CHAPITRE XI
Territoire iadies da IVord oa Gliaco.
Situation astronobaque et limites. — On doane le nom de Chaco à tout rimmense terrain compris «ntre : le Rio-Salado (Juramento) au sud, et une ligne tirée de la Esquina à San-Javier par 31® environ de latitude, dans la province de Santa-Fé, les fleuves Parana et Paraguay àVest, — la province de Chiquitos et ses petites sierras au nord, —le versant oriental des Andes à l'ouest ; — c'est-à-dire qu'il s'étend en moyenne entre le 18* et le 31'' de latitude sud, le 60'' et le 65'' de longitude orientale, soit sur une superficie de plus de 20,000 lieues earrées, de 20 au degré. — C'est une plaine absolue, sablonneuse en quelques endroits, plus souvent argileuse, semée de bouquets de bois, de pâturages, de lagunes tantôt salées, tantôt douces, ici formées par les eaux pluviales, là produites par le débordement des rivières, et dont beaucoup se sèchent après la saison des pluies. Quelques-unes cependant constituent de véritables lacs permanents, dont le trop plein se perd par Tévaporation ou se déverse, s'ils n'en sont pas trop Soignés, dans les rivières Pilcomayo Vermejo et Juramento. L'ex- Wme horizontalité du terrain fait qu'il n'y a qu'un très-petit nombre de ruisseaux et que les moindres inondations s'étendent à des distances considérables.
Trois grands cours d'eau traversent ce terrain, ce sont le Jura- Dtento, le Vermejo et le Pilcomayo, que nous avons déjà décrits en détail (voyez t. I, p. 139, 129 et 124). Les autres ne sont que des ruisseaux, souvent temporaires, des canaux naturels par lesquels les eaux des inondations reviennent soit au Parana soit au Paraguay, ^t enfin aux lagunes permanentes qui occupent les dépressions de la{daioe.
Le Vermejo, en traversant le Chaco de Touest au sud-est, le partage en deux parties à peu près égales; l'une, au sud de cette rivière, ^le Chaco austral, l'autre, au nord, est le Chaco boréal. Cette partie se subdivise en deux autres portions. Tune en-deçà, lautre Melà du Rio-Pilcomayo. Ces différentes zones se ressemblent beau-
326 DESCRIPTION DES PROVINGES.
coup par la nature du terrain, la latitude seule y amène quelques différences dans la végétation et la production (1).
(1) Le Ghaco, abandonné aujourd'hui aux indigènes , touche à trois Ëtats sud-américains, qui, à titres divers , allèguent des droits à la suzeraineté tie vastes parties de son territoire , quoique aucun n'y ait encore formé d'établissement permanent, et que cette région n'ait jamais cessé d'être habitée et possédée par les tribus indiennes : oe sont la République Argentine, la Bolivie et le Paraguay. Nous n'avons point à traiter ici la question des droits plos ou moins réels à une propriété appartenant, en somme, à des tiers (les Indiens), qui protestent très-énergiquement depuis trois siècles contre de pareilles prétentions, mais uniquement celle des faits.
Nous dirons toutefois qu'il nous semble que la nation qui colonisera le Ghaoo, cÎYiiitera ses habitants, lui donnera des routes, rendra ses fleuves navigables, assurera des communications pacifiques à travers ses plaines, depuis les Andes jusqu'aux fleuves Paraguay et Parana, peut un jour, en toute équité, se proclamer maltresse légitime de cette vaste contrée, et recueillir, aux applaudissements universels , les bénéfices d'une oeuvre aussi grandiose, anaâ utile, non-seulement à l'Amérique du Sud, mais encore à l'humanité. •» Or, jusqu'à présent, sauf la navigation du Yermejo , établie et subventionnée par le gouvernement Argentin, les tratatives faites pour la colonisation du Ghaco sont incomplètes et se réduisent k pea de chose.
La Bolivie s'est arrêtée dans la reconnaissance du Rio Pilcomayo ; le Paraguay ae contente de quelques postes militaires sur la rive droite du Paraguay , du fort Borbon , et de la colonie de la Villa-Ocddental , à 7 lieues au-dessus de V Assomption. Tous les anciens élnblissements fondés dans les XVI*, XVII* et XVUI* siècles par l'Espagne ont été abandomiét , sauf quelques-uns, dans le cours des années , et tout est maintenant à refaire. La question reste donc entière, et tout porte à croire qu'elle ne sera pas décidée de sitôt.
Dans l'état actuel des choses, la République Argentine occupe sans conteste toute la partie au sud du Rio-Vermejo, et, s'appuyant sur les anciennes divisions établies par la métropole, veut étendre sa juridiction jusqu'au 22* de latitude. La Bolivie dit sienne toute la région an nord de la ligne du Vermejo supérieur ; enfin le Paraguay considère comme son domaine ce qui est à l'occident de son fleuve, depuis le bas Vermejo jusqu'au 21* de latitude, et, d'orient en occident, au 64* de longitude. » Sans trancher donc ici des questions de frontières, qui doivent être traitées à l'amiable et dans un intérêt commun , nous avons cru devoir décrire le Ghaco tel qu'il est à présent, récapituler les principaux faits de son histoire depuis la découverte jusqu^'à l'époque actuelle. (Voyez d'ailleurs, tome I , page 49, ce que nous avons dit sur les frontières de la Gonfédération argentine de ce côté.)
Le mot chiico vient, selon quelques étymologistes, du Quichua Chacu, troupe de vigognes et de guanaques que dans les chasses on accule dans un impasse de montagnes. Ge nom anrait été donné par les Incas aux plaines de l'est, où se retiraient les Indiens qui ne voolaMnt pas accepter leur domination. — Les anciens auteurs le désignent toujours sous le nom de CKaco gualambat ou Gran^ChacOy le Grand-Ghaco.
Quoiqu'ils eussent quelques connaissances des tribus indiennes qui peuplaient cette vaste région, les Incas n'y firent aucune conquête. Leur domination s'arrêtait là où les demien rameaux des Andes venaient se confondre avec les plaines du Ghaco. Mais si la Pampa échappait à leur empire, toute la montagne était à eux jusqu'au 33* de latitude. Gette région, formant les provinces de Collatayu, fraction sud de l'empire, lequel, divisé en quatre parties, suivant les quatre points cardinaux, nommait Antisuyu la région de l'est, Cuntin^jp* celle de l'ouest, et CfUnchasuyu celle du nord.
Du mot GûUasayu est dérivée la désignation de Colla, que l'on donne familièrement aux habitants de la Bolivie» et quelquefois même à ceux des provinces de jQJ>iy et de Sait»; Ce mot n'est pas tovyours pris en bonne parti
§ I. — Chaco boréal.
Le Qiaco boréal est compris entre le Rio-Yermejo au sud et la promce bolivienne de Chiquitos au nord ; — entre les derniers chaînons des Andes et le Rio-6rande ou Guapay à l'ouest; — et le Rio-Pàraguay à Test. — Le Rio-PilcamayOj qui le diyise en deux parties à peu près égales, le traverse tout entier.
Nord du Pilcamayo. — La partie au nord du Pilcomayo est absohunent plate jusqu'au 20® degré de latitude, car sous ce parallèle les dernières ramifications du système de San-Femando et des petites oenras de la proviiu^e de Chiquitos viennent se terminer aux bords du Rio-Paraguay par quelques hauteurs isolées telles que les Gerros de Galvan, de los Très Hermanos, etc. Cette région est peu connue; OD sait seulement qu'elle est basse et en partie inondée dans la saison des pluies. Les collines rapprochées du Rio-Paraguay sont couvertes de forêts presque impénétrables, et à leurs pieds s'étendent d'imi&enses marécages. Les rives de ce fleuve, depuis la Bahia-Negra jusqu'à l'embouchure du Pilcomayo, presque devant l'Assomption, sont peu élevées, les eaux les franchissent facilement lors des crues. Les ndaseaux que l'on y signale, tels que le Piray, le Mboicaé^ Vlboby^ ^Confuso, le Verde^ le Galvan^ etc., etc., ne sont connus qu'à leurs embouchures, et sont regardés plutôt comme des canaux de décharge des inondations de l'intérieur, que de véritables cours d'eau prenant kur source à une distance assez considérable du fleuve.
Tel est encore le Rio-Latirequiqui, dit aussi Otuquis^ né des rivières de San^Rafael et de Tucabaca^ qui arrosent les missions de Chiquitos, dont l'embouchure formerait la Bahia-Negra (voyez t. I, p. 108), rivière dont l'existence est niée par les Brésiliens, et que les Bolmens regardent cependant comme la principale artère fluviale de leur province future d'Oliden. Il faut dire toutefois que la géographie de cette province n'a pas encore été faite, quoiqu'elle figure sur beaucoup de cartes avec une capitale qui n'existe pas , et que la majeure pvtie de ce terrain ne soit, d'après le peu qu'on en sait, qu'une inmiense forêt marécageuse (1). Vers le nord-ouest, le sol se relève
(1) U torritoire d'Oliden, comprenant un carré de 50 lieues de c6té , de 17*" SO' à 20^ de l^liMe, juaqa'i la rire droite du Rio-Paraguay, a été concédé, Ten 1830 , par le goûter-
et Ton trouve des plaines rarement atteintes par les eaux, ici co vertes de graminées comme la pampa, là semée de bouquets de boi et de quelques lagunes. Cette partie plus élevée est peuplée de noi breuses tribus indiennes, généralement nomades et qui^ dans saison sèche, étendent leurs excursions jusqu'à la rive gauche * Rio-Pilcomayo , et même à celle du Rio - Paraguay. C'est partie orientale de cette région qui était désignée jadis sous le m de Llanos de MansOj les plaines de Manso, du nom de son prem: explorateur et conquérant.
Le Rio-Pilcomayo (voyez sa description t. I, p. 124) estbi connu dans sa partie supérieure depuis sa réunion {las jurUas) ai le Pilaya, jusque par 64® environ de longitude , endroit où son couj comme celui du Juramento , est interrompu par des lagunes , d bancs de sable, des bois fourrés, au milieu desquels il se perd : c'e: à-dire que, tant que la pente est assez forte pour que les ea puissent creuser leur lit , il est bien encaissé, et navigable , taa< qu'une fois que ses eaux sont arrivées dans une plaine presque abé lument horizontale, ses atterrissements obstruent les cours de rivière et la forcent à former des lagunes, des baûados, pour ne r trouver que bien plus loin son ancien lit. Il est certain, d'après les da seules reconnaissances connues, celle de Patifio en 1721 et celle c l'expédition bolivienne en 1 844, que la rivière a plusieurs fois chan( de Ut. Ses bouches devant TAssomption se perdent dans des man et se sont tour à tour si bien fermées et rouvertes que Ton n'en 9 plus le nombre. Il résulte donc que, dans l'état actuel des choses, Pilcomayo , malgré sa longueur et l'abondance de ses eaux , n'< point navigable jusqu'à ce que le peuplement de ses bords ait pern à l'industrie humaine de régulariser son lit. Il serait également é dent que, même depuis deux siècles, la superficie du Chaco dans voisinage de ses rivières a été très-modifiée par leurs débordemen et que tel canal autrefois accessible aux embarcations ne l'est p! aujourd'hui.
Comme le Juramento , et même le Vermejo, le Pilcx)mayo o! des lagunes latérales, qui tour à tour se vident ou s'emplissent sel la saison, et reçoit quelques canaux de décharge des inondatic intérieures. Ses 1)ords sont de nature très-variée : encaissés dans c
nenient bolivien à M. de Oliden, à la condition d'y fonder dés colonies. Rien jusqu'à pré) n'a été fait, faute d'entente avec le gouvernement du Paraguay et le Brésil.
TERRITOIRE INDIEN DU NORD OU CHAGO. n29
taincs parties, plats dans d'autres, là ombragés de hautes forêts ou de bois de palmiers, ici presque de niveau avec une plaine découirertc qui n'offre que des graminées. De nombreuses tribus indiennes y ont leurs villages {tolderias) et s'alimentent du poisson qu'elles pftclient dans ses eaux, du gibier qui y vient boire ; quelquefois même elles font des plantations sur les terrains que les débordements couvrent et découvrent tour à tour.
TJne autre rivière assez considérable, le Parapèti^ née des derniers versants des Andes, se dirige à l'est-qord-est et va se perdre^ suivant MM. Ondarza et Mujica (1) dans la lagune Izozog, qui donnerait naissance à une des branches-mères de Latirequiqui. Un peu plus au nord, une série de lagunes salées se déchargerait dans le même cours d'eau par VArroyo del Agua-caliente.
Sud du Pilcomayo. — La bande du Chaco renfermée entre le Pil-
conayo et le Yermejo, quoique à peu près identique par la nature
du terrain et de la végétation^ parait moins basse que la précédente.
Elle offire un reste de canal naturel, appelé Teyu par les Indiens, qui a
pu faire communiquer ensemble les deux rivières, mais sur lequel il
n^eiiste que des détails fort incomplets. Les lagunes ne sont pas aussi
nombreuses dans cette région que dans la supérieure , et, à part
la. Tésistance des Indiens, elle offrirait moins de difficultés matérielles
pour une exploration. Nous savons déjà que toute la rive gauche du
Vennejo est assez élevée, bien sèche et le terrain très-praticable. En
approchant du Rio-Paraguay^ le sol arrive presque au niveau du
fleuve, et, lors des crues, ses eaux en couvrent une grande surface,
surtout vers les bouches du Pilcomayo.
Le sol du Chaco tout entier, des bords du Parana et du Paraguay aux dernières ramifications des Andes qui viennent expirer dans ses plaines, appartient aux formations tertiaires. — La pente générale du terrain est^ conrnie celle de la région pampéenne, doucement inclinée vers le déversoir central formé par les fleuves Paraguay et Parana. Cependant l'altitude générale du sol est inférieure à celle delà rigion pampéenne proprement dite, c'est-à-dire à l'espace qui s'étend eotre le massif central argentin, les bords du Parana et les rivages k l'océan Atlantique. M. Weddel, dans le récit de son voyage en Bolivie, ne donne que 160 mètres d'altitude aux plaines de Tarija; nous n'avons trouvé que 300 à celles d'Oran, près du Rio-Vermejo,
(I) XafMi de la Republica de Bolivia. -. New-York, 1859.
et là, la rivière a encore son caractère torrentueux. Les sources du Rio-Paraguay ne sont qu'à 300 mètres, suivant M., de Castelnau, et. aux lagunes de Xarayes cette altitude doit être réduite à 100 mètres au plus> ce qui nous permet de fixer approximativement Faltitude moyenne des plaines du Chaco à 120. Enfin nous rappellerons que nous n'avonS'' trouvé au Saladillo, décharge des eaux pluviales du grand bassin des Salines et des débordements du Rio-Dulce, par 29® environ de latitude et 64'' de longitude , que 80 mètres seulement au-dessus du niveau de la mer. Il s'ensuit que tout le centre du contîr nent sud-américain est fort bas, quoiqu'il n'ait pas toutefois de ces dépressions que Ton trouve en Asie comme dans les bassins de la mer Caspienne et du lac Âsphaltite. Mais ce qu'il y a de remarquable, c'est l'incroyable longueur d'une plaine qui, s'étendant au centre du continent des bords de TOrénoque au détroit de Magellan, ne comprend pas moins de GO"" de latitude.
Près des rivières du Chaco, le sol, profondément remanié par les eaux, est recouvert de vastes couches d'ailuvions modernes qui s'éteur dent à des distances considérables. Il serait évidemment d'une exubérante fertilité si la main de l'homme le soumettait à la culture, et l'on en a eu la preuve dans le peu d'établissements que les missionnaires ont pu y créer, mais que le malheur des temps a forcé de laisser périr. L'avenir des colonies agricoles qui s'y établiraient est donc certain et immense.
Le climat du Chaco boréal est celui de la zone torride, mais tempéré par une assez grande humidité, résultat des inondations, des lagunes qui persistent après elles, enfin de l'abondance des pluies et des orages depuis le mois d'octobre jusqu'à celui de mars. La saison sèche y dure six mois, et à cette époque les nomades se rapprochent des rivières rentrées dans leur lit. Il y a alors quelques gelées superficielles à la suite des vents de sud-ouest, mais elles sont rares et surtout fort courtes.
Sa végétation a déjà été décrite par nous en traitant de celle du nord des provinces littorales et de la région tropicale voisine des Andes (voyez 1. 1, p. 400 et 424) ; c'est aussi celle de l'état du Paraguay. Elle n'offre donc rien de particulier : les bois y sont moins élevés et moins touffus que l'on ne serait disposé à le croire au premier abord ; en beaucoup d'endroits le sol est très-découvert. Comme dans le reste du bassin de la Plata, la famille des mimosées domine parmi les espèces arborescentes.
TERRITOIRE INDIEN DU NORD OU GHACO. tai
Nous ne parlerons pas du règne animal^ qui n'offre rien que nous ne connaissions déjà :. le jaguar, le couguar, le tapir, le pécari, le fourmilier, les tatous, les diverses espèces de cerfs et de singes parmi les mammifères. Des perroquets et des oiseaux aquatiques sans nombre; des caïmans et des boas ; les abeilles sauvages donnant un excellent miel, etc. — Le bétail domestique y réussirait très-bien, et quelques tribus élèvent des moutons et des chevaux en assez grand nombre. Ce dernier animal ne s'y est cependant pas multiplié à Tétat sauTage comme dans les Pampas.
\a population du Chaco boréal est exclusivement composée dlndiens appartenant à un petit nombre de nations qui se subdivisent elles-mêmes en une multitude de tribus qui chacune portent un nom particulier et diffèrent entre elles par des modifications dans le dialecte qu'elles parlent. Les principales de ces nations sont les Chiriguanos ou Cambas, qui haJ)itent aux pieds des versants orientaux des Andes, les Mataguayos et Matacos^ proche du Rio-Yermejo, les Mbayas et Lenguas, du Rio-Paràguay, les Tobas et MocoviSj qui parcourent le Chaco tout entier, des frontières de Santa-Fé à celles des missions boliviennes. Les habitants de Corrientes et du Paraguay donnent le nom générique de Guaycurus à toutes les nations indiennes qui vivent de l'autre côté du fleuve, mènent une exis^ tence nomade et ont adopté l'usage du cheval; toutefois ils l'appliquent plus spécialement aux Mbayas et à leurs alliés. Nous avons déjà Donuné la plupart de ces nations et parlé de leurs mœurs. (Voyez t. II, p. 177.) Sur la rive gauche du Vermejo, on trouve quelques groupes de VejoseSj de Chunupisj de Vilelas^ de Chanès, d'Atalas, de MalbalaSy etc., que l'on confond souvent avec les Matacos^ dont ib dérivent ; mais le gros de ces dernières tribus habite le sud de cette rivière. Toutes ces nations sont à peu près nomades, à l'exeeption des Chiriguanos, qui ont des villages permanents. — Chacune cependant a une sorte de domicile ou de centre où elle revient coDstruire ses huttes après des absences plus ou moins longues, motivées par la nécessité de chercher de nouveaux terrains de chasse et de pèche, et de fuir les inondations. Elles se fractionnent en une foule de groupes qui presque tous portent un nom différent^ ce qui ferait croire à une origine également différente. Mais il n'en est rien ; elles sortent de la race giuiranie^ ou de la race qu' Alcide d'Orbigny appelait pampéerme et dont les Tobas sont le type. D serait fort difficile de fixer le total de lapopulationdu Chaco boréal.
Lors de la découverte, on porta le total des Indiens qui Thabitaient à un chiffre très-élevé ; plus tard, en 1764, Filiberto Mena, qui avait conduit une exploration dans cette contrée, le portait à 106,584, et faisait Ténumération de toutes les tribus par leurs noms et le chiffire de leurs hommes de combat (1). Le Père Lozano ne Festimait qu'à 62,650. Alcide d'Orbigny le réduit à 30,000. Mais ce chiffire est peutêtre un peu faible, car il résulte de tous les renseignements que Ton a sur les frontières, que la région de Pilcomayo est assez peuplée. Le chifùre de la population de tout le Chaco boréal atteindrait alors près de 40,000 âmes ; mais hàtons-nous de dire que ceci n'est qu'une hypothèse. Cette population a dû être beaucoup plus considérable au seizième siècle, mais la variole a été pour elle un fléau terrible, et cette maladie a contribué cent fois plus que les guerres avec les Espagnols à la destruction de la race indienne dans le bassin de la Plata et surtout dans le Chaco.
Les Indiens de ce pays vivent dans le même état d'indépendance sauvage qu'il y a trois siècles ; ils se font la guerre entre eux, mais avec moins d'acharnement qu'autrefois, et la menace constante de l'invasion des chrétiens, si elle ne les a pas réunis en un seul corps, leur a fait comprendre au moins qu'ils ne devaient pas continuer à se détruire. Chaque tribu vit sur son terrain et n'empiète pas sur celui des autres ; quelques-unes, plus rapprochées des terres chrétiennes, viennent y échanger des peaux, de la cire, du miel, etc., pour des ustensiles, des haches, de la verroterie, des liqueurs fortes, etc. Elles possèdent des chevaux, des moutons et quelques vaches ; elles font même à l'occasion un peu d'agriculture. — Les Chiriguanos ont atteint un certain degré de civilisation et se mêlent aux chrétiens pour le travail, sans pourtant abandonner leurs mœurs et leurs coutumes.
Toutes ces nations ont un sentiment commun, — celui de la défense de leur territoire contre les blancs. Elles ne veulent ni l'abandonner, ni même le vendre, et luttent avec opiniâtreté contre les envahissements qui ont lieu de temps à autre et qui ne s'arrêteront
(1) On trouvera des documeDts précieux sur le Chaco dans Texcellent ouvrage du général Arenalès, publié à Buenos-Ayres en 1834, et intitulé Noticias fobre el gran paûdel Chaco, 1 vol. in-8°. Il en a été fait d*autres éditions. — Le père Lozano a écrit une Desetipcion corografica del Chaco Gualamba, Madrid, 1754, où Ton trouve de très-grands détails; le père Charlevoix les résume dans son Histoire du Paraguay, Enfin Alcide d'Orbigny , dans VHomme américain, — 2 vol. in-S**, Paris, 1839, — traite longuement la question dos races et nations indiennes du Chaco et de la région des Pampas.
ceitaineDdent pas. C'est ainsi qu'elles se sont jusqu'à présent opposées instinctivement à toutes les explorations que Ton a tentées pour reconnaître le pays, et qu'elles inquiètent par leurs maraudeurs les nouvelles fermes établies sur la frontière et sur les rives du Veonejo. — La reconnaissance d'un chemin direct des Andes au Rio-Paraguay, soit au sud du Pilcomayo, soit au nord, pour arriver aux lacs Yaîva et Uberava, n'a pas été jusqu'à présent possible, à cause de leur résistance. Ce n'est que par une politique conciliante, des présents souvent répétés, enfin par Faction des missionnaires, que Von arrivera à obtenir leur concours pour l'ouverture de ces voies de communication.
En efTet, si les chrétiens ne peuvent avec sécurité traverser ce territoire, les Indiens, qui en connaissent toute la supei*ficie, le traversent dans tous les sens lors de la saison favorable, soit pour venir commercer avec les Argentins, les Paraguayens et les Boliviens, soit pour faire des incursions sur leurs terres. Tous les renseignements pris sur la possibilité des communications à travers ces plaines sont d'accord pour en démontrer la facilité, pourvu qu'on soit aidé par les Indiens, qui doivent en pareil cas servir de guides et d'escorte; mais, jusqu'à présent, au moins, ils se soucient peu de s'y prêter. Il ne serait pas difficile d'établir une route directe de Santa-Cruz de la Sierra aux lacs du Paraguay, si le gouvernement bolivien s'en occupait sérieusement et si ceux du Paraguay et du Brésil y prêtaient les mains.
§ II. — Chaco amiral.
Cette région est comprise, comme nous l'avons déjà indiqué, entre la frontière de Santa-Fé, le Rio-Salado, le versant oriental des sierras delAlumbre et de Santa- Barbara, le Rio-Vermejo et le Rio-Parana, embrassant ainsi, dans un immense triangle, un territoire d'environ dii mille lieues cairées.
La région australe du Chaco ne renferme, comme la boréale, qu'une plaine absolue, moins basse toutefois , plus sèche et un peu plus argileuse. Cette énorme plaine n'a pas une colline, pas un pli de terrain, pas une rivière, si ce n'est près du Parana, où débouchent quelques canaux de décharge des inondations intérieures, tels que l'arroyo cfc/ Mal-abrigo^ ceux del Rey^ de San-Geronimo^ de los Capibarasj Blanco, Negro^ del Oro^ etc. Plusieurs grandes lagunes, soit douces, soit salées, s'y présentent; des bois remplissent les bas-fonds
t34 DESCRIPTION DES PROVINCES.
humides et se pressent surtout auprès des trois grands cours d'eau qui encadrent cette région ; parallèlement à la rive gauche du Juramento, croit une forêt d'arbres épineux, épaisse presque partout d'une à deux lieues, et qui n'offre que de rares passages connus des maraudeurs indiens et des Santiagais chercheurs de miel {meleros). Le sol, comme dans le Chaco boréal, appartient aux formations pliocènes de la période tertiaire. Il est généralement argileux ; aussi les lagunes y sont-elles fort nombreuses après la saison des pluies ; on n'y voit pas une pierre, pas un caillou, et les seuls minéraux qui y soient connus sont les morceaux de fer, considérés comme météoriques, que Ton rencontre dans le Campo del Cielo, près du puits diOtumpa^ à 60 lieues du bourg de Matara, fer dont nous avons indiqué le gisement si remarquable et si inexpliqué. (Y. t. I, p. 272.) Quoiqu'il n'y ait point de cours d'eau capables de fournir à l'irrigation, la terre n'en est pas moins féconde, et le petit nombre de colonies que l'on a pu former dans cette région ont toujours été célèbres pour l'excellence de leurs productions agricoles. L'on y trouve d'ailleurs toutes les conditions de sol et de climat des provinces si fertiles de Gorrientes, de Santa-Fé et de Santiago del Estero.
Le climat est celui de la province de Gorrientes ; une température de 20'' en moyenne, un ciel presque toujours pur, des brises fréquentes et salutaires, des pluies au printemps et \ Tautomne, et souvent même pendant l'été : celles-ci sont moins régulières et moins fortes que dans le Ghaco boréal , mais le pays n'en est pas moins inondé en partie, surtout dans'^le voisinage du Parama et du Vermejo. Les rives de cette dernière rivière présentent d'espace en espace, à une courte distance, des lagunes et des esteros communiquant avec elle ; toutefois cette disposition du sol et des eaux est plus rare que sur les bords du Juramento.
La végétation est également analogue à celle de Gorrientes et de Tucuman ; elle est toutefois moins vigoureuse que la nature sabloargileuse d'un sol généralement très-meuble ne le ferait croire. Les belles forêts ne se montrent qu'en quelques endroits; presque partout ailleurs les arbres sont des mimosées de taille moyenne. On y rencontre de fort belles plaines couvertes d'excellents pâturages et qui pourraient nourrir d'innombrables troupeaux. Ges pâturages ne sont nullement négligés des Indiens, qui y entretiennent des chevaux, des moutons et même des bœufs, mais en petit nombre et sans grands soins.
Le règne animal présente les mêmes espèces que dans le Chaco supérieur ; ce n'est plus guère que là que Ton trouve encore le tatou géant et le fourmilier, deux animaux qui tendent à disparaître devant la guerre que Fhômme leur fait incessamment pour profiter de leur chair et de leur peau. — Les animaux domestiques y pourraient prospérer comme dans les meilleurs pâturages des provinces voisines. La chaleur du climat, pendant Tété, est tempérée par une ventilation continue ; les pâturages sont un peu salés et maintiendraient la santé des animaux.
\a population indienne du Chaco austral est pareille à celle de la région située de Fautre côté du Yermejo, et la plupart des tribus du nord peuvent passer librement dans la région du sud lorsque cette ri- Wère est guéable, c'est-à-dire aux basses eaux. Cependant il n'est guère aujourd'hui que les Tobas qui fassent de ces grandes excursions; \ei&Mocovis ou Montaraces^ leurs ennemis, quoiqu'ils soient de même race, ne se montrent guère qu'en-deçà du Vermejo et restent dans leurs cantonnements, où les Tobas hésitent à les dler chercher. C'est cette tribu qui attaque principalement les frontières de Santiago del Estero et de Santa-Fé, et va même parfois dans celle de Cordova, aux environs des lagunes de los Porongos. Jadis les Mocovis ont presque détruit les Abipons, dont le reste s'est civilisé et habite le territoire de Santa-Fé ; ils ont ainsi remplacé toutes les tribus qui occupaient le sud du Chaco. En-dehors des Matacos^ des Chanès^ des VUdas^ desChunupis, des Atalas^ des Malbalas, etc., qui vivent sur les deux rives du Rio- Vermejo, mais principalement sur la droite, 3 n'y a donc plus que les Tobas que l'on puisse rencontrer dans toute rétendue du Chaco, du 20"" au 30® de latitude, et encore habitent-ils de préférence le bas Vermejo. Us ont plusieurs campements ta face de Corrientes, où un assez grand nombre d'entre eux vont tmvailler ; ils sont imités en cela par les Chunupis^ les Vilelas et les Atalas leurs alliés.
Quant aux Matacos des deux rives du haut Vermejo, nous savons d^ que la plupart viennent prêter leurs secours comme ouvriers dans les pbntations de Salta et de Jujuy. Les Mataguayos sont les mêmes que les Matacos ; mais on donne particulièrement ce nom à celles des tribus du nord qui restent sans rapports pacifiques avec les blancs. — Les Mocovis ou Montaraces ne veulent point non plus se plier au travail et conservent leur existence nomade ; ils continuent à être le fléau des firontières de Santiago del Estero et de Santa-Fé. On a con-
du pays qui forme aujourd'hui la province de Chiquitos. Là il apprit la conquête du Pérou par Pizarre, la mort d'Atabualpa et fit quelque butin. Cependant il lui fallut revenir sur ses pas, et il atteignit de nouveau le port de Candelaria ; mais son escadre, fatiguée de Tatr tendre et le croyant perdu, était partie. D fut donc obligé de s'installer au milieu des Indiens Payaguas et Sarigues, lesquels, se réunissant aux Mbayas, le surprirent et le tuèrent avec tout son monde.
Nous devons cependant faire ici mention du voyage d'Alexis Garcia, Portugais, lequel en 1S25, au dire des historiens Ruy Diaz de Guzman, Herrera, du Père Guevara, etc., etc. (1), aurait pénétré directement de la côte du Brésil au Pérou, en traversant presque le continent entier de Test à Touest par la province de Sainte-Catherine, le Paraguay et le Chaco ; voyage prodigieux, incroyable , et qui ne s'explique que par la connaissance que l'on a de l'ardeur et de l'intrépidité des hommes de la découverte. C'était l'année de la mort de l'inca Huayna-Capac , père de Huascar et d'Atahualpa : Alexis Garcia, déjà établi à Saint- Vincent, colonie portugaise de la c6te, prit avec lui 2,000 Tupis et Guaranis, dont il parlait parfaitement la langue, et les décida à se diriger avec lui vers les terres de l'ouest, siège, disait-on, d'un grand empire, où abondaient des richesses de toute sorte. U les parcourut tout en combattant victorieusement les peuplades qui s'opposaient à son passage, et put revenir chargé du butin fait chez les vassaux de l'inca. Arrivé sur les bords du fleuve Paraguay, Garcia envoya deux de ses compagnons pour rendre compte de son expédition ; mais, pendant qu'il se reposait de ses fatigues, il fut assassiné par ses propres Indiens, qui ne tuèrent pourtant pas son fils, encore en bas âge, et le conservèrent. Le butin qu'il avait apporté, et qui consistait principalement en étoffes de laine et de coton, en pièces d'argenterie, fut dispersé parmi les Guaranis de la contrée. — De là proviendraient les morceaux d'argent dont. Tannée suivante, Jes Carios (Indiens du Paraguay) firent présent à Gaboto. — Guzman dit avoir connu lui-même le fils de Garcia, qui devint un des colons de l'Assomption. On aurait su ces détails à la colonie de San- Vicente, à laquelle toucha Gaboto en venant d'Europe.
Les assassins de Garcia, craignant la vengeance portugaise, se-
(I) Diaz de Guzman, HittoWa ar^enttna, page 15. — Guevara, Htttortaefel Paraguay» p 83. — Charlevoix, Histoire du Paraguay, 1. 1, page 36. — Alcide d'Orbign y, Foyoj^a dmu l'Amérique méridionale, t. II, p. 559 — Arsène Isabelle, Sébastian Gaboto deseubri' dor de los Bios Uruguay, Parana y Paraguay, 1 vol. in-S», p. 76. Montevideo, 1862.
raient retournés par le Chaco se fixer au pied des Andes, dans le pays actuel des Chiriguanos, et y auraient été la tige de cette nation. — Nous pensons que les Chiriguanos habitaient déjà depuis longtemps au pied des Andes lorsque Garcia y fit son excursion. La chronique de l'époque raconte également qu'un autre capitaine portugais, Georges Sedenho, ayant voulu, avec soixante Européens, s'aventurer dans le pays sur les traces de Garcia, fut massacré par les Tupis avec tous ses compagnons, au moment de toucher le Paraguay. — Tels sont ^ les bruits qui couraient sur le littoral du Brésil à cette époque, soit au port de Saint-Vincent, soit à l'tle de la Cananéenne, où touchaient d'habitude les navires qui commençaient à aller dans le sud sur les traces de Solis et de Magellan.
En 1542, Alvar-Nuûez Cabeza de Yaca, nouvel adelantado de la Plata, envoie Martinez de Irala pour reconnaître le haut Paraguay et chercher des nouvelles d'Ayolas, que la rumeur publique annonçait aToir été tué par les Indiens Agaces ou Payaguas. Irala remonte le ileuve jusqu'aux lacs de la rive droite, Mandioré ou Yalva (Gaïva), par IV 57' de latitude, et débarque le 6 janvier à un port qu'il nomme l(»Reyes; il essaye d'avancer parterre, mais ne peut faire que quatre journées à cause des bois et des marécages, et revient rejoindre son escadre. Une division d'Indiens auxiliaires qu'il avait envoyée du point de Piedras Partidas^ situé par 22'' 34' de latitude sur la rive droite, avait été également obligée de rétrograder devant l'attitude menaçante des tribus de l'intérieur.
L'année suivante, l'adelantado lui-même veut tenter la fortune,
et remonte le Paraguay avec une troupe nombreuse. Il prend terre
(Tabord au port de loâ Reyes, et y reçoit la soumission des tribus
voisines qui vivaient principalement sur le fleuve : Orejones, Cacocis,
Chanès et autres de race guaranie. — Prenant une partie de son
monde, il se dirige vers le nord-ouest et atteint avec beaucoup de
peine les plaines basses en dehors de la Sierra de San-Femando ;
mais, à la nouvelle qu'il y avait un grand désert à traverser, et sur
sa lisière de nombreuses tribus ennemies (sans doute les Mbayas), la
privation de vivres, l'approche de la saison pluvieuse, pendant laquelle
toute cette plaine s'inondait, le décident à la retraite ; il revient au port
des Rois, et bientôt les maladies qui se mettent dans sa flotte l'obli^
gent de retourner à l'Assomption, au milieu du mécontentement
générai causé par une expédition très-fatigante et à peu près sans
résultat* En effet, on n'avait obtenu autre chose que de reconnal-
tre les terrains de Xarayes, inondés une partie de l'année, la grande île formée par les deux branches du Paraguay, Mini et Guazu, désignée alors sous le nom d'Ile Cumprida, enfin les forêts marécageuses à Touest de la Sierra de San-Femando et des lacs, sans pouvoir cependant les traverser.
Cinq ans plus tard, en ISiT, au mois d'août, Martinez de Irala, . devenu, par l'assentiment général de la population, adelantado, à la suite de la révolte contre Alvar Nuûez, conduisit une nouvelle expédition qui prit terre dans le Chaco à l'extrémité sud de la Sierra de San-Femando, en face du Cerro Pan de Azucar, un peu au-dessous du . port de Candelaria, où avait débarqué Ayolas. La saison était favorable ; il se dirigea avec trois cents Espagnols vers le nord-ouest, par les chjemins qu'avait suivis son prédécesseur, et, après avoir souffert des fatigues incroyables à cause de la disette d'eau et de vivres et avoir livré des batailles terribles aux Mbayas et à d'autres Indiens^ il traversa le Chaco, le pays des Chiquitos, et arriva à la rivière Guapay. n la passa sur des radeaux formés de troncs d'arbre, en perdant quatre hommes qui se noyèrent à ce passage. Quatre lieues plus loin, il rencontra la peuplade des Machasis^ qui étaient réduits et appartenaient à la commanderie de Pedro Ânzures, le fondateur de la ville de Chuquisaca (aujourd'hui capitale de la Bolivie), dans le pays des Indiens Charcas. — Irala, apprenant les troubles du Pérou, jugea à propos de n'y point aller lui-même, mais y envoya son lieutenant Chaves pour complimenter le président Lagasca et l'instruire de son voyage. Pressé par ses hommes, qui voulaient l'abandonner pour courir au Pérou, il hâta son retour par la même route et arriva sans accident à ses navires à la fin de iS49.
En 1S50, Nuflo Chaves revint sans encombre de Lima et de Chuquisaca au port de Candelaria, en suivant le même chemin que son général. 11 faut même que son voyage se soit fait bien facilement, puisqu'il put amener au Paraguay les premières brebis et les premières chèvres qu'on y ait vues.
En 1557, Irala voulut retourner au Pérou par le Chaco, mais en formant auparavant un établissement sur le territoire des Indiens Xarayes, c'est-à-dire vers le plus septentrional des lacs du Paraguay (probablement dans les localités où les Brésiliens ont bâti depuis le petit fort de los Dorados), et il envoya Chaves pour réaliser ce projet. Sa mort, arrivée sur ces entrefaites, n'empêcha pas celui-ci de con-
tinuer sa route, mais dans le but de se créer uu établissement particulier. Ghaves découvrit Tembouchure du Rio-Jauru, qu'il nomma port des Perabazanes^ du nom d'une tribu qui habitait la contrée, débarqua une partie de ses soldats, et, traversant le pays actuel des Missions de Chiquitos, il arriva dans les cantons de Santa-Gruz de la Sierra, que venait de découvrir Andres Manso, qui laissa son nom à ces plaines. Les deux conquérants se disputèrent leur conquête et en référèrent au gouvernement de Lima, qui décida en faveur de Ghaves. Celui-ci y fonda en 1 560 la ville de Santa-Cruz de la Sierra, par 18' 4' de latitude et 62° 24' de longitude, c'est-à-dire à l'est-sudest de la ville actuelle, qui fut rebâtie en 157S, par IT 20' et 65- 20' (1).
n parait qu'à cette même époque, des colons, mécontents de la décision du vice-roi de Lima, se seraient embarqués sur le Rio-Mamor^, puis auraient descendu le Béni, le Madeira, et enfin l'Amazone, jusqu'à la nouvelle ville portugaise de Belem, d'où ils seraient partis pour l'Europe. • Manso, débouté de ses prétentions sur ce territoire, chercha des conquêtes vers le sud et aiTiva sur les terres des Chiriguanos, qu'il battit plusieurs fois, mais qui finirent par l'exterminer lui et les siens.
Dans le but de consolider son établissement de Santa-Gruz, Ghaves revint en 1564 au Paraguay pour y chercher sa famille et ses serfs indiens (Yanaconas). Philippe de Gaceres, un des principaux ofQciers du nouveau gouverneur Bergara, l'évêque de l'Assomption, trois cents Espagnols, avec un grand nombre de Guaranis, voulurent l'accompagner au retour. On débarqua, par 19** 18' (Azara), sur la rive droite du fleuve, et l'on gagna par terre Santa-Gruz. Ghaves resta dans cette Tille; les autres furent au Pérou, où ils séjournèrent assez longtemps, etne revinrent qu'à la fin de 1568.
Le retour de Gaceres et de Tévêque se fit par la même route qu'ils avaient suivie quatre années auparavant; mais les Indiens furent moins pacifiques, et il fallut s'ouvrir un passage au milieu d'eux les armes à la main.
(1) IKâfyr&t M^ d'Orbigny, qui a vifité ces localités, la première Santa-Gruz aurait été bâtie à SMlieoe^à rest de la ville actuelle, et près de l'endroit où s'élève aujourd'hui la mission de San-José, dans la province de Chiquitos. Ce fut en 1592 que la nouvelle Santa-Gruz fut towlée toot le nom de NobU ciudad de San-Lorenzo de la Frontera, Les ruines de l'aniSanta-Cniz se voient à 2 kilomètres ouest de la mission. {Voyages dans l'Amérique 9, loroe UI, page 627.)
En 1S7S^ Juan de Garay, lieutenant général du nouvel adelantado de la Plata, Zarate, et tuteur de sa fille, se rend au Pérou pour la chercher.
On voit par les historiens du temps que les communications étaient libres. U est probable qu'elles se faisaient par deux voies : celle de Candelaria et du Chaco, celle du port des Perabazanes et la province de Chiquitos.
En 1585, Alonzo de Vera y Aragon, surnommé Cara de Perro^ face de chien, à cause de sa laideur, successeur de Garay, qui venait d*être assassiné par Tes Minuanes près de Santa-Fé, pénètre dans le
' Chaco austral, et, avec cent trente-cinq Espagnols et des Guaranis auxiliaires, va fonder la ville de la Concepcion de Buena-Esperanza, sur le Vermejo, à une quarantaine de lieues en ligne droite de Corrientes, sur les terres des Indiens Abipons, Frentons, Magosnas et Negoguayas, près d'ui^belle lagune d'eau douce. Les tribus indien-
'Hies sont réduites en commanderies, et la colonie se maintient, malgré leurs soulèvements réitérés. Ceci est le premier établissement sérieux fait par les Espagnols dans le Chaco proprement dit ; jusquelà on ne s'est occupé que d'établir quelques fortifications temporaires aux endroits où les navires accostent pour attendre les corps d'armée qui s'aventurent dans l'intérieur.
Enfin en 1587, Juan Terres de Vera y Aragon, adelantado nommé par le pouvoir vice -royal du Pérou, arrive à T Assomption par terre, sans doute par la route du Haut-Paraguay, qui jusqu'à ce moment parait avoir été très-fréquentée.
Les historiens se taisent désormais sur les communications du Paraguay avec le Pérou par le haut du fleuve et le Chaco. Le Tucuman venait d'être découvert et colonisé ; le climat, la nature du terrain permettaient des voyages plus faciles que par le désert, avec ses plaines basses^ tantôt absolument sèches et sans eau potable, tantôt complètement inondées, ses Indiens nomades échappant sans cesse par leur mobilité à l'action des Européens. Pendant tout le dixseptième siècle, on oublia ces routes anciennes ; et d'ailleurs, le système de restrictions commerciales adopté, l'établissement des, douanes de l'intérieur rendaient les communications fluviales sans but. En même temps les Portugais occupèrent tout le haut du Rio-Paraguay, et s'opposèrent à sa navigation par les Espagnols. On s'explique donc
parfaitement les motifs de cet oubli, qui paraîtraient dès Tabord assez extraordinaires (1).
(1) Pour lliistoiredes communications du Pérou avec les établissements de la Plata, à traders le Ghaoo, nous avons suivi le récit d'Azara, qui nous parait d'autant plus eiact au point de vue géographique que ce savant faisait partie de la commission de limites , et qu'il a reconnu lui-même tout le fleuve Paraguay, de son embouchure aux grands lacs Il résulte de
MO apprédation des localités que le Chaco boréal aurait été traversé pendant le seizième siède aux localités suivantes :
PUMin YOTAGB, £N 1&36. — Expédition d*Ayol(u, aller et retour, du port de Gandelaria, par 21** S' , sur la rive droite du Paraguay, c'est-à-dire près du fort actuel d'Olimpo (fort Boui^ bon), an venant oriental des Andes, par le nord du Pilcqmayo et les terres des Ghiquitos, vers Famabamba, par 19** W, -*• Voyage fait presque directement de Test à Touest et sans grande difficulté matérielle. Le terrain était sec et la saison bonne.
Deuxiémx votagi, eh 1542. — Martinez de Irala, par les ordres d'Alvar Nunez Cabeza deYaca, remonte le Paraguay, débarque un corps d'Indiens amis à Piedrcu partidas , par 22^ 14', en face de l'ancien fort de Tevego. Les Guaranis alliés de l'expédition, effrayés par lei antres Indiens, n'osent s'interner dans le pays, mais on voit que ce n'est pas la nature du terrain qui les arrête. — Irala, en continuant sa route par eau, découvre les lacs du Paraguay, et son port de LatReyès, situé par 17o 57', est probablement Mac Yaîva. Cet amas d'eau est «qoonfhui entouré de forêts marécageuses impénétrables ; on voit d'ailleurs qu'il essaya en nio de les traverser.
TsoisnÈm voyage, en 1543. — Alvar Nunez arrive aux inondations temporaires, désignées <iepais sous le nom de lagunes de Xarayès, mais l'état du terrain inondé partout ne lui pernetpas d'aller plus loin. — Les mêmes phénomènes se présentent encore aujourd'hui ; seulement, on remonte le Paraguay beaucoup plus haut, vers le 15* de latitude , pour trouver les lOTÛDs plus secs de Villa-Maria et de Villa- Bella, dans la province de Mato-Grosso, d'où l'on coammnique facilement avec les missions de Bolivie, mais le chemin est beaucoup plus long. Quatuémb totace. — Voyage d* Irala au Pérou. — C'est le premier sur lequel on eut des nasognements certains , puisque, si l'on sait qu'Ayolas traversa le Chaco et put revenir au port de Candelaria, on ne possède aucuns détails sur les incidents de sa route. — Irala débar- ^â peu près sur le même terrain qu'Ayolas , mais plus bas par 21*^ 25', c'est-à-dire au nord de la fiahia-Negra et du Rio^tuquis ou Latirequiqui, dont il aurait suivi les rives jusqu'à atleiodre des terrains plus élevés et passer dans le bassin de Rio-Grande, près duquel est bâtie SiDta-Cruz de la Sierra. Le retour fut par le même chemin.
CuiQoitBB TOTAGE. — Nuflo-Chaves , revenant du Pérou , passe par la même route , de Ckiqaîuca au port de Candelaria.
SÔolBB TOTAGE. — N. Chove» découvrc le Bio-Jauru , par 16° 25', et, débarquant non km de ton embouchure, il trouve les terrains secs du nord de la province de Chiquitos , qui In permettent d'arriver au Pérou et de revenir au Paraguay par le même chemin. Cette route était m peu plus «n sud que celle que l'on suit actuelleinent ; elle est , en somme , la seule fn ait été conservée pour communiquer, par terre, du Brésil avec la Bolivie et le Pérou.
TOTAGE.— CAat;es et sa suite débarquent par 19<> 18', c'est-à-dire à quelques près à l'endroit où est situé le port actuel d'Albuqucrque (19** 26' ), la principale place de <'*wwftMiKw du Haut-Paraguay. De ce port, ils gagnent les hautes terres de Chiquitos. — Caetl'éTéque du Paraguay qui l'ont accompagné reviennent par le même chemin. HcHitWE TOTACEy ETC. — A partir de ce moment, on communique assez librement, soit par
« route, soit par celle du Jauru.
n résulte de l'examen de ces divers itinéraires qu'on peut , en résumé , les réduire à deux
pour le Gbaco boréal : — l'un , partant de la rive droite du Paraguay près d'Olimpo , —
raolre, des environs d'Alboquerque ; — le premier , traversant presque en ligne droite des
abaoliies et facilement inondées du Rio-Paraguay, pour atteindre au pied des Andes ;
A partir de la Ad du seizième siècle, ractivité colonisatrice espagnole dans le bassin de la Plata se concentre sur deux points : le littoral dés grands fleuves et la province de Tucuman. Le Chaco cessait d'offrir de Tintérét, du moment que la route du Pérou était abandonnée de ce côté, et que le Paraguay ne sentait guère de besoin de communiquer avec lui. D'autre part, les barbares qui l'habitaient opposaient une résistance quelquefois victorieuse, témoin, en 1631, la destruction par les Frentons et les M agosnas, de la Concepcion de Buena-Esperanza, qui ne fut jamais rebâtie ; toutes les tentatives faites depuis pour la rétablir ayant échoué devant la ténacité des Indiens. Le Chaco boréal cessa donc de fixer les yeux des conquérants, et toute leur attention se dirigea sur le Chaco austral, plus voisin de leurs possessions.
Établissement de la frontière du Chaco amiral. — En effet , Taccroissemént de la population espagnole dans les provinces de Tucuman, et par suite l'extension des ét£d)lissements de culture et d'industrie pastorale, après la réduction des Calchaquis, vers les plaines de Test, finissent par exciter la cupidité des tribus du Chaco, qui commencent à faire des excursions dans les villages et fermes des chrétiens, pour les piller et y enlever du bétail. Ils détruisirent par leurs attaques répétées la ville de San-Clemente^ delaNueva Sevilla^ remplacée depuis parles villages de Cobos et de Campo Santo, celle'de Guadalcazary bâtie par le gouverneur Ledesma de Balderrama, près de la réunion du San-Francisco avec le Vermejo, c'est-à-dire, dans le canton actuel d'Oran. Le même Ledesma fonda dans cette contrée, vers 1628, le village qui porte encore son nom, et bientôt après, la Réduction de San-Ignacio^ deux missions qui furent confiées aux jésuites ; il fut le premier colonisateur de la magnifique vaUée du San- Francisco. Vers 1675, les gouverneurs du Tucuman commencèrent, à leur tour, à faire quelques expéditions pour refouler les Indiens, sans toutefois créer aucun établissement nouveau sur leurs terres. Un quart de siècle se passa dans ces luttes aventureuses, sans amener d'autre résultat que du sang versé de part et d'autre,
A cette époque, c'est-à-dire à la fin du dix-septième siècle, la frac-
Tnutre, dirigé au nord de la Bahia-Negra et de l'Otuquis , et traversant le ftud de la proTÎnce de Chiquitos. Quant au troisième , celui qui part du Jauru , il est beaucoup plus au nord et en dehors du Chaco, et n'a jamais cessé d'être connu. — Si la Bolivie se décidait à s'oaYrir une voie de Santa-Cruz, ou même de Cbuquisaca, vers le Rio Paraguay , elle aurait à choisir entre l'une des deux premières directions : celle d'Albuqucrque serait sans doute la préférable, à cause de l'élévation de la majeure partie du terrain au-dessus des eaux d'inondation , et d'une plus grande proximité des cantons déjà peuplés.
tioa des Lules et des Toconotes de Tucuman^ qui n*a\aient pas voulu accqiter le servage, s'était retirée dans le Chaco ; les Mataranes occupaient le sud de la province de Santiago ; les Abipons étaient une DatÎGn puissante, qui remplissait les plaines du sud-est; les Mocovis vrnient au milieu du Chaco austral ; les Tobas avaient remplacé sur le bas Yermejo les populations guaranies, anciennement soumises ou dispersées parles Espagnols. — Vers 1640, les missionnaires jésuites aîaîent évangélisé les Mataranes, qui s'étaient confondus en partie afec la population civilisée de Santiago del Ëstero ; les Lules et les Toconotes en avaient fait autant, mais ces courageux apôtres avaient été moins heureux avec les Mocovis, qui en assassinèrent plusieurs.
Cesméfaits, répétés plusieurs fois, obligèrent les gouverneurs du Tocuman à intervenir, et on résolut, à l'imitation de Xicdesma, de fonder quelques établissements sur la frontière pour contenir les maraudeurs et civiliser les tribus les moins turbulentes ; la première ligne de fortins, allant de Ledesma à l'angle nord du Rio-Salado, fut organisée.— En 1707, Urizar pénétra jusqu'à la Esquina Grande, reconnut les versants de la Sierra del Âlumbre, lesbailados du Rio del Yalle, et les Indiens LtUes et Ojatas se décidèrent à former le village de Balhmna^ sur le Jiuramento, réduction qui fut détruite en 17il, puis retablie et renforcée plus tard par la création de celle de Miraflorès^ en 1752. Les Indiens tpii ne voulurent pas suivre leur exemple se re- {dièreot à l'orient, vers le Vermejo et le Parana.
En 1721, le père jésuite Patiûo fit la reconnaissance du Rio Pilcoinayo, que nous avons racontée en détail (tome I, page 42i). Cette remarquable tentative, pour la conquête et la géographie du Chaco, devait être accompagnée de deux explorations faites par terre : roue, partie de Tarija, l'autre de Salta ; cette seconde partie du prognunme ne fut pas remplie, et Ton sait que le père Patiûo finit par être repoussé par les Indiens, après avoir reconnu les deux tiers inftrieurs de la rivière. — D'un autre côté, le gouverneur Urizar avait résolu d'ouvrir un chemin direct de Salta à Corrientes : il mourut avant d^avoir pu réaliser cet utile projet.
A cette même époque, une expédition partie de Santa-Fé pour soumettre les Abipons rentra dans ses quartiers sans avoir rien obtenu. Quant au contingent de Santiago del Estero, il traversa le désert en côtoyant la rive droite du Juramento, et finit par atteindre la ville de Santft-Féy sans avoir rencontré un ennemi ; toutes les tribus s'étaient enfuies dans les profondeurs du Chaco
Missions du Chaco boréal et de la province de Chiquitos. — Ë même temps queles Missionnaires, favorisés et soutenus par le gou yemement espagnol, — qui lui-même, comme nous venons de le voii travaillait à assurer la frontière, — cherchaient à amener à la civili sation les Indiens du Chaco austral, d'autres fondaient à Tarija u collège apostolique pour agir sur ceux du Chaco boréal et surtoi sur les Chiriguanos. Dès 1690, les pères jésuites Arcé etZéaétaiei allés jusqu'aux salines situées au nord du Rio Pilcomayo et y avaiei organisé deux réductions indiennes^ celle de Tariquea et celle d Preseniacion ^ au milieu de ces Indiens. Quelque temps après ils étaient appelés par d'autres indigènes dans la région au nord d Chaco, et y commençaient leurs belles missions de la province i Chiquitos, qui ont duré jusqu'à l'époque actuelle, quoique depu 1768 elles aient été ôtées à la direction de leurs intelligents fondateur
Le pays de Chiquitos^ dont la partie australe se confond avec Chaco, est traversé par une série de petites chaînes granitiques dites « Oyarvide^ San-Miguel, Santiago^ Ciansas, qui, par celle de ^on^i^a taléon, se relie à la longue et basse Sierra de San-Femando, laquet longe le Rio Paraguay, du 17^ au 21^ degré de latitude, tout en lai sant entre sies collines de nombreux passages, par lesquelles pénètraii les eaux du fleuve, pour former d'abord les lacs Uberava^ Ttdoa Mandioré^ Caracara^ etc., puis les immenses 6a^â6io5, qui, s'étendaol vers l'ouest, rendent les terrains impraticables une partie de l'année Entre les systèmes montagneux de l'intérieur, on retrouve surtou vers le sud ces mêmes terrains bas et inondés dans la saison de pluies.
Quant aux rivières qui arrosent le pays, elles appartiennent à deu systèmes, l'un qui va au nord verser ses eaux dans le Guapay, l'aii tre se dirigeant au sud-est et débouchant dans le Rio-Paragua] par VOiuquis, ou Rio Lateriquiquiy à la Bahia-Negra même, o dans le voisinage. Ce système est peu connu, surtout à sa partie ii férieure, par suite de la nature du terrain, qui s'inonde lors de I saison pluvieuse^ et qui, étant fort plat, ne présente que des coui d'eau mal encaissés et débordant sans cesse à droite ou à gauche. \ est cependant praticable à certaines époques de l'année, puisque k Indiens du Chaco s'y montrent quelquefois aux navigateurs du Ri< Paraguay, et arrivent jusque dans les environs du fort Bourbo (Olimpa), en longeant le fleuve.
D'après le peu que l'on sait aujourd'hui de la conformation ph] sique de ce terrain, les lagunes salées de l'intérieur donneraient nai^
sance au Lateriquiqui ou branche méridionale de TOtuguis , rivière dont le cours est, comme nous l'avons déjà dit, incertain. C'est dans soDToisinage qu'aurait été établie, en juillet 1717, par le père Zea, la mission de Son-Ignacio de Zamucos, qui apparaît figurée sur plusieurs cartes beaucoup plus à Fouest, mais que Ton confondait alors Avec celle de Tariquea, appelée aussi San-Ignacio, et qui fut fondée chez les Chiriguanos , dans le voisinage des Andes et du Rio- Parapiti.
Le père José de Arce, compagnon du père De Zea, après avoir créé ies missions de Tariquea et de Presentacion, qui ne subsistèrent que quelque temps, s'en fut à Santa-Gruz de la Sierra, d'où, en 1692, plusieurs tribus de Chiquitos l'appelèrent pour les évangéliser. Le premier établissement fondé fut celui de San-Rafael^ chez les Indiens Panoquis ; — il fut suivi bientôt d'un grand nombre d'autres, qui s'étendirent successivement vers le sud, où les difficultés du terrain et la barbarie des indigènes arrêtèrent les missionnaires, quoique, comme nous venons de l'indiquer, le père De Zea eût pénétré chez les Zamueos ou Samacosis, qui sont en plein Chaco. Dans la région du nord, au contraire, on rencontre encore aujourd'hui les réductions fondées à cette époque par les Jésuites, telles que celles de Santiago^ Sanio-Corazon^ San-Juan-Sautista^ SanrJosé^ Santaina, etc. — San-Juan-Bautista était la plus australe de ces missions ; Santo-Corazon la plus occidentale ; cette dernière même fut une pre- Qiière fois établie presque sous le dix-neuvième de latitude et non loin de l'emplacement actuel du village brésilien de Curumba. On ^abandonna, de même que San-Ignacio finit par l'être, à cause de l'indocilité des Indiens, et elle fut reportée plus au nord, sous le dixhuitième de latitude , sur la lisière des vastes terrains inondés qui ^^étendent jusqu'au Rio-Paraguay, et àTextrémité desquels s'élève la ^ima basse et boisée de San-Fernando.
La fondation de ces derniers établissements avait surtout pour but
^ 86 rapprocher du Rio-Paraguay et de retrouver la route par la-
^Ue passaient les conquérants du seizième siècle, quoique la végé-
^tion si vigoureuse dans cette région, les alluvions déposées, les
^îanaux creusés par les débordements des rivières aient dû et doivent
encore modifier profondément la superficie des terrains. Les mission-
ïMdres jésuites,aussi bien que le gouvernement espagnol, songeaient à
la nécessité de rétablir cette communication, et les premiers n'y épar-
goèrent point leurs peines.
Dès 1702, dix ans seulement après les premiers travaux de rétablissement des missions de Ghiquitos , les pères Yegros et de Hervas mai'chèrent directement à Test de San-Rafael sur le Rio-Paraguay et arrivèrent à une grande étendue d'eau qu'ils prirent pour ce fleuve et qui n'était qu'un des lacs Yalva ou Mandioré, que nous connaissons déjà. (Voyez tome I", page 108.) Us y plantèrent, sur une élévation, une grande croix^ pouvant être aperçue de fort loin, pour servir de point de reconnaissance aux navigateurs qui remonteraient le fleuve. L'infatigable père Hervas courut à l'Assomption par l'immense route du Tucuman et du Parana, et fit lui-même cette exploration ; mais, quoiqu'il eût examiné avec soin la rive occidentale du Rio-Paraguay, il ne retrouva pas son signal. L'année suivante, en 1704, le père Fernandez fut envoyé de San-Rafael, pour reconnaître la croix, par la même route de terre suivie par ceux qui l'avaient plantée. Il la retrouva en effet ; toutefois les Indiens de la contrée lui dirent que cet amas d'eau* n'était point le fleuve, mais bien un lac séparé de lui par une grande forêt de palmiers. Le missionnaire essaya de pénétrer dans ces bois; au bout de quelques semaines, la profondeur des marécages, l'épaisseur de la forêts le manque de vivres, le contraignirent à rétrograder.
Quelques années après, en 1715, sur les ordres du père provincial de l'Assomption, le père José de Arcé, qui s'était si noblement illustré par son habileté et son dévouement lors des missions de Ghiquitos , partit de l'Assomption le 24 juillet pour retrouver la localité signalée par Hervas et Yegros. Il entra dans le lac Mandioré, débarqua sur sa rive occidentale pendant la saison sèche, et, se dirigeant vers l'ouest, il arriva, après un mois d'immenses fatigues et avoir failli maintes fois périr de faim et de soif, à San-Rafael. A peine remis, il retourna au fleuve par un chemin un peu plus court, mais non moins rude, et n'y revit pas son compagnon, le père de Hlende, jésuite belge, auquel il avait donné Tordre de l'attendre quatre mois. Le père avait été assassiné par les Payaguas ; le courageux Arcé eut bientôt le même sort. Quelques Indiens fidèles qui parvinrent à gagner l'Assomption y racontèrent la triste fin des deux missionnaires (1).
(]) Nous avons suivi ici le récit du Père Charlevoix {Histoire du Paraguay, 1756 , tome IV, pages 161 et 295, et tome VI, p. 40). Cet historien raconte avec détail , sans doute d'après Lozano et Fcmandez, Thistoire de la fondation des missions de Chiquiios,les voyages des Pères Arcé, Zea^ Yegros, Fernandez, Blende, et toutes les tentatives faites de 1702 à 1717 pour établir une communication par le Rio-Paraguay et les lacs, entre le littoral de la Plata, la province de Chiquitos et le Pérou. On voit que des voyages de 900. 1,000 et 1,100 lieoet
TERRITOIRE INDIEN DU NORD OU GtlAGO. 349
Ce furent ces tentatives, malheureusement infructueuses, qui déterminèrent, en 1721, la reconnaissance du Rio-Pilcomayo par le père Patiflo. (Voyez tomer% page 139.) — On dut donc revenir à ridée de former des établissements dans le pays des Zamucos. En 1723, les pères Aguilar et Castaflarès y recommencèrent leurs travaux apostoliques et rétablirent la mission de San-Ignacio, qui devint florissante entre les mains de ce dernier. Ce succès encouragea à chercher une communication avec le Rio-Paraguay, mais beaucoup plus bas, vers le vingt-unième de latitude. Le père Chômé fit de San- Ignacio soixante-dix lieues dans la direction de ce fleuve, et ne s'arrêta que devant les menaces des Indiens Tobas. Immédiatement après ^ui, le père Gastaûarèâ reprit le projet ; il arriva chez les Tobas, n'en fut pas trop mal reçu ; mais, faute d'eau et de vivres suffisants, il ne put toucher la rivière et atteignit seulement un petit cours d'eau qui s'y jette et que les indigènes nommaient Yabebiry.
En 1740, la Compagnie tenta une nouvelle reconnaissance du Pilcomayo. Le père Castaflarès devait le remonter par la branche méridionale, jusqu'à ce qu'il rencontrât le père Chômé, lequel devait descendre lui-même par eau depuis les Andes. Castaflarès fit le voyage par terre avec une escorte de dix hommes, et marcha pendant douze jours en suivant ses bords ; mais la fatigue et surtout les difficultés de la r5ute, au milieu de nations ennemies, le forcèrent à revenir à l'Assomption. De son côté, le père Chômé ne put descendre, faute d'eau ; le PÔcomayo était si bas cette année-là que la navigation y était impossible, et par terre on avait à redouter les Indiens. Cette dernière tentative fut donc encore sans résultats. Les deux voyageurs ne jugèrent pas prudent d'affronter les hostilités des Indiens Mbayas et Tobas, parfaitement résolus à ne pas permettre qu'on prit pied sur leurs terres. Les Jésuites ne renoncèrent point pour cela à leurs projets. S'appuyant d'une part sur leurs établissements du Parana et de l'Uruguay, de l'autre sur ceux de Moxos et de Chiquitos ; ils résolurent d'établir sar une même ligne, et du sud au nord, une série de missions qui se soutiendraient les unes les autres, et à l'aide desquelles on arriverait enfin à former une sorte de pont pour franchir le désert et arriver d'abord à San-Ignacio de Zamucos^ puis à San-Juan-Bautista, et enfin à San-Rafael. Dans ce but, ils fondèrent dans le Paraguay, au nord du Tebicuary , limite de leurs missions , San-Joaquin , en 1749 ;
pv terre , distance des missions de Chiquitos à Santa-Fc , où Ton s'embarquait pour remonter les fleaves jusqu'à 1* Assomption, n'étaient rien pour ces intrépides propagateurs de la dTflisatioo chrétienne.
San-Estanislao^ en 1746; Belem^ en 1760. — Leur exil, survenu en 1768, arrêta leurs projets. La mission de San-Ignacio de Zamucos périt alors ; celles du Chaco austral : San-Femando, San-(jeronimo, San-Pedro, etc.; celles du sud de Buenos-Ayres, chez les Puelches, furent arrêtées dans leur essor et disparurent bientôt (1).
Un des motifs qui poussaient le gouvernement espagnol à favoriser ces explorations était les querelles sans cesse renaissantes qu^on avait avec les Portugais, qui peu à peu s'étaient rendus possesseurs du haut du fleuve, en gênaient la navigation, et ne se firent pas même faute d'attaquer les missions de Chiquitos pour y faire des esclaves. A partir du traité de 17S0, cette frontière fut un peu plus respectée, et d'ailleurs les néophytes des missions surent repousser les attaques des aventuriers de l'intérieur. Mais un fait trop certain, c'est que, même depuis l'émancipation sud-américaine jusqu'en i8S6, ni le Brésil ni le Paraguay n'ont été bien favorables à l'ouverture par la Bolivie de débouchés sur le haut du fleuve, d'autant plus que le Brésil en a occupé la rive droite contre la lettre du traité de Saintndefonse (1777). Cette tendance avait été prévue par le cabinet de Madrid, qui, pour la contenir, avait ordonné, en 1792, la construction du fort Bourbon. (Voyez tomel/, page 56.) Ce point était d'autant mieux choisi qu'il semble avoir été le point de départ des expéditions d'Ayolas et d'Irala.
Si donc la Bolivie veut s'ouvrir un jour des débouchés directs sur le haut du fleuve Paraguay, il faudra bien qu'elle retrouve la route que nous venons de signaler, et qu'elle colonise son territoire d'Otuquis, dont il n'est plus guère question depuis trente-cinq années. — Le Paraguay a compris aujourd'hui l'utilité des communications avec ses voisins, et, loin de s'opposer à de pareils travaux, il les favoriserait de tout son pouvoir. Une entente des deux gouvernements pour ouvrir une pareille voie serait donc chose assez facile
Tentatives pour ouvrir une voie du Tucuman à Corrientes^ par le Chaco austral. — La première moitié du dix-huitième siècle ftit em-
(1) Belem est situé à une courte distance du Rio-Paraguaj, par 23"* 26' de lat. S. et59<* 28' de long. 0. Ce village n'était qu'à 3" de San-lgnacio , et les Jésuites comptaient y arri* ▼er en civilisant les tribus indiennes de Mbayas, Lenguas, Tobas, Caracutas, Ibirajas, etc., qui les en séparaient. — Celte région parait n'être inondée qu'à l'époque des pluies , et dans une section de quelques lieues seulement le long du fleuve. Pendant la saison sèche, on y manque d'eau, mais on en trouverait sans doute facilement en creusant des puits. La principale difficulté à l'établissement d'une communication tient, nous le répétons, à la ré* sistanoe des indigènes.
ployée à de petites expéditions sur le Chaco austral , dont le résultat fut la colonisation définitive delà belle vallée du San-Francisco, du territoire actuel d'Oran, et rétablissement de nombreuses réductions sur le Juramento. Dans la seconde moitié, ce système se développa davantage, et le gouvernement espagnol finit par établir la frontière indienne du nord, que Ton s'occupa graduellement de perfectionner. (Voyez tome H, page 203.)
&i 1759, on voulut ouvrir une route de Salta à Corrientes, en gagnant Tamitié des tribus et en leur donnant des missionnaires. Espinosa, gouverneur du Tucuman, parcourut un tiers de cette distance en côtoyant le Rio-Vermejo, et ne fut arrêté que par la résistance de ses troupes. Il découvrit la Senda Macomita, trouée à travers les bois, connue jusqu'alors des Indiens seuls, et qui leur permettait de venir directement du Vermejo au Juramento, près de Pitos, pour tomber à i'improviste sur les fermes des colons.
A cette même époque, la province de Santa-Fé fonda les établissements de Cayasta, de San-Javier, de San-Geronimo, le village del Rey , près du Parana ; et le lieutenant gouverneur de Corrientes bâtit celui de San-Femando, sur la rive droite du fleuve, en face de la ville. Le long du Rio-Paraguay, on établit quelques postes fortifiés pour surveiller les Indiens incessamment disposés à venir piller les blancs. La conununication de Santa-Fé avec Santiago-del-Estero fut assurée par le système de la nouvelle frontière ; — ces mesures générales et continues obligèrent les Indiens à rester tranquilles (1).
(1) Voici , soivant leur ordre chronologique , l'indication des établiBsements , fortins ou OÎMODS établies dans le Chaco ou sur sa lisière , depuis la découverte jusqu'à l'époque actaelle:
1567 • — Tâlavera de Madrid oo Esteco. — Espagnols et Indiens Lulès, Toconotcs, Ojabi, Toquistines, etc. Détruite en 1692 par un tremblement de terre.
1574. — ' Sa!I-Cleiieiite de là Nueva Sevilla.— Espagnols et Indiens Humaguacas etOjatas. Démile presque aussitôt ; eUe a été remplacée plus tard par les villages de Campo-Santo fiCoboê.
1S8&. — GoRCSpaoN de la BuEiiA-EsPERAifZA. — Sur le Rio- Vermejo, au milieu des Indiens Fircntonet» Magosnas et Naguayarques. Cette ville fut détruite par eux en 1631 ,et n'a jamais
iftâ — » — *- CK FCICVOT*
162S. — Santugo de Guadalcazar. — Ville bâtie par le gouverneur Ledesma de Balderrama près de la jonction du San-Francisco avec le Vermejo dans le pays des Indiens Blatagoajot. — Elle fut presque aussitôt détruite par eux.
1638. — Fortin de Ledesma et mission fondée par le même gouverneur sur le San-Fran- «Meo, an miUea d'une tribu de Tobas. La mission fut conBée aux Jésuites. -— Existe encore ec est devenue un beau viUage de la province de Jujuy.
16S&. — Sah-José de Pbtacas , mission des Jésuites sur le Rio*Salado » formée avec des bdiois VelelaB. — Est devenue une estancia.
166S. — Rippcflioa de SAvIcxAao , à côté de Ledesma , près d'une tribu d'Ojatas , aban-
Malgré le succès inoontesté de tous ces travaux, les gouverneurs du Tucuman ne renoncèrent pas à leurs tentatives pour une cominu-
donnée , puis reprise. Confiée enfin aux Jésuites, dans les mains desquels elle prospéra ; elle tomba en ruines après leur départ ; c'est aujourd'hui une sucrerie.
1685. — Fort de San-Siho!!, au pied de la sierra del Alumbre , dans le pays des Indiens Ojatas ; — remplacé par une estancia ; fut longtemps une mission des Jésuites.
1690. — Mission de Tariquba, fondée au milieu des Chiriguanos par le père Zea , jésuite. Elle fut détruite par les mêmes Indiens quelques années après.
1690. — Mission de PiiBSBifTAciOM. — Id. — ' Dura un peu plus que la précédente.
1692. — Les pères Jésuites Zea, Hervas, Arcé^ Yegros, Femandei, etc., fondent les missions de la province de Chiquitos.
1711. — Mission de San-Estefan de Miraflorés sur le Rio-Salado. Indiens Omoampas. Abandonnée, puis rétablie en 1751. — C'est aujourd'hui une estancia avec chapelle.
1717. -^ Mission de Sah-Ighacio de Zamucos, fondée par le père Zea; abandonnée presque aussitôt et rétablie en 1724 par le père Hervas au milieu des Indiens Samacosis; -^ florissante en 1738; tombée en ruines aussitôt après l'expulsion des Jésuites en 1768.
1743. — Mission de S an-Xavier sur le Parana dans la province de Santa- Fé, fondée par le lieutenant-gouverneur de cette ville et confiée aux Jésuites. — Indiens Mocovis. — Abandonnée en 1820 ; rétablie en 1858.
1745. — Mission de San-Pcdro. — Province de Santa-Fé, sur le Saladillo. — Fondation analogue. •— Abandonne en 1810; va être rétablie.
1748. — Mission de San-Gerokimo. — Province de Santa-Fé. -— Même fondation. — Indiens Abipons. — En ruines. On a voulu, mais sans succès, la rétablir en 1858.
1749. — ' Mission de^CAVASTA. — Province de Santa-Fé. — ■ Même fondation, mais avec des Indiens Charruas et Minuanes. — > Est aujourd'hui un hameau habité par des Indiens Calchinès civilisés.
1750. — Mission de San-Fernamdo, en face de Corrientes. — > Indiens Abipons. — Aban donnée après l'expulsion des Jésuites. On la repeuple aujourd'hui.
1750. — San-Juan Régis. — Id., près du Vermcjo. Abandonnée en même temps que San- Fernando. -^ Indiens Abipons.
1750. — Fortin del Rio-Negro, dans la vallée de San -Francisco. —'Indiens Ojatas. — Est aujourd'hui une sucrerie.
1750. — Fortin del Tcnillar. — Sur le versant oriental de la sierra de Santa-Barbara.
— Indiens Mataguayos. — Abandonné et remplacé par une estancia.
1750. — Fortin del Rio del Valle ou Saïi-Fernando , sur le versant de la sierra del Alumbfe, peuplé d'Indiens Malacos. ^~ On voit encore ses ruines ; il y a des estancias dans les environs.
1750 — Fortin de Pitos et mission sur le Salado, près de la Senda Macomita, — Fondé avec des Indiens Toquistinès ; aujourd'hui estancia.
1751. — San- Juan Bautista de Balbuena , fortin et mission des Jésuites. — Indiens Isistines et Toquistinès. — Est aujourd'hui un hameau.
1763 — Fort et mission de Ortega, sur le Salado. — Indiens Omoampas, aux Jésuites.
— Aujourd'hui hameau et cultures.
1763. — Macapillo. — Fortin et mission aux Jésuites. — Indiens Paisanas, toujours alliés aux Espagnols, grâce à leur cacique Colompotop et à sa famille.
1779. — Mission de Ze!<ta, fondée par les Franciscains avec des Indiens Vejoses et Chunupis. — Est aujourd'hui une sucrerie près de la ville d*Oran.
1781. — Mission de San-Bernardo, sur le Rio-Vermejo. — Fondée parles Saltais et confiée aux Franciscains. — Indiens Mocovis. — Abandonnée en 1807.
1781. •— Mission de Santiago de la Cangayé, sur le Rio-Vermejo. — Même fondation.
— Indiens Mocovis et Tobas. — Abandonnée également en 1807.
1795. — Mission d'InispiM ou Jesus-Nazaremo, fondée par le gouvernement de Santa-Fé»
nicalion avec le Parana. Campero, en 1764, comptant avec raison sur Talliance et le concours du fameux cacique Colompotop, chef des Paisanas, avec lesquels on venait de fonder la réduction de Macapillo, et qui commandait encore aux tribus dlsisinès , Toquistinès et Oristiuès, guerrier célèbre dans tout le Chaco, pour sa bravoure et sa
près da lac del Cristal. — Missionnaires franciscains. — Indiens Mocovis. — Abandonnée en 1810.
1795. .— Village del Rey , sur le ruisseau de ce nom. — Missionnaires franciscains. ^> Indiens Abipons. — Abandonné à la même époque que le précédent.
1795. — Fort d'ABiPOXES sur le Rio-Dulcc , à 50 lieues sud-est de Santiago del Estcro. -* lodiens Abipons , aujourd'hui confondus avec la population nationale.
1824. — Canton militaire de El-Sacce, à dix lieues ouest de la ville de Santa- Fé , formé aiec des Indiens Abipons, aujourd'hui confondus dans la population nationale.
1824. — Canton militaire et village de San-Pedro , à neuf lieues nord-ouest de Santa-Fé. — Indiens Mocovis à demi civilisés.
Nota. •» Toute la série de fortins et de missions qui existait sur le Rio-Salado, de SepfUturas jusqu'à Navicha, tels que Suncha-corral, Anataya, Bracho, La Vittda, Dona Imnza, Las très Cruces, etc., a été établie de 1750 à 1804.
1860. — - Mission de la Imaculada Concepcion , sur le Rio-Vermejo , établie par les mis- MDoaires franciscains de Propaganda fide, parmi les Indiens Matacos.
Les Missions de la province de Chiquilos ont été fondées presque toutes dans l'espace de vingt années, de 1692 à 1722, par les Pères de la Compagnie de Jésus. La plupart subustent encore aujourd'hui, dirigées par un administrateur laïque et des moines franciscains. EUei appartiennent à la Bolivie. — Ce sont, par ordre chronologique de fondation :
1G91. — Ba!I-Xavier. — Indiens Chiquitos, Pinocas et Panoquis.
1({94. — San-Rafael. — Taus, Pinocas et Guarayos.
1699. — Sar-Josê. .i— Boxos, Teotas, Penotas.
1699. — Saii-Jcan Bautista. — Morotacas. — La mission fut abandonnée, puis rebâtie a 1706 dans une excellente localité, où elle dura jusqu'en 1780, époque à laquelle elle fut abandonnée de nouveau et reportée à 18 lieues à l'est, sous prétexte de manque d'eau.
1704. — Sati-Miguel. — Indiens Paroxis , Tapacuras et Manacicas.
1706. — SAJiTA-AnA. — Chiquitos, Guazacoracas, Curuminacas, Ccravccas, Saravecas.
1707. — Sâ!I-Ig:<acio (del Norte). — Sanepicas, Quchusiquis , Guazayocas , Samanccas , Piooocas, etc.
1707. — CoHccpaoN. — Quetemocas, Napecas, Paiconccas, Mococas, etc.
1710. — Sasthago de Chiquitos. — Guaranocas et Tapiis.
1717. — Saïito-Corazon. — Zamucos, Potureros, Morotacas, Otuquis, etc. -^ Cette mis- MQ, fondée au bord des marais communiquant avec le Rio-Paraguay, a été reportée quelque temps ^irès à 20 lieues au nord de son ancien emplacement.
1721. — San-Icnacio de Zamucos. — Abandonnée et détruite en 1770. (Voyez plus haut fon hisloire.]
L'histoire des missions jésuitiques du Chaco a été faite par les Pères Lozano {Corografia ésl Ckaeo) et Jollis {Istoria naturale del gran CAaco. — Faenza, 1789, 1 vol. in-8"). — Le géaénl Arenalès, dans sa description du grand Chaco, en cite quelques-unes. — Azara donne des détails sur celles du Parana. — Le Père Charlevoix s'étend assez longuement sur les fondatiflhM faites dans le Chaco boréal. — On trouve beaucoup de renseignements dans la collection àtsLeitns édifiantes. — D'Orbigny et M.'de Castelnau ont rendu compte de l'état des misde Cbiquitoi qu'ils ont visitées, le premier en 1831, le second en 1845. COHF. ARGBHTIIIB. <* T. III. 23
loyauté, envoya une petite colonne de 80 hommes pour reconnaître la route jusqu'à Corrientes. Le général D. Miguel Errescaeta, qui la commandait, arriva sans encombre jusqu'à la belle lagune de la Cangayé, à 50 lieues seulement de Corrientes, non loin de laquelle sont les ruines de la Concepcion. Mais là il fut arrêté par une troupe nombreuse composée d'Indiens Mocovis, Abipons, Tobas, Chunupis, Malbalas et Vilelas, commandés par Lachiriquin, cacique également fameux parmi les nomades, qui lui intimèrent de rétrograder. L'intervention du fidèle Colompotop sauva les Espagnols, qui purent revenir paisiblement, avec tout leur bagage et leur convoi d'animaux, jusqu'au fort du Rio-del-Valle. Cette expédition, terminée si pacifiquement, permit avec les tribus des négociations qui en facilitèrent une autre dix ans après.
Ce fut pendant l'expédition de Campero que D. Filiberto Mena pénétra dans la partie occidentale du Chaco boréal , et y fit, comme nous l'avons déjà dît, ce recensement des tribus indiennes qui portait le chiffre de leur population à 106,000.
En 1774, D. Geronimo Matorras, négociant de Buénos-Ayres, avait été nommé gouverneur du Tucuman, à la condition pour lui de pacifier le Chaco à ses frais. L'expédition qu'il commandait n'était que de 378 hommes, les autres ayant déserté, et d'un corps d'Indiens aux ordres du brave et loyal Colompotop. On partit du fort de San-Fernando au mois juin ; on côtoya les baftados du Rio-del-Valle, on passa près de la Esquina-Grande sans y toucher, et l'on atteignit le campement des Tucumanais [real de los Tiiciimanos)^ où le général Araoz et le gouverneur Campero avaient séjourné dans l'expédition précédente. A la pointe nord du Sentier de Macomita, quelques mutins voulurent regagner par cette route les établissements du Juramento, mais le gouverneur put les contenir. Il ne fut pas aussi heureux plus tard, et se vit obligé de laisser 130 hommes à l'endroit nommé Tren dé Espinosa, visité dans l'expédition de 1739. Plus loin, toujours en côtoyant les rives du Vermejo, on rencontra des Tobas, puis les Indiens de Lachiriquin, dont la conduite fut pacifique, et qui en furent récompensés par de nombreux cadeaux, et l'on arriva à la Cangayé^ où l'on campa. Lachiriquin et Paiquin, caciques du Mocovis, s*y présentèrent, et, acceptant la médiation de Colompotop, conclurent un traité de paix avec Malorras. Un peu plus loin, on campa encore dans un endroit excellent pour une colonie, et qui fut nommé Poirero 3e San-Bef^nardo, les pâturages de Saint-Bernard, qui n'était plus^
disait-OD, qu'à 50 lieues de Corrientes. On reconnut à 3 lieues de là les ruines qui furent jugées appartenir à Fancienne ville de la Concepcion. Ici, on traita avec de nouvelles tribus indiennes, parmi lesquelles les Tobas, commandés par leurs caciques Qiiigori et Quelaîdo. Le nombre de tous ces Indiens était considérable, mais ils se maintinrent fort tranquilles; la bonne attitude des troupes, d'une part, et les présents dont on les comblait, de l'autre, contribuèrent puissamment à ce résultat. De San-Bernardo on dépêcha des courriers indiens à Corrientes et à Santa-Fé , pour annoncer la paix conclue avec les tribus, puis l'expédition revint paisiblement vers Salta Matorras mourut l'année suivante.
Le colonel Francisco-Gabino Arias, qui l'avait accompagné, continua le système de Matorras. On avait reconnu la bonne qualité des champs du Vermejo, la facilité de la route, la possibilité de traiter avec les Indiens. En 1780, Arias conduisit sans bruit une petite expédition sur les traces de la précédente ; d'accord avec les Indiens , il fonda deux réductions, l'une à la lagune des Perles, sous le nom de San-Bemardo, l'autre à la Cangayé, sous le nom de Santiago, avec des Mocovis. Les missionnaires franciscains Murillo et Lapa, qui venaient de descendre le Vermejo par eau, pour la première fois, furent chargés de ces établissements. L'année suivante. Arias s'embarqua lui-même et fut de la Cangayé à Corrientes. (Voyez tome ï, page 133.} — Ces fondations et ces voyages prouvèrent que le système de Matorras était le meilleur, puisque sans verser de sang on était arrivé à maintenir les tribus nomades en paix et à obtenir qu'elles ne gênassent plus les communications du Tucuman avec le Paraguay. Ce fut à partir de cette époque que les Indiens Matacos commencèrent à venir travailler dans les plantations de Salta et de Jujuy, où ils rendent tant de services.
Dix ans après, en 1790, D. Adrian Cornejo, qui avait déjà navigué feSan-Francisco, fut à Corrientes par le Vermejo, et s'assura en pa^^saot de Tétat florissant des deux réductions de San-Bemardo et de Santiago. Le pays devint si paisible que dt.*s Correntinos expédièrent parle Chacodu bétail à ces établissements; ou en a la preuve par les copies qui existent encore des licences accordées par le vice-roi de la Plata en 1791 et 1804, pour envoyer jusqu'à 4,000 animaux à Salta en passant par les deux missions. — Le inajor Lorenzo Doncel fut, par terre, de Corrientes à Salta, avec une escorte d'Indiens amis; en 1794, le lieutenant-colonel Espindola, avec quelques autres officiers et une petite escorte de miliciens, lit la même route en vingts
nupis eurent cependant un petit engagement à la faveur duquel ils enlevèrent une partie du bétail que menaient les fugitifs; Tintervention de Colompotop, petit-fils de celui dont nous avons parlé plus haut, amena un arrangement à Taide duquel , moyennant quelques cadeaux en habits, les Indiens les laissèrent passer et leur cédèrent quelque bétail. Plus loin, il fallut faire une convention pareille avec une autre tribu de Tobas, et Ton arriva enfin devant Corrientes le 7 novembre, après vingt-quatre jours de voyage et sans avoir perdu un seul homme. La route du Rio-Colorado au Parana fut évaluée à deux cent onze lieues ; elle n'oflfrit en somme aucune difficulté sérieuse, et il est à remarquer combien la famille de Colompotop fut utile aux Argentins (1).
Citons enfin, en passant, la tentative de M. Weeddel, en 1846, pour aller de Pomabamba au Paraguay. Les Chiriguanos lui disaient que le chemin était praticable partout, mais les Tobas lui refusèrent passage sur leurs terres : ce qui corrobore ce que nous avons dit plus haut, que Fattitude des barbares est la seule difficulté réelle qui s'oppose à la communication par terre des Andes au Paraguay.
Quant aux missions établies entre le Vermejo et le Pilcomayo, en descendant du versant oriental des Andes vers les plaines du Chaco, elles furent commencées , ainsi que nous l'avons vu plus haut, au milieu des Indiens Chiriguanos parles pères jésuites Arcé et Zea. Cependant, repoussés par l'indifférence et même l'hostilité des Indiens, les deux apôtres les laissèrent pour leurs établissements de Chiquitos, tout en installant préliminairement un collège de missionnaires dans la ville de Tarija. Cette ville avait été fondée en 1574 par don Luis de Fuentes, pendant l'administration de Francisco de Toledo» vice-roi du Pérou. Les franciscains y avaient établi aussitôt une de leurs maisons, qui ne prit toutefois d'importance qu'en 1755, époque à laquelle, en vertu d'un rescrit spécial du pape Innocent XI, elle* fut érigée en collège de propaganda fide. Après l'expulsion des jésuites, on y adjoignit le couvent appartenant à ces religieux. Dans ces conditions, les franciscains ont continué leurs missions jusqu'à l'époque actuelle , et leurs établissements se sont confondus avec ceux qu'avaient ébauchés les jésuites.
Des vingt-deux missions qui leur appartenaient au commencement
(1) Le journal de ce voyage se trouve dans le Nadonal de Montevideo du i9 janvier 1S42, sous le n** 934 de cette collection.
TERRITOIRE INDIEN Dl] NORD OU CHACO. 35»
de ce siècle, quatorze étaient au nord du Parapiti : c'étaient, en allant du nord au sud : Pirmj^ Florida, Cabezas^ Abapo^ Moravia Igmiri, Tacurtiy Zaypnru^ Tapuita, Tacuaremboti^ Ibirapiicuti^ Piriti^ Ohmg^ Parapiti; — quatre dans la Cordillère de Los-Sauces : Tayarenda^ Iti^ Tapera^ Azero; — deux sur la frontière de Tarija : Satinas et Itau; — les plus récentes, que nous connaissons déjà, étaient ceUes de Zenta^ près d'Oran , et de Cayamburu , au nord de cette \ille. Dans ces derniers temps, le gouvernement bolivien a fondé quelques nouveaux fortins sur la frontière, tels que ceux de Abarenda^ San-Luis^ Narvaez , Gutierrez , Villa-Rodrigo^ etc. ; mais les Chiriguanos voient ces établissements-là d'un mauvais œil et se soucient médiocrement de les fréquenter; ils préfèrent encore avoir affaire aux religieux qu'aux gouverneurs civils (i).
(1) Let Missions, dites de Tarija, sont :
1090. — Takiqi'ea et Presestacios, fondées par les Pères Zea et Arcé et aujourd'hui dé-
tniilet (nous en avons parle plus haut), — Indiens Chiriguanos cl Chanès.
nw. — Nuêttra Senora del Rosario de las Salinas. — 21'* 37',— G4'' 55'. — Indiens Chiriguanos et Mataguayos. Fondc*c par les jésuites en IG90, détruite d*abord parles Indiens, poil rétablie en 1734, et remise aux franciscains en 17G8. — Existe encore.
I758i — PiLiPiu. — Indiens Chanès. — Celte mission se fondit dans celle d' Azero.
1767. — San-Francisco de Azero — 19° IG', — GG" 15'. — Indiens Chanès et Chirigua- 001. * Existe encore.
17M. — La Âsuncion de Nueslra Senora del Piray. — Anciennement EUPoirero, — iS'éO',— Gi^S*. —Fondée par les jésuites, en 1728, sous le nom de Santa-Rosa del Piray; luoéeen 1731 parles Indiens, et rétablie en 17t'8, par les franciscains. — Chiriguanos. — Exitle encore.
17W. — Nuestra Senora del Carmen de Carezas. — 18° 58', — G3» 55'. —Indiens Chirigoaont. .» Existe encore. Est aussi désignée sous le nom de Catoca.
1771. — La SantisimaTrinidad de Arapo. — 19° (K, — Gi» 0'. — Indiens Chiriguanos. — Est aujourd'hui un village de métis.
1779. — Nuestra Senora de las Angusiias de Zenta. — 23° 14', — G5** 15'. — Indiens Matigiiajos et Vejosès. — S'est confondue avec la ville d'Oran. Les bâtiments forment la sucrerie de la. famille Uriburu.
1782. — Nuestra Senora del Pilar de la Florida. 18" 42, — 64° (K. — Anciennement Cari§ua. — Indiens Chiriguanos. — Existe encore.
17 W. — San- José del TkcnKV. — 19*28', — G3o58'. — Indiens Chiriguanos. — Est un kaiBeaa de métis.
1787. — Nuestra Senora de Guadalupe de Icmiri. 19° 2G', — G4" C — Indiens ChirigttBOs. — Nommée aussi Yeemiri. — Altandonnée.
1788. — San-Antonio de Padua, de Zaypcru. 19° 31', — G4° (T. — Indiens Chirigoanot. — Est un hameau de métis.
1788. — SanrRafael de Mazavi. — 19° 24', — 64*» 0*. — Indiens Chiriguanos. — Est devenue an village de métis.
178». — Nuestra Senora de la Candelaria de Iti. — lij**22', — 64© 45'. — Indiens darigiiuios et Chanès. — Est nn hameau et une estancia.
1790. — Sofi-Pedro de Alcantara de Tavarbnda. — 19« 20', — G4 M 5'. — Indiens Chirigoanoe. — Est uu village de métis.
Aussitôt après Torganisation du gouvernement national qui suivit la chute de Rosas, on recommença à s'occuper du Chaco. En 1854, les Saltais revinrent à leur idée si pratique de la navigation du Vermejo : le capitaine Lavarello navigua le San-Francisco , de son embouchure à San-Pedro, avec le Zenta; en 1855, le Mataco descendit le Vermejo[; le Zenta en fit autant en 1850, et tous deux arrivèrent heureusement à Corrientes. En 1858, le vapeur Vermejo remonta la rivière jusque près de la Esquina, où il resta échoué près de six mois. Les Indiens du voisinage fournirent des vivres au capitaine et aux matelots, qui ne voulurent point abandonner le navire. Toutes les marchandises que portait le bâtiment furent conduites à Salta à dos de mulet, et le vapeur, qui était d'un trop fort tirant d'eau, put enfin, à la crue suivante, être ramené à Buenos- Ayres, où il fait actuellement la navigation de l'Uruguay. Depuis, un service avec des bâtiments à vapeur plus légers, subventionné par l'État, fonctionne ré-
1790. —San-Francisco Solano de Ibira-Pucuti. IS** 39',— 63** M'. — Indiens Chiriguanos. — Abandonnée. — Nommée aussîGurapuculi.
1791. — San-Buenaventura de Tacuaremboti. — 19" 38', — G3° 58'. ^ Indiens Chiriguanos. — Abandonnée.
1791. — San-Miguel Arcangel de Itad. — 2J° 18', — 64° 40". — Chiriguanos. — Est aujourd'hui un village de roélis.
1792. -- San-Geronimo de Piriti — 19** 42', — 63** 61'. — Indiens Chiriguanos. — Abandonnée.
1795. — San-Diego de Obaïc. — 19° 45', — 63» 54'. — Indiens Chiriguanos. — 0n4'appelle aussi Ubau et Ubay. — Détruite en 1799 dans une insurrection des Indiens.
1795. — Nuestra Senora de la Concepcion de Pabapiti, — 19° 58', — 63*» 53'. — Indiens Chanès. — Quelques habitants métis.
1795. — Santo-Domingo cteTAPUiTA. — 19** 36', — 64** 2'. — Indiens Chiriguanos. — Détruite en 1799.
1798. — San-Pablo di /a Tapera. — 19° 28', — 64° 46. — Indiens Chiriguanos.— Remplacée par une cstancia et un hameau .
1804. — San-Pedro Regalado de Cayamduru ou CayambuUo. — 22° 21', — 65** 20'. — Indiens Mataguayos et Chiriguanos. — Est un hameau de métis du département de Santa-Victoria, dans la lieutenancc d'Oran.
Beaucoup de ces missions ont été détruites dans l'insurrection générale des Chiriguanos, en novembre 1799. D'autres sont devenues des villages boliviens; quelques-unes ont été remplacées par des estancias. Peu à peu, les Chiriguanos des anciennes missions se m(\lent à la population voisine. Le collège des missionnaire:^ de Tarija existe toujours et fournit les ministres du culte à tous ces petits villages.
^Noticias historicas sobre las misiones en la republica de Bolivia ,por el P. Zefirino Mussani, niinimo observante. — 1 vol. in- 12. Parif, 1854. Rosay Bouret. — Descripcion de las misiones al Cargo del colegio de Nuestra Senora de los Angeles de la Ciudad de Tarija, por Fray Antonio Tamajuncosa, comisario y prefeclo de dichas misiones. — Salta 1800. — Collection Angelis; tome V. — Expédition dans les parties centrales de TAmérique du Sud, de 1843 à 1847, par MM. de Castelnau, Weddel, etc., 6 vol. in-8. — Arthus-Bertrand. — Paris, 1851, — Tome V, page 141. — Rapport^de M. Weddcl.
gulièrement de Corrientes à la Esquina , et Ton n'a nulle plainte à
faire contre les Indiens riverains.
En 1857, une tentative du gouvernement national, pour repeupler
l'ancienne mission de San-Geronimo en face de Goya, n'a point eu de succès à cause du mauvais choix des colons. — Corrientes a été plus heureux à San-Femando^ où Ton a rétabli une mission qui parait prospérer. Depuis longtemps on coupe des bois sur V Arroyo-del- Oro , sans que les Indiens molestent les travailleurs ; on en compte même quelques-uns parmi les ouvriers. D'autres vont travailler dans les plantations des environs de la capitale. (Voyez tome II, pages 179 et 188.)
La province de Santa-Fé a rétabli la mission de San-Javier et tente en ce moment de repeupler celles de San-Pedro et dUnispin. En 1860, le Gouvernement national commença la restauration de l'ancienne frontière qui devait s'opérer à l'aide de colonies militaires. (Voyez tome II, pages 202 et 207.) On traça le plan d'une série de quatorze établissements qui seraient échelonnés de San-Javier à laEsquina-Grande du Rio-Salado, et de là suivaient la rivière jusqu'à Matara. Les travaux furent commencés, on occupa plusieurs points, entre autres le Tostacb , désigné sous le nom de fort Urquiza, l'endroit le plus important de la frontière (i). Malheureusement les événements de 1861 firent abandonner ces fortins que les barbares détruisirent aussitôt ; on y est revenu depuis, et cette frontière va être solidement occupée. Le complément de cette occupation est la navigation du Salado, que son infatigable entrepreneur, don Estevan Rams, n'abandonne pas, et le rétablissement de la route de terre de Santiago del Estero à Santa-Fé, dont le ministre de l'intérieur presse les travaux. Ceci obtenu, tous les immenses et excellents terrains voisins des lagunes de losPorongos et limités par le Juramento (Salado), seront rendus à l'industrie pastorale qui y prospérait, il y a soixante ans, et les Indiens seront obligés de rester dans leurs limites du Chaco, s'ils ne veulent pas se mAler, comme l'ont fait tant de tribus, à la population civilisée delà frontière et se fondre avec elle.
Le Gouvernement national a aussi décrété, depuis 1853, l'ouverture d'une route à travers le Chaco (voyez tome II, page 555), des provinces du nord à Corrientes. Celle qui longe le Vermejo est
(t) Memoria presentada por el ministro del estado en el departamento de guerra y mmrina (D. Benjamin Viclorica), al Congreso législative , sesion de 1860. — 1 vol. in-4°. Boénot-Ayretf 1860. — On trouvera dans ce mémoire très-étendu loue les documenls relatib i la réorganisation des frontières, plus une carte de celle du Chaco.
déjà très-connue, puisqu'elle a été faite par Matorras, Espindola, Arias, etc., etc., et dernièrement par les divisions Salas et Oeampo. La navigation, déjà établie du Vennejo, ne peut que la rendre plus sûre, en même temps que sa fréquentation serait utile aux navires occupés aux voyages de la rivière. Le rétablissement de la Conception, de Santiago, de San-Bernardo, ne serait probablement pas difficile, pourvu que Ton traitât avec les Indiens, et que Ton occupât assez solidement ces points pour en imposer à leur versatilité et à leur esprit de caprice. Si Ton peut compter sur quelques-uns d'eux, tels que les tribus qui reconnaissent pour chefs les fils de Colompotop, et celles des Matacos, habitués à travailler dans les plantations de Salta et de Jujuy , il y a à se défier des Tobaset des Mocovis. En 1860, ils ont assassiné le vénérable missionnaire Puydengolas, qui voulut se rendre par terre de Corrientes à la Esquina, sa mission.
Cette expédition, confiée par le président de la République à don José Maria Arze, devait reconnattre la route dont nous venons de parler. Elle se composait de trente hommes armés, et, avait traité avec les Indiens Tobas et Chunupis. Elle partit de Corrientesje 16 novembre 1860 ; au bout de quelques jours, plusieurs hommes désertèrent. Le 30 novembre, à 50 lieues de Corrientes et à 5 du Vermejo, la troupe, réduite àquinze personnes, fut soudain attaquée à coups de lance par les guides eux mêmes et les Tobas. Le missionnaire et quatre hommes furent tués ; le reste put s'échapper pendant que les Indiens pillaient le petit convoi. Arrivés au Vermejo sans être poursuivis, les fugitifs firent un radeau et descendirent la rivière jusqu'à Humaita, où les autorités paraguayennes leur fournirent tous les secours qu'exigeait leur position (1). Cette triste aventure prouve que, dans toute tentative de ce genre, il faut toujours être assez en nombre, assez bien armés et organisés pour en imposer aux Indiens. Les quatre Basques partis d'Oran en 1857, avec un train de bois d'essences précieuses, n'eussent point été Éissassinés, comme on l'a su positivement depuis, s'ils eussent été plus nombreux. (Voyez tome I, page 136.)
Récemment, en octobre d 863, le gouvernement de Salta vient de décider l'établissement d'un port au lieu nommé Palo-Santo^ à 20 lieues au-dessous de la Esquina, et qui n'est qu'à 70 lieues de Miraflorès sur le Salado, localité qui servirait de point de départ à une route
(1) Rapport de D. J.-M. Ar/e « inséré dans le Correo Argentino du 25 décembre 1S60.— Parana.
TEKRITOIKE INDIKN DU NOKD 01 CHACO. 303
nouvelle des provinces de Tucuman, Salta et Santiago.delEstero pour leVermejo. Les vapeurs d'un foi*t tonnage peuvent arriver jusqu'à Palo-Santo, où Ton transborderait les marchandises sur de plus petits bateaux qui les mèneraient à la Esquina et à Oran. Ce chemin servirait en même temps de frontière à la province de Salta. Miraflorès est à 40 lieues de cette capitale, qui se trouverait aussi à 110 lieues du Vennejo; la route actuelle jusqu'à la Esquina, n'est que de 100, mais elle est moins commode et dans un moins bon terrain.
Les derniers voyages opérés par des bâtiments à vapeur dans le Rio-Vermejo ont permis d'étudier la répartition actuelle des diverses tribus indiennes dans la vallée de ce fleuve : — les Tobas^ évalués arbitrairement à 7,000, en occupent la partie inférieure; — les Mataguayos, dont on porte le nombre à 10,000, habitent la partie supérieure ; les Matacos font partie de cette nation, de môme que les Malhalos et les Vejoses, qui parlent la même langue et ont les mêmes mœurs. — A la nation des Ocotes^ sans doute ceux que les missionnaires appelaient jadis Ojatas^ et qui est répandue sur la rive droite, appartiennent les tribus des Vilelas^ Atalas^ Chumtpis^ Sini/is^ Chagias, Macomitas^ Toquistinès^ Paisanas, etc., toutes de même race et de même langage, et qui sont les restes des peuplades qui habitèrent les missions fondées sur le haut Juramento, il y a un siècle (voyez plus haut, page 351). Cette nation n'atteindrait que la faible somme de 3,000 individus. — Mais hâtons-nous de dire que tous ces chiffres ne sont qu'approximatifs et déduits des récits des habitants de la frontière et des renseignements assez superficiels pris auprès de leurs caciques.
Ces nations vivent essentiellement de pêche et de chasse. Elles ont un peu de bétail, et leur agriculture se réduit à quelques plants de mais, de pastèques et de citrouilles. Toutes sont plus ou moins en rapport avec les blancs, et ne se montrent point trop hostiles à la navigation du fleuve, ces voyages leur ayant procuré jusqu'à présent beaucoup de petits cadeaux et une foule d'objets de première nécessité : étoffes, haches, couteaux, marmites de fer, etc., que l'on échange avec elles pour des vivres et leur coopération au remorquage des navires dans les nombreux coudes que fait la rivière (1).
Qusini aux Mocovis ^ ils habitent principalement, ainsi que nous lavons dit, sur les frontières de Santa-Fé et de Santiago-del-Estero.
(1) Rapport de D. GorDelio Bliss au ministère de Tintérieur, en date du 15 octobre 1863. ->ifoetofi Argêntinaf 35 décembre 1863 Buenos- Ayres.
Dans cette dernière province, on leur donne le nom de Montaraces^ Indiens des bois.
La colonisation du Ghaco est une affaire de temps et de bonne organisation. Il faut y procéder graduellement eu occupant solidement et à tout jamais certains points faciles à garder, à ravitailler, en communication aisée et constante avec les centres anciennement peuplés, pour que les colons nouveaux ne se dégoûtent ni ne s'effrayent du désert et du contact des Indiens. Ceux-ci, tant qu'ils ne sont pas civilisés, n'ont d'autre but que de voler du bétail ou des effets; mais ils se gardent bien d'attaquer tout endroit bien peuplé et solide, comme on en a pu faire l'expérience à la colonie Esperanza de Santa-Fé. On sait donc d'avance quels sont les moyens à employer pour rendre les nouveaux établissements inattaquables par eux. Dans ce cas, loin d'être hostiles, ils deviendront des auxiliaires utiles pour la colonisation en louant leurs bras aux colons, en faisant un commerce honnête de pelleteries, de laines, de miel, de cire, etc., etc., et finiront par se civiliser au contact d'une population agricole et laborieuse.
Le Chaco boréal est trop éloigné ; sa nationalité n'a point encore été assez nettement déterminée pour que le Gouvernement argentin ait à s'en occuper ; mais il a des droits incontestés sur toute la vaste étendue du Chaco austral, dont plusieurs parties, surtout celles voisines du littoral de Paranaet de ses canaux, du Yermejo, du Salado et de ses lagunes, sont excellentes pour l'agriculture et l'industrie pastorale. C'est dans le voisinage de ces grands cours d'eaux que des colonies, formées de nationaux et d'immigrants européens, peuvent être établies avec succès dans des localités choisies. Leur prospérité est certaine, si , dès le principe, l'établissement est fait avec une population suffisante et bien pourvue de ressources pour les trois premières années. Nous disons que ces colonies devront être établies d'abord près des rivières, parce que le milieu du Chaco est peu fertile et manque d'eau hors de la saison des pluies. Il faut donc occuper d'abord tout l'ancien terrain de Santa-Fé, jusqu'à l'Arrpyo-del-Rey et les parties non inondées des bords du Parana, puis toute la rive droite du Vermejo. — De ces points et le temps aidant, la colonisation rayonnera jusqu'au centre, et peu à peu les Indiens, ou se fondront avec la population nouvelle, comme l'ont fait les Abipons, jadis si terribles, ou se retireront dans le Chaco boréal, s'ils veulent continuer leur vie nomade (1).
(1) Une foule de projets ont été rois en avant pour la colonisation du Chaco» Azara en a
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