CHAPITRE XII
ProYlnce de Catamarca.
§ I. — Province de Catamarca en général.
Situation astronomique et limites. — La province de Catamarca ^t. située au sud de celle de Salta , à Touest de celles de Tucuman et "6 Santiago-del-Estero, au sud de celle de laRioja; elle confine avec ^^ Chili par la crête occidentale du plateau des Andes. — Elle se trouve ^nsi comprise, enmoyenne, entre 26** 20' et 28** 30' de latitude sud, ®8* et 71* de longitude orientale, embrassant une superficie d'envi- '"on trois mille cinq cents lieues carrées. — Ses limites au nord, et ^Vec la province de Salta, sont une ligne qui traverse les cimes des Ncvados de Calcbaqui, la Sierra Medanosa, celle de Chango-Real, et, I^sssant au nord de la vallée de la Laguna-Blanca, va toucher au Paso d.c San -Francisco, où elle rencontre, au nord-ouest, la frontière de l^liifie et, à l'ouest, celle du Chili. — Au sud, elle est séparée de la pTovince de la Rioja par une autre ligne qui, partant de la frontière cMienne, au Cerro-Pulido, traverse le plateau des Andes par la Laguna-Brava, la descente de la Estanzuela , le massif du Machaco, le bord austral des vallées de la Tamberia et de la Cienega-Redonda, puis, suivant la crête des montagnes de Tinogasta, passe par les collines de los Cerrillos, la grande Travesia de los Colorados, de Pasincheet de Machigasta, jusqu'à rencontrer l'Abra de Chumbicha , ^t, se continuant vers l'est-sud-est, vient toucher au grand bassin des Salines, à peu près par 29* 40' de latitude et 67*" de longitude. — Au nord-est, sa frontière avec Tucuman coïncide avec le Baùado, f Abra de Santa-Maria, la crête de la Sierra secondaire d'Aconquija et le Rio de Guacra ouSan-Francisco. — Enfin, à Test, elle touche à Santiago-del-Estero par une ligne d'estancias , échelonnées à peu près sous le soixante-septième de longitude jusqu'au Rio-Albigasta. Ces lignes de démarcation sont celles que l'on suit aujourd'hui,
P^^^poié un (Voyez le tome VI de la (^Uection Angelis). Arcnalès trauscrit le sien dans son wvrage sur le Ghaco , etc. Le Gouvernement national , étant suzerain incontesté de ce v^ lerritoire, pourra un jour traiter avec des compagnies qui voudraient sérieusement le coiooiier.
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non pas toutefois sans réclamations de la part des provinces de Ti». cuman et de Santiago-del-Estcro, qui prétendent que Catamarca . occupé indûnjent diverses parties de leur territoire, et que ces limite; ne sont pas tout à fait celles qu'assignait la cédule royale du 16 aoC 4679, et l'opération de limites pratiquée par ordre de la municipalL ^ de Catamarca du il février 1684. Les Catamarquefios, au contrair— réclament contre l'occupation du canton de Colalao par Tucumaa celle de quelques terrains de la montagne d'Aucaste par les Sant^^ gais. — Ces rectifications, s'il y a lieu à les faire, ne peuvent s'opé x que du consentement du Congrès et sous la direction du GouvcrKm ment national.
Aspect (iÉNÉiiAL. — La province de Catamarca présente un aspei très-varié. Sa partie septentrionale est couverte de montagnes cii conscrivant ici des gorges étroites, là de grandes vallées arrondie comme le cirque nommé Campo-de-loS'Pozuelos , au pied du v&m sant occidental de l'Aconquija. Proche de la Cordillère, il existe 43 longues et larges vallées dont le sol est très-plat; vers le sud-est, u^ cirque immense, celui des Salines de Belem et d'Andalgalas,vas'uir au grand bassin de ce nom, qui sépare le système andin de celui ^massif central. La grande vallée delà Capitale, située entre les Sierra d'Ambato et d'Ancaste, en fait autant. Les chaînes montagneuses qusillonnent le territoire vont s'abaissant successivement vers cett:^ plaine ; leurs sommets, si desséchés vers le 'centre de la province, s-^ couvrent de végétation à leur base, et les ruisseaux qui en descendent donnent à l'humus épais des vallées une fertilité prodigieuse. PaJ suite de leur aridité, les plaines sont peu habitées; la populations^ presse au contraire dans les vallées intérieures et sur les versant:: orientaux des Sierras del-Alto etd'Ancaste, qui participent unpeuditf climat de la Pampasie argentine.
Hydrographie. — Cette province n'a que des ruisseaux d'un cour' très-réduit, dont la totalité des eaux est absorbée par l'irrigatioim Chaque gorge, chaque vallée a le sien, et malheureusement ils a^ sont pas aussi nombreux qu'il le faudrait dans l'intérêt du pays. Le principal cours d'eau est celui de Santa-Maria ; après, viennent ceux de Paclin et Piedra-Blanca, qui forment .le Rio-del-Valle, lequel a^ rose la vallée de la Capitale. Les torrems de la Cordillère sont peu considérables. — On n'y compte qu'un seul lac, et encore est-il fort petit ; c'est celui de la fMguna-Blanca^ dans une haute vallée de la
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iitlillère ; au-dessous de lui se présente Tétang de la Laguna-Coloda. Ces deux amas d'eau sont salés; la vallée qui les i:enferme est blonneuse, et les rares habitants de cette région affirment qu'ils ont h jadis plus étendus.
Orographie. — Le système orographique de Catamarca est assez mpliqué. — Il se partage en deux grandes fractions : l'une dépen- .nt de la Cordillère des Andes, l'autre détachée de l'Aconquija. ^deux fractions sont réunies par la chaîne transversale de VAtajo. -Aconquija envoie vers le sud-sud-est les longues chaînas de Iklto et di'Ancaste; cette dernière, qui n'est que la prolongation ï l'Alto, vient mourir au bord dubassindes Salines. De l'Aconquija détache parallèlement aux précédentes ^ mais à l'ouest, la puissante erra àHAmbato^ qui se termine au sud par les Cerros de Mazan et t Punta-Negra, lesquels la lient, par les petites collines des Cerril- ^, à la Sierra de Velasco ou de la Rioja. — Entre les deux chaînes Arabato et del Alto s'élève celle de Graciait , qui naît près de la apitale et va vers le nord se réunir comme elles au Clavillo-deltonqtiija. — LaSierra-del-Atajo naît du Clavillo et se dirige à l'ouest, ^^aut ainsi de paroi australe au cirque sablonneux de Los-Pozuelos^ » se joint aux massifs de ChangchReal et aux chaînes élevées qui ^serrent les vallées de la Laguna-Blanca et de Fiambala. Elle dé- Lche vers le sud la Sierra de Belem , qui vient se terminer par les ointes des Cerros Ncgro et Colorado^ dans la grande travesia ^v. •opocabana à Machigasta. ^ Le massif andin s'étend du sud au nord ^ecses hautes vallées latérales et les chaînes secondaires du Machaco t du Casadero de Fiambala. — Nous avons déjà décrit toutes ces nontagnes. (Voyez tome I", pages 290 et suivantes.) Elles ont en S^ral les caractères de celles de Salta et de Jujuy, au système des- (loelles elles sont liées.
Constitution physique du sol. — Une si grande variété de relief ^8 le sol doit amener aussi de grandes différences dans sa nature. I* système de l'Aconquija appartient aux gneiss, aux granités, au\ îuarlz; les chaînes de l'Alto et d*Ancaste sont de cette même nature ; 'Alajo et l'Ambato offrent de nombreux calcaires et des grès; la Sierra •feBdem a des gneiss vers le centre et du grès à son extrémité sud ; Wi retrouve les gneiss dans les collines des vallées de Tinogastii et Copo-Cabana, les grès dans le contre-fort oriental du grand massif îndinet dans les Sierras de Chango-Real et Medanosa, qui limitent ttinord les vallées de la Laguna-Blanca et le cirque de los Pozuelos.
Vers la Punta de Balastro, on aperçoit des traces de volcanisation — Toute la région montagneuse est riche en dépôts métalliques : or, argent, cuivre, nickel, fer, plomb. Plusieurs mines sont en exploitation, surtout dans la Sierra-del-Atajo, et donnent de magnifiques produits. (Voyez tome II, page 443.)
Quelques vallées sont entièrement sablonneuses : telles celles de la Laguna-Blanca, le cirque de los Pozuelos , vaste plaine circulaire, entre les chaînes de Quilmez, d'Aconquija et d'Atajo, d'une altitude moyenne de deux mille cinq cents mètres, incessamment balayée par le vent, qui, lorsqu'il souffle du nord ou du nord-ouest, y chasse en tourbillons les sables quartzeux de la Sierra-Medanosa. L'immense bassin des Salines de Belem et d'Andalgala est sablo-argileux , et offre d'endroits en endroits, surtout vers son centre, de nombreuses efflorescences salines. Ce bassin n'est aride que faute de pluie et d'irrigation ; partout où sur ses bords on peut amener quelques filets d'eau, on obtient une végétation luxuriante. Les vallées inférieures sont formées par des couches puissantes de terre végétale et d'une extrême fertilité. Les versants orientaux des Sierras del- Alto et d'Ancaste étant bas, ont des terres profondes sur lesquelles croissent de belles forêts entremêlées de splendides pâturages.
La province de Catamarca, comme toutes celles des Andes, est sujette aux Tremblements de terre ^ mais on n'en connaît aucun qui ait été de quelque violence; ce sont plutôt des frémissements du sol que l'on y éprouve que de véritables secousses.
Climat. — Le climat varie en raison des altitudes et des localités : éminemment sec dans la région andine, il devient assez humide dans les vallées que forment les cordons détachés de l'Aconquija, vers le sud-est. Jusqu'à mille mètres d'élévation, les gelées sont rares; audessus, on en voit quelques-unes en hiver. Le massif principal de l'Aconquija ne se dépouille jamais de ses neiges; les Sierras d'Ambato et d'Atajo ne les conservent que peu de temps ; celles d'Alto et d'Ancaste, celles de Belem, n'en ont presque jamais. La ligne des neiges perpétuelles ne commence, dans la Cordillère de Catamarca, qu'à quatre mille cinq cents mètres; les Nevados /^o/ro et Bonete appartiennent à cette province. — Les vallées basses, c'est-à-dire audessous de mille mètres, ont une température ardente pendant l'été ; le désert des Salines de Belem et d'Andalgala est brûlant; heureusement que, dans le voisinage des montagnes, ces plaines sont rafraîchies par les brises froides qui descendent de leurs sommets. Les vents
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sont quelquefois très-forts, surtout ceux du nord et du sud, et ils soulèvent d*affreux tourbillons de poussière. La saison des pluies est Tété, de décembre à mars ; elles sont môme rares dans la partie qui aToisine la Cordillère , ses hauts sommets attirant tous les nuages, toutes les vapeurs de l'atmosphère . On en voit bien davantage dans les dépendances de TAconquija.
La Salubrité de toute la province est parfaite ; elle n'a aucune maladie particulière et n'éprouve d'autres épidémies que celles qui sont communes aux provinces des Andes : la pleuro-pneumonie adynamique et les fiè>Tes éruptives. On voit quelques fièvres intermittentes légères dans les vallées humides de Piedra-Blanca et de Paclin. La syphilis y offre parfois de fâcheux symptômes, dus à Tabsence de tout traitement et surtout à celle de l'hygiène; les montagnards de Catamarca se lavent peu. Le goitre se rencontre dans quelques vallées, entre autres celle de la Capitale.
Végétation. — Elle est maigre dans la région andine et s'y limite aux cactus, aux mimosées diverses, telles que les algarrobos, les viscos, les chaùars, les breas, les jarillas, etc., etc.. Dans les vallées humides, on a la végétîition de ïucuman : noyers sauvages, cedrels, lauriers, pacaras, etc., etc., mais ces arbres n'atteignent pas une aussi belle taille que dans la province voisine. Les graminées couvrent les plateaux surbaissés de l'Alto et d'Ancaste. Partout où il y a un peu d'humidité, la végétation naturelle est vigoureuse et presque tropicale ; mais cette humidité est rare, et son absence est la cause de la nudité des plaines ou de leur végétation rabougrie.
Agriculture. — Quant aux produits cultivés, c'est tout autre chose : la couche de terre végétiile étant très-épaiss<s et la culture ne se faisant pas sans irrigation, les arbres fruitiers et les plantes herbacées y prospèrent admirablement. L'oranger, le figuier, la vigne, le pêcher, Folivîer, etc., enfin tous les arbres du niidi de l'Europe, réussissent. On fait un vin très-estimable, surtout à Andalgala ; on cultive môme la canne à sucre près de la CapiUde, et l'on s'y occupe du tabac et du coton, dont la qualité est supérieure. Cependant, sauf le liguier,que Ton traite en grand pour ses fruits, qui sont exportés à l'état sec dans les provinces voisines, et la vigne, aucun de ces végétaux n'est l'objet d'une culture très-étendue. Tout se consomme dansla province. Le blé et le mais rendent considérablement; la luzerne est cultivée en grand, principalement dans les départements de l'ouest, pour la nourriture du bétail, que Ton envoie de l'autre côté de la Cordillère. — En ré-
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sumé, le travail des champs est en honneur dans la province de Catamarca et les méthodes agricoles y sont bonnes.
Animaux sauvages et domestiques. — Le règne animal offre les mêmes espèces que Ton trouve dans les provinces de Cordova et de Santiago-del-Estero. La vigogne et le guanaque abondent dans les montagnes du nord-ouest, que hantent aussi le couguar et le condor. La conformation de la province, avec ses hautes sierras et ses cirques arides , y rend les espèces animales sauvages peu nombreuses.
Le bétail domestique est multiplié dans les départements de Test, où le fourrage excelle en quantité comme en qualité. Ceux d'Alto et d'Ancaste fournissent des bétes à cornes à toute la province; les animaux que Ton expédie par la Cordillère vont se refaire dans les enclos de luzerne de Tinogastaet de Copocabana avant de passer les Andes. On élève aussi beaucoup d'ânes et de mulets et quelques lamas dans les environs de la Laguna-Blanca. Les moutons et les chèvres se rencontrent partout; la race ovine indigène est naturellement fort belle, quoique Ton n'ait point encore commencé à s'occuper beaucoup de son amélioration. L'éducation de la vigogne et de Falpaca pourrait devenir un jour une industrie très-lucrative dans cette province, les essais faits jusqu'à présent ayant parfaitement réussi. C'est de la vallée de la Laguna-Blanca que sortent les magnifiques troupeaux d'alpacas qui peuplent aujourd'hui les montagnes de l'Australie.
Commerce et industrie. — Par sa position retirée, la province de Catamarca n'a qu'un commerce extérieur assez réduit. — Elle a renoncé presque entièrement à la culture du coton, à cause de la cherté des transports, et ne produit qu'un peu de tabac pour le Chili. Cette culture pourra s'étendre et devenir avantageuse , puisque celui de Tucuman, qui a soixante lieues de plus à faire, peut encore être vendu avec profit sur le marché de Copiapô. Parmi les autres produits agricoles, on exporte les posas de hijos ou figues sèches , qui sont fort bonnes, et Vagi ou poivre rouge , que l'on répute de qualité supérieure ; enfin des vins et des eaux- de- vie. On envoie au Chili des bœufs, des chevaux, des mulets et des moutons; le commerce avec la Bolivie ne consiste guère que dans l'exportation des mulets.
Quant à l'industrie locale, elle est assez avancée et ressemble à celle de Tucuman. On tisse encore quelques étoffes de laine, telles que le picote^ du drap à poncho, des couvertures de cheval {jergas) ; on
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fabrique de très-beaux couvre-pieds en laine ou coton ; on taille et l'on teint des pelions; on tanne des cuirs, enfin. on fait de magnifiques broderies. Presque tofls ces objets sortent des mains des femmes, qui sont actives et fort laborieuses ( I ).
Toutefois l'industrie principale aujourd'hui est le travail des riches mines de cuivre de la Sierra-del-AUvjo. Leur exploitation a galvanisé la province, y a développé l'esprit d'association et une activité commerciale inconnue. A cette industrie s'est rattachée celle de la production mulassière,afin de pourvoir aux nombreux transports, qui ne peuvent se faire qu'à dos de mulet, la création de vastes enclos à luzernes (potreros de alfalfd)^ pour nourrir tant de bêtes de somme sur des routes souvent arides et toujours pierreuses et difficiles. — Si les bras étaient plus abondants et les capitaux moins timides, on pourrait commencer les travaux dans les nombreuses mines d'or et surtout d'argent qui ont été dénoncées, et dont le nombre dépassait cent cinquante en 4857. A ce point de vue, l'avenir industriel de Catamarca est splendide, et l'on ne se bornera toujours pas à l'extraction du cui\Te; lorsque les gîtes si abondants de ce minéral commenceront à s'épuiser, on se tournera vers les autres dépôts métalliques dont ses montagnes sont remplies.
(1} D. fienedicto Ruzo, ancien ministrn du gouvernement de cette province , a ]^ub1ié en 1854 un excellent travail descriptif sur Catamarca. {yacional ArgetUino , décembre de M&i. — Parana. — Ce travail a été reproduit avec quelques additions dans la Revista del Parana de 1860, page 30.)
M. Ruzo assigne les chiffres suivants au conmierce d'exportation et d'importation de Cata* marea, pendant la période décennale de 1814 ù 1853 inclusivement :
expoutation.
Piastres forteS4
£Q'BoliTie 351,067
Aa Chili 153,090
Aa Utloral 183,110
f Total 687,767