LIEUTENANCE D'ORAN
Département d'Oran 6,000 5,500
— d'iruja 1,600 2,000
» ( -4Q.^U-Victoria. . 4,000 4,500
Totaux 64,800 80,000
Nous pensons que la population de la lieutenance d'Oran avait été exagérée en 1854 , car un recensement officiel, opéré en 1856 par les soins du lieutenant-gouverneur, D. Benjamin Villaiane, ne donne que 8,241 habitants ; et nous ne pouvons guère aujourd'hui encore la porter à plus de 11,000, sans toutefois comprendre dans ce chiffre les Indiens Hatacos et Gbirignanos qui fiennent travailler dans les sucreries.
Bolivie, auxquels, en échange de son hospitalité, elle D*a demandé que de rester tranquilles.
Les femmes de Salta participent des qualités solides de leurs maris; elles les aident dans leurs travaux et se livrent également au commerce. On les voit dans la capitale et les petites villes de la province tenir les livres de caisse et surveiller les magasins, comme beaucoup de fenmies de commerçants le font en Europe. Cela ne leur ôte rien de leurs grâces ni de leur esprit naturels, et développe leurs qualités de bonnes ménagères.
Le chiffire de 80,000 âmes que nous assignons à cette population, faute de recensement nouveau depuis 1854, peut paraître faible; mais nous devons dire que, d'après nos recherches faites dans les registres des églises, la mortalité nous a paru un peu plus forte que dans les autres provinces ; nous en avons déjà indiqué la raison, qui, pour nous, n*est autre chose que le mauvais aménagement du sol et des eaux. Un meilleur régime rétablirait la proportion habituelle dans la République, c'est-à-dire deux naissances pour un décès.
GouvERNEBiENT ET ADMINISTRATION. — Gomme toutcs Ics autrcs provinces, celle de Salta adopte les trois pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire. Sa constitution, votée le 6 novembre 1855, reconnaît avant tout que la souveraineté réside dans le peuple, qui en délègue rexercice aux autorités provinciales pour la partie qui n'appartient pas à la Confédération.
Le pouvoir législatif est exercé par une Chambre de représentants nommée directement par le peuple, à raison de huit pour la capitale, deux pour la lieutenance d'Oran , et un pour chacun des autres départements, en tout vingt-trois. Leurs fonctions durent deux ans ; la (Siambre se renouvelle par moitié chaque année; la session doit durer quatre-vingt-dix jours et s'ouvre du 1*' au 15 octobre.
Le gouverneur chargé du pouvoir exécutif est nommé par la Chambre, composée des deux tiers au moins de ses membres, et à la autorité absolue des suffrages; ses fonctions durent deux ans, et il ne peut être réélu avant une autre période constitutionnelle ; i] est assisté d'un secrétaire général à son choix, qui lui sert de ministre.
Organisation judiciaire. — Le pouvoir judiciaire de la province réside en une chambre de justice composée de trois membres ; elle eoonalt et décide en troisième instance des affaires civiles et crimi-
nelles. — Un juge d'appel (Juez 'de alzada ) décide en seconde instance. — Il y a deux juges de première instance, un pour le civil et un autre pour le criminel; un fiscal général criminel (accusateur public) pour les affaires d'office^ et un défenseur général des pauvres et mineurs. — Les commerçants et propriétaires nomment annuellement les membres du tribunal de commerce [tribunal mercatitil) au nombre de trois.
La province est divisée, pour l'administration de la justice, en cinq sections ou districts judiciaires : — 1® Section de Salta, renfermant les départements de la capitale, la Caldera et Campo-Santo : cheflieu Salta. -— 2® Section de los Cerrillos, comprenant les déparlements de los Cerrillos, Chicoana , Guachipas et Rosario : chef-lieu Rosario. — 3* Section de los Molinos, avec les départements de Molinos, San-Carlos, Carmen et Cachi : chef-lieu Molinos. — 4* Section de Rosario de la Frontera, contenant les départements de Rosario, Candelaria, Anta : chef-lieu Rosario. — 5® Section d'Oran, avec les départements d'Oran, Yruya et Santa- Victoria : chef-lieu Oran. — Chacune de ces sections a à sa tête un juge ordinaire (juez de letras)^ qui connaît en première instance des causes civiles litigieuses et criminelles, et près lequel on peut appeler des sentences des juges de paix. — La constitution provinciale assigne à chacun de ces magistrats leurs fonctions et désigne leur mode d'élection. Il y a un juge de paix avec un suppléant par département.
Organisation départementale. — Chaque section judiciaire est administrée par un chef politique ou préfet qui relève directement du pouvoir exécutif. Chaque département particulier a un sous-chef politique ou sous-préfet qui relève du précédent. La section d'Oran a un lieutenant-gouverneur nommé par le gouvernement de Salta et dont les fonctions durent deux années.
Tout département a sa Municipalité composée de neuf membres pour la capitale, sept pour Oran, et cinq pour chacun des autres départements. Leur élection se fait dans les mêmes formes que celles des représentants. La fondation et la surveillance des écoles primaires, des établissements d'éducation et de bienfaisance publiquQ, la salubrité et l'ornement des villes sont du ressort des municipalités. Elles peuvent établir des impôts particuliers et locaux, afin de pourvoir à leurs besoins, mais avec le consentement du pouvoir législatif. — Leur organisation et leur marche ont été réglementées par la loi du 13 décembre 1856.
La Police est entre les mains d'un intendant et de quatre corn-
PBOVINCE DE SALTA. 2g 1
missaires pour le département de la Capitale. Dans les campagnes, eUe incombe aux chefs politiques. Une force armée composée de celadores (gendarmes) est sous leurs ordres. Un règlement de police complet a été voté par l'assemblée législative le 27 novembre 1836, et maintient efficacement Tordre public dans cette province, qui, comme nous Tavons dit déjà, est une des plus paisibles de la Confédération.
Force armée. — Frontière indiemie. — Garde nationale. — Tout Salteûo est garde national; aussi le chiffre de la garde civique s'élève-t-il à près de 16,000 hommes, infanterie, cavalerie et artillerie. ' Quelques corps peu nombreux garnissent la frontière indienne, et, comme on est généralement en paix avec les tribus de la partie voisine du Chaco, ce service n'est point onéreux. Un petit corps de troupes nationales fait aussi le service, concurremment avec la milice, tant en ville que dans la campagne et sur la frontière. Tous les anciens fortins du Salado, tels que Ortega, Balbuena, Pitos, Miraflotes; ceux du versant oriental de la sierra del Alumbre, tels que San- Simon^ San-Femando^ Pizarro, ont été abandonnés. Il y a une petite garnison à la colonie Rivadavia, et l'on veut mettre des fortins à chaque extrémité de la Senda Macomita, percée à travers les bois, qui fait communiquer les bords du Rio-Yermejo avec ceux du Rio- Juramento, et que fréquentent les Indiens.
CtUte et clergé. ~ La ville de Salta est le siège d'un évôché déjà érigé ime première fois en 1720, puis supprimé, et qui a été rétabli définitivement en 1855. Ce diocèse comprend les provinces de Jujay, Salta, Catamarca, Tucuman et Santiago del Estero, c'est-à-dire une population de près de 400,000 ûdèles, répandus, à raison de 25 par lieue carrée, siu* ime superficie de 16,000 lieues. Ce diocèse est évidemment trop vaste et devra être prochainement dédoublé, si Ton veut que l'évéque puisse faire les tournées pastorales que ses devoirs lui imposent. Le chapitre ecclésiastique est au complet. Tous les chefs-lieux de département sont aussi le siège de paroisses , et il existe quelques succursales pourvues de vicaires. Un certain nombre d'oratoires ont été élevés par la piété des fidèles, et l'on y célèbre de temps à autre l'office divin. Le chifTre des membres du clergé est eependant insuffisant pour les besoins de la province. Il existe dans la capitale un couvent de Franciscains habité par les Missionnaires de Propaganda fide^ envoyés d'Europe pour les missions chez les Indiens. L'un de ces hommes de Dieu, le père Puydengolas, est mort en 1860 victime de son zèle; il a été assassiné par les Tobas en es-
sayant de traverser le Chaco, de Corrientes à Salta. Les cures de la lieutenance d'Oran sont occupées par ces religieux , qui sont également placés à la colonie Rivadavia et à la mission de la Conception, sur le Vermejo. — Il y a un couvent de dames Carmélites cloîtrées à Salta. Ube confrérie de dames pieuses s'occupe de Téducation des jeunes filles et des orphelines {ediica$ida$y
Instruction publique. — H y a dans tous les départements des écoles primaires pour les deux sexes , mais elles manquent dans la plupart des disticts. L'ancien couvent de la Mercied a été destiné à un collège national qui vient d'être complètement réorganisé. Les jeunes gens qui veulent s'instruire ne sont plus obligés d'aller en Bolivie, au Chili ou à Cordova. L'instruction des femmes est fort restreinte, faute de leçons suffisantes.
La Capitale possède un conseil à' hygiène publique qui s'occupe de toutes les questions de cette natiure. — On a créé récemment un Bureau topographique d'urgente nécessité pour la délimitation des terrains de propriété publique et particulière, source incessante de difficultés, aussi bien entre les particuliers et TÉtat qu'entre les familles.
Finances. — Revenu, Budget , Terres publiques. — Le revenu principal de la province est basé sur la contribution territoriale, qui est bien organisée. — Toute propriété urbaine ou rurale, foncière ou emphytéotique, mais aliénable , est frappée d'un impôt annuel de quatre poiu* mille sur sa valeur intrinsèque. Les troupeaux de toute espèce, les propriétés mobilières payent cinq pour mille. Les plantations de toutes sortes, les champs cultivés payent cinq pour cent de leur produit annuel. — Au revenu de la contribution directe, il faut joindre les produits du papier timbré, des droits de mutation, d'arbitrage, le revenu de quelques propriétés publiques. — Toutes ces sommes réunies atteignent aujourd'hui 50^000 piastres, revenu qui est encore insuffisant, mais qui va s'augmentant par suite d'une meilleure répartition des charges, de l'accroissement du commerce et de toutes les industries. Les droits et revenus municipaux sont encore très-faibles, et l'on vend peu de terres provinciales. , Celles-ci sont d'une étendue considérable, mais^ comme partout, mal définies. La limite de la province est indécise du côté du Chaco, et c'est principalement vers cette région que la colonisation est possible par l'aliénation graduelle du domaine public. Le gouvernement local fait ce qu'il peut pour appeler les colons; mais la grande distance qui sépare Salta du littoral est un obstacle bien sérieux au mouve-
ment de Timmigration étrangère. Il est plus facile d'y introduire, pour le moment, des habitants des provinces voisines, séduits par Tattrait de la propriété. Aujourd'hui les demandes de concessions s'appliquent surtout aux terres situées sur les deux rives de Vermejo, et beaucoup ont déjà été concédées, depuis Oran jusqu'à la Esquina-Grande. L'aliénation des terres publiques a été réglementée par deux lois, l'une du 14 décembre 1836, l'autre votée vingt ans plus tard, le 6 février 1857. D'après leur teneur, des concessions pourraient être faites aux colons, à titre gratuit, pour peupler la ville d'Oran et les rives du Vermejo. Ces deux lois sont en vigueur, mais elles ne concernent pas les autres terres publiques de la province , qui doivent être vendues au bénéfice du trésor. On n'a donc aliéné encore qu'une petite quantité de ces dernières ; quant à celles du Vermejo, la navigation de cette rivière en accroît incessamment la valeur, et bientôt il faudra restreindre le nombre, et l'étendue des concessions. Dès aujourd'hui, la lieutenance d'Oran est appelée la première à jouir des bienfaits de cette communication fluviale, laquelle, avec le temps, lui amènera de la population et en fera, comme nous l'avons dit, l'entrepôt commercial du sud-est de la Bolivie, de Jujuy et de Salta. Dans la plus-value de leurs terres publiques, ces deux provinces trouveront à équilibrer enfin leurs budgets et à liquider leurs arriérés.
§ n. — Division administrative. — Départements. — Districts»
— • Centres de population.
La province de Salta se partage en deux grandes sections géographiques, la partie andine et la partie en dehors de la montagne. — Administrativement, elle est divisée en dix-sept départements, dont quatorze pour la province proprement dite, et trois pour la lieutenance d'Oran.
Ces départements sont : — Dans la grande vallée de Lerma, — celui la Capitale, vers le centre ; — au nord, celui de la Caldera; — au sud et au sud-ouest, ceux de San- José de los Cerrillos , — Roêorio de los Cerrillos^ — Chicoana, — Guachipas; — dans la vallée de Calchaqui, ceux de Cachi^ — Molinos^ — Carmen, — San- Carlos; — au sud, de l'autre côté du Rio-Juraraento, ceux de Rosariade la Frontera , — Candelaria ; — à l'est, sur la lisière du Chaeo, ArUa; dans la vallée du San-Francisco, Campo-Santo; —
la lieutenance d'Oran renferme trois départements : Oran^ dans la plaine ; — Iruya et SantorVictoria ^ dans la montagne.
Le département de La Capitale est divisé en deux sections : la ville de Salta, capitale de la province et du département, la campagne de la Capitale.
La ville de Salta est bâtie au milieu d'une large plaine fort unie , formée par la vallée de Lerma, laquelle s'incline doucement vers le sud-sud-ouest. Le Rio-Arias, qui vient des montagnes de l'ouest, baigne ses faubourgs et va se jeter , une demi-lieue plus bas , dans le Rio de la Silleta, descendu de la Quebrada del Toro. Cette dernière rivière, il y a quarante ans, a abandonné son ancien lit pour s'en creuser un autre plus près de Salta ; elle a des crues fortes et dangereuses. Le Rio-Arias lui-même se rapproche de la ville et il faut absolument faire quelques travaux pour le retenir et la protéger. — Cette capitale est bien bâtie, les rues sont larges, pavées pour la plupart et fort propres. Dans ces derniers temps on a construit de belles maisons à étage. Ses magasins sont nombreux, bien assortis, bien tenus, et il y règne une activité commerciale remarquable. Sur la place principale s'élève le cabildo ou maison de ville, où se réunit la chambre provinciale et où sont installés les bureaux de la police. On y voit aussi l'ancienne cathédrale ou Sdgrario^ qui tombe presque en ruines, et la nouvelle en construction. Plus loin, l'église du couvent des Franciscains élève son dôme d'une bonne et solide architecture ; les bâtiments du monastère n'ont rien de remarquable. Il en est de même du couvent des Carmélites cloîtrées qui ont toutefois une jolie chapelle. Le collège des Orphelines {Éducandas) est en fort bon état et bien conduit ; il y a aussi un hôpital avec un oratoire renfermant El Senor del Milagro^ c'est-à-dire un crucifix réputé miraculeux, pour être resté debout sur son autel, alors que la chapelle qui le renfermait était renversée par un tremblement de terre. — Le Sagrario forme une paroisse ; l'autre est Nuestra Senora de la Candelaria de la Vina, en meilleur état que le Sagrario; elle a une succursale {viceparroquia) qui est la Merced. La ville est entourée par des ccmaux d'irrigation dits Tagaretes, dérivés du Rio-Arias et que l'on a 'longtemps négligés. En 1857, ils étaient un foyer d'infection, une cause incessante d'insalubrité pour la ville ; on les a nettoyés depuis, et l'on a comblé des flaques d'eau voisines de la plus détestable influence sur la santé publique. On use généralement de l'eau des puits, qui est à bon droit réputée pour donner le goitre ; celle du Rio-Arias est au
coutraire fort boune. — La population de Salta atteint aujourd'hui 10,000 âmes; il y a quelques Européens^ mais surtout des Boliviens. La ville se divise en quatre quartiers qui ont chacun un commissaire de police et un juge de paix. Chaque quartier renferme une école primaire pour les deux sexes. On vient d'établir un collège pour rinstruction secondaire dans les bâtiments de la Merced. Le couvent des Franciscains sert de centre aux missionnaires de propaganda fide^ dout les uns sont attachés aux missions indiennes, les autres, aux églises de la province qui manquent de desservants.
Les environs de cette capitale sont médiocrement cultivés ; il n'y a de jolies campagnes qu'à une certaine distance. Le reste du département est partagé en quatre districts : Buena- Vista^ Las-Ctiestas^ Velarde et Pedrera. Au hameau du Cerro il y a une chapelle ; ailleurs, près des fermes à culture et à bétail, des propriétaires entretiennent des oratoires publics, qui forment ainsi des centres pour la population. La ville de Salta est située par 24° 50' de lat. sud et 6Vi^' de long, orientale; son altitude est de 1,150 mètres, et sa température moyenne ne parait pas dépasser iT. L'oranger peut s'y cultiver; mais l'hiver il y a des gelées assez fortes et des vents très-froids. Les environs ont en moyenne la môme altitude ; aussi la végétation y a-t-elle un aspect tout à fait européen. La campagne de Salta possède une population d'environ 8,000 âmes.
Le département de La Caldera occupe la partie supérieure de la Tallée de Lerma, au nord de celui de La Capitale, dont il est séparé par le Rio-Vaquero, et confine, avec la province de Jujuy, au village de Saota-Cruz. Dans la partie septentrionale le terrain est assez élevé, et il n'y a guère que des pâturages. On y trouve le hameau de los Sauces. Le département est divisé en deux districts : la Caldera et Vaquera. Le village de la Caldera, son chef-lieu, est situé dans la plaine, non loin de la rivière, vrai torrent de montagne, fort large dans la saison des pluies, étroit dans la sécheresse, qui, perçant la paroi orientale de la vallée, descend dans le département du Campo- Santo, sous le nom de Rio-Mojo-Toro. Ce district, beaucoup moins élevé que le précédent, a quelques cultures. Non loin de la Caldera, ïGeiemani, on rencontre des dépôts naturels de kaoUn, qui permettront d'y établir une fabrique de porcelaine. Tout abonde dans ce canton pour un pareil établissement : eaux vives avec chutes suffisantes, canaux d'irrigation^ céréales, fourrages, bétail, bois de chaufbge et de construction, etc. ; il n'y manque que les ouvriers, et jus-
2M DESGRIPTION'DES PROVINCES.
qu'à présent il n'a pas été possijble de les y faire venir. On ne s'occupe guère que du soin du troupeau dans ces cantons. — r Population : 1,000 habitants.
Le département de San-José de los Cerrillos est situé dans la même vallée, mais au sud de la Capitale, et n'a d'étendue que cinq lieues du nord au sud et six de l'ouest à l'est. Le terrain est plat^ sauf quelques collines qui lui ont donné son nom, et l'altitude moyenne n'y dépasse point 1000 mètres. L'agriculture est très-avancée et les cultures sont généralement fort belles : on a même tenté celle de la canne à sucre, qui a quelquefois à souffrir des gelées. Le produit principal est en céréales , mais on récolte aussi toute espèce d& fruits. Dans les collines, on rencontre de belles carrières de pierre à chaux et plusieurs fours y sont établis.
Le village de Scm-José est un gros bourg rempli de commerce et d'activité ; il est orné d'une belle église restaurée ou plutôt reconstruite par les soins du Père Peliche, supérieur du couvent de San- Francisco, qui y fut . longtemps curé. Le département se divise en quatre districts : la paroisse; San-Agustin, hameau avec un oratoire ; Sanjon de Freitas, petit village avec chapelle ; la Isla, estancia. — Population : 4,000 habitants.
Le département de Rosario de los Cerrillos est dans les mêmes conditions que celui de San-José, pour sa partie orientale, mais le nord-ouest est en pleine montagne et occupe la longue Quebrada, ou vallée étroite Del Toro ^ qui monte jusque sur les plateaux de la Cordillère. Il compte trois districts : — celui de Rosario^ paroisse dont les maisons sont éparses sur les bords des canaux d'irrigation dérivés du Rio-Caravajal ; — la Silleta^ hameau et chapelle sur la rivière de ce nom ; — la Quebrada del TorOy bien peuplée jusqu'au hameau de Tastil ; elle possède un oratoire. On élève du bétail dans la montagne, tandis que la plaine est tout entière occupée par les cultures. Celle-ci est coupée de plusieurs ruisseaux afiluents du Rio de Caravajal et du Rio de la Silleta, qui facilitent une belle irrigation. — Population : 6,000 habitants.
Le département de Chicoana est au sud-ouest de celui de Rosario, et occupe comme lui une portion de plaine et une portion de montagne; aussi a-t-il les mêmes industries agricoles et pastorales. On y cultive particulièrement le tabac . A l'entrée de la Quebrada-del-Escoipe^ il s'ex-
pioite de beaux hqis d*ébénisterie et de construction, qui sont débités dans des scieries mécaniques mues par Teau du torrent qui la parcourt. Cette gorge, longue de 12 lieues, conduit aux plateaux qui séparent la grande vallée de Lerma de celle de Galchaqui. On a trouvé dans les montagnes voisines du chef-lieu d'abondants minerais de cuivre dont Texploitation est commencée. Le département est divisé en six districts : ChicoanOy grand village dans la plaine, à une courte distance de la sierra; --Carrilj estancia; — Sumalaoj succursale [vice paroquia)^ dont la chapeUe est un sanctuaire très-vénéré dans la province. On y révère le Christ de Vilque {Nuestro Senor de Vilque)^ dont la légende est analogue à celle dont nous avons parlé plus haut. Il s'y tient une sorte de foire annuelle ; — Pedregaly estancia ; — enfin, dans la Quebrada, fes hameaux d'Escoipe et Las-Animas. — Population : 3,000 habitants.
Département de Guachipas. — Il remplit la partie sud de la vallée de Lerma, et est limité par le Rio-Juramento. Les montagnes y sont moins élevées que dans les départements précédents, elles séparent cette rivière du bassin du Rio-de-la-Silleta, son affinent, lequel réunit lui-même toutes les eaux venant des Quebradas del Toro, del Escoipe et del Tunal^ c'est-à-dire de tout le cirque montagneux qui oitoure la grande vallée de Lerma. La plaine de ce département est analogue à toutes celles de ce bassin. Toutes les cultures des pays tempérés y sont possibles, et la vigne y réussit parfaitement. Dans la Sierra, l'agriculture est remplacée par l'industrie pastorale. La Quebrada de Guachipas est la vallée où coule le Juramento ; elle s'ouvre au nord-ouest dans celle de Santa-Maria. — On compte cinq districts dans ce département : Gtcachipas^ dont le chef-lieu est un hameau de quelques maisons situées autour de la paroisse, laquelle est à peu près en ruines; — Vina, hameau avec église, le curé y réside; — hiertorde-Diaz^ belle estancia avec chapelle; — Pampa-Grande^ antre estancia; — Vichinu^ hameau avec chapelle. — Il y a en outre deux hameaux avec oratoire, à Caragtiasi et dans la Quebrada-del-- Tunal. -—4,000 habitants.
Dans la longue vallée de Galchaqui on compte quatre départements, ceux de Ckcm, Carmen, Molinos et San-Carlos. Cette vallée, qui commence au Cerro d' Acay, est bordée à l'ouest par la masse de li Cordillère, à Test par des cimes peu élevées^ mais très-arides, qui bordent le plateau de Cachi-Pampay et forment plus bas la sierra de
2S8 DESCRIPTION DES PROYlNCtS.
IdiPacheta. La vallée de Galchaqui, longue de près ^e 80 lieues, commence à une hauteur de 3,500 mètres, et se termine à Temboùchure du Rio de Santa-Maria, en se confondant avec celle de ce nom. Elle est traversée tout entière par le Juramento, qui naît au Nevado d'Acay, et prend le nom de Rio-de-Cachij en recevant les eaux de cet autre Nevado. Tantôt large de 1,000, 2,000 et même 3,000 mètres, elle se rétrécit parfois de manière à n'en avoir que 2 ou 3 cents, et même moins. Le sol y est argileux, un peu salin, complètement stérile là où Ton ne peut faire arriver un filet d'eau d'irrigation. Les montagnes environnantes sont sèches, décharnées, et n'offrent que dans quelques petites quebradas une maigre nourriture pour les troupeaux ; les chèvres et les moutons y réussissent bien, le plateau de Gachi-Pampa est très-favorable à ces derniers. Cette vallée produit d'excellent blé, connu sous le nom de irigo delos Voiles, et, à partir de San-José, des vins très-alcooliques, et toute espèce d'arbres fruitiers.
La population de ces cantons est pacifique et laborieuse; elle fournit d'excellents muletiers pour le voyage des Cordillères. La propriété y est peu divisée, et le^ paysans vivent sur les grands domaines à l'état de métayers partageant avec le maître une partie des récoltes au prorata de leurs travaux. Ceux qui sont intelligents et économes finissent par se procurer de petits troupeaux de moutons ou de chèvres, et même de bœufs, qu'ils élèvent sans frais dans la montagne, que l'usage abandonne à la vaine pâture.
Le département de CAcm gît à l'extrémité nord de la vallée de Calchaqui. Son altitude varie de 3,000 à 2,500 mètres; il se termine par la montée de la Cuesta (rampe) àiAcay, qui conduit sur la Ptma de Jujuy et le grand plateau bolivien, par lesquels on peut aller, soit au port de Cobija, soit aux villes d'Oruro, Puno, Guzco, etc. On le partage en quatre districts, San-Antonio de los CobreSy Poma^ Payogasta et Cachi. — Le village à peu près désert de San* Antonio de loS Cobres est sur le bord du plateau; on y cultive un peu d'orge, la quinoa et les pommes de terre. 11 y avait autrefois dans le voisinage des exploitations de minerais de cuivre et de minerais d'argent ; elles ont été abandonnées, faute de bras et à cause de la rigueur du climat. — Les districts de Poma et de Payogasta sont un peu plus bas, et Ton commence à y cultiver le blé. Ces deux hameaux ont chacun une chapelle. A Cachi, la paroisse, située au pied du nevado de ce nom, dont la hauteur dépasse 6^000 mètres, on com-
mence la culture des arbres fruitiers, et la vallée s'élargit. — 4,500 habitants.
Le département de Molinos est beaucoup plus étendu , plus fertile, plus riche que le précédent, et renferme plusieurs vallées secondaires, dont deux, celles d'Aimacha et de Lauracatao^ donnant accès sur la granda Cordillère chilienne. Dans la partie de la vallée de Calchaqui qui lui correspond, on remarque les cultures très-soignées de SoTk-José^ Colpes et Churcalj puis le joli village de Seclantas avec une belle église. La vallée de Molinos se continue vers Touest, par celle d'Aîmacha, dans laquelle vient déboucher celle de Lauracatao, ouverte au nord-ouest; chacime forme un district particulier; on s'y occupe de culture et de bétail. Le bourg de Molinos est important par sa situation et son commerce, car c'est de là que Ton part pour traverser les Andes et aller à Copiapo par San-Buenaventura et le Pas de San-Francisco ; tout le commerce de Salta avec le Chili y passe. A Tendroit où la vallée de Molinos se réunit à celle de Calchacpii, on aperçoit les beaux vignobles à!Amana, Dans tout ce canton, rirrigation est dirigée avec une remarquable habileté , et il n'y a pas une goutte d'eau de perdue ; le climat est excessivement sec : sans la rivière, on n'y verrait qu'un affreux désert. Molinos est à 50 lieues de Salta, par San-José et Tintin; à 43 lieues seulement, si Ton prend par le Cerro de la Pacheta et le plateau de Cachi-Pampa, où il y a quelques fermes à moutons. Le chemin s'achève par la Cuesia del Obispo et la Quebrada del Escoipe (l). — On divise ce département en quatre districts : Seclantas^ Molinos ^ Aimacha et lauracatao. — 4,000 habitants.
Le département Del Carmen fait suite à celui de Molinos, en continuant vers le sud à suivre le Juramento. La vallée y offre plusieurs rétrécissements remarquables; Tun surtout, nommé Troya de la FltcAa^ défilé de près d'une lieue de long, creusé par la rivière au milieu de montagnes de grès qui ferment le bassin et viennent du vallon ^Angostaca conduisant au village de Pucara, situé en pleine Cor-
(i) Lonqae nous parcoarions ces cantons, à la fin de 1857, nous avons reçu une excellente hofpitalité chez D. Antonino Ibargurcn à Seclantas et chez D. Indalecio Gomez à Moli- ■01, grands propriétaires et cultivateurs de premier ordre dans la vallée de Calchaqui. D. Indalecio a été malheureusement assassiné en 1861, par suite d'une vengeance particulière dn masque de la politique, et les assassins ont trouvé un refuge en Bolivie. Que la I de eeC honorable citoyen accepte l'expression de la douleur et des regrets que nous ptriageoni avec eUe.
AKQBNTHfB. — T. Ul* 19
dillèrc. La paroisse est un hameau de quelques maisons avec une jolie église récemment bâtie ; des habitations s'élèvent dans chaque propriété et sont généralement bien construites ; le climat est trèsfavorable à la culture des arbres fruitiers. — Trois districts : Carmen, Angosiura^ Pucara. — 4,500 habitants.
Département de Sân-Garlos. — Très-étendu ; la vallée de Galchaqui se dirige ici à Test-sud-est et s'élargit jusqu'à avoir deux lieues de diamètre; aussi les cultures ne sont-elles possibles que sur les bords du Juramento, mais on utilise toute Teau qui vient des deux lignes de montagnes qui la bordent. Ce département se divise en cinq districts : La Merced, qui a ime chapelle, offre plus au nord les cultures de Tillidil, de Palo-Labrado , et en se rapprochant de San-Garlos, celles de Rumigtuisi. — Amblaillo, vallée au nord de la rivière et que Ton remonte si Ton veut aller directement à Salta. Cette gorge communique avec la Quebrada del Tunal, dans le département de Guachipas. — San-Carlos, le chef-lieu, est. un joli bourg, bien peuplé, entouré*de jardins, de vergers et de vignobles; il possède une des plus belles églises des provinces argentines, monument que Ton doit à l'activité et au zèle de M. le curé Gutierrez, qui y a consacré sa fortune personnelle entière et tout ce qu'il a pu obtenir de la piété des fidèles pour cette bonne œuvre. Le monument est presque complètement peint à fresque à l'intérieur, et ces fresques ne sont pas mauvaises. San-Carlos est à 50 lieues de la Capitale. Les terrains des environs sont très-sablonneux et absorbent une partie du cours de la rivière (1). Au nord de San-Carlos s'ouvre la vaste vallée de Santa-Maria qui renferme les deux autres districts de Cafayate et de Tolomhon. Avant d'y arriver, on traverse la Cienegad'Animanao et les belles plantations de vignes et d'arbres fruitiers de ce village. Cafayate est un joli bourg avec église, au milieu de vignobles, de
(1) La nécessité de l'eau pour l'irrigatioD est telle, dans toute la vallée de Calchaqui, que les riverains y sont souvent en querelle à ce sujet. San-Carlos a soutenu un procès de doose années contre les départements supérieurs, qu'il accusait de lui détourner sa part du liquide fécondant, et a fini par le gagner. Aujourd'hui, il dispose de sept jours d'eau par mob, un de quatre en quatre, c'est-à-dire que pendant ces sept journées , qui alternent avec la part dévolue aux autres, ceux-ci n'ont pas droit d'user de l'eau du Juramento.
Ces querelles pour l'eau sont le fléau des vallées à irrigation ; elles dégénèrent en disputes politiques, et plus d'une fois les troubles civils de certaines provinces n'ont au fond d'autre origine que des procès de cette nature entre quelques familles influentes. Le juge des eaux juts de aguas) , qui a été sagement établi pour empêcher les abus en cette matière, volt souvent ses décisions méconnues ou éludées ; les règlements sont impuissants contre la téna* cité des intérêts privés.
champs de blé et de luzerne. Il est célèbre par ses vins qui sont d'usage habituel dans les provinces de Salta et de Tucuman, et justement appréciés — Tolombon est un hameau adossé à la haute sierra de Quilmez, dont les sommets énormes, pareils à ceux de TAconquija qui lui font face, sont couronnés de neige toute l'année. Un grand bois d'algarrobos (caroubiers) couvre une partie du district de Tolombon et se continue jusqu'à celui de Colalao, qui appartient à Tueuman. — Population : 6,000 habitants.
Les départements de Rosxrio de la Frontera et de Candelaria sont situés au sud du Rio-Juramento, et marquent la frontière avec Tueuman et Santiago-del-Estero. Celui d'ÀNTA, situé à l'est, n'est borné que par les déserts du Chaco.
Le département de Rosario est très-accidenté du côté du couchant, cependant les montagnes n'y sont pas très-élevées ; ce sont des séries de collines et de cirques herbeux très-propres à l'élève du bétail, de petites vallées sillonnées par des ruisseaux qui vont au Rio de Yatasto {Rio de los Horcones) et au Juramento. La partie voisine de cette rivière est plus basse et a un climat chaud, qui permet la culture de la canne à sucre et du tabac, tandis que la région occidentale est abandonnée aux troupeaux, lesquels y prospèrent d'une façon merveilleuse ; on y fait des fromages égaux en qualité à ceux de Tafi. D se divise en trois districts : le village de Rosario^ la paroisse, est peu de chose, mais il y a dans les environs des eaux minérales sulfureuses utiles dans les maladies rhumatismales et les affections de la peau. Une sorte d'hospice y a été fondé par un Salteûo charitable, reconnaissant d'avoir recouvré la santé par leur usage. Le bourg de Mei€tn a de belles cultures ; on en trouve aussi à Las-ConchaSy sur le torrent de ce nom. Les ruines de l'ancienne ville d'Esteco^ détruite par un tremblement de terre, sont à deux lieues de ce village. Ce département a trois succursales ou sous-paroisses : Nuestra Senora del Ikisario de Quiles^ San Francisco Solano del Galpon^ Santa-Rosa de Lima à Las-Piedras. — Population : 8,000 habitants.
Le département de Candelaria s'étend au sud-est du précédent, et confine avec Santiago-del-Estero et Tueuman. Le terrain est assez bas et le climat chaud. On y a donc les mêmes industries que dans celui de Rosario ; l'agriculture est toutefois moins développée^ Il se partage en cinq districts : Candelaria, la paroisse, hameau près des
montagnes de Castillejo ; Ortega^ sur le Juramento, — Naratijo, — Brete^ qui sont des fermes à bétail ; — San^osé; Las Canas, sous paroisse ; ce dernier canton dans la plaine basse du Juramento. — Population : 2,000 habitants.
Le département d'ANXA, dit aussi de Rio-del-Valle, est situé au nord du Rio- Juramento, sur le versant extérieur de la Sierra del Alumbre. 11 ne compte que des fermes à bétail et quelques hameaux établis sur remplacement des anciennes réductions d'Indiens du Juramento, ou des petits forts ruinés qui les protégeaient ; tels sont Miraflores, Pitos, Balbuena^ Piqueté^ San-Femando^ San-Simon. Nous reparlerons de ces établissements en traitant du Chaco. Le fortin de San-Simon est abandonné, celui de San-Femando est remplacé par une estancia. Le district le plus avancé vers le sud est celui de Gaanacos^ estancia sur la limite du désert. Il y a des chapelles à Miraflores, Guanacos et Manga et quelques maisons se groupent autour. Le Piqtœte est un village formant une sous-paroisse. — Population : 2,500 habitants.
Le département du Campo-Santo se rapproche de Salta, dont il est seulement séparé par le contre- fort oriental de la vallée de Lerma. Le Rio de Lavayen et ses affluents l'arrosent ; il occupe une plaine d'une altitude moyenne de 700 mètres, aussi son climat est-il tropical et offre-t-il une luxuriante végétation. On n'y fait que de l'agriculture, et Ton y a établi de fort belles sucreries, où le travail est exécuté par des Indiens Matacos> L'une des principales est celle de San-Isidro^ appartenant à D. Juan Comejo. Cet honorable agriculteur a fait de cet établissement une vraie pépinière d'acclimatation, où il cultive le café, le bananier, le cherimolier, la coca, etc., etc. Le café a été importé des Yungas de Bolivie , chaudes vallées des derniers versants orientaux des Andes, où ce précieux arbuste réussit admirablement et a la qualité du vrai moka. Quoique contrarié par quelques gelées superficielles, le plant a bien réussi et donne d'excellents produits; il serait fort à désirer que l'utile exemple de M. Comejo fût suivi. Le village de Campo-Santo a une église en bon état et quelques jolies maisons. Celui de Cobos^ qui n'en est qu'à deux lieues, possède une chapelle et est assez populeux ; la grande route du Pérou, par Salta, y passe. Le district de Sanjon n'a que des chacras ou fermes à culture. Quoique ce département soit peu étendu, il est le plus riche de la province par la valeur de ses plantations.
La lieutenance cI'Oran forme un gouvernement à part qui est séparé de la province de Salta par le département du Rio-Negro^ partie orientale de celle de Jujuy. En dehors de la Sierra del Alumbre, elle touche au Chaco et au département d'An ta (1).
La ville d'Oran a été fondée en 1794, par le maréchal de camp D. Juan Garcia Pizarro, intendant et capitaine général de la province de Salta, noble espagnol qui mit tous ses soins à Torganisation de cette lieutenance et mourut, méconnu et persécuté, en 1815, à Chuquisaca, pendant les guerres de Tindépendance. La ville fut établie près d'une ancienne réduction d'indigènes, la mission de Zenta, fondée en i779, par les Franciscains, avec des Indiens Mataguayos et Vejoses, fondus plus tard avec le reste de la population ou retournés dans leurs bois. Elle est remplacée aujourd'hui par une sucrerie (2). Le pays, réclamé à la fois par Tarija et Jujuy après les guerres de l'indépendance, se donna à Salta sous la condition de conserver son organisation municipale du temps de la métropole ,
(!) D. Benjamin Villafane, ancien lieutenant-gouverneur d'Oran, a publié un excellent tranil sur cette fraction de la province de Salta , dans une brochure intitulée : Oran y Bolivia à la margen del Ria-Vermejo. Salta, 1857. Itnprenta del comercio.
()) D'après une vie du général Pizarro publiée par les soins de sa famille, à Madrid, en 1 861 , b oonstroction d'Oran aurait dû commencer en 1793, mais l'acte de fondation ne date que dn 1196; et c'est aussi du 4 décembre de cette mémo année, que date la cédule royale qui n- jle ses frontières avec Tarija.
Le marquis de Pizarro, suivant les droits que lui conférait la charge d'intendant etcapitaine- (; aérai, donna pour frontière à la lieutenance ou sous-gouvernement d'Oran : — au sud, le K'o de las Piedras; — à l'est, la terre des Gentils, autrement dit, le Chaco ; — à l'ouest, la ct«)lela plus haute des montagnes d'Humaguaca, c'est-à-dire la chaîne de Zenta; — au nord, att ligne tirée du ruisseau de la Quiaca jusqu'en dehors de la juridiction de Tarija , laquelle est de trente lieues çn tous sens , autour de cette ville ; de sorte que les forts d'itau , de Cara*«riy la paroisse d'Acoyte fondée et peuplée par des Saltenos, faisaient partie du gouveme- OMot de la ville récente de San-Ramon de la Nueva Oran. On lui donna le nom de Nouvelle- Cran eo mémoire de la ville africaine d'Oran que les Espagnol possédaient depuis un siècle et qu'ils venaient d'évacuer après sa destruction par un tremblement de terre. La rivière et la chaîne de Zenta se nommaient aussi Geuta, du nom du presidio africain situé sur le détrait de Gibraltar. Celui de Zenta a prévalu. — La cédule royale confirme cette démarca- Ik».
Le mémoire intitulé : Sueinta esposicion doeumentada de los nobht hechot, grandes ser- «Mos y padedmientos del tenienteneneral marques de Casa-PixarrOf que nous venons àt citer, donne copie de tous les documents relatifs à la fondation de cette ville , et indique d'ooe manière très-détaillée les limites au nord avec Tarija. Ce sont, à partir du ruisseau de la Qoiaca , en allant de l'ouest à l'est : la petite Sierra del Nogal , le Rio de las Rosas , près de criai de Soledad; puis, du sud au nord, la crête des Cerros de Niguasu jusqu'au Rio-Pilcomayo. — Depuis Témancipation , la frontière de Tarija s'est étendue jusqu'au Vermejo et à riuo; elle est restée indécise du côté du désert, par suite de la résistance des Indiens Chiri- Snanos aox empiétements des blancs. Elle avance et recule tour à tour, suivant les circons- I. (Voyez le voyage de M. Weddel en Bolivie, dans Touvrage de M. de Castelnau.)
et ces coDditioDs ont été si fidèlement remplies que jamais aucune discussion n'a eu lieu entre ces deux fractions de la province ; Oran a toujours joui d'une paix profonde et a pu donner l'hospitalité aux proscrits et aux fugitifs des contrées Voisines lors de leurs crises politiques.
La lieutenance d'Oran est gouvernée par une Municipalité formée de cinq habitants nommés annuellement par le vote direct de tous les électeurs. Chaque deux années cette municipalité présente au pouvoir exécutif de Salta, une liste de trois personnes entre lesquelles doit être choisi le Lieutenants-Gouverneur. Celui-<;i représente le pouvoir provincial. Un tribunal de première instance compose tout le pouvoir judiciaire ; la municipalité est chargée de toutes les affaires civiles. — Ce pays est divisé en trois départements : Oran et sa campagne, Iruya, Santa-Victoria.
Oran est une ville neuve, bien percée, avec des rues de quinze mètres de large, deux places, une église en bon état, des canaux d'irrigation dérivés du Rio-Zenta. Elle occupe une plaine bien unie, dégagée d'arbres et devenue salubre. Les maisons sont généralement construites en adobes et assez commodes, mais on soigne peu leurs jardins. En outre, beaucoup ont dans leur cour ime grande excavation provenant de l'extraction de la terre à brique, et qui, servant de réceptacle aux eaux et aux immondices, peut donner lieu à des effluves malsains. Une forôt de trois lieues d'épaisseur, mais traversée par une bonne route, la sépare du Rio-Vermejo que l'on passe à gué pour se diriger sur Carapari ou Santa-Cruz de la Sierra. A une courte distance de la ville, se trouve la grande sucrerie de l'honorable famille Uriburu, qui occupe plusieurs centaines d'Indiens Matacos. Plusieurs habitants cultivent la canne à sucre aux environs et vendent leur récolte sur pied à cet établissement. — Les environs sont assez bien cultivés : en outre de la canne, le tabac et le manioc s'y produisent parfaitement et le bananier y croît bien. Les environs offrent en abondance le cebil, cet arbre si précieux par son écorce à tanner ; les forêts voisines donnent de magnifiques bois de construction et nourrissent l'arbuste à maté, que l'on exploite quelquefois.
Oran est à 1 0 lieues de Las-Juntas ou embouchure du San-Francisco dans le Vermejo, endroit où un port pourrait être établi, et à 40 de la Esquina-Grande jusqu'où ont déjà remonté plusieurs bâtiments à vapeur. Le Rio-Zenta est trop torrentueux pour être navigable ; il en est de même du Rio-del-Pescado qui lui est parallèle, mais
Tient de la haute vallée de Santa-Victoria. Le Vermejo lui-même, audessus d'Oran, est trop rapide pour être remonté, maisà Tépoque des crues on pourrait le descendre presque depuis la frontière. Il faudrait en tout cas avoir un bac bien établi sur le gué de la forêt d'Oran près de rembouchure|du Zenta, et encore aurait-on quelquefois à craindre que les troncs d'arbres roulés violemment par les eaux ne remportassent.
La distance d'Oran à Salta est de 80 lieues ; de 65 jusqu'à Jujuy; de 50 jusqu'à Tarija ; de 190 à Santa-Cruz de la Sierra ; de 33 à Humaguaca, par la vallée de San-Andrès et ÏAbra ou col de Zenta. Le chemin de Tarija est fort difficile, en côtoyant le Vermejo, lors des grandes eaux, à cause des inondations, et la route par la montagne est peu praticable.
Le département d'ORAN est extrêmeiîient vaste, puisqu'il s'étend, — le long du Vermejo, depuis l'embouchure du Pescado jusqu'à la Esquina-Grande, au sud-est, et, sur le San-Francisco, jusqu'au Rio de las Piedras, — à l'ouest, il comprend la vallée de San-Andres et ses cultures. Les deux rives du Vermejo commencent à avoir beaucoup de fermes à bétail. La mission delà InKzculada-Concepcion^ sur la rive gauche de la rivière, en face de la Esquina, renferme maintenant SOO habitants, la plupart Indiens à moitié civilisés. On compte encore les hameaux deCampa^culio, de Tipal^ de Tabacal^ etc., celui de PizarrOj qui remplace le fortin de ce nom; ces établissements n'ont que quelques maisons. — La vallée de San-Andres conduit au col de Zenta ; elle a 25 lieues de long à partir d'Oran, et offre une magnifique végétation, tropicale dans sa partie inférieure , tandis que le village de San'Andres, situé par une altitude de 1,500 mètres, a le climat, les productions de l'Europe moyenne, et que, plus loin, on ne trouve plus que des pâturages et enfin des neiges une partie de l'année. La hauteur du col ou abra de Zenta, point culminant de la route d'Humaguaca et de Bolivie, est de 4,530 mètres, suivant nos observations, de telle sorte que dans deux journées de voyage on peut voir tous les climats* de la terre. — Indépendamment des productions tropicales que nous avons énumérées, le département d'Oran a des pâturages suffisants pour élever une grande quantité de bétail. — Sa population est de 5,500 âmes, dont 1,500 pour la ville d'Oran, l,000pour la vallée de San-Andres, et 3,000 pour le reste du canton.
Le département d'IauTA est à l'ouest de celui d'Oran et sur les ver-
sants orientaux de la grande cordillère de Zenta. Il a 14 lieues du sud au nord, 17 de Touest à Test et 2,500 habitants, la plupart Indiens de race Quichua. On ne s'y occupe guère que de Télève du petit bétail, moutons, chèvres, lamas, ânes, quelques juments et mulets. Il y a un peu d'agriculture. — La paroisse d'Iruyaest un simple village au milieu des Andes. Il y a en outre deux succursales, une au hameau de San-Pedro^ l'autre à celui de Santa-Barbara .
Le département de Santa-Victoria, fort étendu, fort varié, est au nord du précédent et touche à la Bolivie. Il a 24 lieues de nord à sud, 30 del'estàl'ouest et3,000 habitants. Sa population est analogue à celle . du précédent et aies mêmes industries. La partie basse est tropicale et borde le Rio-Vermejo. Sa paroisse, Santa-Victoria^ est un pauvre village avec une église en ruine ; il y a une chapelle à CayambiUlo et une succursale au hameau nommé Capilla del Vermejo, près de la frontière bolivienne. — Ce département renferme de l'or, que l'on obtient par le lavage des saJdles du ruisseau de Pucara qui passe au chef-lieu, des minerais d'argent et de cuivre qui ne sont pas encore exploités faute de bras et d'entrain comme dans tout le reste de la province (1).
§ III. — Histoire abrégée de la province de Salta.
Comme les deux provinces précédentes de Santiago del Estero et de Tucuman la province de Salta fit, depuis Viracocha jusqu'à la conquête espagnole, partie du domaine des Incas. Sa population, de raceCalchaquie, était agricole et habitait principalement les vallées actuelles de Lerma, de Calchaqui, de Santa-Maria et les gorges qui y débou-
(1) D. Benjamin VillaCane répartit ainsi la population de la lieatenance d'Oran en lSâ6 :
Ville d'Oran 1,380 habitanu.
Rive droite da Rio-del-Pescado - . . . 145 —
Rives du Rio-Colorado '833 —
Rives du Rio-Vermejo 721 —
Village de San-Andres €11 —
Département et village d'Iruya 2^54 —
Département et village de Santa-Victoria 2,797 —
Depuis cette époque, la population a notablement augmenté par l'immigration, et ce n'est pas exagérer que la porter, comme nous l'avons fait, à 11,000 âmes.
PROMNCE DE SALTA. 297
chent. Lorsque les Castillans, après l'assassinat d'Atahualpa, pénétrèrent dans le sud du Pérou^ les habitants obéirent d'abord à Manco, successeur nominal d'Atahualpa, ou plutôt à ses maîtres. Almagro, Valdivia, Zurita, traversèrent facilement leurs vallées pour aller au Chili et au Tucuman. Bientôt pourtant les Indiens cherchèrent à repousser le servage que ceux-ci venaient leur imposer avec le système des commanderies, et commencèrent une lutte qui, à part quelques intervalles de paix, ne dura pas moins d'un siècle et demi. La possession des vallées d'Humahuaca, de Perico et de Lerma, était absolument nécessaire aux Espagnols pour communiquer avec le Tucuman et le Chili ; leur occupation définitive fut donc décidée presque dès le principe, et l'on fonda, au nord de Jujuy, la forteresse de Nieva, qui ne subsista pas longtemps. Ce ne fut qu'en 1582 que l'on se décida à établir une ville dans la vallée de Salta, laquelle, large et bien arrosée, nourrissait une nombreuse population agricole.
Aux premiers conquérants et gouverneurs du Tucuman : Rojas, Aguirre, Zurita, etc... avait succédé Abreu, homme violent, qui se souilla du meurtre juridique de Luis Geronimo de Cabrera, son prédécesseur, fondateur heureux de la ville de Cordova. Son expédition ridicule et malheureuse à la recherche de la ville fabuleuse de Los Cesares dans le sud, ses cruautés et ses exactions, le firent remplacer par Taustère licencié Hernando de Lerma, qui commença par faire instruire son procès et le laissa périr en prison des suites de la question qui lui avait été préliminairement infligée . Par la terreur, Lerma rétablit l'ordre dans la province de Tucuman, sévit à la fois contre les Espagnols et contre les Indiens, et, pour assurer la tranquillité dans la vallée de Salta, il y fonda la ville de ce nom, mais qui porta d'abord celui de son fondateur.
Ce fut le 17 avril 1582 que furent solennellement jetés.les fondements de cette ville en présence du gouverneur, « l'illustre seigneur licencié Hernando de Lerma, gouverneur et grand justicier {justicia mayor) des provinces de Tucuman, Juris, Diaguitas et Comechingones, » du premier évoque du Tucuman, Fray Francisco de la Victoria, venu exprès de Santiago del Estero pour cette solennité, et de toutes les autres autorités espagnoles (1). Les commencements de Salta furent difficiles, au milieu des ré-
(1) On possède encore tous les actes de la fondation de Salta : proclaroatirn du gouverneur, "^psrthkm des terrains, frontières de la province, banlieue de la capitale, présentation de Céteodard royal, etc. — Toutes ces pièces ont été reproduites par M. Quesadi dans la BêvUta AI Plato, page 300. Parana, 1861.
S98 DESCRIPTION DBS PROYINGES.
voltes incessantes des Indiens ; la place put cependant se soutenir, et bientôt la fondation de Jujuy, en 1S95, non loin de la petite place de Nieva, d'abord élevée pour les contenir, vint la débarrasser des attaques incessantes des Humaguacas. Le dix-septième siècle presque tout entier fut employé à la réduction des tribus calchaquies, lesquelles, fortifiées dansleurs hautes vallées, repoussaiënténergiquement la domination espagnole. (Voyez le Précis chronologique.) Tour k tour on employa sur elles l'action des missionnaires, celle des armes, celle des traités de paix ; ce fut seulement avec le temps que Ton parvint à les dompter, et encore quelques, tribus durent-elles être exterminées ou transportées ailleurs. Retirés au milieu de leurs montagnes, dans de petites forteresses qu'ils avaient su rendre inexpugnables et dont on voit encore les restes en maint endroit de la vallée de Santa-Maria et de la Sierra de Quilmez, les Indiens bravaient les atr taques des Espagnols. En 1655, un imposteur nommé Bohorquez, se disant de la famille des Incas, put même se faire accepter et saluer comme leur successeur, parles habitants indiens de la contrée et menacer un instant les conquérants d'une ruine entière. Il fallut arriver jusqu'en 1664, pour que Mercado, gouverneur du Tucuman, terminât enfin cette guerre, et que les Indiens, d'une part, vaincus par les armes, et de l'autre entraînés par les prédications des missionnaires, finissent par accepter le baptême et se fondre avec la population espagnole. A partir de cette époque, Salta n'eut d'autres embarras que ceux que causèrent à sa frontière orientale les attaques de quelques tribus du Ghaco. On bâtit des forts pour les contenir, on occupa la vallée du San-Francisco, puis les bords du Juramento et les versants orientaux de la Sierra del Alumbre, enfin on établit des missions ; ces mesures continuées avec persévérance arrêtèrent les Indiens, qui renoncèrent à leurs attaques sur ime frontière bien défendue et où la population croissait chaque année.
Dans le courant du dix-huitième siècle, les gouverneurs du Tucuman résidèrent assez souvent dans la capitale, et delà dirigèrent diverses reconnaissances sur le Ghaco pour essayer d'établir une communication directe entre la province et le Parana. Ges tentatives , dont nous parlerons en traitant du Ghaco, eurent, quoique un entier succès ne les ait point couronnées , l'avantage de créer de bons rapports entre les Saltais et les Indiens du Ghaco , et d'attirer ces derniers dans les plantations où ils viennent travailler paisiblement depuis bientôt un siècle.
Depuis le premier établissement des Espagnols dans cette région,
raOVIIfGE DE SALTA. 299
Salta fit partie du gouyernement du Tucuman, lequel fut successivement divisé en plusieurs lieutenances , administrées par des sousgouverneurs [Tenientes Gobemadores). Ainsi furent successivement créées les sections de Salta, de Jujuy, de Gatamarca, de la Rioja. La conformation physique du pays, la nature et Torigine de ses habitants, en faisaient essentiellement une dépendance du Haut-Pérou, qui n'avait presque aucun point de contact avec le littoral.
La création de la vice-royauté de la Plata , en 1776 , avec son siège à Buénos-Ayres, amena une modification profonde dans ce système, modification rationnelle puisqu'elle ouvrait au commerce de rintérieur des débouchés si longtemps souhaités sur l'Océan Atlantique, et provoquait les explorations fluviales qui pouvaient créer des voies nouvelles à la circulation. Le Tucuman fut alors divisé en deux intendances : celle de Salta, et celle de Gordova. — L'intendance de Salta comprit la province de ce nom , et en outre celles de Jujuy, Gatamarca, Tucuman et Santiago del Estero. L'intendant résidait à Salta , chacune des autres villes avait un lieute- Dant-gouvemeur ; les communications avec le littoral devinrent fréquentes et plus faciles. Le soulèvement des Indiens du Haut-Pérou, en 1783 , sous la direction de Tupac-Amaru, marquis d'Oropesa, vint tout à coup troubler la paix profonde dont jouissait le pays, et excita naturellement une vive émotion dans les provinces de Salta et de Jujui, où vivaient tant d'Indiens de même sang et de mêmes instincts que leurs frères du nord; il y eut donc des insurrections partielles, mais sans importance , qui furent presque aussitôt arrêtées par le concours des milices provinciales et terminées par le supplice de leurs chefs. La tranquillité se rétablit promptement.
La fin du dix-huitième siècle fut marquée par la reconnaissance du Rio-Vermejo, qui fut navigué tout entier , par l'établissement de colonies sur ses rives et l'organisation delà lieutenance d'Oran; les intendants D. Andres Mestre et le marquis de Gasa-Pizarro, se signalèrent par leur esprit d'ordre , leiur zèle éclairé , leur activité intelligente, et sous leur sage administration la province fit de grands progrès. Il est juste aussi de dire qu'ils fiurent puissamment secondés par les principaux Saltais, tels que les Arias, lesGomejo, etc., et en général par tous les grands propriétaires de la province.
L'émancipation de 1810 trouva Salta paisible et bien gouvernée , mais la révolution, partie de Buénos-Ayres, faisait un appel trop puissant aux instincts d'indépendance nationale, pour qu'elle ne fût pas aussitôt acceptée. Dès la fin de mai , tout en invitant les provinces
à envoyer leurs députés à Buenos- Ayres pour ratifier la déclaratioi (pronunciamento) du 25, la Junte de gouvernement, véritable comii de salut public qui venait de se former , s'était empressée d'envoyé une petite armée pour combattre les efforts que faisaient les chd espagnols dans le but de résister à la révolution du littoral. — Aprç la défaite et la mort de Liniers et de ses amis , les colonels Ocamp et Balcarce arrivent à Salta, y proclament l'abolition du pouvoir ym royal , et pénètrent dans le Haut-Pérou où ils battent les petiU forces espagnoles surprises et désorganisées qui s'y trouvent. I D'GastelÛ, membre de la Junte et l'un des plus ardents chefe d mouvement, qui les accompagne , profite de leur triomphe pour a] peler la population nationale entière à secouer le joug de TEspagm Les vingt-sept années qui s'étaient écoulées depuis le supplice c Tupac-Amaru n'avaient point effacé le souvenir de l'insurrection Gastellifut écouté, et tout le sud du Pérou, jusqu'au-delà du Desagu dero, se souleva. Cependant, après de nouvelles et rapides alternative de succès et de revers^ en 1812, les indépendants sont ramenés si Salta, puis sur Tucuman, et les Espagnols, victorieux, redevienne] maîtres du Haut-Pérou. Mais là s'arrêtent leurs succès : D. Pit Tristan, leur général, est battu une première fois à Tucuman, unes conde fois, le 20 février 1 813, à Salta même, dont il avait fait sa pla< d'armes, et où le soulèvement de tout le pays le tenait enfermé ; i défaite est si complète qu'il y est fait prisonnier avec tout ce qui resi de son armée. Le général argentin Belgrano , vainqueur dans c< deux batailles, et puissamment secondé par les milices delà pn vince, reprend alors vigoureusement l'offensive, et les patriotes envi hissent de nouveau le Haut-Pérou , et occupent Potosi. Malheurev à Vilcapugio et à Ayouma , Belgrano est obligé de se replier sur ! territoire argentin ; heureusement pour lui les Espagnols sont ann tés par le soulèvement de Cochabamba et de Santa-Cruz de la Siero qu'ils veulent d'abord réduire, puis par l'attitude résolue des provii ces de Jujuy et de Salta, dont toute la population s'est mise sur pic pour résister à l'ennemi commun. De hardis chefs de bandes, doi le plus illustre, Martin Guëmes, le héros Salteùo, est resté dans toi les souvenirs , multiplient les corps francs {montoneras) qui harce lent l'ennemi, et rendent sa marche impossible. Ces troupes, quoiqi assez indisciplinées et quelquefois peu d'accord avec les chefs ( l'armée de ligne qui a son quartier général à Tucuman , rendei d'immenses services à la cause de l'indépendance , et permettent s gouvernement central de réorganiser des forces suffisantes pour €
imposer à rennemi et le détourner d'une invasion nouvelle. Le gouvernement de Buénos-Ayres voulait alors continuer la guerre du Pérou. Le colonel San-Martin et le général D, José Rondeau ifinrent successivement à Tarmée du nord pour lui donner une impulsion plus vive. San-Martin, ne trouvant pas sans doute assez de docilité dans les éléments qu'il avait à manier , et songeant déjà à iaire une diversion puissante sur le Chili , la laisse aux mains de Rondeau, général entièrement dévoué au Directorat de Buénos-Ayres, et qui venait de combattre les prétentions séparatistes d'Artigas dans la Bande Orientée, L'inflexibilité de ce général sur la discipline froisse d'abord les chefs de corps francs {guérilleros) si nombreux dans la province ; il pénètre cependant , pour la troisième fois , avec le gros de son armée dans le Haut^Pérou, et obtient quelques succès, mais il en est expulsé après avoir éprouvé une défaite à Sipe-Sipe , non loin de Gochabamba (29 novembre 1815), et ce désastre affaiblit beaucoup le prestige de son autorité. Cependant, malgré son triomphe , le général espagnol Pezuela recule devant l'attitude conservée par les milices de Salta , et n'ose point envahir. Il se contente de rétablir le pouvoir royal dans tous les départements au nord d'Humagoaca, et de prendre une attitude menaçante , pendant que ses lieutenants poursuivent les insurgés de l'intérieur, et écrasent les patriotes de Gochabamba et de Santa-Cruz.
Cette guerre, si acharnée depuis cinq ans , avait épuisé les provinces de Salta et de Jujuy, lesquelles, plus proches du champ de bataille, en avaient souffert tous les maux. Les chefs militaires du pays et le gouverneur D. Martin Guëmes à leur tête, étaient mécontents de Rondeau qui voulait faire de nouvelles levées et reprendre une offensive pleine de périls, au lieu de rester sur une défensive commandée par les événements. Bondeau, représentant du gouvernement central, veut se faire obéir, mais il rencontre une opposition qui devient bientôt une sorte de guerre civile. Guëmes et ses amis luttent à la fois et contre l'armée de Bondeau et contre les Espagnols qui veulent profiter de cette occasion pour revenir sur leurs pas.
La fin de l'année 1815 avait été désastreuse pour les patriotes du nord. Les agitations du littoral y firent sentir leur contre-coup. Les idées d'autonomie fédérale proclamées par Artigas et soutenues par lui, les armes à la main, même contre les résistances du Directorat siégeant à Buénos-Ayres , lequel, convaincu de la nécessité de maintenir un gouvernement central analogue à celui de la vice-royauté, y résistait de toutes ses forces, furent saluées avec enthousiasme par
d02 DESCRIPTION DES PROVINCES.
la plupart des provinces de Tintérieur. On commença à invoquer la forme fédérale quoiqu'on en comprit encore assez mal le mécanisme.
Le congrès de 1816, siégeant àTucuman, proclama Tindépendance argentine, et rétablit momentanément la tranquillité, mais n'empêcha pas les idées fédérales de faire leur chemin. Jusqu'en 1820 la position de Salta sur la frontière, sous la menace incessante d'une invasion espagnole, l'obligea de conserver une attitude militaire énergique; toutefois les deux partis, épuisés par la lutte, hésitaient à en venir aux prises de nouveau. Le théâtre de la gueiTe fut transporté au Chili , au Pérou , et les provinces du Haut-Pérou restèrent les dernières sous la domination castillane. Une sorte d'armistice tacite avait été consenti, et l'autorité de l'ancienne métropole s'arrêtait aux limites de Jujuy et de Tarija.
La chute du Directorat, en 1820, amena la séparation de toutes les fractions de l'ancienne vice-royauté en provinces à part. Salta accepta franchement la situation nouvelle , Vnais non sans qu'il y eût eu de vives discussions entre le parti ultra-fédéral, représenté par une partie des chefs locaux qui avaient brillé pendant la guerre de l'indépendance , et les partisans du gouvernement central. Oran préféra se rattacher à Salta qu'à J,ujuy, dont la séparation fut consacrée par unejoi provinciale de Salta, du 2 décembre 1834.
L'agitation de cette turbulente année 1 820 fit espérer aux Espagnols qu'ils pourraient être plus heureux dans une nouvelle tentative d'invasion; Marquieguy, leur général, la tenta. Mais, exercés par dix années de guerre, les Salteûos la repoussèrent facilement, sous la conduite du général Gorriti, gouverneur en l'absence de Martin Guëmes ; un armistice qui dura jusqu'à la fin de la guerre sud-américaine , en 1824, fut alors conclu et assura la sécurité des provinces du nord.
En 1821, débarrassée de la crainte d'une invasion nouvelle, la province se donna une constitution. Des citoyens éclairés, tels que D. Facundo Zuviria , qui venait d'attacher son nom à l'armistice , les docteurs Gorriti, Zorrilla, Bustamente, le colonel Gomejo, etc., contribuèrent à l'établissement du système représentatif par la proclamation d'un Statut Provincial^ ou constitution, qui a régi la province jusqu'à celle de 1855. En 1823 et 1824, l'extrême nord de la République argentine fut en paix ; ce calme, survenant après tant d'orages, permit à Salta de progresser rapidement sous son nouveau régime. En 1825, une révolution, causée par une discussion entre le
PROVINCE DE SÂLTA. 303
maréchal Arenales, alors gouverneur, et la chambre législative, amena une première mfraction au statut provincial, et bientôt les discussions ardentes qui suivirent la tentative du congrès de 1 826^ et les efforts de l'honnête Rivadavia pour établir un gouvernement national, virent ressusciter les querelles de 1815 et 1820, La province s'était pourtant volontiers prêtée à ces essais patriotiques; mais, dès 1827, le parti ultra-fédéral prit le dessus. Dans la grande guerre civile de 1829-31, quoique, grâce à sa situation retirée, les belligérants n'aient point touché à son territoire, et qu'elle ait su habilement tenir Quiroga éloigné, elle n'en fut pas moins le théâtre de troubles assez graves qui se terminèrent par l'exil des principaux citoyens unitaires. Ce fut à la suite de ces événements que la lieutenance de Jujuy, restée jusqu'alors unie à Salta, songea à exécuter l'exemple donné, douze ans auparavant, par les autres provinces argentines, c'est-àdire à se constituer séparément. Cette mesure fut acceptée sans trop de répugnance par les Salteûos, qui sentaient le besoin de la paix, et voulaient la conserver.
La guerre de 1837 contre la Bolivie ne troubla qu'un instant la sécurité reparue à Salta depuis quelques années. Le général D. Alejandro Heredia, gouverneur et capitaine général de Tucuman , protecteur des provinces de Salta, Jujuy et Catamarca (les événements de 1831 lui avîdent permis de prendre ces titres), commandait alors en chef l'armée d'opérations de la Confédération argentine. La campagne se borna à des proclamations aux indigènes et à des démonstrations impuissantes sur la frontière. La défaite du général Santa- Cniz, président de la Confédération Pérou-bolivienne, par l'armée dûlienne, rétablit bientôt la tranquillité. — Le général Heredia profita alors de son autorité, sur toutes les provinces du nord de la Confédération argentine, pour assigner à celle de Tucuman le canton de Colalao, qui sépare aujourd'hui Salta et Catamarca, dans la laflée de Santa-Maria. Cette mesure permettait de lever des droits de douanes sur le transit qui se faisait entre les deux provinces, par cette vallée, la Punta de Balastro et Gualôn. — Les dissensions de 1840 et 1841, signalées par la lutte^de Lavalle contre Rosas, vinrent compromettre bien davantage la paix dont jouissait le nord de la république. Salta eut, comme en 1831 , le bonheur de ne pas voir de soldats à ses portes; l'armée d'Oribe s'arrêta à Tucuman, ainsi que l'avait fait celle de Quiroga, dix années auparavant, et il n'y eut point de réaction nouvelle. Les Salteûos s'étaient instruits par le passé ; ils recueillirent les fruits de leur modération, car leur province devint dès-lors
Tasile respecté des bannis de toutes les opinions, de toutes les misères politiques.
Dans un tel pays, les événements de 18S2 et la constitution nationale de 18S3 devaient être accueillis avec enthousiasme. Us le furent en effet ; la province de Salta en a profité pour perfectionner son organisation intérieure parla constitution de 1855; elle a continué à rester calme au milieu des émotions qui ont agité d'autres provinces voisines depuis cette époque ; aussi est-eUe une des plus avancées et des plus heureuses de la république.