FEMMES
TOTAL
delà population.
de 1857, q>éré par ordre du GouTemement national , et qui parait avoir
Le fond de la population de Tucuman résulte du mélange des colons espagnols avec les tribus indiennes de race calchaquie, qui habitaient cette région ; la tribu dominante était celle des Lulès, laquelle a laissé son nom à un village à cinq lieues de la capitale, au pied de la Sierra ; il y avait aussi les Toconotes et les Juris cantonnés dans le sud de la province ; la plupart des habitants du pays étaient agriculteurs; le sol s'y prêtait, et d'ailleurs la domination des empereurs incas^ qui s'étendait jusque-là, poussait les sujets de l'empire à la mise en valeur du sol. Les colons espagnols furent naturellement amenés aussi à s'occuper d'agriculture, et vécurent tous d'abord du produit des vastes propriétés qu'ils se distribuèrent et dont les habitants furent réduits en commanderies. Une fois établis à Tucuman, les conquérants, comme partout ailleurs, prirent des femmes dans la population indigène, et le nombre des métis devint de suite considérable.
Avec le temps, la bourgeoisie d'origine blanche, qui constituait là une véritable aristocratie, fut en se rapprochant du sang caucasien par les unions avec de nouveaux colons espagnols et même avec des femmes arrivées d'Europe ; les traces du sang indien ne restèrent bien
été fait avec beaucoup de soin, a donné 84,136 habitants répartis dans 9 départements, 6 districts urbains et 39 de campagne. — Sur ce chiffre il y a :
Hommes au-dessus de 14 ans 23,3ô8
Femmes au-dessus de 14 ans 26,435
Garçons et filles au-dessous de 14 ans 34,939
Étrangers de toutes les nations 404
Total 84,136
La période décennale de 1847 à 1856 donne, pour la paroisse de la capitale, en moyenne : 1 ,148 naissances et 506 décès seulement, ce qui démontre une augmentation annuelle de 642 habitants. Cet accroissement, que nous savons avoir été le même partout, permet d'évaluer U population à 100,000 âmes pour la fin de 1803. Cette population se répartirait ainsi :
Ville de Tucuman 15,000
Faubourgs et banlieue 7,500
Campagne qui dépend de la capitale 9,000
Département de Monteros 14,000
DistricU d'Eocalilla et Colalao 1,000
-Département de Rio-Chico 9,000
— de Graneros 7,500
— de Chicligasta 11,500
— de Leales 7,000
— de Famailla , 10,000
— de Traucas • 4,000
— de Burra Yacu 3,500
Total . 100,000
visibles que dans la population des campagnes^ qui grandit a son tour par la réduction de nouvelles tribus indiennes et leur fusion avec la population civilisée. A partir de 1815, de nouveaux Européens sont venus se mêler à cette population et ont généralement épousé des filles du pays; le nombre en augmente depuis que le mouvement industriel et commercial de la province s'est si notablement accru. Le sang est généralement très-beau, les femmes ont une grâce naturelle remarquable et beaucoup d'intelligence. On les cite dans toute la République Argentine pour la beauté de leurs traits et k finesse de leur taille, leur aptitude pour la* musique et tous les arts élégants, pour Taménité de leur caractère.
Aujourd'hui la population de Tucuman se divise en deux grandes classes, suivant ses occupations, celle des agriculteurs et industriels, celle des pasteurs. La première classe est active, laborieuse, intelligente y animée d'un remarquable esprit d'entreprise ; la seconde mène la vie des éleveurs de bétail du littoral, eUe n'estime que le travail que l'on peut* faire à cheval, que le séjour de la plaine herbeuse et bien libre de bois. Cette classe va diminuant de nombre, parce que l'agriculture et l'industrie sont maintenant plus lucratives que l'élève de bétail , dont le chifTre est maintenu dans les limites que lui assignent les nécessités de la province et celles de son commerce avec les régions voisines et le Chili.
Gouvernement et administration. — La constitution provinciale a été votée le 13 mars 18S6. D'après ses termes, le pouvoir législatif réside en une chambre composée de vingt-deux députés nommés pour deux ans et dont la moitié se renouvelle chaque année. Ils sont élus par tous les citoyens argentins âgés de vingt ans accomplis. Toutefois ne sont point électeurs les jeunes gens qui sont encore dans Imirs familles, les journaliers et les membres des ordres religieux réguliers. La session commence le 10 janvier, dure quatre-vingts jours et peut être prorogée jusqu'à cent.
Le gouverneur est nommé par la chambre des députés au scrutin secret et à la majorité absolue des suffrages (la moitié plus un des électeurs). Ses fonctions durent deux années et il ne peut être réélu, ânon après un pareil intervalle de temps. Il est assisté d'un ministre général à son choix. Dans le cas de mort, démission^ suspenâon, etc., etc., le président de la chambre le remplace de droit jusqu'à l'époque de la nouvelle élection. Le Pouvoir judiciaire est exercé par un tribunal de justice sié-
géant dans la capitale, cpiî connaît en dernière instance des causes soumises à la juridiction provinciale; par des juges d'appel [juez de alzadd) et des tribunaux inférieurs. Les membres du tribunal supérieur sont nommés par la chambre des représentants sur une triple liste présentée par le pouvoir exécutif ; ils sont inamovibles.
Des Municipalités sont établies dans des villes dont la population dépasse 2,000 âmes. Elles s'occupent de l'établissement des écoles primaires, des hôpitaux et œuvres de bienfaisance, du soin des chemins vicinaux, de la salubrité publique, du régime et de la distribution des eaux, des embellissements des villes. Elles administrent elles-mêmes les ressources qui leur sont assignées.
Un règlement de Police fort complet, datant du 22 novembre 185& et approuvé par la chambre des représentants, sert à l'administratioa civile de la province.
. Organisation départementale. — L'autorité principale de chaque département réside en un commandant militaire placé à la tète d'un régiment de garde nationale de cavalerie. Il y a, en outre, deux juges de paix chargés de statuer sur les causes où les valeurs réclamées n'excèdent pas 50 piastres , un juge d'appel qui décide en dernière instance, assisté de deux auditeurs {vocales) acceptés par les parties. Pour les affaires plus importantes, il faut aller à la capitale. — Des commissaires de police ruraux sont établis dans chaque district et dépendent du chef supérieur résidant à la ville de Tucuman.
Garde nationale. — Son chi&e s'élève à près de 15,000 hommes divisés en trois sections : infanterie, cavalerie et artillerie. Tucuman n'a point de frontière indienne à garder ; aussi le service actif de ce corps se réduit-il à peu de chose, excepté dans le cas de troubles civils.
Instruction publique. — Assez avancée ; la population étant en partie agricole, et par conséquent sédentaire, il a été possible de fonder des écoles primaires non-seulement dans les villes, mais encore dans les districts et de les entretenir. Toutefois les écoles de filles manquent en beaucoup d'endroits, et il y a encore infiniment à faire pour que toute la jeunesse de Tucuman reçoive l'instruction élémentaire dont elle a besoin. Il y a un collège pour les études secondaires dans la capitale, et les Pères Franciscains ont une école où Ton étudie le latin.
Culte et clergé. — La province est gouvernée par un délégué ecclésiastique. Toutes les cures départementales sont pourvues, et quelques villages ont des vicaires {teniente^ras) qui desservent les
PROYINCE DE TUCUMAN. t&l
oratoires élevés par la piété des fidèles ; mais le nombre en est petit. La capitale compte deux couvents d'hommes : Franciscains et Dominicains, et un beatorio^ ou maison de retraite , pour les femmes.
Finances. — Quoique située à une distance considérable des ports florissants du littoral et presque au milieu du continent sud-américain, Tucuman ne manque pas de ressources pour son administration intérieure. Ses revenus atteignent maintenant 60,000 piastres, et, sans les troubles de ces deux dernières années, ils pourraient couvrir la dépense. La plus forte part de ce revenu est fournie par la contribution directe, à raison de quatre pour mille sur la valeur estimée des propriétés, puis par les patentes et le papier timbré. Ces trois branches donnent à elles seules les quatre cinquièmes du budget des recettes ^ grâce à l'activité du commerce général , à l'accroissement de valeur des propriétés et aux transactions de toute sorte dont leur acquisition et leur vente est l'origine, par suite du vif désir des habitants de se rendre propriétaires fonciers. Le domaine public est fort réduit, en raison du peu d'étendue de la province, et ce n'est pas sur le produit de la vente ou de la location des terres que l'on pourrait compter pour augmenter les ressources du budget.
§11.— Division administrative^ — Départements^ — Districts, —
Centres de population.
La province de Tucuman se divise en neuf départements qui se subdirisent eux-mêmes en six districts de ville et trente-neuf districts <le campagne. — Ce sont ceux de La Capitale, deFamailla, de Monten)s, de Rio-Chico^ de Chicligasta, de Graneros, tous près de la sierra fAconquija, de Leales, dans la plaine à Torient du Rio-Sali, de Trancas, dans la montagne au nord de la province, de Burra-Yacu, dans les petites sierras et les plaines du nord-est.
Le département de La Capitale se divise en trois parties : la ville de Tucuman, partagée en quatre quartiers; sa banlieue, qui compend sept districts ; sa campagne, qui en compte douze. Une partie de ce département, au nord et au nord-ouest, est dans la montagne, l'autre dans la plaine qui part du versant oriental des dépendances de VÂconquija.
La ^ille de Tucuican, — située par 26^' 52 de latitude, GS^" 20 de
longitude occidentale, suivant la commission du Watervich, et à 430 mètres d'altitude, d'après nos propres observations, — est bâtie dans une plaine très-unie, sur la rive gauche du Rio-Sali, et à un mille de cette rivière ; le terrain sur lequel elle est construite se relève de sept à huit mètres au-dessus de la prairie où coule le Sali, et la met complètement à l'abri de ses inondations. A l'ouest le sol s'étend par de faibles ondulations qui arrivent graduellement, une lieue plus loin, à se confondre avec les premières collines du contre-fort de la sierra principale. Cette ville a été fondée en 1565, par D. Diego de Villaroel, l'un des conquérants, sous le nom de San-Miguel de Tucuman, à douze lieues plus bas que son emplacement actuel et sur la rivière elle-même. Un débordement qui la ruina, vingt ans plus tard, la fit abandonner, et on la reconstruisit en une localité moins exposée. Dans cette position, elle domine la grande plaine à l'ouest, et le sol a £Lssez de pente pour permettre un écoulement facile des eaux pluviales, et de celles employées à l'irrigation dans la saison sèche.
Les rues, très-larges , sont coupées à angle droit et circonscrivent 118 lies de maisons ou manzanas de 160 vares (138 mètres) de c6té ; ce qui permet l'existence de grandes cours et de jardins où l'oranger domine. Les édifices particuliers n'ont généralement qu'un seul rez-de-chaussée et sont, tantôt à terrasse, tantôt recouverts en tuiles ; les nombreuses maisons qui ont été construites dans ces derniers temps ont souvent un étage et toujours des terrasses, comme sur le littoral , système d'architecture parfaitement approprié au, climat, fort chaud huit mois de l'année. Les matériaux de construction sont excellents ; la brique et la chaux, le plâtre abondent ; on pourrait se procurer dans les environs mêmes des marbres et d'excellentes pierres de taille ; la charpente est fournie par les magnifiques forêts du pays ; aussi la ville est-elle en général fort bien bâtie, elle a un aspect de gaieté et de luxe que l'on s'étonne de rencontrer au milieu d'un pays si enfoncé dans les terres.
Les édifices publics les plus remarquables sont l'église paroissiale [Matriz) et le Cabildo ou hôtel-de-ville. La Matriz offre un trèsbeau vaisseau moderne, orné de deux superbes tours carrées, hautes de 38 mètres, et d'une coupole décorée de fresques peintes par un artiste français. Une colonnade dorique forme le portique. On ne peut critiquer que le défaut de largeur des nefs latérales. Le plan et l'exécution sont l'œuvre d'un architecte également français, M. Pierre Echeverri, depuis longtemps établi à Tucuman, *auquel
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on doit aussi la restauration, ou plutôt la reconstruction de l'église du couvent des Pères franciscains, qui est aussi fort belle. La décoration intérieure de la Matriz répond à l'extérieur; elle est d'un excellent goût. Les souscriptions des fidèles, l'assistance du gouvernement provincial, l'application de la dlme, qui existait alors, l'activité du clergé, le concours de tous, enfin, ont élevé ce remarquable monument, sous l'administration du général D. Celedonio Gutierrez, et les gouverneurs qui lui ont succédé ont mis le même zèle à le terminer et à l'embellir. Le Gabildo, qui occupe le côté occidental de la place, est un assez lourd édifice, orné d'une haute tour portant une horloge ; il sert à la fois de caserne et de palais pour le gouvernement provincial; la chambre des députés s'y réunit. La grande place de Tucuman est ornée d'une fontaine; elle a été récemment plantée d'arbres et garnie de bancs de marbre pour les promeneurs ; sa situation au milieu de la ville, le grand nombre de boutiques et de magasins qu'offrent les maisons qui l'enserrent, en font un centre très-animé. L'église des Dominicains , celle du couvent ou Beatorio de. Jésus et la Merced n'ont rien de notable. Les constructions sont faites solidement, car le pays éprouve de temps à autre des tremblements de terre, légers ordinairement, mais qui en 1844 ont été assez', violents pour causer des avaries dans les maisons mal bâties.
Deux monuments, quoique bien simples, rappellent des souvenirs précieux, non-seulement pour la ville de Tucuman, mais pour toute la République Argentine : l'un est la colonne qui s'élève près de la viUe, sur le point que l'on appelle encore la Ciudadela, et où, le 24 septembre 1812, l'armée patriote, conduite par Belgrano, remporta une victoire complète sur le général Tristan, commandant les forces espagnoles ; l'autre est la maison particulière qui renferme la salle où, le 9 juillet 1816, le Congrès national proclama rindépendance argentine. La plaine de la Giudadela, placée au sud-ouest de la ville, a depuis été le théâtre de nombreux combatSy pendant les guerres civiles qui ont agité le pays.
Tucuman renferme un collège pour l'instruction secondaire, sans compter l'école des Franciscains; dans le couvent de Jésus, les Dames Carmélites ont une pension déjeunes personnes; il existe en outre, pour les deux sexes, plusieurs écoles primaires, soutenues par l'État. Un club, celui de Julio, réunit la société de la ville et donne souvent des bals mensuels très-gais et très- fréquentés, où les aimables et gracieuses Tucumanaises savent faire briller leur ta-
lent pour la musique et pour la danse. L'instrument national est la harpe, comme dans la province de Santiago ; les coutumes des habitants de ces deux provinces ont d'ailleurs entre elles beaucoup de rapports, ce qui s'explique facilement» leur origine étant la même. Toutes les professions industrielles et commerciales sont représentées dans la ville de Tucuman, devenue la plus active de tout le nord de la république ; sa population s'élève aujourd'hui à 15,000 âmes et croit rapidement. On y compte un assez grand nombre d'étrangers qui s'y occupent de commerce et d'industrie. La plupart sont devenus propriétaires, et se sont tout à fait fixés dans le pays.
La ville de Tucuman a l'inconTénient d'être ravagée, de temps à autre, par des fièvres intermittentes, qui n'ont d'autre origine que le mauvais aménagement des canaux dérivés du Rio- Sali. Sous la ville même, un marécage s'est formé, où les eaux croupissent et ont ruiné un terrain que des canaux de dessèchement assainiraient , et qu'il est urgent de restaurer dans l'intérêt de la salubrité publique. n en est de même dans d'autres points de la province, au voisinage des centres de population.
La banlieue de la capitale est bien peuplée et bien cultivée : c'est là que sont les principales plantations de canne à sucre et les tanneries. Cette banlieue se divise en sept districts : ceux de — Los^ Aguirres; — Chacràs del Norte^ ou cultures du Nord, comprenant les maisons de campagne et les établissements agricoles du nord de la ville ; — Cebil'BedondOj à l'ouest, où se trouve la grande sucrerie de D. Félix Prias ; — celui de la Yerba-Buena, au sud ; — enfin les Chacras du Sud-Est^ du Nord-Est et du Nord-Ouest. Tous ces cantons sont semés de propriétés fermées par des fossés et des haies de cactusopuntia. On y cultive le blé, le mais, le riz, la luzerne et la canne à sucre, sans compter les arbres fruitiers de toute sorte, et même la vigne, qui y réussit toutefois moins bien que dans la montagne. — La canne à sucre, qui se cultive dans ces cantons, y a été importée du Pérou, en 1824, par l'abbé Golombrès, mort évêque de Salta en 1860, et la première plantation existe encore aux mains de la famille de ce respectable prélat. On y a introduit plus tard des cannes d'Oran et de Tahiti. En 1841, lors de la guerre civile, quelques-unes de ces plantations ont été détruites, mais tout a été réparé depuis.
La campagne qui dépend du la cure rectorale de Tucuman et du département de la capitale est fort étendue. Elle embrasse douze districts, dont plusieurs sont situés dans la montagne et les autres
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sur les bords du Rio-Sali. — Parmi les premiers, on compte ceux de : — San-Javier, délicieuse vallée au nord- ouest de la capitale, et où Ton arrive par les chemins les plus pittoresques ; — Tafi-Viejo^ le vieux Tafi, canton de pâturages dans la sierra ; — ceux de Nogales^ — Tapia^ — Raco^ — Los-Gutierrez^ — Los-Garcias^ — LoS" Alderetes, — sont au nord-ouest et au nord, sur un terrain trèsaccidenté, mais de faible élévation ; — celui de SantonBarbara, au nord-est : on s'y occupe de bétail; — dans la plaine, près du Rio- Sali, on trouve ceux de la Banda del Rio^ les bords de la rivière ; ^LoS'Ranchillos^ localité où l'on fait de Fagriculture ; — La Cruz- Alla, où il y a une belle sucrerie. — Le district de la Banda est exposé aux inondations du Rio-Sali, et a souffert des grandes crues de l'année 1862. Dans toute cette campagne, le terrain est extrêmement varié, et propre à toutes les cultures. Sa population est supérieure à celle de la banlieue de Tucuman : elle atteint près de 10,000 âmes, tandis que celle des environs de la ville est seulement de 8,000. C'est donc une population actuelle de 33,000 âmes pour la capitale et son département. — Il n'y a dans toute cette campagne aucun village proprement dit, mais des groupes d'habitations assez rapprochés les uns des autres , et des fermes isolées, entourées de cultures; dans les cantons montagneux, on élève beaucoup de bétail.
Département de Famauxa, — au sud de celui de la capitale, et dans une plaine presque absolue traversée de nombreux ruisseaux. Qd y trouve une certaine quantité de lagunes et de baâados à l'époque pluviale. Il est peu étendu, et se subdivise en deux districts, celui de Famailla et celui de Lulès. Le district de Famailla est plat et occupé presque entièrement par des pâturages. Le village qui porte ce nom se icompose d'une grande place, ornée d'une église convenable et de maisons assez bien bâties. Le district de Lulès se rapproche de la sierra, et offre l'aspect le plus pittoresque ; il est coupé de bois et de ruisseaux, et excellent pour l'agriculture et le bétail. Le village de Lulès, ainsi nommé de l'ancienne tribu indienne qui habitait le canton, est fort étendu, à cause du grand nombre d'établissements de culture qui le composent. On voit une très-belle sucrerie, appartenant à la famille Posse, au canton de la Reduccion ; c'est à cet endroit que les Jésuites eurent j^^idis une mission florissante. L'^llise de Lulès a été bâtie par eux ; elle dépend aujourd'hui des Dominicains. — La population de ces deux districts, qui sont cepen^
dant peu étendus, est de 10,000 âmes. Il n'y a d'autres villages que ceux de Lulès et de Famailla, mais on y voit un grand nombre de hameaux composés de quelques maisons faisant groupe. Tel est celui de Fronterita, où se trouvent les énormes lauriers antérieurs à la découverte et dont nous avoçs parlé. (T. I, p. 423.)
Le département de Monteros est très-étendu, car il comprend plusieurs cantons de la montagne, entre autres ceux de Tafi^ d'En^ calilla et de Colalao^ ce dernier enclavé dans la vallée de Santa- Maria, entre les provinces de Salta et de Catamarca ; les vallées diverses qui y conduisent, telles que celles del Potrero et de San* Ignacio; enfin la plaine comprise entre le Rio-Seco et le Rio-Chico. Cette plaine, tout à fait horizontale, arrive jusqu'au Rio-Sali, et offre de bons pâturages coupés de plusieurs rivières. Les montagnes sont couvertes de bois.
Le bourg de Monteros est le second centre de population de la province de Tucuman. C'est une jolie ville industrielle et commerçante, agréablement située sur deux belles rivières, à trois lieues de la sierra. Elle est entourée de cultures, et a quelques petites sucreries et plantations de tabac. Sa proximité des vallées inférieures de la sierra facilite l'exploitation des bois, de cette région, où plusieurs scieries mécaniques, servies par des chutes d'eau, ont été établies ;^des pièces destinées à la charpente et à la menuiserie sont transportées dans ce bourg, qui se trouve ainsi l'entrepôt du commerce de bois de la province. Monteros est partagé en deux districts, un de viUe et un de banlieue. La plaine, où l'on élève un peu de bétail, se compose de celui de Simoca.
Quant aux trois districts de la montagne, ils sont essentiellement destinés à l'industrie pastorale. Celui de Tafi est fameux par la qualité du lait de ses troupeaux; on y fabrique les excellents fromages de ce nom. Ces cantons se composent de grandes vallées qui s'étendent le long de la chaîne centrale de l' Aconquija ; cette chaîne s'abaisse à l'ouest de l'estancia de Tafi et présente un passage [abra de Tafi^ ouverture de Tafi) qui permet d'arriver dans le canton de Colalao, situé dans la vallée de Santa-Maria. Ce canton, comme nous l'avons déjà dit, forme une bande de 4 lieues de large entre le territoire des provinces de Salta et de Catamarca ; il est arrosé par un ruisseau qui descend de la grande sierra de Quilmez ; ce ruisseau n'est malheureusement pas assez abondant, pour les cultures qui ont absolument besoin d'eau dans ces localités, où le blé, la vigne, les arbres et légumes d'Europe
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réussissent parfaitement, puisque Taltitude y est de 1,700 mètres. Le village de Colaiao a une chapelle et quelques maisons d'assez pauvre apparence. Situé à près de 30 lieues de Monteros, on y arrive par de fort mauvais chemins de montagne. On envoie quelquefois à Colaiao les personnes atteintes de fièvres, de maladies chroniques du foie ou de la poitrine pour se rétablir, car Tair y est extrêmement pur. Des minerais d'argent, de cuivre et de fer ont été rencontrés dans la sierra de Quilmez , mais ils ne sont pas encore exploités. Sur les bords du Rio de SantHr-Maria, qui coule au milieu de la vallée, il y a quelques cultures ; on en retrouve encore dans la vallée de Tafi ; les pommes de terre surtout y sont de qualité supérieure, et l'on en porte à Monteros etàTucuman. Encalilla est une simple ferme comme Tafi^ dans une des vallées de l'Aconquija. — Ces trois cantons ne renferment guère plus d'un millier d'âmes, tandis que le reste du département en compte 13,000.
Le département de Rio-Chico fait suite à celui de Monteros , et comprend également la montagne et la plaine. Il se divise en deux districts, Rio-Chico et Rincon de Nachi. Il n'y a point de village dans ces deux cantons, mais seulement des hameaux et beaucoup d'habitations isolées au milieu de leurs champs de cultures protégés par des fossés et des haies. On y compte plusieurs petites plantations de eanne à sucre, et la production du tabac occupe quelques habitants. En se rapprochant de la sierra, on rencontre d'admirables vallées, telles que celles d'Ârcadia, où se voient les hameaux à'Iltico et de Lùs-Molinos et les gorges boisées dans lesquelles on pénètre pour traverser les contre-forts de l'Aconquija et aller au fort d'Andalgala, dans la province voisine de Catamarca. Rien de délicieux comme cette région, en haut sillonnée de torrents écumeux , en as arrosée de limpides eaux courantes qui traversent de grasses prairies bordées de collines pittoresques, semées de bouquets de bois de haute futaie, de groupes de maisons perdues au milieu des orangers. — Population : 8,000 habitants.
Département de Ghicligasta. — Au sud de celui de Rio-Chico et dans les mêmes conditions physiques ; sa partie plate est cependant on peu plus étendue que sa partie montagneuse. Il est parfaitement arrosé par les rivières de Gastona ou Conventillo et de Médinas, et nourrit beaucoup de bétail. On n'y compte que deux districts, celui de Chidigasta ou Chiquiligasta (on dit les deux), village situé sur
COnr. ABABITOIB. — T. m. 17
le Rio-Sali, très-grossi en cet endroit de tous ses affluents supérieurs, celui de Médinas, petite ville nouvelle, très-commerçante et Fémule de Monteros. La culture a fait beaucoup de progrès dans ce district, aujourd'hui en pleine prospérité. — Population : 11,S00 âmes.
Département de Graneros. — Le plus au sud de toute la province ; il confine avec les juridictions de Santiago del Estero et Catamarca, et est traversé parle Rio de Marapa, l'un des plus considérables du pays. Le Rio-San-Francisco , dit aussi de Guacra, forme la limite australe. Il se divise en deux districts, celui de Graneros et celui de LorCocha. Le district de Graneros a peu de bois; son chef-lieu, qui n'a rien de remarquable, est un village situé sur le Rio-Marapa. Le .district de la Cocha s'approche davantage de la montagne, et renferme un certain nombre de hameaux: San-Francisco, La-Cocha, Sarir José, etc. On y fait un peu d'agriculture. — Population : 7,500 ftmes.
Le département de Leales, situé à l'est des précédents, etsur le Rio- Sali, n'a que des plaines, et Ton y élève beaucoup de bétail. Les estancias sont isolées ; quelques-unes ont des cultures proches de Thabitation; en se rapprochant de la rivière, les établissements agricoles sont plus nombreux. Ce département est divisé en deux districts, premier et second. Leales, le chef-lieu, n'est qu'un hameau sans importance. — Population totale : 7,500 âmes.
Le département de Trancas remplit le nord-ouest de la province, coupé d'une foule de petites chaînes. Toutefois le terrain n'est pas trèsélevé, car il n'a en moyenne que de 8 à 1 ;200 mètres d'altitude ; l'on y trouve des plaines et des vallées assez larges, et ses montagnes ne sont que des collines boisées. L'industrie principale consiste dans l'élève du bétail ; mais dans toutes les vallées on fait de l'agriculture et l'on s'occupe principalement du blé, dont le rendement est considérable. L'abondance des eaux courantes rend l'irrigation facile. On peut cultiver tous les arbres fruitiers et légumes d'Europe ; on y fabrique du fromage, façon Tafi, de très-bonne qualité. — Le chef-lieu est le bourg de Trancas, assez important; partout ailleurs, il n'y a que des fermes. — On compte trois districts : Trancas, Vipos et Tala , du nom des rivières qui les arrosent. — Population : 4,000 âmes.
Le département de Rurra-Yacu se trouve, pour sa partie septen** trionale^ dans les mêmes conditions que celui de Trancas. Il cou-
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fine ayee les provinces de Salta et de Santiago-del-Estero. De petites chaînes de collines^ celles de Médina^ del Campo^ de la Bamada, del Memate, le sillonnent, et il y a quelques ruisseaux, ceux de la C«lera^ tTUruena, del Zapallar. La partie australe offre une belle plaine herbeuse où Ton élève beaucoup de bétail. On ne fait d'agriculture que pour les besoins locaux; les deux districts de Burror-Yacu et de Timbo^ qui composent ce département, sont exclusivement abandonnés à l'industrie pastorale ; aussi n'y trouve-t-on guère que des estancias. Le chef-lieu est un hameau composé de quelques maisons sur le ruisseau Urueûa, qui va se perdre à Test dans les plaines de Santiago, sans pouvoir toujours atteindre le Rio de los Horcones et le Juramento.
§ III. — Histoire abrégée de la province.
En faisant l'histoire de la province de Santiago-del-Estero, nous avons raconté comment les monarques Incas étaient arrivés à conquérir pacifiquement le pays de Tucma, au commencement du quatorzième siècle, et comment, deux siècles plus tard, les Espagnols, après avoir soumis le Pérou, s'y introduisirent et fondèrent d'abord la ville de Barco, puis celles de Santiago-del-Estero et de Tucuman. Les conquérants donnèrent à cette contrée le nom de Tucuman, qui n'était autre chose que son nom primitif, allongé sans doute de celui du curaca ou cacique qui y commandait au nom des Incas. Fidèles à leur système de colonisation par le servage, ils essayèrent bientôt de réduire les paysans indiens en commanderies; mais ceux-ci, qui s'étaient montrés d'abord dociles, se révoltèrent, et il fallut employer les armes pour les réduire ; la lutte dura un siècle et demi, et ce ne fat qu'après cette longue période que les indigènes finirent par se tondre avec les colons arrivés d'Europe et à former un seul groupe de population. Cependant la lutte eut plutôt lieu dans les vallées au Bord de la sierra d'Aconquija, et qui par conséquent appartiennent aujourd'hui aux juridictions de Salta et de Catamarca, que dans le territoire de Tucuman.
La région qui forme la province actuelle de Tucuman était alors babitée par les Indiens Lulès, nation assez intelligente et énergique, de race Calchaquie. Elle occupait le canton qui a conservé leur nom, et presque tous les versants de la sierra d'Aconquija, jusqu'au Rio-
Sali. Ce fut sur un terrdin cédé par eux que Diego de ViUaroel, neveu du capitaine Aguirre fondateur de Santiago-del-Estero , bâtit en 1565, sur le Rio-Sali, près de sa jonction avec la rivière de Monteros, la ville de San-Miguel de Tucuman. Les crues de ce cours d'eau, si fortes dans la saison des pluies, obligèrent les colons à chercher plus tard une localité moins exposée, et en 1585, ils vinrent reconstruire leur ville sur son emplacement actuel. Les commencements de cette colonie avaient été troublés, non-seulement par les guerres avec les Indiens, dont 10,000 avaient d'abord été réduits en commanderie par Villaroel, mais encore pai* les dissensions entre les Espagnols eux-mêmes, dont les chefs se disputaient leurs conquêtes. Le vice-roi du Pérou intervint, et en 1580, le gouvernement de Tucuman fut définitivement constitué avec toutes les provinces intérieures que les Castillans avaient soumises. Cordova, Santiago, Tucuman, la Bioja, les vallées de Calchaqui, la portion nord-ouest du Chaco, en faisaient partie. Le gouverneur résidait à Santiago del Estero, qui, jusqu'à la fin du dix-septième siècle, demeura capitale de la province et le siège de Tévêché ; la ville de Tucuman avait un lieutenant-gouverneur.
Pendant tout le dix-septième siècle, la province eut à contribuer à la guerre contre les tribus calchaquies^ habitant les vallées de TAconquija, et surtout celles situées de Tautre côté de cette chaîne ; ce fut seulement vers sa fin que la transportation à Buénos- Ayres des Calians et des Quilmes, qui habitaient la vallée de Santa- Maria et les gorges qui y débouchent, ramena enfin la paix, laquelle ne fut plus troublée que par quelques expéditions dans le Chaco. Le gouvernement du Tucuman comprit alors, outre les provinces que nous avons nommées, les territoires de Jujuy et Catamarca, les villes de Londres, Talavera, Esteco, Guadalcazar, la Concepcion, ces deux dernières villes dans le Chaco-Gualamba. Il avait pour limites au nord, les cantons de Cotagaita, Cinti et Tarija, au sud la province de Cuyo et le gouvernement de Buénos-Ayres, à l'ouest les déserts du Chaco au nord et au sud du Rio-Vermejo.
Le dix-huitième siècle fut une époque de tranquillité et de progrès, et, en 1776, la création de la vice-royauté de la Plata, qui réunissait le Haut-Pérou au Tucuman, augmenta la prospérité de cette contrée en lui ouvrant des débouchés depuis si longtemps désirés sur la Plata. On sait que, jusqu'à cette époque, c'était par le Pérou que devaient se faire les introductions d'articles d'outremer dans l'intérieur du pays. (Voyez tome II, pages 190 et sui-
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vantes : Commerce sous la domination espagnole.) Le Tucuman fut alors divisé en deux intendances administrées par des gouverneursintendants. La première, celle de Salta, comprit les provinces de Salta, Tucuman, Santiago del Esterô, Catamarca et Jujuy ; la seconde, celle de Cordova, renferma les provinces de Cordova, la Rioja et Cuyo, cette dernière formée des trois juridictions de San- Luis, Mendoza et San-Juan. La ville de Tucuman et son territoire eurent en conséquence un sous-intendant ou lieutenant-gouverneur. Les événements de 1810 arrivèrent; Tucuman salua avec enthousiasme la révolution qui venait de s'accomplir sur le littoral, et sa capitale devint bientôt le centre-directeur de la guerre contre les partisans de la métropole, elle fut la place d'armes des provinces du nord. C'est là que se formèrent les armées qui, dès la fin de 1810 et pendant presque toute l'année 1811, contribuèrent à la révolution du Haut-Pérou et aux victoires de Cotagaita et de Tupiza , remportées par le colonel Balcarce. Lors des échecs éprouvés par les patriotes, à la fin de cette même année 1811 et au commencement de 1812, c'est sur les territoires de Salta et de Tucuman que le général argentin Puirredon opère une habile retraite ; c'est dans la ville de Tucuman que l'armée patriote se réorganise, sous la direction du général Belgrano. Le 24 septembre 1812, elle remporte une victoire complète sur l'armée espagnole, commandée par le général Tristan, que ses triomphes dans le Haut-Pérou ont amené graduellement jusqu'au cœur du territoire argentin. Lorsque, cinq mois plus tard, le 20 février 1813^ Tristan est encore battu à Salta, les milices de Tucuman contribuent puissamment à sa défaite. Cependant les succès et l'énergie de Pezuela ayant, à partir de cette époque, rétabli les affaires espagnoles à Potosi, à Charcas et à Cochabamba, les patriotes durent se borner à la possession des provinces de Tancien Tucuman, sur lesquelles les partisans de la métropole ne firent plus désormais aucune tentative bien sérieuse. (Voyez le Précis chronologique.)
Pendant tous ces événements, la province de Tucuman avait été érigée par la junte de Buénos-Ayres en intendance spéciale, à laquelle on avait adjoint celle de Saîitiago del Estero. La lutte contre la métropole exigeant que le gouvernement y fût fort, et plutôt militaire que civil, ce fut d'abord le général Cruz qui y commanda. En 1814, après les désastres du général Belgrano dans le Pérou, désastres succédant à de si brillantes victoires, le colonel San-Martin 6it envoyé à Tucuman pour organiser l'armée du nord, et ôter aux
Espagnols toute envie d'envahir une autre fois le territoire argentin. Son attitude énergique fut puissamment soutenue par le soulèvement des campagnes de Salta, de Jujuy et de Tucuman, qui firent craindre à Fennemi de s'engager dans im pays aussi mal disposé, et les deux partis se tinrent quelque temps sur la défensive. En quittant Tarmée du nord, Tinfluence du général San-Martin fit nommer pour gouverneur D. Bemabé Araoz, qui, les années suivantes, joua le principal rôle dans la province.
Grâce aux renforts venus de l'intérieur du pays , cette armée, après quelques actes fâcheux d'indiscipline , put , avec le général Rondeau à sa tête, reprendre l'offensive contre ks Espagnols. La défaite de Yiluma l'obligea de se replier sur le territoire argentin, et les efforts faits, les années suivantes, pour reconquérir le Haut -Pérou, non-seulement n'eurent point de succès, mais furent peu secondés par les provinces du nord, horriblement fatiguées de la guerre dont elles venaient de porter tout le poids.
Déjà, d'ailleurs, commençait la réaction provinciale contre le gouvernement de Buénos-Ayres^ que l'on accusait de se substituer purement et simplement à celui de la vice-royauté, et chaque fraction de l'ancien empire colonial, se considérant souveraine, songeait à réclamer son autonomie. La partie sage de la nation argentine réunit alors un nouveau congrès, et la ville de Tucuman, d'une part, illustrée par les dernières luttes contre la métropole, de l'autre, centre des provinces intérieures, fut choisie pour sa réunion et son siège. L'assemblée argentine, dans cette session mémorable, proclama l'indépendance des provinces-unies de la Plata, le 9 juillet 1816, et fit, trois mois après, suivre cette proclamation d'un manifeste où elle récapitulait tous les griefs que le pays pouvait avoir contre Tadministration espagnole.
Le congrès de 1817, réuni à Buénos-Ayres, publia un statut, ou constitution provisoire des Provinces-unies, pour rattacher le faisceau dont les fragments tendaient à se disperser; la constitution définitive fut proclamée le 20 avril 1819. Cette dernière mesure, au lieu de rapprocher les esprits, ne fit que les séparer davantage, quoique le D' D. Gregorio Funès, député pour Tucuman, homme trèsinfluent dans le congrès, en eût été le principal auteur et eût fait avec ses amis les derniers efforts pour une conciliation générale. Le principe fédéral triompha dans toutes les provinces, malgré la résistance du directeur Puirredon, qui cinq années auparavant s'était tant illustré dans le Tucuman, et, profitant des troubles du
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littoral, du succès que les fédéraux de Saata-Fé et de TEntre- Rlos venaient d'obtenir à Gepeda sur les forces de Buénos-Ayres, toutes les provinces s isolèrent. Bientôt Tucuman, sous Tinfluence de D. Bemabé Âraoz, se proclama indépendant. L'année suivante, en 1820, Santiago-del-Estero s'en sépare et s'érige en province fédérale; après quelques vaines tentatives pour se rattacher cette province, le nouveau gouvernement tucumanais dut s'incliner devant les faits accomplis.
Alors commence la longue agitation dont les provinces du nord sont le théâtre pendant quarante années, et que la lutte des unitaires et des fédéraux ensanglante à reprises diverses. Araoz proclame la république fédérale de Tucuman, et s'en fait nommer le président; il est bientôt renversé par D. Javier Lopez, et forcé de se réfugier à Salta ; livré pai* le général Arenalès, qui commandait dans cette province, et qu'a froissé la proclamation d'indépendance, il est fusillé à Trancas, par ordre de son compétiteur Lopez, en 1822. Celui-ci est renversé à son tour par D. Abraham Gonzalès, qui le force à l'exiler, et la république nouvelle disparait pour redevenir une simple province fédérale. Il y a même alors une réaction unitaire qui rattache Tucuman au système national de 1826, essayé par Rivadavia. Mais bientôt les instincts séparatistes, un instant réprimés, reparaissent avec plus de force, alors que la guerre du Brésil exige des levées d'hommes à l'intérieur, et que Tarija s'unit à la Bolivie. Lamadrid cherche vainement à faire respecter l'autorité de la présidence à l'intérieur; presque toutes les provinces se soulèvent une autre fois, et Tucuman devient le centre et l'appui du parti unitaire dans le nord, où la république se voit tenue en échec parQuiroga, qui s'est déclaré le chef du parti fédéral et domine dans tout l'ouest. Les victoires de laTabladaet d'Oncativo, gagnées près de Gordova par le général Paz, reculent le triomphe du chef fédéral; mais, après la captivité de Paz, en 1831, Lamadrid, resté seul, succombe aux portes de Tucuman, sur ce même champ de bataille de la Giudadela , illustré dix-sept ans auparavant par la victoire de Belgrano sur les Espagnols.
Dès lors le parti unitaire est écrasé dans Tucuman, et le général Heredia, l'un des chefs du parti contraire, après avoir repoussé une attaque de l'ancien gouverneur Lopez, qu'il prend et fusille, peut gouverner autocratiquement jusqu'en 1837, époque à laquelle il est assassiné lui-même par un citoyen nommé Robles, qu'il trait grossièrement insulté. Les gouverneurs Bergère et Aldu-
ralde lui succèdent. Ce dernier est remplacé en 1840 par le général Marcos Avellaneda, qui proclame la guerre contre Rosas, alors attaqué par Lavalle , devenu , à son tour, le chef du parU unitaire. La province s'unit donc à celles qui venaient de se soulever contre le dictateur, grâce au général Lamadrid, qui avait conservé une assez grande influence dans Tintérieur, et suppléait au jugement et à la prudence par une prodigieuse activité et une valeur sans égale, et Tucuman devint aloi*s le centre de la guerre contre la dictature, comme elle l'avait été de la lutte contre les Espagnols 4u Haut- Pérou. Elle paya cher cette attitude. En effet, Lavalle, complètement battu au Quebracho Herrado par l'armée de Rosas , que commandait D. Manuel Oribe, puis obligé d'évacuer Cordova, cherche en vain à se fortifier dans la ville, — pendant que les généraux du parti de Rosas, Aldaojet Benavidès, sont attaqués par Brizuela, gouverneur de la Rioja, et par Acha, chef unitaire de San Juan, que Lamadrid excite Catamarca et essaye violemment, mais sans succès, de tirer des secours de Salta ; — il est atteint par Oribe à Famailla^ entièrement défait, et se retire avec les débris de son armée sur Salta et Jujuy, où il périt d'un coup de feu tiré au hasard. Lamadrid , non découragé, se replie vers les provinces de l'ouest, et Oribe, s'arrétant à Tucuman, y organise contre les unitaires une réaction qui rappelle Quiroga et les mauvais jours de 1831. Le général Avellaneda paye de sa tête son opposition armée au système qui pèse sur la république, et le chef vainqueur n'a pas honte de la faire exposer sur une pique aux regards du public ; les propriétés des unitaires sont saccagées ; on égorge les uns, les autres échappent à la mort par la fuite, la terreur règne à Tucuman comme à Cordova, comme à Catamarca, comme partout.
Lorsque, à la fin de 1841, Oribe se fut retiré, le général D. Celedonio Guitterrez, le chef du parti fédéral de la province, devint gouverneur, et, sous sa longue administration, Tucuman commença à respirer ; peu à peu le système exclusif organisé par les lieutenants de kosas s'adoucit, et la prospérité revint. En 184S, son ministre, le D' D. Adeodato de Gondra, faisait faire un recensement provincial qui prouvait l'accroissement de la population et le progrès général qui s'accomplissait; la construction de laMatriz, la restauration du Cabildo, signalèrent cette période. Les événements de 1852 et la bataille de Monte-Gaseros ayant délivré la république de la dictature, le parti vaincu en 1831 et 1840 se releva, obtint la coopération de Santiago del Estero, et en 1853 le général Gutierrez, battu
à Laurelës, dut quitter le pouvoir. L'intervention amicale du congrès constituant de Santa-Fé rétablit la paix, et la constitution votée par lui et acclamée par la nation entière, rendit leurs droits à tous les Argentins sans exception.
Depuis cette époque le progrès de la province de Tucuman ne s*est point arrêté. Les gouverneurs s'y sont régulièrement succédé, aux termes de la constitution provinciale votée le 3 mars 1856. Deux administrations surtout ont été prospères, celle du IK D. Agustin de la Yega et celle du colonel D. Marcos Paz ; les finances de rÉtat se sont améliorées ; le commerce et l'industrie ont pris le développement que nous leur connaissons. Malheureusement les événements de 1861 ont réveillé dans le nord de la Confédération argentine les vieux ferments de discorde ; comme s'il fallait que, toutes les dix années, une crise politique revint mettre en question la tranquillité et l'ordre qui suffisent au pays pour le faire marcher si vite dans les voies de la civilisation chrétienne. Heureusement la crise a été courte ; au bout de quelques mois le calme a été rétabli, et aucun des actes si justement reprochés aux réactions de 1831 et 1841 n'a déshonoré le pays. Les habitudes prises sous le régime de la constitution de 1853, et le sentiment profond de la nationalité argentine conquise et assurée depuis cette époque mémorable, ont 8uffi pour imposer aux partis la modération, et ramener les esprits aux travaux féconds de la paix.