‹ Description géographique et statistique de la confédération ArgentineChapitre 22 sur 60 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

ProTtnce de Jl^luy.

§1, — Province de Jujuy en général.

Situation astronomique et limites. — La province de Jujuy est située, en moyenne, entre 22 et 24® de latitude sud, 66 et 69® de longitude orientale, et embrasse une superficie de près de trois mille lieues carrées. Ses limites sont, au sud et à Test, la province de Salta, dont elle est séparée par le ruisseau de Las-Burras, sur les plateaux ; la ligne de Santa-Cruz et le Saladillo de Las-Pavas, la Sierra del Alumbre et la lieutenance d'Oran. Au nord, elle confine avec la Bolivie, et ses frontières, de ce côté, sont celles de la Confédération argentine (voyez tome P% page 5), c'est-à-dire, en allant de Test à l'ouest, le Rio-Itau, le Vermejo supérieur, les montagnes de Candados et de Porongal, le ruisseau de la Quiaca, les hauteurs de Piscuno, la cordillère du Despoblado, et la crête orientale du grand plateau longitudinal des Andes.

Aspect général. — Il est analogue à celui que présente la province de Salta, à laquelle celle de Jujuy est intimement liée par les conditions physiques du sol, du climat, par la nature des productions, des industries et du commerce, par l'origine de la population. — La seule différence, c'est qu'un tiers de la province, à l'ouestnord-ouest, est occupé par un vaste plateau, élevé en moyenne de trois mille cinq cents mètres, qui embrasse quatre départements, et

PROVINCE DE JUJUY. 305

est désigné sous le nom de Puna de Jujuy, le territoire élevé ( où l'on souffre de là puna) de Jujuy. Ce plateau forme une plaine ondulée, ici pierreuse et infertile, là couverte d'un bon pâturage, sillonnée de ravins, de ruisseaux, présentant quelques lagunes et même des lacs salés. Plusieurs chaînes de montagnes, dont les cimes conservent éternellement leurs neiges, se dessinent sur cette plaine et en forment les contre-forts. Les eaux qui en descendent ont creusé des gorges étroites qui débouchent dans les longues vallées d'Humaguaca et de Lerma, orientées toutes deux du nord au sud. Une autre vallée parallèle aux deux précédentes, mais située à l'est et d'une faible élévation, 400 mètres, en moyenne, au-dessus du niveau de la mer, est celle du Rio San-Francisco, que nous connaissons déjà, et dont la plus grande portion appartient à la juridiction de Salta.

Hydrographie. — La province de Jujuy ne possède qu'un seul système hydrographique de quelque étendue; c'est celui que constitue le Rio San-Francisco^ lequel, dans sa course de plus de cent vingt lieues, décrit un grand demi-cercle du nord au nord, en passant par le sud, et vient se réunir au Vermejo, presque sous la môme latitude que celle du point où il a pris sa source. Cette rivière est aussi le réceptacle de toutes les eaux de la grande vallée d'Humaguaca et de ses rameaux secondaires, des vallées de Jujuy, de Perico et de toutes les gorges boisées du revers oriental de la Sierra de Calilegua. — Le San-Francisco, appelé communément Rio-Gmnde de Jujuy, naît par deux branches aux Abras ou cols de Cosquina et de Cortaderas, à l'extrémité nord de la Quebrada d'Humaguaca, et reçoit presque tous ses afQuents du plateau occidental de la Puna ; les principaux, de ce côté, sont ceux de Yacoraite^ Purmamarca^ Tumbaya^ Leon^ Yala et Reyes ; tandis qu'à l'est on ne compte guère que celui de Cianso^ qui vient de l'Abra de Zenta se réunir à lui aux cultures d'Uquia, où les deux vallées n'eu forment plus qu'une. A Jujuy, le San-Francisco, désigné là sous le nom de Rio-Grande, est déjà un torrent considérable, qui se grossit plus bas des ruisseaux de la vallée de Perico, tels que ceux de Los-Alisos^ de Cabana^ etc., plus bas enfin du Rio de Lavayen^ venu de la province de Salta. A l'est, le Rio- ^«cyro, le Ledesma^ le San-Lorenzo^ le Sora, le Rio de Las-Piedras, y portent toutes les eaux du versant boisé de la partie voisine de la Cordillère, et sont des torrents dans la saison des pluies. Le plateau de la Puna présente deux grandes lagunes principales :

celle ^/-Joro, la plus au sud, près de laquelle naît, sans toutefois

COXF. ABGBKTUVK. — T. III. 20

communiquer avec elle, la rivière qui descend dans la plaine de Salta par la Quebrada de ce nom. Cette lagune a des eaux saumàtres, et son trop-plein se perd par Tévaporation si active à ces altitudes. L*autre lagune, au nord, est celle de Casabindo^ près du village de ce nom ; ses eaux, tout à fait salées, sont une mine immense d'excellent sel pour le nord de la République argentine et le sud de la Bolivie.

Ce magnifique bassin présente sur ses bords des couches épaisses de ce minéral, que Ton taille à la hache en grandes briques du poids de vingt-cinq kilogrammes, et qui sont transportées à dos d'âne ou de mulet dans tous les environs, sur un rayon de cent lieues. Ces couches se reproduisent incessamment par suite des crues du lac pendant Tété et seront toujours inépuisables. Quelques faibles ruisseaux, formés par les eaux pluviales et la fonte des neiges voisines, vont s'y perdre.

Orographie. — La province de Jujuy est tout à fait au milieu des Andes, et son système orographique est la continuation de celui de Salta. En effet, ses montagnes, dont la prolongation sillonne le territoire saltais, viennent s'unir au grand plateau bolivien, qui commence à s'épanouir par 24** 30' de latitude environ, à l'extrémité des vallées de Calchaqui, del Escoipe et del Toro, en formant d'abord la Puna de Jujuy, puis les plaines de la Cordillère, qui se lient, par une suite non interrompue de plateaux, à celles des lacs d'AuUagas et de Titicaca, en Bolivie et au Pérou. La Puna forme, comme nous venons de le dire, une sorte de plaine médiocrement accidentée, mais dont les bords portent des séries de hauteurs au milieu desquelles s'élèvent des cimes couvertes de neiges étemelles. Quelquesuns de ces cordons circonscrivent des cirques pierreux sans aucune végétation ; ailleurs, un petit courant né d'une cime neigeuse permet aux montagnards de faire un peu d'irrigation. Le cordon occidental du plateau appartient à la Bolivie et se dresse au milieu des déserts glacés du Despoblado ; c'est la cordillère Del-Agua-Calientey suite de l'arête porphyrique qui a donné les Nevados- de Cachi et d'Acay. Le cordon moyen forme la paroi occidentale de la vallée d'Humaguaca; il porte les Nevados del Castillo et de Jujuy. Enfin l'autre chaîne, plus orientale, est celle de Zenta. La dernière, presque en dehors du système Andin, est le chaînon de Santa-Barbara^ formant la partie septentrionale du système del Alumbre. (Voyez tome I*^, pages 186, 192, 295.)

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Constitution physique du sol. — Extrêmement variée, ainsi que rindiquent la diversité des altitudes, les innombrables dislocations du terrain, la multitude de gorges, de ravins qui le coupent. Aussi la province ne possède- t-elle d'autres plaines que celles des froids plateaux de la Puna. — Ce n'est guère que dans les vallées que Ton trouve une bonne terre végétale ; le sol des plateaux, alors même que leur altitude n'est pas assez grande pour y interdire la culture, est maigre et même imprégné de sel en quelques endroits. Les terrains alins se retrouvent aussi da,ns quelques parties des vallées et aux endroits qui ont été évidemment le bassin de lacs salés pendant la dernière époque géologique, ainsi qu'il est facile de s'en assurer à Tumbaya et au lac du Volcan, au sud de ce ^îllage. Dans le bas de la vallée de Jujuy et dans celle de San-Francisco, la terre végétale est épaisse et d'une grande fertilité. La quantité de pluie qui y tombe et la chaleur du climat en font un sol excellent pour la culture.

Si le terrain de la plus grande partie des cantons montagneux de Jujuy est ingrat au point de vue agricole, il n'en est pas de même sous le rapport minéral. Nous venons d'indiquer les inépuisables dines de Casabindo ; mais la Puna produit encore de l'or, et les départements de la Rinconada et de Cochinoca ont des placers qui depuis plus de deux siècles n'ont jamais cessé d'en fournir au lavage. L'argent, le cuivre, le fer, le nickel, le plomb, l'antimoine, l'étain, se rencontrent en une foule d'endroits, et, si leur exploitation n'est point tentée, c'est que la population est peu nombreuse et qu'elle trouve abondamment à vivre dans les faciles industries de l'élève des troupeaux et de l'agriculture dans les vallées. — En outre des minerais métalliques, les matériaux de construction et d'ornement, tels que marbres, jaspes, cristal de roche, chaux^ plâtre, etc., abondent dans les chalDes orientales. On trouve du bitume et de l'alun dans le département du Rio-Negro ; la province, d'ailleurs, est encore incomplètement connue sous le rapport minéralogique. (Voyez tome II, page 426.)

n y a de temps à autre des Tremblements de terre ^ comme à Salta, mais ils ont presque toujours été légers. Lorsque nous visitâmes Jojuy en septembre 1858, quinze jours auparavant, on y avait éprouvé une série de secousses assez fortes. La province n'a point de volcans en activité, quoique l'on rencontre en certains endroits des signes de Tokanisation ancienne. L'endroit que l'on appelle le Volcan, près de Tumbaya, est la ruine d'une barrière montagneuse que les eaux du

lac qui existait jadis en cet endroit ont renversée pour s'écouler dans la vallée.

Climat. — Analogue à celui de Salta : froid et sec dans la montagne et sur les plateaux, humide et chaud dans les vallées de Perîco et de San-Fraucisco. Dans la montagne, il ne pleut que Tété ; la neige y tombe en abondance aux changements de saison, mais elle ne persiste que quelque temps dans les localités supérieures à 3,000 mètres d'altitude. La limite des neiges perpétuelles y est à 5,000 mètres. Au mois d'octobre 1838, la cime du Zenta, qui arrive presque à cette hauteur, n'en avait déjà plus. Dans les vallées inférieures la pluie est plus fréquente; elle est très-abondante, pendant les six mois d'été, dans celle de San-Francisco.

Salubrité. — Le climat de Jujuy est fort salubre dans la montagne et les vallées supérieures ; le goitre y est malheureusement connu, et il s'accompagne parfois de crétinisme. Cependant cette infirmité a diminué d'une manière notable depuis vingt années ; on attribue avec raison cette amélioration dans la santé publique à un meilleur régime. Les parties basses de la province voient quelquefois des épidémies de fièvres intermittentes simples et de dyssenteries. Un meilleur aménagement du sol et des eaux fera disparaître les premières. Les maladies aiguës de poitrine se montrent dans les vallées supérieures et y sont évidemment causées par les brusques changements de température qu'elles éprouvent. En effet, au-dessus de 1 ,200 mètres d'altitude, le climat y est extrêmement variable.

Végétation. — La végétation est rare sur les plateaux; elle s'y borne aux graminées, et, à partir de 3500 mètres, aux cactus, qui abondent d'une manière extraordinaire. L'espèce Candelabrum fournit même une sorte de bois de charpente qui n'est point à dédaigner. Ce bois est très-poreux, très-léger, et cependant fort solide et d'une extrême . durée. On le débite en planchettes à l'aide desquelles on fait des portes, des fenêtres, des toitures aux maisonnettes des montagnards. A cette altitude on peut même cultiver l'orge, la pomme de terre et même la luzerne. A 3000 mètres la végétation arborescente se montre, quoique faible encore, puis bientôt, à 2800, le blé, les arbres fruitiers, et à 2000, tous les végétaux d'Europe. Les forêts tropicales commencent à l'altitude de 1200 mètres ; elles sont d'une végétation luxuriante à 800 mètres et au-dessous (Voy. la végétation des Andes et de la région tropicale, t. I, p. 421 et suiv.). Sur les sols secs et

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ai^eux les mimosées dominent ; sur une terre profonde, les grands arbres de la famille des légumineuses. Il y a de magnifiques forêts dans le département du Rio-Negro.

ÂNDfAux SAUVAGES ET DOMESTIQUES. — Tous les animaux de Tucuman et de Salta se retrouvent dans la province de Jujuy. Le guanaque et la vigogne hantent la montagne^ où Ton rencontre également le chinchilla. Le jaguar, le couguar, le tapir, le pécari se voient dans le département du Rio-Negro ; le condor, les aigles et tous les oiseaux de proie abondent dans les Andes. Il n'y a aucun animal particulier i la province .

Bétail. — On élève peu de bœufs, et seulement ce qu'il en faut pour la consommation et un peu d'exportation en Bolivie ; mais, en revanche, la Puna nourrit beaucoup de moutons qui fournissent une excellente laine. Les lamas y sont employés pour les transports de village à village; mais, dans les vallées, on n'use guère que de l'âne, du mulet et du cheval. La production des animaux de charge est devenue l'industrie principale et la plus grande source de bénéfice pour la province, par suite de l'accroissement des transactions commerciales avec la république voisine. Les vallées qui ne sont pas Irop élevées, conmie une partie de celles de la Capitide et de Perico, la sierra de Santa-Barbara de l'autre côté du Rio San-Francisco, sont consacrées à l'éducation du gros bétail et à la production mulassière. On n'entretient les moutons et les lamas que sur les plateaux de la Puna et les hautes plaines des chaînons nés du système de Zenta; ces localités seraient précieuses pour l'élève de l'alpaca et la domestication de la vigogne, animaux dont la laine est de si haute valeur.

Agriculture. — Elle est aussi avancée dans la province de Jujuy que dans celle de Salta, et les montagnards y sont réellement de laborieux agriculteurs. Aucun filet d'eau n'est perdu ; les champs sont épierrés avec soin; on trouve des cultures d'orge, de quinoa, de pommes de terre , à des altitudes de 3600 mètres, comme nous en avons vu à Chunquillo et à Pucara, sur le chemin de San-Andres à Humaguaca. Le Jujeùo des Andes attaque ces sols ingrats avec une ardeur et une persévérance remarquables : dans les terrains plus bas et plus fertiles, il cultive les céréales, les fourrages, les arbres fruiliers. Les départements de la vallée de Humaguaca sont certainement les localités où la culture est la mieux entendue ; rien de plus intelli*

gemment aménagé que les terres de Guacalera, de Tilcara, de la vallée de Purmamarca. Dans le département du Rio-Negro, on cultive spécialement la canne à sucre ; dans les vallées de Jujuy et de Perico, le maïs.

CoBiMERCE ET INDUSTRIE. — Lc commcrcc dc cette province est restreint, car il n'a guère eu jusqu'à présent de débouchés que sur la Bolivie ; mais la navigation du Vermejo lui ouvre maintenant ceux du littoral . Son exportation pour la république voisine consiste principalement en bétail en pied : vaches, chevaux, ânes, mulets. Pour les ports du Pacifique, elle envoie de l'or en poudre, des laines, des peaux de vigogne et de chinchilla, qu'elle échange poiur des marchandises européennes. Elle expédie en Bolivie de la viande de bœuf et de mouton séchée {char qui) ^ du suif, de la graisse, de la laine, du savon, du beurre, de la cendre de jume, du sel de Casabiado, du maïs, du sucre, de l'eau-de-vie, de la farine, etc., etc. Elle reçoit en échange de la coca, du café, du chocolat, du plomb et de l'étain (1).

Nous avons déjà indiqué les industries agricoles. Gomme industrie manufacturière, nous ne pouvons guère citer que le travail des moulins à eau et de quelques tanneries, la fabrication d'un savon de trèsbonne qualité, enfin celle d'une grosse étoffe de laine, dite picote^ qui sert principalement pour les échanges avec les Indiens du Ghaco. Gette étoffe se tisse dans les familles à l'aide du métier le plus simple construit par les ouvrières elles-mêmes. L'industrie de la province de Jujuy se développerait davantage sans son extrême éloignement du littoral. Ses habitants sont intelligents, très-laborieux et assez entreprenants ; ils n'ont jusqu'à présent d'autre débouché que la Bolivie et le Pérou, dont les industries sont similaires, et une fois les besoins de la province et delà faible exportation que nous avons indiquée satisfaits, ils sont obligés de s'arrêter, faute de savoir où envoyer leurs produits.

Voies de communication. — Ge sont celles qui ont été déjà indiquées pour la province de Salta : la voie du Despoblado pour Gobija ;

(1) En 1855 , d'après les relevés officiels relatés par D. Escolastico Zegada, curé de la ville de Jujuy, la somme des exportations a été de 266,938 piastres fortes, y compris 54,000 piastres en poudre d'or. L'importation bolivienne a été de 46,360 piastres , pour 3,000 paniers de coca, 400 arrobes de café , 200 arrobes de chocolat , 300 quinuux de plomb et d'étain. {NaeUmal Argtntino du 21 mai 1856. — Parana.)

PROVINCE DE JUIUY. 311

celle de la cordillère de San-Francisco pour Gopiapo ; celle de la Puna

pour les bestiaux que Ton mène aux marchés boUviens ; celle de la

AbradeCortaderas pour les communications avecPotosi et le Pérou.

— Jujuy est à 18 lieues de Salta, mais la route n'est praticable que

pour les mulets ; on pourrait cependant, avec quelques travaux, la

rendre accessible aux voitures. Le village de San-Pédro, situé à la

jonction du Lavayen et du Rio-Grande de Jujuy, est à trente lieues

de la capitale, et peut devenir un jour le port du San-Francisco, au

moins pour la descente. La route de Jujuy à ce village n'oflfre point

de difficultés, on la rendrait carrossable. On compte 392 lieues de

Jujuy à Rosario ; — 75 jusqu'à Oran, en passant par Humaguaca ; —

54 jusqu'à la frontière de Bolivie ; — 74 de la Quiaca, dernier point

de la frontière, à Potosi. Tout l'avenir de la province est donc dans

la navigation du Yermejo.

Population. — La population du gouvernement de Jujuy était estimée, en iSiO, à 18,000 âmes ; en 1825, àl'issue delà guerre de l'indépendance, dont le nord de la république avait beaucoup souffert, on ne la portait qu'à 20,000. Le recensement de 1851 donna 30,000 habitants; en 1855, d'après M. Zegada, elle était de 35,189. On peut hardiment l'élever aujourd'hui à 40,000, car elle a notablement augmenté dans ces dernières années (1). L'étude des chiffres du

(1) Le recensement de 1851 établissait ainsi le chiffre de la population pour les neuf départements dont se composait alors la province.

i8Si.

Département de La Capitale 6,600

— Perico 3,020

— Tumbaya (Tilcara) 2,000

— Humaguaca etValle 4,000

— Rio Negro 4,600

' La Rinconada 2,600

Sanu GaUlina 1,6S0

— Gochinoca 3,000

— Yavi 2,530

30,000 Depuis, elle a été divisée en onze départements, dont la population doit être en 1863 de :

Département de La Capitale 8,000

«• Perico de San-Antonio 2,500

A reporter 10,500

31 î DESCRIPTION DES PROVINCES.

mouYement de la population pour la capitale seulement, dans la période décennale de 1846 à 1855, donne 566 mariages, 3,043 baptêmes et 2,592 enterrements, ce qui ne fait qu'une augmentation naturelle de 451 habitants en dix années ; mais dans les départements, cette proportion est plus considérable, la ville de Jujuy, comme celle de Salta, étant Tendroit de la province où la mortalité relative est la plus forte.

Cette population résulte, ainsi que dans la précédente province, de la fusion des tribus calchaquics avec les colons espagnols. De toutes ces tribus, la plus nombreuse dans. ces cantons était celle de Humaguacas, qui a laissé son nom à la longue vallée qui fait communiquer la République argentine avec la Bolivie et le Pérou ; de même que le souvenir de Purmamarcas et des Tumbayas se retrouve encore dans la désignation des villages actuels qui portent ces noms. La population d'origine espagnole est remarquable par son extrême blancheur et le rosé de la peau ; les Métis, au contraire, sont trèsbasanés, et les Indiens ont une couleur encore plus foncée. Le tempérament général est lymphatique. Sur les pliateaux de la Puna, la population est restée la même qu'à l'époque de la conquête, ce sont encore des Indiens de race quichua qui y vivent ; et, chose assez remarquable, mais qui s'explique par leur isolement sur ces rudes plateaux, ils ne se sont point mélangés avec les Espagnols comme ceux des vallées inférieures. Ces montagnards sont fervents chrétiens, mais ils continuent à parler le quichua et comprennent à peine le castillan.

La population indienne de la Puna ne s'occupe que du soin des troupeaux de moutons et de lamas, et de l'élève des ânes et des mulets. Subsidiairement, elle travaille un peu aux lavages d*or de la Rinconada, mais cette occupation n'est point populaire et l'on n'obtient pas tout ce que l'on pourrait récolter. Dans les plaines infé-

Report 10,500

Département de Pericodel Carmen 2,000

— Tilcara 3,000

— Humaguaca 5,000

— Valle-Grande 1,000

— Rio-Negro 6,500

-.' Rinconada 3,000

— Sanu-Gatalina 2,000

— Cochinoca 4,000

— Yavi 3,000

PROVINCE DE JUJUY. 3M

rieures, la population s'occupe d'agriculture, qui a partout besoin d'être aidée par l'irrigation.

Dans le département tropical du Rio-Negro, l'exploitation de la canne à sucre emploie tous les bras ; en outre, de nombreux Indiens du Chaco viennent aider à ces travaux. — Dans les villes, on trouve toutes les professions ; il y a fort peu d'étrangers.

Gouvernement et administration. — En se séparant de celle de Salta, la province de Jujuy a choisi le même système politique, c'est-à-dire un gouvernement représentatif sous la forme républicaine fédérale. Ces principes ont été consacrés dans la constitution du 9 juillet 1855, qui la régit aujourd'hui. Le pouvoir législatif incombe à une chambre composée de dix-sept députés nommés directement par le peuple, à raison de quatre pour la capitale, deux pour Tilcara, deux pour Humaguaca, deux pour Cochinoca et un pour chacun des sept autres départements. La chambre se réunit tous les ans, le 1" janvier, et ses sessions durent trois mois ; elle se renouvelle par moitié chaque année.

Le Pouvoir exécutif réside dans les mains d'un gouverneur élu par un corps d'électeurs spéciaux nommés directement par le peuple, dans la même forme et sous les mêmes conditions que les députés. Ni les représentants, ni les employés de l'administration ne peuvent faire partie de ces électeurs. La durée de sa magistrature est de deux années, et il ne peut être réélu qu'après un pareil intervalle, n est assisté d'un ministre général à son choix.

Le Pouvoir judiciaire est constitué par un tribunal supérieur, siégeant dans la capitale ; un juge d'appel, deux juges de première instance, pour le civil et le criminel, et des juges de paix. La judicature des mines incombe au tribunal de commerce. Il y a des commissariats de police pour les départements de la Capitale, les deux Perico, Humaguaca, Rinconada, Yavi et Santa-Catalina.

Une Municipalité composée de huit membres existe dans chaque département. Les curés, maîtres d'école, juges-de-paix, médecins titulaires, en font partie de droit. Elle est présidée par un procureur syndic.

Instruction publique. — Laisse à désirer. La Capitale a deux grandes écoles primaires, soutenues par l'Etat, une pour les garçons, une pour les filles, et un petit collège d'instruction secondaire. I^ chefs-lieux dé ce département ont aussi chacun une école, mais d n'y en a pas dans les districts.

Culte et clergé. — Le curé de Jujuy est vicaire général de la province ; toutes les cures départementales sont pourvues. Il n'y avait de couvents que dans la Capitale, et ceux-ci n'ont plus de moines. Quelques oratoires, soutenus par des particuliers et des familles pieuses, servent de succursales, mais ils manquent de prêtres ; les curés y viennent lors des fêtes patronales.

Force armée. — Jujuy n'a point de frontière indienne, et la garde nationale ne fait qu'un service d'ordre public ; elle se monte à 3,000 hommes environ. La province est éminemment paisible, et, comme sa voisine, s'abstient de se mêler aux querelles qui agitent de temps à autre le reste du pays.

Finances. — Revenus. — Budget. — Le système financier de Jujuy est assez bien organisé. Les revenus de TEtat sont basés sur l'impôt territorial, à raison de quatre pour mille de la valeur des terres ; une contribution spéciale sur les maisons ; un droit de deux piastres par baril de caûa extrait des sucreries ; un droit sur la marque du bétail; le produit des patentes. Enfin, les salines de Casabindo étant la propriété de l'État, tout le monde peut y aller chercher du sel, à la condition de payer un droit de quatre réaiix (2 fr. 50) par quintal. Ce revenu, par suite de l'accroissement de la population et riu commerce avec les contrées voisines, peut devenir très-considérable. Le sel de Casabindo est d'une qualité supérieure ; il se coupe en briques de la grandeur que l'on veut, et offre ainsi beaucoup de facilités pour le transport : la navigation du Vermejo permettrait de le porter économiquement à Corrientes, au Paraguay, aux Missions, où il manque, et Oran deviendrait l'entrepAt de ce commerce. — Quant aux terres publiques^ la province en possède une quantité considérable, mais il n'y a point encore de bureau topographique pour en faire la mesure, et l'absence d'immigration actuelle pour ces cantons les laisse presque sans valeur; ce n'est qu'avec le temps que cette branche importante des ressources publiques pourra s'améliorer.

Les revenus de Jujuy dépassent aujourd'hui 30,000 piastres, faible somme sans doute, mais qui est susceptible d'accroissement; elle suffit jusqu'à présent aux besoins d'un budget des plus modestes, il est vrai, mais qui a l'avantage de ne pas trop endetter la province.

PROVINCE DE lUJUY. St5

§ n. — Division administrative. — Départements, districts ,

centres de population.

La province de Jujuy est partagée en onze cures ou départements, qui se subdivisent eux-mêmes en succursales et districts. Ce sont, en commençant par le centre : les départements de La Capitale et de Val le Grande; — au sud, les deux départements de Perico de Son-Antonio et Perico del Carmen; — à l'est, celui de Rio-Negro; — au nord, ceux de Tilcara et Humagitaca, dans la vallée de ce oom ; — enfin, sur les plateaux de la Puna, en allant du sud au Qord : Cochinoca, Rinconada, Santa-^atalina, Yavi.

Le département de La Capitale se compose de la ville de Jujuy et de sa campagne. — La ville est située par 24*20' de latitude sud, 67** 40' de longitude ouest , et 1 ,230 mètres d'altitude, sur la rive droite du Rio-Grande ou San-Francisco , au milieu d'une belle ^ée dirigée de l'ouest à l'est. La hauteur de la berge la préserve complètement des cjrues de cette rivière, qui devient considérable pendant la saison des pluies, sans jamais toutefois être navigable. Elle conserve toujours dans la vallée son caractère torrentueux qu'elle ne perd que vingt lieues plus loin, à San-Pedro, où l'altitude du sol est réduite à 600 mètres. I^a pente du terrain offre de grandes facilités pour l'irrigation : aussi la ville et ses environs sont-ils partout arrosés par des eaux vives. — Les rues, exactement orientées dans le sens du méridien, se coupent à angle droit et circonscrivent des lies de maisons de 150 vares de côté ; toutes sont pavées et bien tenues. Les maisons, assez bien construites, mais de dimensions moyennes, ont rarement un étage, et sont tantôt à terrasse, tantôt à toits de tuiles ; elles ont généralement de grandes cours et un jardin sur l'arrière. — Il n'y a d'autres monuments publics que les églises, au nombre de quatre : La Matriz, qui est la paroisse , les églises de La Merced et de San-Francisco, auxquelles soQt annexés les couvents de ce nom, qui ne renferment plus de moines, et un oratoire public. Les églises n'ont de remarquable que quelques peintures à fresque, dans le goût du dix-huitième siècle, exécutées par des artistes indiens formés à Lima; elles sont bien tenues. Dans celle de San-Francisco, on voit un fort beau Christ au tombeau, qui parait d'un maître italien. — Grâce à Tacti-

vite de D. Escolastico Zegada, curé de cette ville, le couvent de la Merced a été utilisé pour un hôpital qui renferme une trentaine de lits entretenus par une société de bienfaisance et la charité publique. Un marché a été construit, il y a six ans, par le gouvernement provincial aidé de quelques actionnaires. La place principale est grande et peu fréquentée, quoiqu'elle soit ornée des édifices de la Matriz et du couvent de San-Francisco ; à Touest un vaste emplacement est consacré à la foire annuelle aux bestiaux, dont les Boliviens profitent pour venir faire leurs achats d'ânes et de mulets, et même de mais. La consommation de cette céréale est immense, par suite de son emploi pour la fabrication de la chicha.

Les arts mécaniques sont exercés par des indigènes et des métis qui possèdent une grande habileté de main.

La ville de Jujuy, sous la domination espagnole, était le passage obligé de toutes les communications de la Plata avec le Pérou, et, grâce à ce transit, assez florissante. Les guerres de Tindépendance Font ruinée en partie ; puis les agitations continues de la Bolivie Font empêchée de se relever comme l'a fait Salta, qui concentre aujourd'hui tout le commerce de la frontière. Elle croît lentement, mais cependant d'une manière sûre, et les habitants y mènent une vie paisible et dans l'abondance de toutes choses ; l'aisance est générale, grâce aux habitudes laborieuses de toute la population. La végétation de la vallée de Jujuy est belle et vigoureuse, mais le climat est extrêmement variable ; la température est même inférieure à celle de Salta, malgré sa proximité plus grande du tropique, et quoique son altitude ne soit pas beaucoup plus considérable. Les vents glacés qui descendent des Nevados situés à l'ouest de la ville y font prédominer les maladies aiguës de poitrine et les affections rhumatismales. A l'automne, il y a quelques fièvres intermittentes.

La campagne de Jujuy est très-pittoresque : de belles collines couvertes de bois et de pâturages bordent la vallée; partout Ton rencontre des ruisseaux descendus des montagnes voisines ; au nord les vallées de Reyes^ de Yala^ de Los Sauces^ de Léon^ offrent des cultures étendues et bien soignées. On trouve dans la Quebrada de Reyes des eaux thermales salines, dont l'analyse n'a pas encore été faite , mais que Ton emploie avec succès contre les rhumatismes chroniques. — La principale industrie du canton est l'agriculture. On récolte beaucoup de maïs dont le surplus est exporté en Bolivie ; dans les montagnes voisines , l'élève du bétail exclut toute autre occupation ; cette industrie domine aussi dans le district de Cayaya, au

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sud de la ville. — La population du département de la Capitale est en tout de 8,000 âmes, dont 4,000 pour la ville, et le reste pour la campagne.

Le département de Valle Grande est situé à Test du précédent ; il embrasse une partie de la vallée de San-Francisco et plusieurs vallons iotérieurs perdus au milieu des dépendances de la chaîne de Zenta. Le petit village de San-Lucas^ la paroisse, est à l'entrée d'une de ces gorges. — On ne s'y occupe que de l'élève du bétail. — Population : 1,000 habitants.

L'ancien département de Perico a été divisé en deux : Perico de San-Antomo et Perico del Carmen. — Le premier, situé au sud de ceTui de Jujuy, est très-montagneux et commence aux pieds des Nevados de Castillo et del Cerro Negro ; l'altitude y varie de 12 à 1,800 mètres, et la route de Jujuy à Salta le traverse tout entier. On ne s'y occupe que de bétail. San- Antonio est un assez joli village, avec une église paroissiale toute neuve. On trouve un assez grand nombre de fermes à bétail dans les environs. — Le département de Perico del Carmen est à l'est, sur les plans inclinés vers la grande vallée, ou plutôt la plaine du Rio Lavayen ; il est arrosé par beaucoup de ruisseaux qui permettent une assez belle agriculture ; on s'occupe même de la canne à sucre dans sa partie orientale, où l'altitude n'est plus que de 7 à 800 mètres. Carmen^ le chef-lieu, est un village rapproché de la vallée du Rio- Grande ; son importance et sa population ont notablement augmenté dans ces derniers temps. — Ces deux départements réunis comptent 4,300 âmes.

Le département du Rio-Negro est tout à fait à l'est et touche à la province de Salta par le sud ; — au Chaco par les versants de la Sierra de Santa-Barbara ; — à la limite même d'Oran par le Rio de Las Piedras. — Il est arrosé par les torrents considérables de Rio-Negro , Ledesma , San-Lorenzo et Sora , qui viennent des hautes chaînes de Calilegua, dont les pentes inférieures sont couvertes d'immenses forêts. Le Rio de San-Francisco, qui reçoit toutes ces rivières, le traverse ; la sierra de Santa-Barbara envoie ses eaux dans le Chaco par le Rio del Vallé et ses divers affluents, qui se perdent dans le désert. — Ce département a le climat de sa latitude , c'est-à-dire celui de la zone tropicale. U y tombe d'énormes pluies pendant l'été; l'automne et l'hiver sont secs; oo y connaît à peine

la gelée, et tous les végétaux des régions torrides y peuvent prospérer. On trouve la yerba-maté dans les forêts, ainsi qu'une foule d'arbres à médicaments, tels que : le sang-dragon, le baume du Pérou, le gayac, etc. Les bois de construction et d'ébénisterie abondent. — Les habitants de ce département sont tous agriculteurs. On produit du riz, du tabac ; mais la culture principale est celle de la canne à sucre, qui s'exploite dans de beaux et vastes établissements où les Indiens à moitié civilisés du Chaco viennent travailler. Les plus inoportantes de ces sucreries sont celles de San-Pedro, Rio-Negro, Reduccion, Ledesma, San-Lorenzo, Las-Piedras, etc., etc. (1). Une grande partie des terrains de ce département appartient à une demidouzaine de propriétaires qui possèdent, à partir des versants de la sierra de Calilegua jusqu'au Rio San-Francisco, des concessions de 20, 30 et même SO lieues de terrain entre chacun des affluents occidentaux de cette rivière. Conune le sol est en partie couvert de bois, on est forcé de le défricher pour le mettre en culture ; les Indiens Matacos sont préférés pour ce travail ; ils manient la hache avec ardeur et habileté. Malheureusement il y a nécessité de brûler

(1) Les principaux établissementa sucriers du Rio-Negro sont :

La plantation de D. Miguel Araoz à San Pedro , village situé à 20 lieues de Jujuy , est à 5 lieues de la jonction du Rio-Lavayen avec le Rio-Grande ou San-Francisco , endroit où cette rivière devient navigable. Cet établisseçnent, qui emploie des Indiens Matacos pour ouvriers, produisait, à Tépoque à laquelle nous le visitâmes, en 1857, 1,000 arrobes de sucre et 150 barils de cana. Le moulin broyeur était en bois, mais mû par une chute d'eau ; ses engrenages en bronze avaient été moulés et fondus à Jujuy même. Cette sucrerie a un oratoire, bâti et entretenu par la famille Araoz ; il sert de succursale pour le village ; le curé du Rio- Negro y réside habituellement.

L'établissement du Rio-Negro , commencé par Soria, le navigateur du Venn^jo en 1826 , était en partie délaissé, mais les travaux y ont été repris.

La Reducdon , anciennement San-ignacio , où la famille Soti vient de faire une grande plantation, a d'abord appartenu à Soria. Elle s'élève sur l'emplacement d'une mission d'Indiens Vejoses réunis par les Jésuites , mais qui se dispersèrent après leur départ. On a restauré l'église et les bâtiments. Les terrains sont arrosés par des canaux dérivés du Rio de Ledesma. On y emploie des Indiens Matacos et Ghiriguanos.

La plantation de Ledetma a remplacé l'ancien fort de ce nom, bâti en 1628 par D. Martin Ledesma de Valderrama, gouverneur de Salta , qui découvrit et colonisa la vallée du San- Francisco. n y a un village et une chapelle entretenue par la famille Ovejero, propriétaire de ce bel établissement, qui comprend près de cent hectares en cultures , possède seize chaudières et emploie 300 Indiens Matacos, une cinquantaine de Chiriguanos et autant d'ouvriers du pays. Le moulin broyeur est en fer, et a été apporté en charrette depuis le Rosario ; cette sucrerie produit 6,000 arrobes de sucre et 800 barils de cana.

La sucrerie du San-Lorenzo est presque aussi importante que la précédente et appartient à la famille Villar. Elle emploie principalement des Chiriguanos.

La sucrerie du Rio de Uu Piedrae était en construction en 1857. — Depuis, on en a installé de nouvelles, et cette industrie prospère d'une manière remarquable ; aussi la population du département a-t-elle notablement augmenté.

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les arbres magnifiques que Ton met à terre, faute de pouvoir, jusqu'à présent, exporter le bois de charpente. L'abondance de l'eau rend rirrigation aisée et permet d'augmenter indéfiniment les cultures, fl serait facile d'y établir celles du café, de la coca, de l'indigo et du coton, qui sont si lucratives, et y trouveraient un sol et un climat à souhait. — Dans la partie à l'est du Rio San-Francisco et dans la sierra de Santa-Barbara, il n'y a d'autre industrie que celle de l'élève du bétail, qui réussit parfaitement. On trouve du bitume naturel au pied de la sierra, et de l'alun en diverses de ses vallées , sans compter le cuivre, le plomb et le fer qui y ont été vus ; mais aucun de ces dépôts minéraux n'est exploité. — Le chef-lieu du département est à la plantation du Rio-Negro^ où, indépendamment de la sucrerie, il y a une chapelle et quelques maisons. Toutefois le principal centre de population est Ledesma. — Celle de tout le département atteint aujourd'hui 6,500 âmes.

La vallée •d'Humaguaca(l) renferme deux départements: l'inférieur, TuxARA , qui commence au Rio de Léon ; le supérieur, Huma- GUACA, qui remplit le reste de la vallée vers le nord. — Le département de Tux:ara est contenu tout entier dans la vallée, tantôt étroite, tantôt large de près d'une lieue. La pente y permet une irrigation facile, et les petites gorges qui y débouchent sont parfaitement cultivées. Le chef-lieu est un joli bourg occupant la partie centrale du département et situé sur une colline que l'on irrigue à l'aide d'un ruisseau venu de Test ; les plateaux voisins nourrissent beaucoup de moutons. Au-dessus de Tilcara se présente le village de Guacalera^ avec une chapelle et de beaux champs de blé et de luzerne, et le hameau de la Cieneguilla, Au-dessous on trouve les groupes de maisons de Maimara^ Homillos et Cieneguita^ puis la riche vallée de Purmacarca^ qui débouche de l'ouest, remarquable par ses beaux vergers et sa culture intelligente ; en la remontant, on arrive aux plateaux de la Puna. Un rétrécissement des montagnes sépare le canton de Tilcara de celui de Tumbaya. Plus bas, la vallée s'élargit et présente un fond plat et salin qui a certainement été le bassin d'un lac salé dont celui del Volcan est un reste. A cet endroit, il y a un écroulement ancien qui témoigne que la paroi australe du lac a cédé sous le poids des eaux ; ses débris couvrent plus d'une lieue de ter- Ci) On écrit Homahoaca et Hamaguaca. Hua se prononçant en quichua aveo un son trèsgBttmly OD a remplacé Vh par le g pour en faciliter la prononciation.

rain et sont désignés sous le nom de Pedregal del Volcan ( les pierrailles du Volcan). Tumbaya est un petit village avec église, et s'occupe principalement de l'élève du bétail; ses cultures sont peu étendues, malgré la grande superficie de terrain plat qu'il serait possible d'irriguer. Ses habitants disent que le sol est trop salé pour les céréales et la luzerne ; cependant les champs un peu éloignés du centre du bassin sont en fort bon état. — Population du département de TUcara : 3,000 habitants.

Le département dUHumaguaca s'étend depuis Guacalera jusqu^au col ou Abra de Cortaderas, et embrasse les parties les plus élevées de la vallée. La culture de céréales n'y est possible qu'à partir à'Uquia^ à trois lieues sud du chef-lieu, où l'altitude est réduite à 2,800 mètres. Partout ailleurs on ne peut cultiver que des pommes de terre, la quinoa et un peu d'orge. L'élève du bétail occupe les plateaux et la partie haute des Quebradas. Les hameaux de Chunquillo, Pucara^ Cianso^ sont dans ces conditions de sol et de climat. Il en est de même de ceux de Trancas et de Quinoal^ de l'autre côté du col de Zenta, quoique les pâturages y soient meilleurs. — Humaguaca^ la dernière ville argentine vers le nord, est de construction très-ancienne ; aussi les rues y sont-elles étroites et tortueuses ; on dirait qu'on a voulu y ménager la place pour les cultures, lesquelles se réduisent pourtant à l'élève de quelques poiriers, pommiers et pêchers placés au nord et dont les fruits mûrissent rarement. L'altitude de cette ville est de 3,000 mètres, et, quoique presque sous le tropique, la température y est froide. Au milieu du jour, et s'il ne fait pas de vent, les rayons du soleil sont ardents, mais le matin et le soir sont toujours rudes, et, au moindre soutQe d'air, on sent une fraîcheur presque pénible. A Uquia, le climat est déjà meilleur, et il n'est pas désagréable à Guacalera. Humaguaca est le lieu de transit obligé pour les voyageurs qui se rendent en Bolivie ou au Pérou ; c'est le point le plus peuplé de la province après la capitale. Sauf Tétroitesse de ses rues, elle est assez bien bâtie ; elle a une église convenable et une maison de ville ou Cabildo, — Population du département : 5,000 habitants, dont un millier pour le chef-lieu (1).

(1) On pourra juger du climat et de la végétation des vallées de Jujuy d'après les altitudes suivantes, que nous avons mesurées au baromètre \

Abra ou col de Zenta 4,530 noetres.

Hameaux de Ghunquillo , Pucaré, etc . . 3,800 —

Estancia de Cianso 3,410 —

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Les quatre départements de la Puna, Cochinoca, La Rinconada, SAiiTÀ-CATALmA et Yavi, sont à peu près dans les mêmes conditions de sol et de climat que la partie supérieure de celui d'Humaguaca. Leurs habitants sont presque tous indiens purs, et se mêlent peu à la population du reste de la province. Ils s'occupent de l'élève du petit bétail, moutons, chèvres et lamas, et à la Rinconada, recueillent un peu d'or. Les placers de cette localité sont médiocrement exploités ; la quantité qu on en tire varie annuellement entre 2 et 3,000 onces. Chaque département de la Puna forme une paroisse, dont l'église est très-fréquentée, les Indiens étant naturellement fort dévots. Dans celui d'Yavi, il existait jadis un vaste majorât, appartenant aux marquis dTavi, lesquels possédaient la presque totalité des terrains de la Puna ; la famille a conservé une partie de ces terres, et son chef réside en Bolivie. Les quatre chefs-lieux que nous venons de nommer sont de simples hameaux composés d'un petit groupe de chaumières et n'ont d'autre monument que leur église, qui est des plus pauvres. Les hameaux de Las-Burras et de Casabindo sont dans le département de La Rinconada. C'est près de Casabindo que se trouve la fameuse lagune salée que nous avons décrite plus haut. Dans le département d'Yavi, il y a un groupe de maisons formant hameau à Los Cangreguillos^ sur la grande route du Pérou, et plusieurs grandes estanciasaux endroits désignés sous le nom de Puestos del Marquez.

Gacsta ou plateau supérieur d*Humaguaca 4, 260. mètres.

Bourg d'Humaguaca 3,020 —

Hmieau dUquia 2,870 —

ViDage de Guacalera 2,700 —

Bourg de Tilcarà 2,500 —

Hameau de la Cieoeguita 2,400 —

Vgiage de Tumbaja 2,150

ViDedeJujuy 1,230 —

Rio Saladillo, frontière de Jujuy et Salta 680 —

Ciôada de Pcrico. (Département de Perico dcl Carmen.). . . . 740

Village de 8an-Pedro 640 —

Rio-Negro (la nyière) 400 —

Haôendade la Reduccion 480 ^

Hacienda de Ledesma 460 —

HacieDdade San Lorenzo 540 ^

Hacaenda de Las Piedras 210 —

Alio de Cayaya, dans le département de Perico de San Antonio. . 1,440 —

Poste de La Gabana. 1,450 —

Noos n'afODspas tenu compte des fractions de dizaine de mètres, pour mieux fixer les chiffres dus la mémoire. On trouvera d'ailleurs les bases du calcul dans notre tableau du nivclgéoéral du sol argentin, détaillé dans l'Atlas. ^

CO»r. AA^KVTIIfB. — T. UI. 21

La population de ces quatre départements, en général, est disséminée dans les fermes et dans des maisons isolées. Son chiffre total s'élève à 12,000 âmes.

§ m. •— Histoire abrégée de la province de Jujuy.

L'histoire de la province de Jujuy, depuis la colonisation du Tucuman par les Espagnols, jusqu'en 1834, époque de sa constitution en province séparée, se confond avec celle de la province de Salta, dont elle fit partie pendant deux siècles et demi. Nous renvoyons donc à ce que nous en avons dit dans le chapitre précédent, et ne reproduirons que quelques traits spéciaux à son histoire particulière.

Les communications de l'empire des monarques Incas avec leurs provinces du pays de Tucma, se faisaient principalement parla vaUée d'Humaguaca et les plateaux de la Puna de Jujuy. Leç Castillans, pour compléter leurs conquêtes vers le sud, n'eurent qu'à suivre des routes déjà tracées. Mais comme ils faisaient succéder au régime éminemment tolérant des Incas, le système des commanderies, c'est-à-dire la réduction des populations indiennes en groupes attachés par centaines et même par milliers au service de tel ou tel des conquérants , ils rencontrèrent bientôt une résistance désespérée chez la majorité des tribus qu'ils vçulaient ainsi réduire au servage. Il fallut s'imposer par la force, dominer partout avec une énergie et une persévérance indomptables. C'est ce qu'ils firent, et la résistance des Indiens finit par se briser, après un siècle de lutte, contre la ténacité de la conquête.

La nécessité absolue de conserver libre la route du sud amena, dès le principe, des luttes avec les Indiens Humaguacas. En 1535, des soldats d'Âlmagro s'étaient introduits dans cette vallée et y avaient été tués. Un détachement de ses troupes qui voulut les venger n'eut pas un meilleur sort. Le général espagnol, qui avait pris le chemin des plateaux, pénétré dans la vallée de Calchaqui et se dirigeait sur le Chili par le Pas de San-Francisco , ne voulut pas se détourner de son entreprise pour réduire les Humaguacas. Ce ne fut que huit ans après, en 1543, que Diego-Rojas fut envoyé par le licencié Vaca de Castro, pour faire des conquêtes dans le Tucuman. Rojas et ses compagnons suivirent la route d'Almagro jusqu'à la vallée de Santa^ Maria, pénétrèrent dans les vallées intérieures de la province actuelle de Catamarcai où ils établirent quelques postes fortifiés^ Les années

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suivantes, on continua de communiquer avec les nouvelles colonies par la même route , la réputation des Humaguacas faisant craindre de s'interner dans leur vallée. En 1550, Juan Nuùèz de Prado résolut de s'ouvrir cette route ; il y réussit à l'aide de son lieutenant Ardiles, qui battit les Indiens et leur imposa la paix, pendant que Prado allait fonder la ville de Barco, Aguirre celle de Santiagodel-Estero, et bientôt les communications du Tucuman avec le Pérou ne se firent plus que par ce chemin. Cependant les Humaguacas mal domptés rendaient cette route dangereuse ; pour les contenir, Zurita, en 1561, fonda la place de Nieva un peu au nord de l'emplacement du Jujuy actuel. Cette forteresse fut bientôt prise et renversée par les Indiens ; et, quelque temps après, tous les établissements espagnols périrent dans un soulèvement général du pays ; il ne resta plus aux conquérants que la ville de Santiago-del-Estero.

La cour d'Espagne, reconnaissant que cette catastrophe avait été préparée et favorisée par l'anarchie qui régnait entre les chefs castiUsîns qui avaient l'habitude de se disputer leurs conquêtes et de pressurer outre mesure les Indiens , plaça , par cédule royale du 29 août 1563, les provinces du Tucuman sous la juridiction de l'audience de la Plata, et fit du Chili un gouvernement séparé : mesure d'autant plus utile que le Tucuman découvert et conquis par les officiers d'Almagro de Valdvia et de Villagran , avait dépendu d'abord de ce gouvernement dont il était séparé par toute l'épaisseur des Andes. En effet, cette nouvelle organisation politique et administrative rétablit les affaires des colons.

Aguirre, envoyé une seconde fois en qualité de gouverneur, fit abandonner les établissements de la montagne et des vallées de Calchaqui pour les concentrer à Torient de la sierra d'Aconquija, où la population était plus douce , le sol plus fertile. La ville de Tucuman fut fondée, puis bientôt celle d'Esteco, et beaucoup de tribus se loainirent. En 1574, Nieva fut rétablie par Zarate, mais elle ne put taûr encore devant les attaques incessantes des Indiens, et, en 1578, Abreu, se repliant devant eux, choisit la vallée à Test de celle de Salta pour y bâtir San-Clemente de la Nueva-Sevilla sur le Rio de Ciancas, aujourd'hui Rio-Mojotoro, près du village actuel de Campo- Santo. Cet établissement ne dura pas, et son successeur Hernando de Lerma fonda, en 1582, la ville de Salta, beaucoup mieux placée an point de vue stratégique. Les Humaguacas et leurs alliés furent iocessanmient tenus en • échec par la nouvelle colonie et les troupes qui muaient incessanmient du Pérou pour la renforcer* Dix ans plus

tard, en 1592, Juan Rarairez de Velasco compléta leur soumission par le rétablissement de Nieva sous le nom de San-Salvador de Jujuy; les tribus les plus turbulentes furent déportées dans la province de la Rioja , et l'on amena, à Jujuy, des Indiens de la vallée de Famatina pour peupler la ville nouvelle. Malgré les attaques des tribus nouvellement liguées contre elles, celle-ci devint bientôt un centre de population assez fort pour assurer à tout jamais la communication avec les plateaux péruviens.

Avec le temps, d'autres établissements s'organisèrent ; il s'éleva des villages et des hameaux , et Jujuy devint assez important pour former une division particulière du Tucuman, tout en conservant Salta pour capitale. Lors de la création de la vice-royauté, elle reçut un lieutenant gouverneur dépendant de l'intendant de Salta ; ce système administratif dura même jusqu'à sa séparation en 1834. — La dernière moitié du dix-huitième siècle fut l'époque brillante de cette province, celle où l'agriculture, l'industrie et la population atteigni* rent leur plus grand développement sous le gouvernement de la métropole.

Nous avons raconté la part que prit le département de Jujuy aux guerres de l'indépendance et sa position critique de 1810 à 1824. U eut à recevoir tous les premiers chocs dans la lutte de quatorze années qui se termina par la disparition du pouvoir espagnol du sol sud-américain .

La séparation avec Salta eut lieu sans trop de tiraillement ; les deux provinces avaient tellement souffert de la guerre de l'indépendance, qu'elles avaient un immense besoin de paix. Depuis, sauf quelques discussions au sujet de leurs frontières du côté d'Iruya et de Santa- Victoria en 1849, elles ont toujours vécu en bonne intelligence. Jujuy, à l'exemple de Salta, a su rester à peu près étranger aux guerres de 1 840 et 1 84 1 , quoique le général Lavallé, lors de sa retraite, y ait été tué dans une maison que Ton montre encore, par un coup de feu tiré au hasard. Les deux provinces ont vu les mêmes querelles et les mêmes triomphes de parti, et heureusement elles n'ont point été ensanglantées comme le furent Tucuman et Gâtainarca. Aujourd'hui Jujuy progresse sous le régime de sa constitution provinciale votée en 18SS, ^t commence à prendre quelque chose de l'activité industrielle et commerciale de sa voisine.

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