CHAPITRE VII
ProTlaee de ttantliiffo-del-Bticro.
§ I. — Province de Saûtiago-del-Estero en général.
Situation astronomique et limites. -»— La province de Santiagodel-Estero, au nord de celle de Cordova, s'étend entre 26* et 30** de latitude sud, Gi"» 30' et 67"* de lojigitude orientale, ce qui lui donne 3,500 lieues carrées de superficie. Nous ne comptons pas la partie du Chaco sur laquelle elle allègue des droits, comme le font d'ailleurs Tucuman et Salta.
Elle est séparée de la province de Cordova par une ligne qui correspond à peu près au trentième parallèle, et avec laquelle coïncide une division naturelle très-remarquable dans la nature du sol : il cesse de montrer du calcaire et un peu d'humidité pour devenir exclusivement granitique et sec. — Au sud-ouest et à l'ouest, les limites avec Catamarca et la Rioja sont marquées par le ruissçau Albigasta, la prolongation sud de la sierra d'Ancaste et le bassin des Salines. — En remontant vers le nord, à partir de ce même ruisseau d' Albigasta, la ligne de division entre cette province et celles de Tucuman et de Salta, passe par une série d'estancias échelonnées à peu près sous le méridien du 67** de longitude et arrive à la ferme du Mojon, située de l'autre côté du Rio-Salado. Le Mojon^ ou borne placée ad hoc, marque la frontière du nord avec Salta. — A l'est elle confine avec le Chaco et ne s'étend pas au-delà de la rivière précédente ; -^ au sud-est elle touche à Santa-Fé par le désert, jusqu'à cette série d'ondulations désignées sous le nom de Los-Altos. — Toutes ces limites sont assez vagues et n'offrent point de division naturelle, car elles se trouvent dans des plaines à peu près désertes, et sont plutôt le résultat des habitudes prises de juridiction jusqu'à tel ou tel endroit que d'une délimitation légale. — Si l'on juge de la province par ce qui en est habité, on lui trouve une excessive longueur du nord au sud, alors que sa largeur réelle est souvent réduite à un petit nombre de lieues , les terrains du Chaco, où elle n'a encore aucun établissement, ne pouvant naturellement lui être assignés.
Aspect général. — La province de Sanliago-del-Estero se présente sous Taspect d'une grande plaine argilo-sableuse, qui n'est guère, en moyenne, à plus de 200 mètres au-dessus du niveau de la mer. Cette plaine, en partie couverte de bois, est traversée presque dans son centre par un bas-fond salin de l'est à l'ouest. — Elle est sillonnée du nord-ouest au sud-est par deux rivières, le Rio-Salado (Juramento) et le Rio-Dulce, qui coulent parallèlement l'une à l'autre, et entre lesquelles est concentrée la majorité de la population de la province. Vers le milieu se dresse une petite sierra granitique, celle de Guazayan ; au sud du bassin des Salines, commencent à s'élever en pentes douces et allongées les terrains qui doivent former le massif central argentin.
HTDROGRAPmE. — Nous avous déjà décrit amplement les deux rivières qui traversant le territoire santiagais (voyez tomel, pages 139 et 146). Nous ne ferons donc que résumer les principaux traits de cette description.
Le Bio-Juramento ou Salado borde le nord-est de la province, dont il forme la frontière sur le Chaco, à partir des estancias de San- Miguel et du Mojon. Ses deux rives sont semées d'une foule de fermes où Ton s'occupe spécialement de l'élève du bétail, mais où l'on Eût aussi un peu d'agriculture sur les terrains que la rivière couvre dans ses crues et qui deviennent ainsi d'une prodigieuse fertilité. Jusqu'à Sepulturas, le Juramento est bien encaissé, par suite de la pente rapide du terrain qui lui permet de maintenir son lit assez profond. Maïs, à partir de ce point, le sol est devenu si plan que les eaux vagabondent à droite et à gauche et forment des lagunes, des bas-fonds inondés ou eslcros dans lesquels s'égare le courant principal, et qui rendent impossible la navigation. Ce n'est qu'à Na- TÎcha que l'on retrouve un lit bien dessiné ; mais alors le Juramento eoule dans le désert abandonné aux Indiens. De Sepulturas à Navicha, il y a trois vastes banados^ formés aussi par les débordements et les alluvions de la rivière : ce sont ceux de San- Antonio^ appelés aussi lagunes de Tomacop-Hoyon^ ceux du Bracho au-dessus de ce fort et ceux de Navicha au-dessous. La rive gauche du Salado est bordée de bois épineux tellement épais qu'il est impossible de les traverser excqité par quelques trouées connues seulement des indigènes ; la rive droite, plus découverte, offre des pâturages où quantité de fermes à bétail sont établies. Sur les deux rives, de nombreuses lagunes qui se vident ou s'emplissent, suivant la hauteur des eaux de la rivière
et la quantité des pluies qui tombent dans la province, communiquent avec le Salado. A partir de Navicha jusqu'au territoire de Santa-Fé, la rivière est bien encaissée, quoiqu'elle offre un assez grand nombre d'endroits guéables que franchissent facilement les Indiens. En 1860, plusieurs fortins ont été établis sur les rives , les uns sur l'emplacement des anciens forts espagnols, les autres en des localités nouvelles choisies autant en raison de leur bonne position stratégique pour empêcher le passage aux Indiens, que de leur fertilité, de l'abondance des eaux douces et de l'aptitude du terrain à l'établissement de colonies agricoles. Depuis le fort du Bracho jusqu'au Monte- Aguara (le bois du Loup rouge), le Salado forme la frontière militaire de la Confédération sur le Chaco.
Le Bio-Dulce, formé par tous les ruisseaux et torrents qui descendent de la grande sierra d'Aconquija, entre dans la province de Santiago au village de Rio-Hondo, et, jusqu'à la capitale, coule de l'ouest à l'est à travers un terrain ondulé dont les collines allongées et pittoresques bordent son lit et l'encaissent parfaitement. A partir de la ville de Santiago il incline vers le sud-est à travers un terrain absolument plat, et quinze lieues plus bas, à Teyuyo, commencent les lits divers par lesquels, dans le cours des années, la rivière a passé alternativement. Par suite des vases qu'elle charrie à l'époque des, crues, ces lits se sont successivement comblés, et le dernier qui se soit ouvert s'est dirigé malheureusement du côté des Salines, où il a formé une série de lagunes qui s'emplissent lentement lors des crues, et d'où les eaux reviennent rejoindre leur ancien lit, beaucoup plus bas, par le Saladillo.
Ce Saladillo est un cours d'eau ou plutôt un fossé naturel qui jadis recevait les eaux pluviales du bassin des Salines et les portait au Rio-Dulce. Mais depuis 1825, que le Dulce s'est ouvert lui-même, comme nous venons de le dire, près de Teyuyo, une route vers les Salines, c'est cette rivière presque entière qui passe aujourd'hui par le Saladillo dont elle a élargi et creusé le lit de manière à en faire un canal profond et rapide à l'époque des crues. C'est ainsi que le Rio- Dulce va rejoindre son ancien lit au Paso de San-Cristoval. A partir de cet endroit, le Dulce et le Saladillo confondus, mais n*ayant plus que des eaux salées et amères, s'écoulent vers la lagune de Los- Porongos (voyez page 179), en se subdivisant en plusieurs canaux qui se ferment ou se rouvrent suivant la quantité liquide amenée par les crues qui ont lieu de janvier à juillet, un peu plus tôt, un peu plus tardi suivant les années4
Les bords du Rio-Dulce dans leur partie supérieure sont médiocrement boisés, et propres à toutes les cultures. Plus bas ils sont couverts tantôt de pâturages, tantôt de forêts épaisses, laissant entre eux des plaines bien cultivées. — Le Saladillo coule dans un véritable désert argileux et salin. Cependant, proche des lagunes formées par le nouveau cours du Rio-Dulce, la culture des céréales est possible et même avantageuse dans les terrains recouverts par les eaux en automne et découverts au printemps. En différentes localités on a dérivé de petits canaux d'irrigation qui permettent de fertiliser quelques parties du sol.
Sur une longueur de deux degrés en latitude, les deux rivières Ju- Famento et Dulce coulent parallèlement Tune à l'autre en laissant entre elles un intervalle qui varie de 15 à 25 lieues et qui est en moyenne de 20. Cet espace est une plaine absolue, présentant un sol argilo-sableux, en grande partie couverte de bois, semée de pâturages et de quelques terrains salins, au milieu desquels on trouve cepe-n- . dant des lagunes d'eau douce, et où il est possible çà et là de percer des puits donnant une eau potable. En quelques endroits on rencontre de larges sillons qui indiquent les anciens lits du Rio-Dulce, et des traces de communication entre les deux rivières (1).
Esteras. — L'horizontalité du terrain dans le voisinage du Jura-
(I) A diverses époques , on a fait des travaux pour la restauration du lit du Rio-Dulcc, et en œ roomeot même, grâce à la coopération du Gouvernement national, on les continue. Cependant ils n'ont eu que de faibles résultats jusqu'à présent. La raison en est simple : jus- ^ao-delà de Santiago, la rivière, bien encaissée» contenue par de petites collines et ondulalioDs de terrain, a une pente assez rapide pour lui permettre de creuser elle-même son lit, cld*eo nMintcoir la profondeur. Mais, au-dessous de la capitale, le terrain devient absolument pbt et n'a qu'une faible pente; en outre, lors des crues, le Dulce est très-limoneux , et les étrangères qu'il charrie contribuent, en se déposant, à combler son lit, dont elles cesse le fond. De là cette incessante disposition des eaax à se jeter à droite à gauche, et à se former de nouveaux lits en abandonnant les anciens dont les traces sont Tisibles, surtout dans les environs de Lorcto, à la Canada de San-Ramon, à Sala- Ce n'est donc que par une série de travaux longtemps continués et surtout bien entrc- |Mir les riverains, que l'on arrivera à contenir la rivière comme on le fait dans d'autres fsjs. D faudra construire des digues en terre aux endroits faibleS} les maintenir et les consolider par des plantations de saules et de peupliers; laisser en certaines localités des points /éeoolefliient an trop plein des crues, ce qui n'a aucun inconvénient, puisque les cultures et ks prairies se trouvent bien des inondations passagères ; enfin se rendre maître du courant ^ des épis disposés k propos. Ces travaux n'offrent pas de difficulté dans l'exécution, mais
il n'j a point encore assez de bras pour les accomplir. Ce que l'on peut
ijourdliui, c'est d'en enseigner la nécessité aux riverains, et de les commencer*
Les plamaticMis surtout sont utiles et peuvent être faites dès maintenant. La restau*
ralkm do dernier lit , c'est-à-dire de celui qui passait par Loreto et Salavina , peut être
en Cermant les passes qtii, à Teyujo et Paesra, donnent issue vers les salines ; mais il
fuit pas qu'il 7 ait interruption dans les travaux, can si on ne les mène pas à fin rapi-
mente et du Dulce, dans la plus grande partie de la province , pennet la formation d'un grand nombre de lagunes, soit temporaires, soil permanentes, d'autant plus multipliées que les pluies ont été plus abondantes et les crues des deux rivières plus fortes. Ces lagunes portent le nom d' esteras^ d'où celui de la province, Santiago-del-Estero (Saint-Jacques de la Lagune) . Les esteros des bords du Salado ont cela de remarquable que, communiquant tous avec la rivière, iès se remplissent lors des crues, et lorsque celle-ci baisse ils y reversent lentement leurs eaux et maintiennent ainsi son niveau pendant six mois de l'année, de mai à novembre, ce qui facilitera un jour sa navigation lorsque des travaux suffisants auront régularisé son lit.
Dans le nord de la province on trouve un ruisseau assez considérable, le RiO'de-loS'Horcones, qui n'arrive cependant au Salado que dans les années très-pluvieuses. Les différentes branches qui le composent prennent leur source dans les collines de la partie orientale de Salta et de Tucuman.
Les Salines de Santiago constituent la partie nord-est du grand et remarquable bassin dont nous avons déjà fait la description (voyez tomel, page 243).
Orographie. — Le système orographique de la province se compose de trois parties: — la première, formée des dernières ondulations des collines qui terminent dans la plaine la Sierra-d'Acon-
dement, la première crue d'été fera perdre tout ce que Ton aura gagné dans une campagne.
Si les Santiagais s'occupent sérieusement de la reciilication et canalisation du Rio-Dulce, ils en feront le Nil de leur province» c'est-à-dire une rivière à inondations périodiques fécondantes qui enrichira leur sol au lieu de le dévaster. Avec le temps, contenue par des digues, la rivière s'exhaussera et deviendra comme tant de cours d'eau de la Lombardie, dont le fond est aujourd'hui plus élevé que la plaine où ils coulent, mais qui, maintenus par des digues puissantes et incessamment consolidées par les habitants, servent tout à la fois à la navigation et à des irrigations à l'aide desquelles une agriculture habile donne une fécondité incroyable à la campagne.
Ce que nous disons du Rio-Dulce est applicable en tout au Rio-Salado, de Sepulturaa à Navicha. Ce n'est qu'en restaurant les rives de cette rivière que l'on arrivera à la rendre apte' à la navigation, en la forçant de creuser elle-même son lit^ et en nettoyant celui-ci des arbres et des broussailles qui l'ont rempli, et ont amené la déviation des eaux.
Ces deux rivières, une fois que la population de la province se sera assez accrue pour pouvoir soigner et cultiver leurs rives, deviendront une source incalculable de richesses pour le pays. — Si dès aujourd'hui l'absence de bras et de ressources ne permet pas de faire de grands tra^ vaux, on peut du moins en faire comprendre le système et la portée aux riverains , leur faire commencer les plantations , et, au besoin, les terrassements qui doivent donner de la solidité aux rives actuelles, les défendre contre l'action des eaux, et empêcher que de nouvelles déviations ne se produisent.
quija, la seconde, du petit massif isolé de Guazayan ; la troisième, d la portion septentrionale du massif central argentin.
Les dépendances de la sierra d'Aconquija ne sont plus dans le territoire santiagais que des collines peu élevées qui se confondent avec la campagne.
La petite sieiTa de Guazayan forme un système à part. C'est une série de hauteurs surbaissées de nature granitique, mais traversées en différents endroits par des couches de grès et de calcaire qui offirent un beau marbre blanc translucide et de bonnes pierres à aiguiser. Les collines qui constituent cette petite sierra forment deux cordons dirigés du nord au sud et ont quelques ruisseaux, malheureusement trop rares ; cependant à leur pied et sur leurs versants on rencontre encore plusieurs sources qui servent à abreuver les troupeaux ; elles sont en grande partie couvertes de bois peu épais, composés principalement de mimosées, au milieu desquelles abondent une foule de cactus de toute espèce.
Le massif cordovais commence aussitôt après le Saladillo, point le plus bas de toute la plaine argentine intérieure, puisque son altitude n'excède pas 80 mètres, et, s'allongeant vers le sud, développe d'abord les deux petites sierras d'Ambargasta à l'ouest et de Sumampa à l'est, qui se composent, comme celle de Guazayan, de collines granitiques et sont semées de maigres forêts. Puis le terrain s'élève successivement jusqu'à la limite de Cordova, où il atteint 600 mètres d'altitude et s'élargit en plateaux très-ondulés. 11 n'y a point de ruisseaux dans toute cette étendue de sol montagneux, mais seulement des lagunes naturelles et des sources d'eau vive principalement sur le versant oriental par lequel la sierra de Sumampa touche aux plaines de la région pampéenne, tandis que le versant occidental de k sierra d'Ambargasta va se confondre avec le bas-fond argileux et coûter! de sel de la grande saline argentine, où le terrain est éminemment sec.
Tout à fait au nord, près du Rio-Salado, il existe quelques collines qui appartiennent au système des Andes de Salta, mais sans former ce que Ton appelle une chaîne. Ce sont des buttes isolées au milieu de la plaine qui fait suite à celle de Tucuman et va s'abaissant en pentes insensibles jusqu'aux bords de la rivière. Plusieurs de ces colfines sont de nature calcaire et paraissent les ramiQcations dernières de la sierra del-Alumbre qui commence de l'autre côté du Juramento.
Dans le voisinage du Rio-Dulce, au-dessus de Santiago, on reu-
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contre quelques plis de terrain qui semblent les anciennes berges de cette rivière et qui, sous trois à quatre mètres d'une couche d*argile rougeâtre, présentent des lits de cailloux entraînés par les eaux anciennes. — Plus on remonte vers le nord de la province et plus la couche sablo-argileuse parait épaisse.
On n'a point encore trouvé de minerais métalliques dans les divers cordons montagneux appartenant à la province de Santiago ; mais les granits, les gneiss, les marbres, les grès, la pierre à chaux, y abondent. La petite sierra de Guazayan possède, comme nous venons de le voir, des marbres remarquables. (Voyez tomel, pages 231, 279 et 326, et tome II, page 429.)
Constitution physique du sol. — Sa nature varie selon les localités. Constitué par un sable granitique dans toute la région montagneuse située au sud du Saladillo et dans la sierra de Guazayan, il est argilo-sableux et salin dans tout le bas-fond des Salines et en général dans toute la région des plaines, excepté vers le nord où le sel ne se voit plus. Les petites vallées qu'enserrent les sierras de Sumampa, d'Ambargasta et de Guazayan, dont les croupes sont arides et rocailleuses, renferment une couche de terre végétale assez épaisse, quoi* que toujours mêlée du sable granitique que nous venons de signaler; et il est possible d'y créer des represas ou mares artificielles destinées au bétail, et même utihsées pour quelques cultures. — Le bassin des Salines offre un sol argilo-sableux recouvert partout d'efilorescences minérales ; les mares qu'y forment les pluies laissent en se desséchant des croûtes de sel à la superficie ; le sel se retrouve encore sur les bords du Saladillo où les eaux le déposent et jusque dans les environs de la lagune de Los-Porongos qui est également salée. Entre les deux rivières Salado et Dulce, le sol continue à être argilo-sableux d'une couleur jaunâtre et très-meuble ; l'eau douce s'y rencontre à une profondeur qui varie de 5 à 20 mètres. Dans toute cette région, la terre végétale forme une couche épaisse, et en s' approchant des rivières, on trouve un terrain entièrement formé d'alluvions modernes. Vers le nord-ouest, le sol est plus ferme, plus compacte et conserve mieux l'humidité ; il s'y confond avec la fertile plaine de Tucuman.
Les substances salines, si abondantes dans la plus grande partie de la province de Santiago, sont généralement du chlorure de sodium, comme si le terrain avait formé anciennement le lit d'un vaste dépôt d'eaux salées; mais ce n'est pas seulement ce sel que l'on y rencontre, le nitrate de soude y abonde également, surtout aux environs de la ca«
pitaie, et pourrait même donner lieu à une exploitation fructueuse.
Les fossiles ne sont pas rares dans ce terrain, qui appartient dans ' sa plus grande portion à la période tertiaire. Les ossements de mammifères que l'on y trouve, les coquilles qu'offre la coupe des berges du Salado et du Dulce, garantissent l'exactitude de cette classification.
Tremblements de terre. — Santiago en éprouve de temps à autre, mais jusqu'à présent ils n'ont point été violents, et nulle catastrophe ne les a signalés. Au mois de mai 1860, il s'en est fait sentir un assez fort et accompagné d'un bruit souterrain prolongé. C'est auprès des eaux minérales de Rio-Hondo que la secousse a été la plus manifeste.
On cite aussi ceux de l'année 1817 qui ont été , dit-on, très-forts et firent craindre une mine entière de la ville.
Climat. — Le climat de la province de Santiago-del-Estero est naturellement sec. Les pluies ne tombent guère que dans la saison la plus chaude, c'est-à-dire de novembre à mars. Presque tout le reste de Tannée le ciel est parfaitement pur. On y éprouve à peine de la gelée, ce qui rend possible la culture des plantes tropicales. L'été, les chaleurs sont très-fortes, surtout dans le voisinage des salines où la chaleur monte quelquefois jusqu'à 42** ; il sort de ce bassin des feots brûlants, mais qui durent fort peu, tandis que le vent du nord rranarquable parson ardente chaleur, toujours un peu humide, souffle quelquefois pendant vingt-quatre heures. La température annuelle de la province varie de 20** à 2r.
Ce climat est extrêmement salubre. On n'y connaît d'autre maladie endémique que rophthalmie, moins dangereuse toutefois que celle d*Égypte. Comme dans cette partie de l'ancien continent, cette affection est évidemment due à l'intensité de la lumière et surtout à la poussière saline que le vent y soulève ; aussi n'est-elle nulle part plus répandue que dans le voisinage des salines. On y voit quelquefois régner épidémiquement la pleuro-pneumonie adynamique des r%ions andines, et les fièvres éruptives communes à tout le bassin de la Plata«
Végétation. — Dans les endroits où le sol est sec et léger, tels que kg sierras diverses, le voisinage du bassin des salines, les plaines <IQ'arrosent les eaux devenues saumâtres du Rio-Dulce, la végétation ttt généralement maigre et limitée aux espèces épineuses de la famille des Mimosées. Mais proche des deux rivières et dans la longue
bande de terrains qu'elles enserrent, dans les endroits un peu bas où les eaux pluviales entretiennent quelque humidité, tous les végétaui arborescents, tels que les algarrobos, les quebrachos de diverses espèces, les talas, les gayacs, etc., etc., atteignent une grande taillée! peuvent fournir tous les bois nécessaires aux constructions, au charronnage et à la menuiserie. Malgré la sécheresse du climat et la rareté des pluies une partie de l'année, les forêts, semées toutefois de nombreuses clairières, couvrent un tiers de la province. Au milieu des taillis, se rencontre en abondance un cactus qui nourrit une cochenille silvestre de bonne qualité. Dans les plaines salines on aperçoit en quantités immenses le jume (lycium salsum), plante éminemment aJcaline, élevée d'un mètre et demi au plus, dont l'incinération donne une grande quantité de sels de soude. — La région des plantes graminées se rencontre vers le sud-est, du côté de la frontière de Santa- Fé, entre la lagune de Los-Porongos et le Rio-Salado. Là sont de grandes plaines couvertes de bons pâturages, partout ailleurs les bois alternent avec les endroits découverts.
Agriculture. — Les céréales, telles que le blé et le maïs, sont cultivées et d'un grand produit. Lorsque les inondations périodiques du Salado et du Dulce ont couvert les plaines voisines de leurs rives, on les ensemence en blé qui dans ce cas-là rend jusqu'à cent pour un. Près du Rio-Dulce on a pu dériver quelques canaux qui donnent au sol une incroyable fertilité. — La canne à sucre est cultivée près de la capitale et réussit bien ; il en est de môme du manioc, que l'on commence à y planter. Les légumes sont rares, faute de culture.
Quant aux arbres fruitiers, la province produit en abondance le pécher, l'oranger, le figuier, la vigne, le grenadier, tous les autres sont négligés ; cependant on pourrait y avoir la plupart des espèces à fruit européennes et un grand nombre de celles des tropiques ; mais on ne s'en occupe pas, on se contente de la production actuelle.
Animaux sauvages et domestiques. — Il n'y a rien de bien remarquable à ce point de vue, on ne trouve dans cette province que les animaux déjà comius dans le reste du pays. Le jaguar et le couguar
abondent; on trouve dans les bois le tapir et le fourmilier. Parmi les *
oiseaux, le vautour papa de la sierra' de Cordova, et l'agami, appelé ''
dans la province chufUi^ qui se domestique parfaitement, sont les es- ^
pèces les plus remarquables, sans compter un nombre infini de perro- *
quets et perruches d'espèces diverses. Parmi les reptiles, le boa et l'i- '•
guane sont assez multipliés. Diverses variétés d'abeilles sauvages ^
reniplissent de leur miel les troncs des vieux arbres, et la récolte de ce produit, qui est excellent, occupe quelques familles.
Bétail. — Quant au bétail, il est peu nombreux si on le compare au chiffre de ce qu'élèvent les provinces précédentes. Au lieu de deux mille têtes qui peuvent se nourrir sur un pâturage naturel d'une lieue carrée, ce n'est plus que quelques centaines qu'il est possible d'entretenir sur une égale étendue en bois et taillis, et encore les ani« maux y vivent-ils autant des feuilles des arbres que des graminées qui croissent à leur ombre. Ce n'est que dans les plaines herbeuses du sud-est que Ton retrouve les conditions du littoral. Les sécheresses dont souffre le pays, les deuxtiersde l'année, favorisent peu la multipUcation des bêtes à cornes, et les épizooties ne sont pas rares. — On n'élève donc que ce qu'il faut de chevaux et de bœufs pour les usages locaux ; quant aux moutons, les plaines salines leur sont favorables, et, quoique l'on ne s'occupe encore guère du raffinage de leur laine, Tespèce indigène est d'assez bonne race pour donner même à présent un produit avantageux. On nourrit aussi de grands troupeaux de chèvres qui prospèrent au milieu des taillis de la région montagneuse.
INDUSTRIE ET coBfHERCE. — La culturc dcs céréalcs est assez considérable pour permettre un petit commerce d'exportation de farines pour les provinces de Tucuman et de Cordo va . Le produit des plantations de canne à sucre est absorbé par la province et ne lui suffit même pas. Le tabac n y est point cultivé malgré l'aptitude du sol, pas plus que le cactus à cochenille. On consomme les tabacs de Tucuman et l'on se contente de recueillir les insectes des plantes sauvages qui croissent partout, pour employer la cochenille sur les lieux mêmes ou eu faire des pains qui se vendent pour les provinces voisines.
Les forêts de Santiago nourrissent une quantité considérable d'abeilles sauvages qui nichent dans les creux des troncs d'arbres ou même dans la terre et produisent un miel excellent connu sous le nom de miel de palo^ miel de bois. Les habitants recueillent avec empressement ce produit naturel et vont le récolter même jusque dans les forêts de TautrecêtéduRio-Salado; quelques meleros^ chercheurs de miel, se sont aussi internés dans le Chaco, et plusieurs ont été victimes des Indiens. Le miel et la cire recueillis par ces coureurs de bois sont l'objet d'un petit commerce avec le littoral. — On voit que n Tabeille silvestre prospère aussi bien dans la province, il ne serait pas difficile d*y introduire l'abeille domestique qui produit plus de
lia population blanche est réellement remarquable par la régularité de ses formes et souvent par la beauté du visage. Lia race y ressemble à celle qui habite le Paraguay ; elle a quelque chose de ses habitudes et coutumes : une extrême propreté, de l'aptitude et du goût pour l'agriculture, l'usage du maté comme boisson stimulante, celui de la harpe comme instrument national. — On trouve, chez les femmes de la bourgeoisie, qui presque toutes appartiennent au pur sang caucasien, une grâce et une affabilité naturelles qui les rendent fort séduisantes; elles ont de l'esprit, des dispositions pour la musique et les arts, sans manquer pour cela des qualités solides qui font les bonnes mères de famille.
Les Santiagais sont intelligents et dociles, laborieux et assez disposés à l'émigration dans les autres provinces pour y rencontrer un travail mieux rémunéré que chez eux. C'est ainsi qu'un grand nombre sont allés s'établir dans les départements agricoles de la province de Buénos-Ayres. Ils sont bons soldats et excellents cavaliers comme tous les Argentins. Leur alimentation est en général plus végétale qu'animale, car dans les campagnes on fait une grande consommation du fruit du caroubier, cUgarroba^ et l'on en tire, en outre, une boisson fermentée, la chicha^ doiit l'usage est considérable et qui est fort appréciée des habitants.
Le total de la population de Santiago dépasse aujourd'hui 90,000 âmes. Le chiffre des gardes nationaux inscrits, de quinze à soixante ans, est de 17,000; ce qui porte à croire que la somme de 78,000 habitants, donnée par le dernier recensement de 1857, était
8'occupe avec ardeur de recherches philologiques sur les langues indiennes, et particulièrement sur le guarani et le quichua, a expliqué d'une manière fort claire l'origine et la permanence de l'idiome quichua, dans le nord de la république argentine, en deux excellents articles publiés dans le journal EUOrden des 20 et 21 février 1858. — 11 a démontre de plus toutes les traces que cette langue avait laissées dans l'hispano-âméricain moderne et les mots qui lui avaient été empruntés.
« Les Incas, dit-il, étaient conquérants et envahisseurs. Pendant plusieurs siècles ils « jouèrent le rôle des Romains, et l'on a dit d'eux ce que ron disait des maîtres du monde, « qu'ils prenaient ce qu'il y avait de meilleur dans les usages et coutumes des peuples qu'ils « soumettaient à leur empire. Ils étaient tolérants et cherchaient à faire oublier le déplaisir « de la conquête en étendant à leurs nouveaux donfaines les bienfaits de leur gouvernement « régulier et de leur bonne administration, qui tous deux dénotaient une civilisation remar- « quable.
« Il est donc à croire que non-seulement c'est à la force des armes et à l'habileté, mais « encore plus à la puissance d'expansion que possèdent les peuples avancés qu'est duc « l'extension de l'empire des Incas jusqu'aux limites si éloignées du centre que signalent « les historiens. »
Nous indiquerons plus bas, en faisant Thistoire de la province, puis dans le précis chronologique raisonné, et enfln aux Notes et Documents, comment les historiens de la conquête, et
bien inférieure à la réalité. On n'y compte que quelques étrangers (1).
Gouvernement et ADBnNisTRATiON. — Le gouvernement de la province repose dans les mains d'un gouverneur nommé pour deux ans et qui ne peut être réélu qu'au bout de deux autres années. Il est assisté par un ministre général, à son choix et responsable comme lui. —Le pouvoir législatif s'exerce par une chambre de députés nom-
turtoat plus tard Oralle et Garcilaxo de la Vega, expliquent l'extension de l'eropire des Incas aux régioas argentines actuelles et Tintroduction de la langue quichua dans ces contrées.
(1) En 1820, la déclaration d'indépendance de la province de Sahtiago parle vaguement d'une population de 60,000 âmes. En 1826, le congrès général constituant, dans la répartition dn cootiDgênt de troupes de ligne dû par chaque province argentine, lui assigne ce même ciiinre, en lui réclamant huit cents recrues. Cependant, en 1867, le recensement général ne donne que 77,575 âmes pour les quatorze départements actuels, ce qui ferait croire qu'en trente années la population n'aurait augmenté que d'un quart, proportion excessivement faible eomparativement au mouvement de population des provinces du littoral. Cependant les registres de la garde nationale donnent 17,000 hommes inscrits de quinze à soixante ans, ce qui doit faire certainement au plus, car il est difficile de compter plus d'un garde national sur six penoonas, le sixième de la population totale. A ce compte, c'est donc la Gxer très-bas que de l'évaluer, comme nous le faisons, à 90,000 âmes.
En prenant pour base le recensement de 18ô7, que tout porte à croire n'avoir pas été complet, eten j ajoutant l'augmentation naturelle de la population jusqu'en 1803, nous trouverons les chiffres suivants pour chaque département :
DÉPARTEME^^TS DE :
U Capitale. 9,000
U Banda 2,700
Jîmenez, 5,400
Rio-Hondo 5,600
Guaxayan 2,800
Cholla 3,300
RoUes 4,400
Sitipica 6,700
Loreto 8,800
Soooocho 5,000
Salavina. 6.600
Samimpa 8,000
Haïaia 17,000
Copo 4,700
Total : 90,000 âmes.
La reprodoction naturelle est considérable, et même dans une proportion supérieure à eeile de deux naissances pour un décès, puisque l'examen des registres de la paroisse de la Capitale, pour une période de vingt-trois années complètes, comptées de 1814 jusqu'à 1857, BOUS doone 4,092 naissances pour 1,657 décès. — Il est probable que cette même proportion doit se rencontrer dans les autres départements, et que si les recensements généraux donmeM àm chifiCres ai bas, c'est que les habitants «lissimulent leur nombre aux agents chargés de lea une.
mes au suffrage universel, à raison d*un par département, sauf celui de la capitale qui en nomme trois ; il y a de plus six suppléants, élus par tous les départements réunis. Les fonctions des représentants durent deux ans, et chaque année la chambre se renouvelle par moitié. La session dure trois mois.
La constitution de la province votée le 15 juillet 1856 a signalé à fattention du législateur Furgence de la promulgation de lois organiques surTadministration delà justice, rétablissement du régime municipal, la gratuité de l'éducation primaire. — Une partie de ces dispositions a été seulement remplie jusqu'à présent.
Justice. —Le pouvoir judiciaire réside dans un tribunal supérieur de justice commun aux provinces du nord et créé par elles. Dans la province il existe en outre un juge de alzada (juge d'appel), un juge de commerce et des juges de paix, nommés par le pouvoir exécutif.
Instruction publique. — Les écoles pour garçons sont assez nombreuses, celles pour les filles le sont malheureusement beaucoup moins, et si les établissements d'éducation pour les deux sexes ne manquent pas dans la capitale, il n'en est pas de même dans les départements, dont les chefs-lieux seuls possèdent des écoles, tandis que la plupart des districts en sont dépourvus, faute de ressources suffisantes pour rémunérer les instituteurs et institutrices et fournir aux établissements le matériel nécessaire. Cet état de choses est fâcheux, car los Santiagais sont intelligents et apprennent vite ; ils aiment l'instruction et ont de l'aptitude pour les arts d'imitation et la musique. Il se forme facilement parmi eux de bons ouvriers pour tous les arts mécaniques, il ne leur manque que des maîtres.
Clergé. — Le clergé est dirigé par un vicaire ecclésiastique [vicano foraneo) qui réside dans la capitale. — La province est divisée en huit paroisses : Santiago, Loreto, Soconcho, Salavina, Sumampa, Matara et Copo, lesquelles se subdivisent elles-mêmes en succursales assez nombreuses, mais dont la plupart n'ont pas de desservants. Ce sont de simples oratoires situés dans des hameaux où le curé de canton va de temps à autfe célébrer l'office divin. — Il y a en outre dans la capitale un couvent de franciscains, un de dominicains et une maison de religieuses [Beatorio)^ de l'enfant Jésus, qui ne font que des vœux simples.
Force armée. — Tout citoyen santiagais est garde national. De 17 à 45 ans il fait partie de la garde active, et de 45 à 60 de la garde sédentaire. — Le nombre total des gardes nationaux est de 17,000.
Une partie mobile des gardes civiques est détachée sur la frontière du Ghaco et y fait le service concurremment avec quelques escadrons et compagnies de ligne de Farmée nationale. — La frontière indienne est en grande partie sur le Rio-Salado et s'appuie sur quelques petits forts occupés et abandonnés tour à tour. La défense de cette ligne incombe au gouvernement national, mais la province, immédiatement intéressée à la défense, y coopère énergiquement par sa milice.
Finances et Budget. — Les revenus de la province sont très-faibles, et, quelque modeste que soit son budget^ il excède de beaucoup ses ressources. En effet, ce budget réduit aux proportions les plus humbles atteint cependant 30,000 piastres, et, aujourd'hui encore, le total des sommes fournies par le pays ne dépasse pas 10,000 ; le gouvernement national donne, il est vrai, un subside de 12,000; mais ce secours est tout à fait insuffisant, d'autant plus qu'il y a des dettes arriérées. Avant 1853 Santiago avait sa douane particulière et le droit de transit qu'elle imposait aux charrettes qui allaient à Tucuman et à Salta ; mais, depuis cette époque, elle est réduite à ses propres ressources, c'est-à-dire au produit du papier timbré, des patentes, du droit de marque et d'abattoir, et de la contribution directe qui a été longtemps à s'établir et dont la perception est assez difficile. Les terres publiques, quoique à très-bas prix, se vendent peu, et d'ailleurs leur aliénation, dans des conditions pareilles, serait un coup mortel pour l'avenir de la province. Il faut donc que les Santiagais travaillent au développement de leurs finances et surtout à l'organisation de la contribution directe, qui seule peut les aider à supporter les frais de la forme de gouvernement qu'ils se sont donnée et à laquelle ils tiennent beaucoup. Nous devons cependant dire que, depuis 1837, l'état général de la province s'est amélioré, et que, l'agriculture et le commerce ayant fait des progrès réels, il est à croire que les revenus de rÉtat croîtront graduellement.
§ IL — Division administrative. — Départements , districts et
centres de population.
La province de Santiago-del-Estero est divisée en quatorze départements qui sont : vers le centre, la Capitale ; — près de la ville, au nord, la Banda ; — au nord-ouest, sur le Rio-Dulce , Jimenez, — Rio-Hondo; — à l'ouest, Guazayan, dans la petite sierra de ce
nom, et au sud-ouest, Cholla; — au nord, sur le Rio-Saladô, Copo ; — à Test, sur le Rio-Salado également, Matara ; — au sud-est, sur le Rio-Dulce, Robles, Silipica, Loreto, Soconcho, Salavina ; — à l'extrême sud et dans la sierra de ce nom, Sumampa.
La division ecclésiastique ne correspond pas à la division administrative. Il n'y a que huit paroisses pour les quatorze départements ; ce sont celles Âe : la Matriz ou cure rectorale, Silipica^ Loreto^ Soconcho^ Salavina^ Sumampa^ Matara et Copo. De chacune de ces paroisses dépendent des succursales [Vice-parroguias) desservies par un vicaire, ou par le curé lui-même, à l'occasion. Les distances ne permettent pas toujours que chaque église soit visitée à son heure, et le clergé est peu nombreux. Cependant toutes ces succursales ont une chapelle proprement tenue, qui forme le centre d'un village ou d'un hameau.
Elles sont ainsi distribuées :
ParobflM.
Soocamlet oa aous-paroiitet.
Î Couvent de San-FraDcisco.
Couvent de SaDlo-Domingo.
Mouattère de Belem. {Beatorio.
Cure rectorale ou Matriz. { [ ^»™^^-
* ' Sotelos.
Palmas Redondas. j
Campagne. { Rio-Hondo.
Guazayan.
Robiet.
Tipiro.
Sumanao.
Manogasta.
Paroisse de Silipica ] Teyuyo.
Tuama.
Punta de Maquijata.
/ pitambala.
Paroisse de Loreto | Canada.
( Los-Sauces.
Atamisqui.
Paroisse de Soconcho { Juanillo.
Sabagasta.
Pueblo-Viejo.
San-Salvador.
Paroisse de Salavina. . . .....{ Lujan.
El Rosario.
San-Crîstoval.
ParoJMe de Samampa.
Paroine de Matara.
Paroitse.de Gopo,
Ojo de Agua.
Los-Quebrachos.
Pampa-Grande.
Abipones.
Carmen.
San-Andres.
Santa-Ana.
Algarrobos.
Mailin.
Guaipé.
Loglo.
Brea.
La Guardia.
Reduccion.
Gandelaria.
Boqueron.
Cniz-Grande.
Rosilla-Pozo.
Remate.
Ojito.
Le département de la Capitale ne se compose que de la ville de Santiago-del-Estero et de sa banlieue. — Santiago est la plus ancienne ville de l'intérieur de la Confédération Argentine, puisqu'elle fut fondée en 1553, par Aguirre, Tun des premiers conquérants et colonisateurs du Tucuman, et a été le siège du premier évéché de cette grande province. — Elle est située sur la rive droite du Rio- Dulce, dans un terrain alluvial absolument plat ; à une petite demilieue au sud, on aperçoit des restes des anciennes berges de la rivière. Le sol qui entoure cette ville est en conséquence extrêmement fertile, quoique imprégné d'une quantité notable de nitrate de soude ; ce sel nuit même aux constructions en attaquant et ruinant le bas des murailles. On cultive dans les environs la canne à sucre, le mais, le blé, et en fait d'arbres fruitiers, l'oranger, le figuier, le grenadier, la vigne, le pêcher et quelques dattiers; peu de plantes européennes ont encore été importées. La végétation est vigoureuse, pr'mcipalement dans les endroits où l'on a pu conduire des canaux d'irrigation, ce qui n'est pas très-difficile, le Rio Dulce ayant encore assez de pente. — L'altitude de Santiago est de 162 mètres au-dessus du niveau de la mer; sa latitude de 27''47', et sa longitude orientale de 66'*42'.
Cette ville ne possède aucun édifice bien remarquable. L'ancienne église, située sur la place principale, est tombée en ruines et n'offre
plus que sa façade, que Ton a conservée par respect pour son antiquité, et qui est d'une assez bonne architecture. La nouvelle paroisse est petite, de la forme la plus simple, mais solidement construite ; les deux églises des couvents de Santo- Domingo et San-Francisco sont de dimension réduite, mais bien tenues. — L'église et le couvent actuel de Santo-Domingo appartenaient jadis aux jésuites ; les restes de la bibliothèque de ces religieux sont déposés et se perdent dans une des chambres du couvent ; il n'y a guère parmi ces livres que des traités de théologie. — Le couvent de San-Francisco a été rebâti presque tout entier sous l'administration d'Ibarra. On y montre, précieusement conservée, la cellule qu'y occupa jadis San-Francisco Solano, apôtre du Tucuman et du Paraguay. Une statue du saint* l'occupe ; il est représenté tenant suspendu à sa ceinture le violon qui lui servait à attirer et à captiver l'attention des Indiens. L'église offre aussi un joli orgue fabriqué sur les lieux pkr un artiste bolivien, assisté d'ouvriers indigènes. Le couvent des Dames de l'Enfant Jésus ou Beatorio est un établissement pieux, créé, il y a une vingtaine d'années, par une dame respectable, doua Ana Antonia Toboada, qui y a non-seulement consacré une partie de sa fortune, mais encore ce qu'elle a pu rassembler d'aumônes daAs les provinces voisines et jusque dans le Haut-Pérou. La directrice actuelle marche sur les traces de la fondatrice, par son industrie et son talent; elle est à la fois architecte,- peintre et sculpteur, et par sa bonne administration elle procure les ressources nécessaires à la marche de cette maison. C'est en même temps un pensionnat où l'on élève les jeunes filles du département, et une école primaire; on y fait aussi des retraites religieuses à certaines époques. La directrice est assistée par quatre religieuses qui ne font que des vœux simples, et des sœurs laies. Ce couvent est d'une haute utilité pour la province, qui ne possède que ce seul établissement pour l'éducation des femmes, les écoles primaires du département n'étant en général fréquentées que par les garçons.
Santiago n'a aucun autre édifice public ; les bureaux du gouvernement occupent la maison qu'habitait jadis le gouverneur Ibarra, qui commanda près de trente ans à la province. — Quant aux maisons particulières, elles sont des plus simples, mais assez grandes et bâties le plus souvent en adobes ; leurs jardins sont fort négligés; malgré cela la ville n'a point un mauvais aspect, grâce à la belle végétation des espèces arborescentes qui lui font une ceinture. — Les environs sont bien cultivés et nourrissent une population assez
PROVINCE DK SAXTIAGO-DEL-ESTERO. 223
dense, que Ton peut évaluer à 5,000 âmes. La ville en possède un chiffre à peu près égal.
La rivière, sur la rive droite de laquelle Santiago est bâti, mesure une centaine de mètres en largeur; limpide et n'ayant qu^un mètre d'eau au plus à la saison sèche, elle en compte deux et même trois lors des crues, et roule alors avec violence ses eaux troublées, qui rongent incessamment ses rives. Aussi essaye-t-oii maintenant des plantations de saules et de peupliers pour les consolider et la contenir. Cela est d'autant plus nécessaire que dans une forte crue elle pourrait sortir de son lit et faire beaucoup de dégâts dans la ville. Comme la pente est assez forte, il est possible de prévenir ce malheur en élevant peu à peu de petites digues protégées par des arbres de toute sorte, pour forcer les eaux à se creuser ellesmêmes un lit plus profond, au lieu de se jeter à droite où à gauche comme elles n'ont que trop de tendance à le faire. Il y a dans le département de la Capitale et celui de Robles assez de population sur les bords pour que ces travaux soient possibles, si les riverains sont bien persuadés de leur utilité et s'astreignent à les entretenir méthodiquement. L'oubli de ces précautions a produit plus bas la déviation du Rio-Dulce vers les salines, et la ruine de plusieui^s cantons jadi^ fertiles et peuplés.
Département de La-Banda, de l'autre côté du Rio-Dulce en remontant vers le nord-ouest. La rive gauche de la rivière est assez accidentée; les villages, hameaux et habitations qui la bordent sont . bien peuplés ; on y cultive du blé en abondance, et l'on soigne des champs de luzerne [potrcros)^ pour engraisser le bétail. Ce département, dédoublé de celui de la Capitale dont il faisait autrefois partie, est peu étendu et se divise en quatre districts : ceux de La- Banda^ Acosia^ Los Palmarès, Los-Cuyos. Ces districts renferment les petits villages de Rincon^ Maravilla, Quiroga^ Los Vêlez, avec une chapelle sur la rive gauche du Rio-Dulce. — Population : 2,700 habitants.
Le département de Jibœnez est situé au sud du Rio-Dulce, et n'offre que des plaines où l'on trouve un assez grand nombre d'estancias. JimeneZj le chef-lieu, est un hameau avec chapelle sur la rivière ; fl en est de même de Tipiro. On y compte aussi ceux de Remes et Tunas^Ptmco. Il y a un peu d'agriculture près de ces hameaux, partout ailleurs ce sont des fermes isolées dans une vaste plaine se-*
mée de bouquets de bois ; on y abreuve le bétail à Taide de puits. > Ce département est partagé eu quatre districts désignés par leurs numéros d'ordre et peuplés de 5,400 habitants.
Le département de Rio-Hondo, au nord-est du précédent, touche à la province de Tucuman. Il est traversé par le Rio-Dulce ; cette rivière, à partir du Rio-de-Marapa, venu de la sierra d*Aconquija, ne reçoit plus aucun affluent, et est devenue assez large et assez profonde pour n'être plus guéable qu'aux basses eaux : aussi lui donne-t-on là le nom de Rio Hondo^ rivière profonde. Ce département est assez agricole ; on y recueille du blé et du mais ; sa partie nord, au-delà du Rio-Dulce, a de riches pâturages. Indépendamment du hameau de Rio-Hondo qui est le chef-lieu, il y a les villages de Los Sotelos et Palmas redondas^ avec chapelle, ceux- d'Isiptica et de la Gramilla. Proche de Los-Sotelos existent des eaux minérales sulfureuses, chaudes, qui sont fréquentées par des malades atteints de douleurs rhumatismales et de maladies cutanées. — Quatre districts : Rio-Hondo^ — Los-Lescatws^ — Mansapa^ — Vinara^ — La Gramilla. — Population : 5,600 habitants.
Le département de Guazayan comprend toute la petite sierra de ce nom et ses environs. On ne s'y occupe que de l'élève du bétail. Ce département est peu étendu et peu peuplé. Il est partagé en deux districts seulement : celui de Guazayan, et un second du même nom. — Population : 2,800 habitants.
Département de Cholla. — Il occupe toute la partie ouest de la province et confine avec les provinces de Catamarca et de la Rioja, et parle sud termine aux salines. Comme il touche aux dernières ramifications des sierras d'Aconquija et d' Ancaste, le terrain est assez accidenté; ce sont partout de petites collines, en partie couvertes de bois, et quelques faibles ruisseaux, entre autres celui d'Albigasta, ligne de limite avec Catamarca. On n'y voit que des estancias consacrées au bétail. — Le département est divisé en six districts: Son-Pedro j — Albiffasta^ — Cholla^ — Guaptayan, hameau et chapelle, — Punta de Maquijata, hameau et chapelle à l'extrémité sud de la sierra de Guazayan. — Population : 3,300 habitants.
Le dépaitement de Copo occupe le nord de la province et touche aux provinces de Tucuman et de Salta. Il est limité à Test par le
Rio-Juramento, dont les inondations fécondent sa campagne : aussi fait-on passablement d'agriculture dans la bande de terrain qui constitue la rive droite de la rivière. Le sol est ondulé en quelques endroits, un peu sableux, très-meuble et ofTre une couche épaisse de terre végétale éminemment fertile. La population, composée en partie de métis et d*un assez grand nombre. d'Indiens pur sang, tous parlant le quichua, est assez laborieuse, très-paisible et partage ses occupations entre Télève du bétail et la culture des terres. Dans le siècle dernier elle avait été augmentée par les néophytes que les missionnaires franciscains avaient recrutés dans le Chaco et qu'ils avaient répartis dans une série de réductions échelonnées sur le Juramento, dont les emplacements sont signalés par des estanciasv Nous en parlerons en traitant du territoire indien au nord ou Chaco. Aujourd'hui, le département de Copo, peuplé de 4,700 habitants, est divisé en trois districts ; — Cuesta de CopOj — Los-Puestos^ — Tercer distrito de Copo ; — mais^ on y compte en outre plusieurs hameaux et chapelles, tels que ceux de Candelaria, — Boqueron^ — Crw2- Grande^ — Rosilla^PozOj — Remate , au pied des collines de ce nom, — Ojito^ sur le ruisseau de Los Horcones. Une quantité notable d'établissements ruraux bordent les deux rives du Juramento, qui est navigable depuis la sortie des moutagues jusqu'à Sepulturas, où commencent ses premiers marécages.
Le département de Matara est extrêmement étendu, car il embrasse presque toute la rive droite du Juramento, et arrive vers le sud josqu^au fort du Bracho. Aussi sa population est-elle de 17,000 âmes. D y eut une époque où les environs du Bracho, formant le canton de Guaùagasta, étaient peuplés et cultivés, mais le malheur des temps a &it abandonner cette riche partie de la province incessamment déso lée par les incursions des Mocovis. Le terrain de ce département est analogue pour la qualité à celui de Copo, mais il est plus plat et s'inonde facilement ; ce qui n'est point un mal pour la culture, car ansâtôi que les eaux se sont retirées, les habitants ensemencent leurs champs et obtiennent d'énormes récoltes. Il n'est pas rare d'y voir leblé, dans les bonnes années, rendre de soixante à cent pour un. La ^aine est semée de bois et de pâturages, mais les bois couvrent les plus grands espaces, excepté dans le sud-est où l'on trouve les meilkors champs de la province pour Tengraissement du bétail. — Le déptrtement de Matara se partage en six districts, ceux de : Matara^ cheMieu et pai*oisse, — Loglo^ hameau et chapelle, — Azogasta^ es-
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tancia, — Garza^ estancia, — Distrito-Quinto^ — Cachi^ estancia. On y compte en outre les hameaux et chapelles de Mailin, dans la plaine, entre les deux rivières ; — Guaipé, — Breaj — La-Guardidj — La-Reduccion^ tous les quatre sur la rive droite du Juramento; euËnyGuanagasta et Sauce-Esquina, qui sont en ruines.
Le fort du Bracho est une enceinte entourée d*un fossé, avec une barrière de pieux et des petites pièces de canon aux angles ; c'est tout ce qu'il faut pour résister aux Indiens. Ce fortin est considéré comme un lieu d'exil et fait le centre d'un canton-frontière à part. Navicha, où le Juramento, sortant des lagunes de Tomacop-Hoyon, redevient navigable, est un ancien fortin abandonné. Sur toute cette partie du Juramento, il y a eu des établissements à Fépoque coloniale, et surtout des missions ; mais l'abandon général de la frontière indienne pendant les guerres civiles a amené la ruine de ces fondations, et celles que Ton a faites récemment n'ont point eu un meilleur sort ; oi^ les a occupées quelque temps, puis délaissées, et les dépenses de pre— i. mier établissement ont été perdues. C'est là l'histoire de la plupart d^i^ forts de la frontière indienne dans presque toutes les provinces. On tente de les réoccuper aujourd'hui.
Les terrains de l'autre côté du Rio-Salado ne sont occupés que par les Indiens ; toute la rive gauche est d'ailleurs bordée, ainsi que nom l'avons déjà dit, par une impénétrable forêt de plantes épineuses de deux à trois lieues d'épaisseur. Il y a cependant quelques passages connus des Indiens et des chercheurs de miel ; c'est ainsi que l'on a pu franchir ce cordon pour aller au Campo del Cielo^ champ du Ciel, par le puits d'Otumpa, où l'on trouve le fer météorique du Chaco (voyez tome I, page 272).
Le département de Robles est situé à l'est de la capitale et ne compte que deux districts. Quoique peu étendu, il est assez peuplé (4,400 âmes), et l'on y cultive la canne à sucre sur' les bords du Rio- Dulce. La sucrerie de D. Luis Prias, créée en 1887, occupe le premier rang parmi celles de la province ; c'est un établissement complet qui doit servir de modèle à tous les autres. Le terrain du département de Robles est en partie couvert de grands bois ; mais il y a de belles clairières pour l'agriculture. Robles n'est qu'un hameau avec chapelle.
Le département de Silipica, partagé en six districts désignés par leur numéro d'ordre, est au sud -est du précédent ; il occupe les deui
PROirmCE DE 8AMTIAG0-DEL-ESTER0. 227
mts du Rio-Dulce et les grandes plaines qui les bordent. Le terrain est analogue à celui de Robles, et la population, forte de 6,700 âmes, y aies mêmes industries. Les hameaux et chapelles sont assez nombreux, et en général bâtis dans le yoisinagc de la rivière; tels sont : Manogasta, — Tuama, — Sumanao^ — Silipica^ cheflieu et paroisse, — Teyuyo^ où le Dulce a fait une trouée i^ers les salines, Paesra. Les cantons éloignés de la rivière sont semés d'estandas; mais,, là où Tirrigation est possible, on s'adonne avec ardeur à ragriculture.
Le département de Loreto, que Ton rencontre après celui de Sili-
pica, toujours en descendant le Rio-Dulce, a beaucoup souffert par
suite des dérangements survenus dans le lit de cette rivière, il a fallu
abandonner la plupart des établissements agricoles situés sur ses rives,
car on ne pouvait plus les arroser. Le bourg de Loreto lui-même,
foi est fort important, n'a pu maintenir qu'à grand'peine un petit
canal qui lui apporte Teau nécessaire, alors qu'autrefois la rivière
tout entière passait devant ses chaumières. Dans tous ces cantons les
puits donnent une eau saumâtre, bonne seulement pour le bétail, et de
là la nécessité du voisinage de la rivière pour les populations. Loreto,
àtué 8\ir la grande route du Pérou, a quelque commerce , et sert
d'entrepôt aux laines que produisent les troupeaux de moutons que
Ton élève au sud vers la grande saline. Près des lagunes que forme
en été le Rio-Dulce dévié de son cours, on sème du blé sitôt que les
eaux se sont retirées et l'on obtient des récoltes considérables. — Le
département de Loreto se partage en huit districts désignés par leurs
numéros d'ordre. On y compte les villages et hameaux de Pitam-
ida, — Canada de San-Bamon^ — Los Sauces^ — Partout ail-
Icurg, il n'y a que des fermes isolées. La population, forte de
8,800 Ames, est très-groupée près des canaux du Rio-Dulce.
Le département de Soconcho est dans les mêmes conditions que dui de Loreto. Le sol sablo-argileux et salin par endroits est sillonné çà et là par les anciens lits du Rio-Dulce et en partie couvert de bois assez maigres. On le partage en cinq districts désignés par leurs numéros d'ordre. Les villages de Soconcho et d'Alamisqui sont les principaux centres de population^ Ce dernier, situé comme Loreto sur la route du Pérou, est peuplé et commerçant, mais il manque également d'eau, et si cet état de choses continue, la population sera obligée de 86 disperser. Le miel abonde dans les environs, et cette cir-
coustance a valu sou uom au village : Atamisqui, en quichua, signifie doux. On s'y occupe aussi beaucoup de la production de la laine qui est d'assez bonne qualité, grâce aux pâturages salins des environs. On compte encore dans le département les deux hameaux et chapelles de Juanillo et Sabagasta, et un assez grand nombre de fermes à culture. — Population : 5,000 habitants.
Le département de Salavina fait suite à celui de Loreto et présente les mêmes particularités de sol, de végétation, de culture et d'industrie. Les irrégularités du cours du Rio-Dulce ont forcé d'abandonner l'ancien chef-lieu, qui a cependant conservé quelques habitants et une chapelle ; on le désigne sous le nom de Pueblo-Viqo^ le vieux village. La nouvelle paroisse est à peu de distance, mais audessous de la jonction du Saladillo avec le Dulce, lequel mieux encaissé ne s'écarte plus de son lit; malheureusement il roule alors des eaux saumâtres, excepté à l'époque des crues. — Le département est divisé en trois districts : Salavina^ — Taruca-Pampa^ — Barrancas» — On y compte de plus les hameaux et chapelles de Salvador ^ — Lujan^ — Rosario et San-CristovaL C'est auprès de ce dernier village que le Saladillo rejoint le Dulce. L'embouchure est assez profonde pour que l'on y maintienne constamment un bac pour le passage des charrettes et cavaliers. — Proche du Saladillo se trouvent les hameaux de la Chilquita et de Salinas, où l'on trouve de grands troupeaux de moutons, qui paissent dans les vastes plaines couvertes de jume qui avoisinent les salines. — Population du département: 6,000 habitants.
Le département de Sumampa , fort étendu, est situé au sud de la province, de l'autre côté du Saladillo et dn Rio-Dulce, et va toucher aux limites de Cordova. Le terrain y est assez varié. Sa naajeure partie est montagneuse et granitique, car immédiatement après le Saladillo, en allant vers le sud, la plaine se relève en pentes douces et un peu boisées ; mais au sol argileux et pareil à la cendre de la Saline succèdent, d'abord un sable granitique à gros grains, puis des croupes rocheuses en partie couvertes de bois clair-semés, composés généralement de mimosccs. Le versant occidental, formé pai le cordon d'Ambargasta, vient mourir dans la Saline; le cordon oriental, celui de Sumampa, s'abaisse doucement et se confond avec les plaines herbeuses qui vont jusqu'au Rio-Dulce et à la lagune de LosPorongos. Ce versant offre des sources nombreuses, aussi les
PROYINGE DE SANTIAOO-DEL-ESTERO. 329
istancias abondent et le bétail y réussit mieux que dans le reste k la province. La partie voisine du Rio-Dulce et des lagunes est mtièreinent plate ; dans les environs d'Âbiponès, la rivière est sortie ilusieilrs fois de son lit et a formé une série de canaux qui ont de 'eau à Tépoque des crues. Les inondations d'eau saum&tre ont eu Tinionvénient de stériliser quelques plaines, jadis très-fertiles, en les reouvrant de couches de sel, et de beaux pâturages qui environnaient es forts d'Âbiponès et d'Esperanza ont été ainsi perdus en parie. L'embouchure du Rio-Dulce dans les lagunes est à une quinline de lieues d*Âbiponès; en cet endroit, les rives de ce grand épAt d'eau salée ont une certaine élévation et sont coupées à pic, todis que partout ailleurs elles se confondent avec la plaine basse et Kmdée une partie de Tannée.
Le département de Sumampa se partage en quatre districts désinés par leurs numéros d'ordre. Il a un assez grand nombre de stits centres de population situés généralement sur le versant orien- 1 de la sierra et à ses pieds. Tels sont Sumampa^ la paroisse ; — jihde-Agua^ hameau et chapelle, — Santa- Ana et Carmen^ idem ; ' - Los Algarrobos^ sur le versant oriental de la sierra d'Ambargasta, -* Sanr-AndreSj idem; — Pozo-Grande^ San'Antonio, Simbolar^ aria route de Cordova; -^ Lujan, Los Quebrachos, Pampa-Grande s se rapprochant du Rio-Dulce; — enfin les fortins d'Abipones et ÏEsperanza à l'extrémité sud-est de la province. Toutes ces localités ne sont que des hameaux composés de quelques maisons groupées autour d'une chapelle. Trois routes, qui toutes conduisent ICordova, desservent ce département : l'une occidentale, qui passe par les estancias de la Noria et d'Ambargasta, un peu plus courte que les autres, mais qui manque d'eau; celle du centre, suivie par les agences, passant le Saladillo au Puesto del Monte, et touchant au Pino-Grande, à San Antonio, à Simbolar ; la troisième enfin plus loogue, mais où les pâturages abondent, qui suit le revers extérieur et oriental de la sierra de Sumampa. — La population du département est de 8,000 âmes. — La variété du terrain permet de l'y occuper d'agriculture et de bétail. Les troupeaux de moutons iont assez nombreux, et l'on élève beaucoup de chèvres ; on entreient du gros bétail dans les plaines de Sumampa et d'Abiponès. 1 n'y a point de ruisseaux, mais on a fait des mares artificielles ou tpresas^ on creuse des puits, et l'on trouve des sources naturelles qui uffisent pour l'usage des habitants et de leurs troupeaux. Le terrain tant plus élevé, la température est moins ardente que dans le reste
de la province^ néanmoins les sécheresses s*y font souvent sentir. A partir du Saladillo, en allant vers le sud, on ne parle plus guère le quichua.
§ III. Histoire abrégée de la province.
Avant la conquête espagnole, le territoire de Santiago-del-Estero faisait partie de la région de Tucma, qui s'était soumise aux monarques du Pérou, au commencement du quatorzième siècle de notre ère, sous Tlnca Yiracocha. Celui-ci, pendant son règne de cinquante et tine années, de 1289 à 1340, étendit son empire au sud-est du grand plateau des Andes, jusque ' dans le voisinage des Salines, où probablement il s'arrêta, et depuis cette époque le pays resta soumis aux Incas, qui le gouvernèrent par des lieutenants de race péni- Tienne, exerçant une suzeraineté sur les caciques {curacas) locaux. C'est du moins ce qu'indiquent les historiens de la conquête, et ce que prouve la persistance de l'idiome quichua dans le pays. (Voir, aux Notes et Documents, l'histoire des conquêtes de Yiracocha et de ses successeurs dans le sud de l'empire inca.) La domination des Incas sur ces provinces aurait ainsi duré plus de deux siècles, de 1310 à 1533 (1).
(1) Voici en quels termes un descendant des Incts, Thistorien Garcilaio de la Vega, rend compte de la conquête pacifique du Tucuman par Viraoocba.
L'Inca Viracocha se trouvant dans la province de Gharca (Qiarcas) , il vint des ambaaaa» deurs d*un certain royaume de Tucma, que les Espagnols appellent aujourd'hui Tucomaa, situé à 200 lieues sud-est de Charcas, et, mis en présence de Tlnca, ils lui dirent: « — Gapa « Inca Viracocha, la renommée des hauts faits des Incas tes ancêtres, de la rectitude et de « l'équité avec laquelle ils rendaient la justice, de la bonté de leurs lois, de leur gouTenie* « ment si dévoué au bien de leurs sujets, de l'excellence de leur religion, de la piété, de la
• clémence, de la douceur de toute leur rojrale famille, enfin des grandes mertefllea que ton « père le Soleil a opérées de nouveau en ta faveur, a pénétré jusqu'aux dernières limitet de « notre pays et a même passé au delà.
« Charmés de toutes ces grandeurs, les caciques de tout le royaume de Tucma nous en- « voient te supplier de vouloir bien les recevoir sous tes lois et leur permettre de se dire « tes vassaux, afin qu'ils puissent jouir de tes bienfaits, et que tu daignes nous donner des « Incas de ton sang royal qui viennent ^vec nous pour nous tirer de la barbarie de noa lois « et de nos mœurs, et nous enseigner la religion que nous devons avoir, et les lois que
• nous devons observer. En conséquence, au nom de tout notre pays, nous t'adorons comme « fils du Soleil et nous t'acceptons pour notre roi et seigneur.
• En témoignage, nous t'offrons nos personnes et les produits de notre pays eomme signe
• et preuve que noas sommes tiens. »
En disant ceci, ils présentèrent une quantité considérable de vêtements de cotm , du miel,
PBOTINGE DE SANTIAGODEL-ESTERO. 231
Lors de la chute de l'empire, en 1S33, le, pays accepta la domination nominale de Manco, frère du malheureux Atahualpa, dont le nom aida singulièrement les Espagnols dans leur conquête, et
de la dre, des grains, fniiu et légumes de leur pays , enfin des échantillons de tout ce qu'il produisait, afin que Tlnca en prit possession, lis n'apportèrent ni or ni argent, parce que ces Indiens n'en avaient pas, et que jusqu'à présent, quelques recherches que Ton ait faites dans cette contrée, on n'en a point encore trouvé.
Ces présents offerts, les ambassadeurs se mirent à genoux devant l'Inca, à la mode'de leur pays, et l'adorèrent comme Dieu et comme leur roi. Celui-ci les accueillit avec la plus grande afbbilité, et, après avoir reçu leurs présenu en signe de prise de possession de tout ce royanme, il ordonna à ses parents de les fêter et de leur offrir à boire, faveur que les amhaisadcurs regardaient comme inestimable. La boisson faite et bue, Yiracocha leur fit dire ^'fl se félicitait beaucoup de ce que les gens de Tucma fussent ainsi venus volontairement et de bon ooBur se placer sous robcissance et l'empire des Incas; qu'ils seraient d'autant tndtés et fêtés que Tamour et la bonne volonté avaient un tout autre mérite que la obtenue par la force. Il ordonna qu'on leur offrit pour leurs caciques {curnecu) pbsiears de ces vêtements de laine très-fine , qui étaient faits pour l'Inca, et d'autres orne- Bwals également destinés au monarque , et qui étaient tissus par les mains des vierges choisies, toutes choses regardées comme divines et sacrées. Ces présents furent accompagnés de beaucoup d'autres»
D ordonna ensuite que des Incas, ses parents, partissent avec eux pour aller instruire ces peoples, extirper de chez eux l'idolâtrie et les mauvaises coutumes, pour leur enseigner les lois et ordonnances de l'empire inca et les leur faire observer ; il y joignit des agents expériaienléa dans l'art de rirrigation et de Pagriculture , pour accroître ainsi le domaine du SoleU et dn Roi.
Les ambassadeurs demeurèrent quelques jours auprès de l'Inca, fort satisfaits de sa réceplioD, et en admiration devant les bonnes lois et coutumes de la cour ; les comparant avec les leurs, ils disaient que ces dernières étaient celles d'animaux sans intelligence ni juge- Beat, tandis que les autres appartenaient à des hommes fils du Soleil. — Emportés par la », an moment de leur départ, ils dirent à l'Inca : « Afin, Seigneur, qu'il n'y en ce monde qui ne puisse profiter de ta religion, de tes lois et de ton gouverit, nons te faisons savoir que loin de notre pays, entre le Sud et TOccident, il y a ■ ■I grand royaume appelé Chili, peuplé de beaucoup d'habitants avec lesquels nous n'a- • Tona cependant aucune relation à cause d'une grande chaîne de montagnes neigeuses qui entre eux et nous; mais nous savons cela parce que nous en ont dit nos pères et t, et nous te le faisons connaître, afin que tu veuilles bien aller conquérir et la réduire sous ton empire, pour qu'on y connaisse ta religion, qu'on y adore c le Soleil et qu'on y jouisse de tes bienfaits. »
Llnca prît bonne note de cette indication, puis il permit aux ambassadeurs de retourner dBa leur pays. ^Yiracocha continua ensuite sa visite dans le sud de son empire, comme ■Ms ra:¥Ofia indiqué, parcourant toutes les provinces de Collasajru, accordant des grâces et des tMweon aux caciques, aux magistrats et aux peuples, etc., etc.
(Garcilaio de la Vega, Comeniarioi reaies de los inccUf lib. V, cap. xxv, tome I, p. 153. — £dilsoii de Madrid, 1723, 4 vol. in-4^)
Lea sQCceasears de Yiracocha étendirent leurs conquêtes pacifiques vers le Sud. Pacha- CBlBB, aon. fils, pendant son règne de soixante ans , se fit reconnaître par toutes les populabaoa dn versant oriental des Andes jusqu'à la pointe de la Sierra de San-Luis, et dans les idées des provinces actuelles de Salta, Catamarca et La-Rioja. Yupanqui ron petit-fils , disîëaBe Inca, fit U conquête du nord du Chili, et sous son règne fut ouvert le chemin de la eardiOère de Meodosa ; Fautorité des Incas se consolida encore sous leurs successeurs , Wù fat goère reconnue que par les tribus sédentaires des Tallées des Andes et des
Ton y conserva plus tard en grande vénération les souvenirs des monarques qui l'avaient gouverné avec tant de douceur et de modération. L'influence dont jouirent dans ces régions les imposteurs qui à différentes époques usurpèrent le nom des Incas prouve combien ce souvenir resta puissant. Il y était d'ailleurs entretenu par la persistance de l'usage de la langue de l'empire inca, de ce quichua qui rappelait un gouvernement glorieux et aimé (i).
Pendant les vingt premières années qui suivirent la mort d'Atahualpa, les Espagnols furent occupés et de querelles entre eux et de luttes contre les Quichuas. Almagro fit son expédition du Chili ; Rojas traversa la vallée d'Humaguaca, toucha la sierra de Gordova et vint jusqu'au Parana ; Prado fit un premier établissement dans la
bords du Haat-Juramenlo et du Dulce. Elle ne pénétra point dam le Chaoo, et, dant le reala de la plaine Argentine, les nomades lui échappaient.
Chez toutes les populations sédentaires et vivant d'agriculture, le souvenir et le regret de la domination paternelle des empereurs incas persista jusqu'au commencement de ce siècle. En 165S, lors de la grande guerre des Calchaquis, un aventurier nommé Bohorques put se faire acclamer Inca par toutes les tribus des vallées andines. En 1780, le marquis d*0ropeza Tupac-Amaru, qui passait pour descendant du dernier Inca de ce nom, si lâchement décapité à Cuzco en 167 1 par ordre du vice-roi Toledo, put entraîner à sa suite dans sa révolte contre les Espagnols des milliers d'Indiens des provinces de Jujuj et de Salta.^ On dit même que ces souvenirs poussaient, en 1817 et 1818, quelques Argentins partisans de la monarchie à rechercher s'il ne restait pas quelque descendant direct ou indirect de la noble famille des Incas, pour l'asseoir sur le trône constitutionnel <te la Plata. On eût fait ainsi disparaître le motif principal de la répulsion contre la forme monarchique, la nécessité d'accepter un prince étranger, au lieu d'un fds du sol sud-américain. Cette fortune, qui est échue au Brésil, lui a valu la paix dont il jouit depuis un quart de siècle, alors qu'ailleurs chaque changement de président ou de gouverneur est presque toujours une occasion de guerre civile.
(1) Le philologue D. Lorenzo Hervas, dans son Catalogue de tous les idiomes connus, s'exprime ainsi sur l'usage du quichua daus l'Amérique du Sud :
« En 1525, époque à laquelle les Espagnols entrèrent au Pérou, le quichua se parlait non- « seulement dans ce pays, mais encore dans le royaume de Quito, dans une grande partie « du Tucuman, et dans une portion du Chili. A cette époque, en effet, les Incas domi* « naient depuis Pasto , appelé aussi Villaviccncio et San-Juan , à cinquante-quatre lieues de « Quito, par P22' de latitude N., jusqu'au Rio-Maule, par 35' de lat. S., et sur une vaste « étendue de la fameuse cordillère des Andes, nom qui vient du mot péruvien anti. Suivant « Garcilazo, les plus hauts cordons de la Cordillère étaient nommés Reti-SuyUf pays de « neige, et Huaea, lieu d'adoration.
« D'après la grande étendue de l'empire du Pérou et le soin que mettaient les Incas à uni- « versaliser l'usage de leur langue, c'est avec raison que le religieux dominicain Santo-Tho- « mas, dans sa grammaire péruvienne, la première qui, à ma connaissance, ait été imprimée « de l'idiome quichua, dit que celui-ci se parlait dans tous les domaines des Incas, domaines « qui s'étendaient sur plus de mille lieues de longueur et cent en largeur. Dans cet empire, « le quichua était parlé généralement par tous les seigneurs et principaux citoyens du pays, « et mémo par la plus grande partie du peuple. »
(LoaxMzo Hervas, — Catalogo detodosloi idioma* eonocidoi, tomo I, cap. iv, pag. 2)3. — Lenguas y naciones americanas. — Madrid, 1800; 7 vol. in-12.)
vallée de Calchaqui, où il fonda la ville de Barco, que les Espagnols, quelques années après, furent obligés d'abandonner. Ce n'est qu'en 1553, que le capitaine Aguirre, venu du Pérou comme ses prédécesseurs, mais lassé de combattre les valeureux Calchaquis, cherche dans les plaines à l'orient de la sierra d'Aconquija une localité favorable pour l'établissement d'une colonie, et fonde la ville de Santiago del Estero, sur les bords du Rio-Dulce. Obligé d'aller au Chili porter secours à Pedro de Valdivia vivement pressé par les indomptables Araucans, il laisse seule sa colonie, qui, perdue au milieu des tribus indiennes soulevées, est bientôt à deux doigts de sa perte, mais que Juan Perez de Zurita, envoyé en qualité de gouverneur des pays nouvellement découverts et conquis, par le marquis de Caflete, vice-roi du Pérou, vient sauver en 1558. Les secours qu'il amène lui permettent même de créer quelques autres établissements à l'ouest de la sierra, mais ils ne peuvent tenir devant les Indiens, et les Espagnols se trouvent encore réduits, quatre années après, à la seule ville de Santiago. Aguirre revient alors du Chili, afin de dégager sa colonie, et, après bien des luttes avec les Indiens, des querelles avec ses lieutenants qui le forcent de fuir auprès de l'audience de Charcas, il reparaît une dernière fois pour gouverner paisiblement Santiago del Estero et réduire en commanderie les nombreux Indiens de la contrée. Luis Geronimo de Cabrera, fondateur de Cordova, succéda à Aguirre et étendit la domination espagnole vers le sud.
A partir de 1558, Santiago del Estero fut la capitale du nouleau gouvernement de Tucuman, dont la vice-royauté de Lima avait décrété la création, et qui dépendait de l'audience de Charcas. Les divers gouverneurs qui s'y succédèrent jusqu'en 1592 fondèrent peu à peu un assez grand nombre de villes, dont quelquesunes ont disparu, telles Esteco et Madrid, mais dont la plupart sont arri'vées jusqu'à l'époque actuelle, telles Tucuman, Cordova, Salta, Jujuy, La Rioja, etc., etc. En 1570 un siège épiscopal est érigé à Santiago; mais le premier évoque qui vienne y résider, D. Francisco Victoria, n'y parut qu'en 1578; ce fut ce prélat qui appela les jésuites dans le Tucuman, où les franciscains les avaient éèjk précédés. C'est aussi l'époque à laquelle saint François Solano, moine de ce dernier ordre, édifie le Tucuman par son zèle et ses vertus, et prêche l'évangile aux tribus indiennes. Ses prédications apaisent les haines et les résistances causées par le système des commanderies que les colons espagnols s'obstinent à maintenir. Après
iU DESCRIPTION DES PROVINCES. «
la mort de ce pieux apAtre, la guerre avec les indigènes recom* menée, et, sous le gouvernement d'Âlbomoz, les colons sont obligés de se renfermer dans leurs villes, pendant que toute la campagne reste au pouvoir des tribus révoltées ; il fallut de nouveaux secours du Pérou pour les délivrer. Les Calchaquis furent enfin domptés, et les tribus les plus remuantes furent transportées dans d'autres provinces, où elles se fondirent avec les habitants. A partir de cette époque, les gouverneurs du Tucuman commencèrent à fonder des établissements dans le Chaco, et y envoyèrent des missionnaires, soit franciscains, soit jésuites, qui parvinrent à former quelques réductions détruites plus tard.
Quoiqu'elle fût le siège du gouvernement, la ville de Santiago restait stationnaire, pendant que les autres villes du Tucuman, Cordova surtout , se développaient ; Tévêché fut même transporté un instant dans cette ville en 1615, à la suite d'un incendie qui détruisit la cathédrale; il n'y fut toutefois placé définitivement qu'en 1699.
Une inondation du Rio-Dulce, en 1633, menace Santiago-del- Estero d'une entière destruction, et enlève la moitié de ses édifices; cette catastrophe effiraye les habitants et leur en fait craindre une seconde plus terrible. La rumeur populaire ' prête même à saint François Solano une prophétie annonçant que la ville sera détruite un jour par son fleuve; tout cela, joint aux sécheresses dont souffrait souvent le pays, contribua sans doute à arrêter son développement. Cependant, la terminaison des guerres calchaquies vers 1680, en rendant à la province un calme qui ne fut plus troublé, permit à la population de croître en nombre et en civilisation, et la culture fit des progrès ; on établit une autre fois de nombreuses réductions indiennes sur le Rio-Salado, et le pays entre dans une voie de progrès notables.
Le déplacement de l'évêché entraîne aussi celui du gouverneur, qui habita tantôt Salta, tantôt Cordova, et la province perdit à ce changement administratif. Cependant, sa situation sur la route du littoral de la Plata au Pérou lui fit toujours conserver une certaine importance. Après la création de la vice-royauté delà Plata, en 1776, elle fait partie de T intendance de Salta, tandis que la lieutenance de la Rioja et la province de Cuyo étaient rattachées à l'intendance de Cordova. L'émancipation la plaça dans la juridiction de la ville de Tucuman, où un gouverneur-intendant avait été nommé.
Les événements de 1810 éveillèrent plutôt sa curiosité que sa
PROVINCE DE SANTIAGO-DEL-ESTERO. 2t5
sympathie; mais bientôt la proyince suivit le mouvement, et ses iiistincts d'indépendance devinrent tellement vifs qu'elle ne voulut plus même accepter la suzeraineté de Tucuman, ^ous laquelle elle avait été maintenue par le directorat de 1813. Après avoir contribué très-activement aux campagnes du Haut-Pérou, elle adhéra d'abord au système de gouvernement central, inauguré par les citoyens de fiuénos-Âyres ; les agitations de Tannée 181 S ne l'empêchèrent pas non plus de contribuer pour sa part au congrès qui, en 1816, déclara l^indépendance de la nation argentine, et bientôt l'adoption de la renne républicaine comme gouvernement. Mais, dès ce jour et pendant les années qui suivirent, les idées d'autonomie locale firent de si grands progrès que la province songea à se constituer à part. Me profita des troubles qui signalèrent le commencement de Tannée 1820, dans toutes les provinces de la Plata, pour déclarer solennellement sa volonté de se séparer de Tucuman, intendance dont elle faisait partie, et de se constituer en état particulier, avec la même souveraineté, les mêmes droits, les mêmes devoirs que les autres provinces qui venaient presque toutes de se constituer à part, dans le but de former une fédération d'États souverains chez eux , suiyant le système nord-américain. Un manifeste solennel, publié an mois de mai de cette même année, consacra l'indépendance fé- . dénde de la province, et les chefs de ce mouvement se firent appuyer par le lieutenant-gouverneur D. Felipe Ibarra, homme qui jouissait d'une grande influence sur les masses populaires. Le gouvernement de Tucuman chercha d'abord à s'opposer à cette résolution, mais se vit forcé d'y acquiescer.
De cette époque datent les dissensions civiles qui agitèi^nt quelque temps Santiago del Estero, pour s'apaiser enfin complètement sous la main pesante d'Ibarra, qui, sauf quelques courtes intermittences, gouverna le pays dictatoriaiement jusqu'en 18S0, époque de sa mort. Ce gouverneur, après les événements de 1826 et la présidence nationale de Rivadavia, se lia intimement avec le parti qui avait triomphé à Buénos-Ayres, et surtout avec son célèbre chef le général Rosas, dont les allures absolues lui plaisaient. Il prêta main-forte à Bustos et Quiroga dans la guerre contre les Unitaires, et lorsque douze ans plus tard, en 1841, le général Lavallé traversa la province et tenta de soulever tout le nord du pays, il exerça de terribles représailles contre ceux qui avaient applaudi à sa lutte contre le dictateur de Buénos-Ayres et cherché à renverser ses partisans. Cette année, si funeste par les excès commis dans les
2tS DESCRIPTION DES PROVINCES.
La portion de la plaine voisine de la montagne est sillonnée de nombreux cours d'eau ^ embellie de bois magnifiques entrecoupés par de grasses prairies ; c'est là que la population est la plus dense et que l'agriculture est en honneur. L'autre portion, à l'orient du Rio-Sali , lequel, plus bas, devient le Rio Dulce, est un terrain de pâturages aussi fécond, aussi herbeux que le meilleur du littoral de Santa-Fé ou de l'Entre-Rios. L'élève du bétail y remplace l'agriculture. Ce splendide tapis de verdure est semé çà et là de bouquets de bois de haute futaie, et l'on y compte quantité d'estancias. Absolument plat, il n'offre aucun ruisseau, mais seulement de rares lagunes. On y trouve l'eau à une faible profondeur; toutefois la sécheresse s'y fait sentir une partie de l'année, quoique alors d'abondantes rosées suppléent aux pluies.
La région des montagnes embrasse le nord et l'ouest de la province. Au nord, les montagnes sont peu élevées et forment un réseau de petites chaînes qui s'entre-croisent en différents sens, circonscrivant entre elles de jolies vallées. A l'ouest, un grand massif principal, dirigé du nord au sud, élève jusqu'aux nues ses cimes couronnées de neiges étemelles : c'est la grande sierra d'Aconquija ; des cordons longitudinaux, qui n'arrivent qu'à la moitié de sa hauteur, s'étendent parallèlement à ce massif principal et enserrent de hauts vallons alpestres où les pluies et les rosées, les filets d'eau, descendus des neiges supérieures, .entretiennent malgré l'altitude une vigoureuse végétation bien différente de celle des autres régions andines, si désolées par la sécheresse.
Ce qui frappe surtout dans la province de Tucuman, la moins étendue poutlant de toutes celles de la Confédération Argentine^ c'est l'abondance des eaux, *la splendeur de la végétation > la variété des terrains ; enfin la beauté du paysage* Rien de pittoresque comme les versants de l'Aconquija, avec leurs torrents écumeux et leurs forêts aux arbres immenses « Rien de plus vert que les plaines qui s'étendent à leurs pieds et que coupent un nombre infini de rivières et de ruisseauXi
BtDftOGRApmis. — Avec le système orographique dont nous ve^ iiôns de donner une esquisse, la province doit être bien arrosée ; eH effet aucune région argentine n'offre plus de cours d'eau que la région montueuse de Tu(;umati ; tous sont fournis par la partie haute de l'Aconquija, ali sud du San-Francisco ; à l'est du Sali, il n'y a plus de rivières. Cette masse d'eau venue des montagnes se réunit
PROYINGE DE TUGUMAM. ' 239
pour former un courant central , le 5a/t , qui plus tard devient le Rio-Dulce, passe à Santiago del Estero et va se perdre dans les lagunes de Los Porongos.
Ce cours d'eau prend naissance à Textrémité nord des Cumbres de Calchaqui , par les branches de Riarte et de Chamorros , se réunit au Rio-Tcda^ qui forme limite avec la province de Salta, puis reçoit les torrents de Acequionesy Alduralde^ Vipos^ après Tembouchure duquel il est désigné sous le nom de Rio Sali. Près de la capitale les ruisseaux de Tapia et du Saladillo s'y jettent; au-dessous il reçoit les rivières de Famailla, de Monteros^ de Rio-Seco^ del ConventillOy de Médinas ou de Gastona, Rio-Chico, de Matasambe^ de Marapa; cette dernière, assez forte, termine la série des affluents occidentaux du Rio-Dulce. Le Rio San Francisco, qui forme la limite sud avec Santiago, se perd dans la plaine. — Au nord-est, le Rio-Sali ne reçoit que les trois ruisseaux de la Calera^ del Potrillo et del Loro^ qui viennent des petites Sierras de Médina et Yarami. Le Zapallar et VUrueha^ dont le cours se dirige à l'est, se perdent dans la plaine et n'arrivent que rarement au ruisseau de los Horcones , qui lui-même est absorbé par les sables avant de toucher au Juramento.
Dans leur partie supérieure, ces rivières reçoivent une foule de ruisseaux que l'on emploie généralement à l'irrigation ; aucun n'est navigable ; plusieurs sont à peu près à sec une partie de l'année ; mais, avec les pluies de printemps et d'été, elles se gonflent et roulent des eaux troubles qui font du Sali un cours d'eau difficilement guéable, et qui ne l'est plus à partir de l'embouchure du Marapa, où il prend le nom de Rio-Hondo (rivière profonde), et bientôt celui de Rio-Dulce (la rivière douce), au mÛieu des terres saline» de la province de Santiago del Estero.
OROGRAPmE. — La province de Tucuman n'offire qu'un seul système orographique, c'est celui constitué par la chaîne de l'Aconquija et ses dépendances. Nous l'avons déjà décrit (voyez tome I, page 292 et suivantes). Nous n'ajouterons donc que quelques détails.— Le cordon principal qui constitue le Nevado de Aconquija se détache, à l'est de la vallée de Santa-Maria^ du grand massif andin, dont il est le rameau le plus oriental, et constitue entre 27"" et 27''30' de latitude une énorme masse en forme de quadrilatère allongé, dirigée du nord au sud-sud-est ; sa hauteur doit atteindre près de 5,000 mètres, puisque ses deux crêtes occidentale et orientale ne perdent
jamais les neiges qui les couvrent, d'où le nom de Nevada donné à cette partie de la sierra. — C'est le Clavillo proprement dit , la clef, le nœud, le point central de la chaîne^ celui d'où partent en se dirigeant vers le sud les deux grands cordons ^Ambato d'une part, de VAlto et à'Ancaste de l'autre; — et d'où se détachent, de l'autre côté de YAbra deTafi, les rameaux secondaires qui vont vers le nord, sous le nom de Cumbres de Calchaqui^ cimes de Galchaqui, s'unir aux montagnes de Salta. A l'orient du Clavillo, un second cordon, haut de 3,000 mètres en moyenne, d'une orientation pareille, sous le nom de Sierra de Aconquija^ court parallèlement à la grande chaîne du Nevado, laissant entre elles de longues et hautes vallées d'une altitude de 2,500 mètres, celles d'Aconquija et de Tafi, puis, s'ouvrant en. une foule de points sur la plaine, en son versant oriental, donne naissance aux nombreuses rivières qui sillonnent la province. Au nord-est de la capitale, de l'autre côté du Rio-Sali, des dépendances de ce ménie système forment les petits cordons connus sous le nom de Altos de las Salinas^ Cerros de Médina^ Cumbres de Yarami, Sierra del Nogalito^ del Remate ^ etc., etc... Ces dernières ramifications des Andes viennent mourir dans les grandes plaines de la Pampasie argentine. — Enfin les cimes ou montagnes de Calchaqui, extrémité nord de l'Aconquija, finissent au Rio-Guachipas (Juramento), au lit duquel elles font faire un grand coude vers le nord-est. — Toutes ces montagnes, au-dessous de 2,500 mètres d'altitude, sont boisées; plus haut, elles ont de bons pâturages, jusqu'à toucher la région des neiges.
Constitution physique du sol. — La partie montagneuse de la province appartient au système du gneiss et du mica-schiste, enfin à celui des roches métamorphiques. On y rencontre cependant quelques traces de volcanicité, mais les terrains de cette nature sont extrêmement limités. Dans les petites sierras, à l'est du Rio Sali, se présentent des grès et des calcaires. Cette partie, peu arrosée, souffre des sécheresses et n'a pas la belle végétation de la grande sierra, où les roches disparaissent en beaucoup d'endroits sous une épaisse couche de terre végétale.
Dans la plaine qui appartient au terrain pampéen, comme le littoral, et dont l'altitude moyenne oscille entre 3 et 400 mètres, l'humus n'est pas moins épais; au lieu des terres sablo-argileuses et salines, du sol pareil à Ja cendre des régions de l'ouest, on retrouve la terre noire et fertile de l'Entrc-Rios et de Corrientes, le
soiis*sol est rougeâtre, un peu argileux, mais meuble, et toute cette jolie région n*offire pas un caillou aussitôt que Ton est à une petite distance de la montagne. Dans la saison sèche les rivières y roulent leurs eaux limpides sur un lit de sable blanc des plus fins. La terre de Tueuman est partout fertile, et l'irrigation n'y est pas môme d'absolue nécessité pour la culture, comme dans la plupart des autres provinces des Andes.
On trouve dans la sierra d'Aconquija des minerais d'or, d'argent, de cuivre, de plomb, de fer, etc.. On a essayé quelquefois d'en tirer profit, mais les travaux n'ont pas été continués. En outre des minerais métalliques, on a vu du cristal de roche, des marbres, des grès, de la chaux, etc... Tout est encore à faire au point de vue de l'exploitation des matières minérales.
Tremblements de terre. — Il y en a de temps à autre, mais aucun n'a été jusqu'à présent assez fort pour causer du dégât. Aussi n'a-t-on encore pris aucune précaution particulière dans la construction des édifices pubKcs et des maisons.
Cloiàt. — Le climat de la province varie suivant les altitudes * des deux régions dans lesquelles nous l'avons divisée; il est cependant moins sec, même dans la région montagneuse , que sur les autres chaînes andines. Gela tient sans' doute à l'absence de plateaux, et surtout à la -situation de l'Aconquija sur la limite de la grande plaine de la Pampasie , où tous les phénomènes météorologiques du littoral peuvent généralement se faire sentir. — L'année se partage en deux saisons : celle des pluies, qui commence fin octobre, et dure jusqu'en mars ; celle de la sécheresse, qui occupe le reste de l'année. Cependant il y a encore de temps à autre de petites pluies dans cette dernière saison, et des rosées fort abondantes qui conservent la végétation. L'époque des grandes pluies est la saison chaude ; presque toujours, alors, elles sont accompagnées d'orage : le matin le ciel est clair, la chaleur ardente ; à deux ou trois heures de l'après-midi, Torage se forme, éclate, il pleut à torrents pendant une couple dlieures, puis le ciel se nettoie jusqu'au lendemain. Dans la montagne, les pluies sont encore plus fréquentes et plus abondantes que dans la plaine ; elles commencent plus tôt et finissent plus tard. — Les gelées sont rares et très-courtes, même à une altitude de 450 mètres, comme celle à laquelle est située la ville de Tueuman, dont la température moyenne est de 21®; car, si les mois de juillet et d'août y sont assez froids, de novembre h mai les chaleurs sont extrêmement
oo?nr. AmoBHTins. ^ t. m. 16
fortes. Au-dessus de 800 mètres, le climat choDge brusquement et les gelées vont jusqu'à S'^-O" (1). Les vents, en général, ne sont pas trèsforts, ni si fréquents que sur le littoral; mais, par les temps d'orage, il y a quelquefois de véritables petits ouragans. (Voyez le climat de l'intérieur, t. I, p. 383 et 390.)
La chaîne de l'Aconquija présente le phénomène remarquable d'é-* tablir une division très-tranchée entre les climats secs des r^ons andines et le climat plus humide de la région pampéenne. A l'ouest de cette chaîne, il ne pleut que durant l'été et même assez rarement; les plateaux et les crêtes des montagnes absorbent toute l'humidité des nuages. A Test, les pluies se voient en toute saison, mais surtout dans la période chaude. Ce phénomène se note rien qu'en traversant, en quelque saison que ce soit, la chaîne secondaire et latérale d' Aconquija ; le versant oriental est humide, le versant occidental est sec.
Salubrité. — Ce climat, quoique chaud huit mois de l'année, n'est ni malsain ni débilitant ; les nationaux et les étrangers y conservent la plénitude de leurs forces physiques et intellectuelles. — Les seules maladies particulières qui s'y montrent sont lés fièvres intermittentes, et encore serait-il au pouvoir de la population de les faire en grande partie disparaître par un meilleur aménagement du sol, chose facile, car partout il y a des pentes suffisantes pour donner de l'écoulement aux eaux. Il est certain que les grandes pluies de l'été amènent quelques débordements des ruisseaux et rivières, et par suite des lagunes qui, se desséchant à la fin de l'automne, exhalent des effluves fiévreux ; mais il serait possible, en une foule d'endroits, de les vider en leur creusant des rigoles d'écoulement. D'un autre côté, on ne surveille pas assez les canaux d'irrigation dont trop souvent les eaux s'épanchent hors de leurs lits pour former de véritables marais ; cela se voit même près de la capitale, et conune les vents sont moins continus que sur le littoral, les miasmes paludéens restent suspendus dans Fair ambiant et exercent sur la population une fâcheuse influence, quoique la plupart de ces fièvres intermittentes soient bénignes. — Les maladies de peau et la phthisie pulmonaire
(1) Les observations thermométriques que nous avons faites dans la viUe de Tucomaiiy dans le mois de juillet 1857, le mois le plus froid de Thiver, nous ont donné une moyenne de t5**; Valtitude est cependant de 450 mètres, et il y a eu des journées très-fralches. Dans la plaine de la Fronlcrita, à 8 lieues sud de cette ville, par 400 mètres d'altitude, nous avons va le thermomètre à lo-O*" le 29 juin; le 3 août, sur le Rio-Vipos, par une altitude de 800 mètres, nous Tavons vu à 3o,5-0°.
se rencontrent plus fréquemment que dans la province précédente ; la pleuro-pneumonie andine apparaît pendant Fhiver. — En résumé, malgré tout cela, le pays est fort salubre, et ce qui le prouve, c'est la différence considérable qui existe entre le chiffire des décès et celui des naissances^ différence qui est dans une proportion de plus de 2 à i ; en effet, durant une période de vingt-cinq années, le chiffre des baptêmes dans le département de la Capitale, qui est le plus étendu et le plus peuplé de tous, a été de 27,399 et celui des inhumations de 13,641 seulement.
Végétation. — Nous avons déjà indiqué plus haut la splendeur de la végétation tucumanaise. Elle est tout à fait tropicale dans la plaine et sur les versants orientaux des montagnes jusqu'à 1,000 mètres d'altitude. Plus haut, elle se rapproche de celle du littoral ; et au-dessus de 2,000 mètres, on trouve celle des régions centrales de l'Europe. Dans la région inférieure, la chaleur et l'humidité permettent aux arbres d'atteindre un développement considérable; c'est ainsi qu'on voit à la Fronterita des lauriers de 8 mètres de tour, et que le pied de la sierra produit des cédrels, des quebrachos rouges et blancs, des noyers, des lapachos, des pacaras, etc., etc., d'une taille gigantesque, et qui fournissent de magnifiques bois de construction. (Voyez d'ailleurs la végétation de la région tropicale, 1. 1, page 423.) Des plantes parasites de toute espèce couvrent les vieux arbres des forêts ; parmi les plantes herbacées, le nombre de celles qui sont utiles ou agréables par leurs fruits, leurs fleurs, leurs principes aromatiques et médicamenteux, est infini. Cette province réunit à elle seule tous les végétaux que l'on trouve disséminés sur les divers points du territoire argentin.
Agriculture. — Elle est assez développée ; après les soins donnés aux céréales telles que le blé, le maïs et le riz, qui servent à la consommation locale, on s'occupe spécialement de deux plantes industrielles devenues les principales sources de la prospérité de la profince : ce sont la canne à sucre et le tabac. La canne à sucre, dont la culture a été introduite en 1824, a donné naissance à un grand nombre de plantations qui prospèrent et fournissent aux besoins locaux et à ceux des provinces voisines. Le tabac est aujourd'hui cultivé sur une grande écheUe et s'exporte au Chili. L'humidité de rété facilite la production du maïs et du riz ; ce dernier est de qualité supérieure. Le blé réussit bien dans les cantons montagneux et à partir de 800 mètres d'altitude, mais la rouille le frappe souvent dans
2i4 DESCRIPTION DES PROVINCES.
la plaine à cause de Thumidité de Tété. C'est aussi cette humidité qui empêche la vigne de bien réussir près de la capitale, tandis qu^elle est magnifique dans la montagne. Là aussi prospèrent tous les légumes d'Europe et spécialement les pommes de terre, qui sont exquises, les choux, etc. La plaine possède presque tous les arbres fruitiers des régions chaudes : oranger, chérimollier, goyavier, figuier, grenadier, pistachier, etc., etc. Comme la province de Tucumaa réunit tous les climats, on peut y cultiver à peu près toutes les productions du monde. Aux industries agricoles plus haut désignées, rien ne serait plus facile de joindre celle de la culture du coton et de l'indigo, qui ^ y croissent même à Tétat silvestre, et celle du cactus à cochenille, non^ moins abondant. L'agriculture tucumanaise, déjà avancée, peut abor*-der hardiment ces nouvelles branches d'exploitation rurale, avec li^ certitude d'y rencontrer de puissants éléments de prospérité.
Animaux sauvages et domestiques. — Indépendamment de to" — les animaux du littoral, Tucuman compte encore le tapir, le péca^:^ le phyllostome ou vampire, qui tourmente les bestiaux la nuit, y^ couguar, fléau des troupeaux de chèvres dans la montagne, et /^ jaguar qui est plus rare ; le boa se voit dans les forêts ; le condor, les aigles, les grands oiseaux de proie, habitent la sierra d'Aconquija, que fréquentent également le guanaque et la vigogne. On retrouve dans cette province presque tous les animaux particuliers à Corrientes et au Paraguay.
Bétail. — Le bétail bovin abonde dans la plaine presque autant^ que sur le littoral, à cause de la bonne qualité des pâturages ; par — tout l'oa voit des estancias, dont quelques-unes sont fort bien tenues; les animaux sont en général d'une grande taille et bien en chair. IL est fort nombreux aussi dans la montagne ; cette abondance permetr les exportations pour les provinces de Cuyo, le Chili et même la Bolivie. Les chevaux sont de bonne race et très-multipliés ; on élève aussi beaucoup de mulets. L'accroissement du commerce et par conséquent du transit, dans toutes les provinces andines, a fait monter considérablement le prix des bêtes de charge et encourage les éleveurs. En revanche, on s'adonne moins à la production de la chèvre et du mouton. Ce dernier, d'assez belle race, indépendamment de son usage comme bête de boucherie, fournit les pelions ou peaux garnies de leur laine pour recouvrir la selle indigène {recado).
Industrie et commerce. — La province de Tucuman est la plus ia-
dustrieuse de tout rintérieur de la République Argentine. Son éloignemçnt du littoral l'obligea, dès le principe, de donner un certain déreloppement aux arts mécaniques ; Texploitation des bois de construction et d'ébénisterie, que Ton exportait dans les provinces voisines et surtout pour celle de Cuyo, la confection des charrettes, le tissage des étoffes, le tannage des cuirs, sont des industries qui remontent bien avant dans Tépoque coloniale. Aujourd'hui la fabrication sucrière a augmenté encore cette disposition industrielle, en exigeant une grande main-d'œuvre et l'établissement d'une foule d'industries secondaires qui se groupent derrière la principale.
On compte aujourd'hui dans la province vingt-cinq grandes plantations et usines produisant chacune de 500 à 6^000 arrobes de sucre (de 6,000 à 72,000 kilogrammes), et de SO à 400 barils (le baril est de 60 litres) de tafia par campagne, sans compter les petits établissements. La production totale annuelle peut s'évaluer, en moyenne, à un million de kilogrammes pour le sucre, et à 7,000 hectolitres pour la caûa. Une partie se consomme dans la province, l'autre est exportée à Santiago del Estero, à Gatamarca et à la Rioja. Le tabac, dont la qualité pourrait être 'améliorée par la culture et les procédés de séchage et de fabrication, est envoyé au Chili ; la demande excède toujours les offres , mais les cultivateurs manquent. On expédie aussi au dehors un peu de riz, et des oranges pour Gordova ; on a commencé à planter du coton et à s'occuper de l'élève du ver-à-soie. Tucuman fournit de charrettes presque tout le roulage de l'intérieur de la République Argentine; encore, à l'époque actuelle, il envoie, à dos de mulet, des bois de construction, de menuiserie et d'ébénisterie aux provinces de San Juan et de Mendoza ; on fabrique aussi des meubles pour l'usage du pays. Les cuirs secs et tannés sont expédiés pour le littoral ; comme ils sont de bon usage , grâce i la qualité des écorpes que l'on emploie pour les tannée , ils peuvent même faire concurrence aux importations d'Europe, sur les places de Rosario et de Buénos-Âyres. On estime à 60,000 par année le nombre des cuirs ainsi préparés. Une industrie particulière aux habitants de la montagne est celle de la fabrication des excellents fromages, dits de Tafi, principale estancia où on les fabrique, et qui s'exportent jusque sur le littoral où ils sont justement appréciés. Ces fromages ressemblent au Roquefort, et sont de qualité supérieure.
Tout ce commerce permet à la province de Tucuman de payer largement les importations d'outre-mer qui lui arrivent par les caravanes de charrettes du littoral ou les troupes de mulets venant du
Chili par les Cordillères. Toutefois ce dernier moyen de transport est onéreux, et Ton préfère la voie des charrettes. Lorsque l'on expédie du bétail en pied pour ce pays, les retours se font ordinairement en espèces métaUiques,
On voit que la province de Tucuman est dans une véritable voie de progrès. Un nombre notable d'étrangers, surtout de Français et d'Italiens, s'y sont établis, et contribuent puissamment à l'activité industrielle et commerciale du pays. Depuis une dizaine d'années, l'esprit d'entreprise, généralement si rai*e, si engourdi dans l'intérieur des provinces, s'est développé, et il a produit d'excellents résultats ; on lui doit l'établissement de scieries mécaniques, de moulins à eau dans la Sierra, l'importation des irapiches ou broyeurs en fer pour la canne à sucre^ et d'une foule d'engins qui peuvent faciliter et accomplir les travaux agricoles. Aussi la population y croit-elle sensiblement en nombre, en bien-être et en civilisation.
Voies de communication. — Placée dans une position centrale, à 300 lieues du littoral, à 250 de la mer Pacifique, Tucuman ne communique avec ces points que par des voles de terre. La vieille route du Pérou est toujours celle qui la met en contact avec le Rosario et la Bolivie ; elle communique avec les provinces andines de l'Ouest, Catamarca, la Rioja, et celles de Cuyo, par une route assez facile qui n'a d'autre mauvais pas que la Cuesta del Totoral^ laquelle pourrait, avec quelques travaux, être rendue carrossable. Les plus mauvais chemins sont ceux de la sierra d'Aconquija, qui mènent à Tafî, Colalao et Santa-Maria, d'une part, et de l'autre au Fuerte de Andalgala. Les mulets seuls peuvent les franchir (1).
Aujourd'hui les diligences du Nord, venant de Rosario et de Cordova, arrivent et partent une fois la semaine de Tucuman ; elles traversent ainsi la république entière du littoral ^ Jujuy ; le courrier de l'Ouest, qui vient de Mendoza par San Juan, la Rioja et Catamarca, arrive également tous les huit jours, et cette facilité de communications contribue puissamment à faire avancer la province. Malheureusement les distances sont grandes , et le fret cher. Si le Juramento vient à être rendu navigable, Tucuman pourrait avoir un port sur cette rivière, à l'estancia de San-Pablo^ éloignée seulement de 32
(1) Il y a 43 lieues de Tucuman à Santiago-del-Estero, et 1 17 de Santiago à Gordova, en tout 160, et seulement 145 par une route nouvelle plus directe, passant par Graneros, Albigasta, Recreo, San- José, Quilino et Divisaderos ; — 113 de Gordova à Rosario; — &2 jusqu'à Santa- Maria; — 40 jusqu'à Andalgala; — 65 jusqu'à Catamarca ; — 92 jusqu'à Salta.
lieues en ligne droite de la capitale, par une magnifique plaine de pâturages dans laquelle aucun obstacle ne se présente pour le transit. L*établissement d'un pareil entrepôt ferait la fortune de la province. Lorsque le pays sera mûr pour les chemins de fer, rien ne sera plus facile que de prolonger celui de Cordova par les plaines, à l'est du massif central argentin, et à travers la province de Santiago-del-Estero ; le terrain n'offre aucune difficulté, et les Tucumanais ont ass» d'esprit d'entreprise pour ne pas hésiter à favoriser ce travail de tout leur pouvoir, aussitôt que la voie ferrée, joignant Rosario à Cordova, aura fait de cette ville l'entrepôt des provinces intérieures.
Population. — En 1826, on évaluait la population de la province de Tucuman à 40,000 âmes. Un recensement officiel, en 1845, pratiqué sous la direction du ministre D. Adeodato de Gondra, donna 57,876 âmes. Le recensement national de 1857 a produit un total de 84,136 âmes, ce qui démontre l'augmentation de 27,000, soit 35 pour 100 en douze années. En admettant que cette progression ait continué, nous aurions, à la fin de 1863, à peu près 100,000 habitants dans la province ; il est probable que ce chiffre doit peu s'écarter de la vérité. La population se presse surtout dans les départements de la capitale, de Monteros et de Chicligasta, qui sont les plus agricoles et les plus industrieux. Puis viennent ceux de Famailla et de Graneros (1).
( J) Le raoensement proiincial de 1845 a donné les résultats suivants :
DBPABTSMBNTS.
Capitale
Famailla
Mooleroa
Rk>Oiico
Graseroa
Lealei
Burra-Yacu
Trancaa
KnraKIla et Golalao.. . .
Total