et un peu saline, mais aussi fort meuble et très-fertile à l'aide d'irrigations. Toutes les faUées qui s'ouvrent de ce côté nourrissent des arbres d'une belle taille, et les espèces même qui, du côté oriental, sont maigres et rabougries, tels que les chafiars, les algarrobos , les talas, etc., atteignent, dans cette région, le plus beau développement. Les plateaux les plus élevés de la sierra , ceux qui constituent ses sommets, ne nourrissent, là où le roc n'est pas à nu, qu'un gazon court et épais dont les moutons se trouvent parfaitement.

La sierra de Cordova renferme de nombreux gisements métalliques de cuivre, de plomb, d'argent, de fer, et des marbres magnifiques. Ces richesses minérales ne sont encore exploitées que sur une petite échelle, faute de bras et de capitaux. (Voyez tome II, page 429.)

Climat. — Le climat de la plaine de Cordova est celui de Santa-Fé et de TEntre-Rios ; l'hiver y est toutefois plus sec que sur le littoral. En se rapprochant de la montagne, on ne trouve plus de pluies ITuver, mais seulement à la fin du printemps et en été, c'est-à-dire d'octobre à mars : de là la nécessité absolue de l'irrigation pour les mltures. La température est en raison directe de l'altitude des terrains; elle est en moyenne de 46® dans la capitale dont la hauteur «t de 400 mètres au-dessus du niveau de la mer. Aussi y gèle-t-il quelquefois assez fort, et il y neige même, quoique rarement. Dans la ijerra, les gelées sont plus intenses, mais courtes ; la neige ne se conserve que sur les hautes cimes, et encore elle y fond rapidement, le ciel étant presque toujours pur et le soleil ardent. La température de tous les plateaux dont l'altitude ne dépasse point 1 ,200 mètres est, vu

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cherchée en Europe, et même la vigogne, dont le duvet est plus fia encore. L'acclimatation si difficile de l'alpaca en Australie est aujourd'hui un fait accompli, et le gouvernement anglais a payé à l'introducteur, M. Ledgers, la somme de 50,000 piastres fortes qui avait été promise pour l'introduction de ces animaux dans cette colonie. Les essais et les sacrifices que l'on fait aujourd'hui en Europe pour l'acquisition de cet utile animal, prouvent sa valeur et l'avantage qu'il y aurait par conséquent à le naturaliser dans la sierra de Cordova, dont le climat lui convient et d'où il pourrait être ensuite exporté pour l'Europe. Nous en dirons autant de l'introduction de la chèvre de Cachemire et de celle d'Angora. La réussite de l'acclimatation de ces animaux est certaine, et l'acquisition de pareilles races ferait un jour la fortune de la province. (Voyez d'ailleurs tome II, page 131.)

Industrie et commerce. — Le principal commerce est celui qui résulte de l'élève du bétail, soit que l'on expédie les animaux aux estancias ou aux saladeros des provinces de Buenos-Ayres et de Santa- Fé, soit qu'on les abatte pour la consommation et pour la vente des cuirs secs ou tannés ; soit enfin qu'on vende les bœufs de trait pour le service des nombreuses troupes de charrettes destinées à l'immense transit de Tucuman au littoral. On envoie des milliers de mules dans les provinces voisines et jusqu'en Bolivie. La laine est depuis longtemps l'objet d'une exportation lucrative qui se fait principalement par les bourgs de Villa-Nueva et de Frayle-Muerto. On expédie au dehors des peaux de chèvre en quantité.

En fait de produits agricoles, on n'envoie guère que quelques farines de froment au littoral, tout le reste se consomme dans la province, qui est encore obligée d'emprunter leurs vins à la Bioja et a San-Juan, et des figues sèches à Catamarca.

L'industrie fabrile a quelque entrain. On tanne des cuirs, on prépare des maroquins, on fait même assez de chaussures pour en envoyer aftx provinces voisines. Dans les principaux centres de population et surtout dans la capitale, les bons ouvriers pour la fabrication des objets d'économie usuelle ne manquent point. On fabrique encore quelques tissus de laine d'une excellente qualité, tels que des jergas ou tapis de cheval, des couvertures de lit des couleurs les plus vives et les plus pittoresques et d'une éternelle durée; on teint des pelions ou peaux de mouton destinées à couvrir la selle indigène, etc., etc.

Quant à Texploitation des matières minérales que produit en abon-

PROVINCE DE CORDOVA. 18à

dance la sierra, nous avons déjà parlé en détail de Texploitation de ses mines de plomb argentifère et des minerais de cuivre. (Voyez tome II, page 429.) La production de ces deux métaux, argent et cuivre, a augmenté dans ces dernières années. — Les collines du versant oriental de la sierra continuent à fournir une excellente chaux grasse dont on porte toujours une quantité notable au Rosario ; on songe même à l'exploitation des magnifiques marbres de ces can tons.

Par sa position au milieu de la portion argentine du continent sudaméricain, la province de Cordova sera toujours le centre d'un immense commerce de transit, et sa capitale devient nécessairement IVïitrepôt de tout l'intérieur. La facilité des communications avec le littoral contribue à y développer une activité croissante .que l'établissement des voies ferrées décuplera.

Voies de communication. — Malgré la sierra assez élevée qui occupe toute la partie centrale de la province, les communications sont partout faciles. La première et la plus importante voie est celle de l'ancien chemin de la capitale au Rosario, évaluée à 113 lieues, mais dont Ja longueur est exagérée (1). On a cherché dernièrement à l'abréger par un tracé direct. — La route de Santa-Fé, quoique bien tracée aujourd'hui, n'est pas très-fréquentée. Celle de Cordova à Santiago-del-Estero et à Tucuman est l'ancienne route du Pérou (voyez tome II, page 551 et suivantes), et facile, quoiqu'elle traverse la partie nord dé la sierra. Une autre route, au sud, se joint à celle de Rosario à Mendoza parleRio-Cuarto. Les communications avec la Rioja et Catamarca se font également par des routes carrossables. La sierrn, dans sa partie ceritrale, est traversée par le chemin direct vers la Rioja, et pourrait être rendue praticable aux voitures sans grands travaux. (Voyez l'itinéraire général de la République.)

Des diligences sont établies aujourd'hui sur toutes ces routes ; il y en a deux par semaine pour Rosario, une pour Tucuman, une pour Catamarca, une pour Rio-Cuarto, ce qui suffit en ce moment pour

(1) Cette distance à été mesurée dernièrement avec un cabriolet compteur par M. Louis Same, entrepreneur actuel des diligences dans rintérieur des provinces. Elle est de SOlieut^s 4e 6,000 Tares , exactement : 479,500 vares qui correspondent à 408,500 mètres. Le trace* par M. Gordillo au nord du Rio-Tercero est plus court encore et n'est que de 67 lieues argenliaef de 6,000 Tares, soit 344,000 mètres, mais son trajet n'est pas encore peuplé, tandis qui* les postes et les estancias ne manquent pas sur l'ancienne route.

lÂroole directe de Cordova h Santa-Fé, tracée par M. de Labergc, est de 288,960 mètres ou M lienea de 0,000 vares.

]g6 DESCRIPTION DES PROVINCES.

les communications ; mais il sera facile d'augmenter les départs lorsque le mouvement des affaires Texigera. La moins fréquentée de ces voies est celle de Santa-Fé, toutes les affaires se concentrant au Rosario. Le plus important des moyens de communication sera le chemin de fer central argentin, dont les travaux sont heureusement commencés : nous en avons parlé en détail (tome II, page 175).

Population. — La population primitive de la province de Cordova se composait en majeure partie de tribus dlndiens Comechingones, qui paraissent avoir appartenu à la race Quichua, comme les Calchaquis du nord de la Confédération. Cette population peu nombreuse se fondit assez rapidement avec celle que l'immigration espagnole amenait d'Europe. Elle augmenta ensuite par la réduction en encomiendas des tribus de la plaine voisine de la sierra, et grossit dans le courant du dix-huitième siècle par suite de l'arrivée de nouveaux colons et de l'importation des nègres esclaves. Enfin, depuis l'émancipation, il s'est mélangé avec elle un certain nombre d'Européens nouveaux venus. Le sang caucasien domine aujourd'hui, caria race mêlée va diminuant de nombre et se rapprochant du type blanc. — On compte maintenant 150,000 habitants au moins dans la province de Cordova; sur ce nombre on peut calculer que 50,000 vivent dans les villes et bourgs, et 100,000 dans la campagne. — La dernière période décennale a montré un accroissement rapide dans la population {t).

(1) LapopuladoD de la province de Cordova n'a suivi longtempi qu'une progression peu rapide, et c'est seulement dans ces dernières années qu'une hausse notable a eu lieu dans son chiffre.

On peut, d'ailleurs, en juger par les résultats suivants :

Recensement officiel de 1779 44,OS2

-. provincial de 1813 62,176

Évaluation par le congrès, en 1 826 . 90,000

Recensement provincial de 1839 102,248

— de 1852 110,&39

— officiel de 1857 137,07»

Ce n'est donc qu'à partir de 1852 que l'augmentation est véritablement remarquable, et qu'elle se fait voir dans tous les départements, mais spécialement dan^ celui de la capitale. Si cette population avait seulement doublé tous les trente ans depuis 1780, la province de Cordova compterait, en 1870, 360,000 habitants, mais il est fort douteux qu'elle en ait plut de 170 à 180,000 à cette époque. La progression a donc clé seulement celle d'un doublement en quarante-cinq aimées, d'après Téchelle suivante :

Ce dernier chiffre est donc celui qu'atteindra probablement la population de la province

Les Cordovaîs sont laborieux dans la sierra ; ceux de la plaine, presque exclusivement adonnés à Télève du bétail, iiégligent naturellement l'agriculture, qui est pratiquée avec assez d'ardeur par ceux de la montagne et de ses versants. La population des villes a de la disposition pour rindustrie et le commerce ; celle des campagnes, paisible et peu ambitieuse, se contente de quelques soins donnés à son champ et de la vie la plus simple et la plus frugale.

Gouvernement et administration. — Le pouvoir législatif réside en une assemblée de vingt-cinq députés nommés pour deux années par les départements, et rééligibles. — Elle se renouvelle chaque année par moitié, et tient ses séances du 1" avril au 1" octobre. Dans l'intervalle des sessions, une commission permanente de cinq membres assiste et surveille le gouvernement.

Le gouverneur chargé du pouvoir exécutif est nommé par l'assemblée à la majorité absolue des suifrages. Ses fonctions durent trois années, et il ne peut être réélu qu'après une égale période de temps. Il est assisté d'un ou plusieurs ministres secrétaires à son choix, responsables comme lui et révocables à sa volonté.

Justice. — Le pouvoir judiciaire supérieur est confié à une chambre de justice composée de cinq juges, qui réside dans la capitale, et à des tribunaux de première instance pour le civil et le criminel. Les juges de cette dernière catégorie sont nommés par le peuvoir exécutif sur une proposition de trois noms faite par la municipalité.

Municipalité. — Le pouvoir municipal est constitué par les municipalités ou cabildos établies dans les principaux chefs-lieux de canton. Elles sont justiciables de la chambre supérieure de justice. — Aux municipalités incombe la nomination des juges de paix, la direction exclusive de l'instruction primaire, des établissements de bienfaisance et de charité, celle de la police, la surveillance de la salubrité publique, l'organisation des travaux publics, tels que la construction des ponts, chemins et canaux, les améliorations à exécuter

en 1870; peut-être même est-il exagéré, car il faut pour cela qu'elle augmente de 53,000 en tmze années; et si nous admettons ce chiffre, c'est que nous comptons sur un peu d'immigration et surtout sur une reproduction naturelle de plus en plus forte. Pour ce calcul nous nous basons sur ce qui a eu lieu dans la dernière période décennale (1847-1851) dans le département de Cordova, où le nombre des naissances a été de 12,946 et a dépassé de 6737 celui 4es décès; et nous savons en outre que , dans la plupart des départements, cette proportion a «lé la même.

dans les villes. Elles doivent indiquer les ressources, qui pourraient être assignées pour ces travaux.

Instruction publique, — L'instruction publique est assez développée. Outre Tancienne université de Cordova (voyez tome II, page 636), il y a non-seulement dans la capitale, mais encore dans les départements, une quantité notable d'écoles secondaires et primaires. Sous ce rapport, c'est une des plus avancées de la Confédération.

L'université a des chaires de droit suivies par un nombre considérable d'élèves : aussi les docteurs en droit abondent- ils dans la ville et la province. — Il y a également une faculté de théologie où quelques rares docteurs en cette science prennent le bonnet. — Le collège de Monserrat, dont la fondation remonte à un siècle et demi et qui occupe une partie des bâtiments de l'ancienne maison des jésuites, devenue depuis université, est consacré à l'instruction secondaire et a un chiffre élevé d'élèves internes venus de tous les points de l'intérieur (1).

(1) Le collège de MonBenrat a été fondé en 1685 par le docteur D. Ignacio Daarte de Qui* ro8. Sa constitution réglée par le fondateur fut sanctionnée, deux ans après, par D. Tonias Félix de Argandona, gouverneur et capitaine général de la province de Tucuman, par ordre du roi, et elle l'a régi pendant cent soixante-dix ans. — Dans cet établissement destiné dès sa fondation, en vertu d'une cédule royale, à être dirigé par les jésuites, il était de règle que les élèves allassent aux classes qui se faisaient dans le couvent de ces religieux. Lorsque l'université fut établie, les élèves de Monserrat en suivirent naturellement les cours ; le système a été conservé jusqu'à l'époque actuelle, sauf quelques classes élémentaires de dessin et de géographie, créées à diverses époques. Le collège est installé dans les bâtiments de ITnivorsité, qui sont assez vastes pour cela, son premier local ayant été cédé aux Orphelines.

(let établissement possède encore en toute propriété les biens que le fondateur lui

assigna. Ils consistent en une vaste estancia de huit lieues de long sur près de six de largo dont tous les terrains sont loués ; un millier de têtes de bétail ; huit champs de luzerne d'une contenance de cent vingt hectares environ, tous bien arrosés ; deux moulins à eau en bon état ; des maisons ; plus, des terrains en ville d'une valeur de 20,000 piastres fortes et de» créances sur la municipalité, s'élevant à plus de 25,000. — Toutes ces valeurs, bien administrées, peuvent parfaitement suffire à l'entretien de cet établissement. — > En outre, le gouvernement national y paye soixante-dix bourses, à raison de cinq par province. Avec la plusvalue croissante des propriétés territoriales, Monserrat et l'Université peuvent arriver un jour à couvrir la plus grande partie de leurs frais. *

L'Université va subir d'importantes n^formes dans son organisation et la distribution des matières d'enseignement.

(^ établissement, qui jwrtait le nom de Colêgio Maximo de San-Carlos, fut, en vertu d'une cédule royale, dwlaré en 1800 l'niversité supérieure (l'mversidad'Mayor^ Il devait être régi par les conslitulions de celle de Lima, jusqu'à ce que l'on en établit de spéciales. En 1813 et 1833 on introduisit quelques modifications dans ses règlements; toutefois les études supérieures que l'on y faisait se réduisaient en somme à l'enseignement du droit et de la théologie. En effet , avec les années l'on était arrivé à établir les chaires suivantes :

PUOVINCE DE CORDOVA. 18U

Culte et clergé. — Le clergé est nombreux, et non-seulement toutes les cures sont pourvues, mais encore beaucoup de chapelles dirigées par des desservants se rencontrent sur tous les points de la pro- ^ nuce. L'évêché de Cordova entretient un séminaire diocésain dont les élèves prennent leurs grades à Funiversité. L'existence de cette université, celle d'un évêché , d'un séminaire et de plusieurs couvents d'hommes et de femmes, ont permis au clergé de conserver à Cordova plus d'influence que partout ailleurs. On compte en elTet dans la capitale trois couvents d'hoinmes : Dominicains, Franciscains , Pères de la Merci, et deux couvents de femmes. La province de Cordova était autrefois le centre des établissements des Jésuites dans la Plata ; ils y possédaient les magnifiques bâtiments de l'université actuelle, et les belles fermes et maisons de campagne de Caroya, Santa-Catalina, Candelaria et Alta-Gracia. En 1860, le gouvernement national a fait venir quelques pères de cette célèbre compagnie, qui viennent d'établir un collège particulier dans la capitide.

Théologie, — Droit romain, national, et Proc4;dure civile, — Droit canonique, naturel et pU' blic, iotemational, constitutionnel, Économie politique, — Mathématiques élémentaires, Physique générale, ^ Logique, métaphysique et éthique, — occupées par six professeurs. Kn outre, il j avait un enseignement secondaire de latin, français, anglais, arithmétique, éléluents d'histoire.

Eo 18fô, CCS différents cours étaient suivis par 217 élèves, dont la majorité appartenait au collège de Monserrat.

' Le gouvernement argentin, de qui dépendent aujourd'hui ces deux établissements, veut lioiiter ks collège de Monserrat à Tinsiniction secondaire et compléter l'instruction universitaire de rétablissement national de San-Carlos.

Aus cours supérieurs que nous venons de nommer plus haut on veut ajouter des cours de : Droit oommercial, Droit pénal. Histoire du droit ; — un enseignement médical comprenant : rAnalomie, la Physiologie, l'Hygiène, la Pathologie, la Thérapeuti(iue, la Matière médicale, la Pharmacie, la Bfédecine opératoire, rObslélrique, la Clinique médicale et chirurgicale, la Slédedoc I^ale et celle des aliénés ; enlin, la Botani(|ue, les Matliématiques supérieures, la Topographie, rArchitecture, TArt des fortiiications, la Physique expérimentale, la Chimie, rUialoire de la philosophie. — On voit que le cours d'instruction supérieure est complet, mais ceci n*C8t qu'en projet, et les chaires ne sont pas créées encore.

QoaDt au collège de Bfonserrat, où l'instruction secondaire se trouvait confondue avec celle que 1*00 donnait à rUniversité, elle se limiterait a l'enseignement des écoles primaires et secondaires, comprenant : — la Lecture, la Calligraphie, la Civilité, l'Instruction religicuae, rArithmétique pratique, la Géographie, la Cosmographie, l'Histoire sacrée, l'Histoire argentine, l'Histoire universelle, ancienne et moderne, la Grammaire castillane, le Français, T Anglais, le Latin, la Tenue des livres, la Littérature, la Rhétorique, le Dessin linéaire et général, h Musique vocale et instrumentale.

Cette organisation nouvelle coûterait 20,000 piastres pour les salaires des professeurs et

fwcsljanu. Il faudrait de plus restaurer complètement les bâtiments, pourvoir les cabinets

de'pkyûque et de chimie et renouveler une partie du matériel. — On n'attend plus que la

rttificalion du Congrès pour la réaliser. (Bapport du docteur D. Eusebio de Bcdoya, commissaire inspecteur national, au ministre

de Finttnictioo publique, en date du 12 novembre 18C2.)

Force publique. — Il existe quelques fortins sur la frontière du nord, dans les environs de la Mar-Chiquita, et sur les limites de Santa- Fé. Ces fortins, tels que ceux du Rio-Cuarto ou Concepeion, ont une garnison de troupes de ligne. Celui du Quebracho-Herrado n'est plus occupé aujourd'hui. D'ailleurs l'occupation de la ligne du Rio-Salado par les milices de la province de Santiago del Estero et une force nationale, rend les postes de Cordova à peu près inutiles de ce côté. La frontière du sud est autrement importante que celle du Chaco ; elle exige tout un système qui s'appuie à la fois sur les rivières Cuarto et Quinto, déjà garnies des cantons militaires di'Achiras^ Rio'-Cuarto^ Carlota^ Lechuzo. Tous ces points ont des forces nationales soutenues au besoin par les milices de la province.

Quant à la garde nationale, un rapport, fait au ministre de la guerre à la fin de 1862, la portait à 8,000 hommes, mais ce chiffre peut être plus que doublé , vu le chiiTre de la population actuelle.

Finances^ revenus^ budget. — Les finances de la province de Cordova sont assez florissantes, quoique son budget, qui dépasse 120,000 piastres fortes, se soit soldé plusieurs années de suite par du déficit. Mais , comme le pays a des ressources et que le commerce y grandit chaque jour, les difficultés premières de l'organisation financière ont été surmontées et aujourd'hui les dépenses et les revenus s'équilibrent. On paye même avec régularité les intérêts de la dette pro-* vinciale, et les municipalités ont quelques ressources pour faire face aux nécessités de leur mission.

Le produit des patentes , du papier timbré et de la contribution directe occupe le premier rang dans le revenu provincial ; quant à celui des Terres publiques, qui peut devenir si considérable, on en a compris l'importance en créant un bureau topographique dont les travaux faciliteront singulièrement leur vente ou leur location. Le domaine est fort étendu, principalement dans la région des plaines, et c'est aussi cette région qui a le plus de valeur par sa position plus rapprochée du littoral et les immenses ressources qu'elle présente pour l'élève du bétail, chevaux, bœufs et moutons. La partie du sud , comprise entre le Rio-Cuarto et le Rio-Quinto, est surtout renommée par l'excellence de ses pâturages et elle appartient tout entière au domaine provincial ; il en est de môme de la portion qui touchée ailx limites de Santa-Fé ; on voit donc quel riche avenir a Cordova si ces immenses ressources sont bien administrées, et quelles avances utiles elle peut faire à la colonisation.

§ II. — Province de Cor dova en particulier. — Départements^ districts et centres de population.

Pour son administration intérieure, la province de Cordova est divisée en départements ; ceux-ci se divisent en districts [pedanias)^ et ces derniers en quartiers {cuafteles). Cette division est faite en raison directe de retendue du territoire, et non du chiffre de la population. Chacun de ces départements est administré par uujuez de Alzadas (magistrature correspondante à celle de juge d'une cour impériale) et a un commandant général de milices ou de garde nationale. Les districts ou pedanias ont un juge de seconde classe, juez pedaneo ; les quartiers^ un juge-lieutenant, tenicnte-juez. Les départements miniers ont de plus un juge des mines, juez de minas; ceux à irrigation, un juge des eaux, ywe;; de aguas. On reconnaît dans cette organisation judiciaire une province qui possède une université d'où sortent de nombreux docteurs en droit qu'il faut pourvoir.

L'administration de la justice et de la police dans la campagne est réglée d'après uûe ordonnance votée par l'assemblée générale de la province en 1856 (loi du 15 septembre).

Les départements sont au nombre de quatorze, dont plusieurs ont été dédoublés récemment, ce qui en porte le nombre à dix-sept aujourd'hui.

La section comprise dans la sierra renferme ceux de : Tulumba, dont on a dédoublé celui du Totoral (il nomme 2 députés) ; — Rio-Seco (2 députés); — Ischilin (1 député) ; — La Pu- QÎUa, on en a dédoublé celui de la Cruz-del-Eje (2 députés); — Pocho (2 députés) ; — San-Javier (2 députés) ; — Rio-Cuarto (2 députés). La section comprise dans la plaine renferme ceux de : La Capitale (4 députés) ; — Anejos, dont on a dédoublé celui du Rio de Zeballos (1 député) ; — Calamuchita (2 députés) ; — Rio Tercero Arriba (2 députés) ; — Rio Tercero Abajo (2 députés) ; — Rio-Segundo (4 députés); Santa-Rosa (i député).

Quoique la province soit assez peuplée, du moins pour le pays, il n'y a que peu de bourgs qui forment de véritables centres de population constitués par une place entourée de maisons et quelques rocs ; on ne compte, après la capitale, que Santa-Rosa, Rio-Cuarto, YîUa-NueTO, Frayle-Muerto, Rosario de los Ranchos, Tulumba, Rio- Seco, San-Francisco del Chaûar et San-Pedro de los Sauces. Tous les

de Pocho à Touest. Tous ces cantons sont assez peuplés et bien cultivés. San-Javier lui-môme n'est qu'un hameau avec une petite église, mais une foule d'habitations y sont jetées sur tous les versants de la sierra. L'irrigation étant essentielle à l'agriculture de San-Javier, il possède un juge des eaux pour en surveiller la distribution. — 16,000 habitants (1).

Département de Pocho. — Il se trouve situé tout entier sur le plateau qui forme le contre-fort occidental de la grande sierra, et dont les pentes se précipitent abruptes dans la grande plaine qui sépare la sierra delos Llaûos de celle deCordova. Ses extrémités, au nord-ouest, se terminent par les f)etites sierras Del Coro et de Guasa-Campa. Ce plateau porte les cônes volcaniques de la Yerba Buena^ Agua del Tala^ Cienega et Salsacate^ ce qui lui donne un aspect des plus pittoresques ; le centre est occupé par une belle plaine de pâturages, avec un petit lac au milieu. Dans les montagnes abondent les marbres, les minerais de fer, de cuivre, de plomb argentifère. On y trouve les établissements miniers que nous avons décrits ( voyez t. II, p. 430, et aussi t. I, p. 226), tels que : — l'usine Del Ojo de Agua^ \ — la Mina Argentina^ les usines de San^Carlos^ près du village de ce nom. Le plateau de Pocho a une altitude de 1,000 mètres, qui va en s'abaissant vers le nord; c'est aussi dans cette dernière partie que l'on commence à s'occuper de culture, car dans tout le reste du département on ne se livre guère qu'à l'élève du bétail ou à l'exploitation minière. — Pocho n'est qu'un hameau avec une chapelle et quelques maisons; on compte aussi des chapelles à Salsacate, — Cienega del Coro^ — Las Palmas, et Gnasa* Pampa. — Chancani est dans la plaine basse, proche des salines, au nord de celle de Las-Toscas, qui appartient au département précédent. — Le département de Pocho a un juge des eaux et un juge des mines. — 11,000 habitants.

Département de laPuNiLLA. -r- Il fait suite au précédent en remontant les plateaux secondaires de la sierra vers le nord-est, plateaux qui s'étendent au pied du cordon principal dit des Achalas. Il est très-montagneux, et ne présente qu'une vallée un peu élevée, celle de 'Dolorès^ où la culture des céréales et des arbres fruitiers est assez

(1) San-Javier vient d'être divisé en deux départements, San-Javier et San- Alberto; ce dernier au sud. Nous ignorons sa circonscription, cette mesure adroinistratiTe étant récente.

étendue. On y compte les chapelles de Son-Antonio de la Ptmilla^ village qui est la paroisse ; celles Del-Moniè, — de San-Roque^ — de San-Francisco^ — deDolorès. — 5,000 habitants.

Département de la Cruz-del-Eje. — Il a été dédoublé du précédent, et occupe les vallées et les versants nord-ouest du plateau de la Punilla. Le terrain est-très accidenté, mais assez bas, aussi le climat y est fort doux et l'agriculture en honneur dans toutes les vallées qui s'ouvrent sur la grande plaine intérieure et sont arrosées par les ruisseaux de la Cmz-del'Eje, de Soio et de la Higuera. On y cultive le blé et les arbres fruitiers. Au sud sont les mines de plomb argentifère de Guayco. — On compte dans ce département le bourg de la Cruz^l'Eje, qui est en progrès, — les villages indiens de San- Marcos^ — Soio^ — Pichana^ de fondation ancienne, mais dont les habitants sont aujourd'hui confondus avec le reste de la population blanche. L'ancien établissement des jésuites, Candelaria, ferme maintenant ruinée , se trouve dans la partie montagneuse du canton; cet endroit est remarquable par la belle qualité des marbres que l'on trouve dans les collines environnantes. — 9,000 habitants.

Département d'IscHiuN. — Au nord du précédent, auquel il ressemble beaucoup par sa configuration. Il compte les chapelles de San- PedrOy — Manzanas — et Copocabana^ la paroisse dUschilin^ et le village de Quilino. — Le point le plus remarquable est la ferme de Santa- Caialtna^ dans une jolie vallée sur le versant oriental de la sierra, où existe encore, avec son église en fort bon état, l'ancien bâtiment qui renfermait un collège de la compagnie de Jésus. Lors de l'expulsion des pères, le gouvernement espagnol vendit la maison à une famille de Cordova qui a continué de la posséder jusqu'à ce jour. — 6,000 habitants.

Le département du Totoral a été dédoublé du département de Tulumba ; il est à l'est du précédent et sur les versants orientaux de la sierra, qui s'abaissent en pentes douces vers les pampas en formant de charmantes vallées. Il renferme les beaux établissements de Caroya et de Jésus- Maria ^ maisons appartenant à l'université de Cordova et de la même origine. Les élèves qui, aux vacances, ne peuvent aller voir leurs parents à cause de l'éloignement, y passent ce temps de repos. — Plus loin, la chapelle de Chinsacate est le centre

d'un beau canton de cultures. Le Totôral n'est qu'un petit village avec chapelle ; il en est àe même de Mâcha et de Candelaria. — 4,000 habitants.

Le département de Tulumba est au nord de celui du Totoral, et occupe les plateaux de la sierra, qui se sont fort abaissés et forment des croupes aplaties dont la plus grande hauteur n'excède pas 1,000 mètres. Il contient principalement des cantons de pâturages, car les eaux ne sont pas assez abondantes pour l'irrigation. Le bourg de Tulumba^ auquel est réuni celui de San-José^ qui est la paroisse, compte près de 3,500 habitants, et est un des plus peuplés de la province. Après vient celui de San-Pedro^ sur la route de Santiago, devenu le centre de plusieurs hameaux, quoiqu'il n'ait que quelques maisons. — 9,000 habitants.

Département de Rio-Seco. -^ Le plus septentrional de la province, et qui confine à la fois aux juridictions de Gatamarca et de Santiagodel-Estero , son extension principale étant de Test à l'ouest. Il occupe un terrain plus sec que tous les précédents , mais sa partie orientale, qui touche à la pampa et aux terrains bas voisins de la lagune de los Porongos et de la Mar-Chiquita, est extrêmement riche en pâturages. — Le bourg de Rio-Seco (2,200 âmes) se trouve dans la plaine et sur le ruisseau de ce nom ; — celui de San-Francisco del Chahar^ plus considérable, puisqu'il a^ 3,500 âmes, est situé sur les plateaux, mais ceux-ci sont peu élevés, assez fertiles , et toutes les cultures y sont possibles. Ce bourg prospère autant par les travaux agricoles que par l'élève du bétail.— Les dernières pentes de la sierra, vers les salines, offrent des bois épineux où l'on rencontre encore quelques estancias, et le hameau de Caminiaga avec chapelle. — Les districts de la Biguerilla et de Chtmuguasi avoisinent également ce bassin. — 8,000 habitants.

§ III. — Histoire.

L'histoire de la province de Cordôva est celle du gouvernement du Tucuman jusqu'à l'émancipation. — Les conquérants venus du Pérou eu 1542, Diego Rojas à leur tête, traversèrent successivement

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tout le nord actuel de la Confédération argentine et touchèrent à la sierra de Cordova, habitée par les Indiens Coméchingones, probablement de race calchaquie. Rojas périt en les combattant; son lieutenant, Francisco de Mendoza, continuant sa route vers Touest, arriva aux bords du Parana, où il trouva les traces des Espagnols venus par la Plata, sans pourtant pouvoir se mettre en rapport avec eux. (Voyez le Précis chronologique, chronique du Tucuman.) Ce ne fut que trente années plus tard, en 1572, que Luis Geronimo de Cabrera fonda, non loin du versant oriental de la sierra cordovaise, la ville de Cordova, puis visita à son tour les rives du Parana, où il trouva Garay occupé à la fondation de la ville de Santa-Fé, et lui disputa un instant ses conquêtes. Leur rivalité fut sans conséquences sérieuses, la vaste étendue de la pampa séparait assez les conquérants venus du Pérou de ceux arrivés par la Plata.

Le gouvernement du Tucuman resta pendant deux siècles entièrement distinct de ceux du littoral. La capitale de ces provinces, d'abord placée à Santiago-del-Estero, fut transportée à Cordova vers le milieu du dix-septième siècle; et déjà, dès 1609, cette ville avait été un instant le siège de Tévêché du Tucuman, qui n'y fut définitivement placé qu'en 1699. L'université fut établie en 1613, parl'évêque Trejo , qui consacra tous ses biens à cette noble fondation , et complétée plus tard par le D' Duarte, qui, comme l'évoque Trejo, y employa sa fortune ; puis enfin les Jésuites, chargés de la direction de rétablissement, en accrurent l'étendue et les ressources. Ils firent de cette ville le centre de leurs maisons répandues dans le reste du pays.

Dans le courant du dix-huitième siècle, la ville de Cordova et son gouvernement continuèrent à acquérir de l'importance. La création de la vice^royauté delà Plata, en 1776, amena la division du gouvernement du Tucuman en deux intendances, celles deSaltaetde Cordova. L'intendance de Cordova, outre la province de ce nom, renferma alors celle de Cuyo et celle de la Rioja. En 1793, le marquis de Sobremonte s'occupa beaucoup de la province, et en particulier de la ville de Cordova, qu'il embellit de plusieurs édifices et de la promenade actuelle. Le Tucuman et toute la Plata étaient dans une voie de prospérité remarquable, lorsque les invasions anglaises de i 806 et 1807 vinrent mettre le trouble dans le pays et préparer la révolution qui éclata en 1810.

Cette révolution fut d'abord froidement accueillie dans le Tucuman, où une vie paisible, des habitudes enracinées, un grand respect pour le

gouvernement, rendaient Tautorité de la métropole fort supportable, et où, par suite de Téloignement, les idées européennes pénétraient moins vite que sur le littoral. Ce fut là que, dès le commencement, Liniers et les principaux chefs espagnols essayèrent , mais infructueusement, d'organiser la résistance au mouvement d'émancipation parti de Buénos-Ayres. La province cependant se laissa entraîner, et nomma une junte composée de trois membres pour remplacer son gouverneur. Ocampo, Ambrosio Funès, Carreras, Castro, succédèrent à cette junte les années suivantes, pendant lesquelles, de 1841 à 1815, elle contribua comme les autres à Fémancipation momentanée du Haut-Pérou.

L'hostilité que les provinces manifestèrent en 1815 contre le Directorat établi à Buénos-Ayres fut partagée p^r les habitants de Cordova qui firent cause commune avec Santa- Fé pour résister à l'expédition que préparait le général Viamont, et la province de la Rioja adhéra à cette manifestation. Cependant Tannée suivante, en 1816, les Cordovais se prêtèrent aux tentatives faites pour pacifier le pays, et on envoya cinq députés au Congrès constituant de Tucuman qui proclama l'indépendance argentine. — En 1817 et 1818, sous l'influence du chanoine Funès, Cordova continua de se soumettre au Congrès qui était venu siéger à Buénos-Ayres ; mais les troubles qui eurent lieu dans cette capitale, en 1819, ceux qui éclatèrent alors dans les autres provinces dominées par l'esprit fédéral, l'amenèrent à* arborer aussi la bannière de la Fédération, et à partager l'esprit qui animait l'Entre-Rios et Santa-Fé, inspirés alors par Artigas, Ramirez et Estanislao-Lopez.

D. Juan Bautista Bustos, Tun de ses citoyens les plus influents, s'était mis à la tôte du parti opposé aux idées centralistes du gouvernement directorial ; il fut nommé gouverneur à la fin de cette même année, et, sous son impulsion, Cordova se nomme une chambre législative, et essaye de se constituer. Les événements de 1820 font de ce magistrat l'un des chefs les plus ardents du parti fédéral. Les milices de la campagne suivent dès lors les chefs qui personnifient ce système, et les habitants des villes se voient, malgré eux, entraînés dans toutes les péripéties de la grande lutte qui commence. Cependant, en 1821, on fait une tentative infructueuse pour réunir, à Cordova môme, un congrès composé des députés des provinces de l'intérieur; l'agitation du pays les empêche de s'assembler.

Les essais de 1825 et 1826 pour l'organisation de la République et l'établissement de la Présidence unitaire à Buénos-Ayres furent un

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instant acceptés par la province, qui, comme en 1816, envoya ses députés au Congrès constituant; mais dès 1827 elle protestait violemment contre la constitution nouvelle, et revenait au système de 1820. Les événements de 1828 amènent une autre fois la guerre civile plus ardente, plus acharnée que jamais ; Bustos et Quiroga y figurent aux premiers rangs comme champions du parti fédéral, et bientôt la bataille de la Tablada , aux portes de Cordova, puis celle d'Oncativo, font couler des torrents de sang argentin, sans autre résultat que de retarder la chute du parti unitaire, qui a définitivement lieu en 1831. (Voyez le Précis chronologique.)

Depuis cette époque la province de Cordova fut gouvernée pendant vingt années par des chefs entièrement unis à la politique que le général Rosas faisait triompher à Buenos- Ayres. A partir de 1833, son histoire est celle de la Confédération argentine.

Elle a eu quelques agitations locales inséparables du* régime qu'elle s'est donné, mais les luttes de parti ne l'ont point empêchée de grandir en population et en richesse d'une façon très-marquée, grâce au développement de l'industrie et du commerce. — La constitution particulière qui la régit aujourd'hui a été votée le 1.^ juillet 1853 (1).

{1} Les goaTerneurs de Cordova pendant un dcmi-sicclc, de 1810 à 18G0, ont été les siii-

1810. D. Martin Puirredon \

Id. D. Nicolas Viana > gouverneurs-intendants.

1811. D. Diego Puiredon )

Id. D. Norberto Allende

Id. D. Lucio Juan Cabreras } membres de la Junte de gouvornomt.

Id. Narciso Moyano

1812. Colonel D. Santiago Carreras. . . ,

1813. GénéralD.F. A. Ortiz de Ocampo. | gouverneurs-intendants.

1814. D*^ D. Ambrosio Funès ^ ^

1815. D. Antonio Castro

1810. Le général D. Juan Bautista Bustos.

1839. Le général D. Juan Maria Paz. . .

1831. D"^ D. J. R. Funes

1831. D. J. V. Reynafé

1834. D. Manuel Lopez ) gouverneurs.

1852. D. Alejo Carmen Gusman

1855. D. Roque Ferreira,

1858. D. Mariano Fragueiro

1860. D. Félix de la Pena

Celle liste est empruntée à un travail de M. De Laberge, aujourd'hui ingénieur en chef de (a proTÎnce de Gordo? a.

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