‹ Description géographique et statistique de la confédération ArgentineChapitre 26 sur 60 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

Province de la Bloja.

§ I. — Province de la Rioja en général.

Situation astronomique et limites. — La province de la Rioja est située au sud de celle de Catamarca, sur les versants orientaux de la grande Cordillère des Andes, en moyenne entre 28** 30' et 31* de latitude sud, 67° 30' et 7r de longitude occidentale, embrassant ainsi, du nord-ouest au sud-est, une superficie de trois mille cinq cents lieues carrées. — A l'ouest, elle touche au Chili par la crête des Andes ; — ^au nord, elle a les frontières précédemment indiquées avec Catamarca (voyez page 36S). — A l'est, elle est séparée de Cordova par une ligne qui traverse le milieu du bassin des Salines; — au sud-est, elle touche à San- Luis également par les Salines et la série de puits qui les bordent ; — au sud, elle confine avec San-Juan par le désert et par une ligne qui traverse les Andes de l'est au nordouest, entre 30 et 31** de latitude.

Aspect général. — Cette province présente l'aspect d'une plaine

immense et aride, s'étendant du pied des Andes à la dépression sablo-argileuse et .blanche de sel, qui constitue le bassin de la grande Saline, entre le massif central argentin et les Cordillères. Tout ce qui, dans cette plaine, n'appartient pas à la Saline proprement dite , n'en est pas moins un désert (travesia) presque sans eau, couvert de mimosées de taille médiocre, d'arbustes rabougris, de plantes salines. (Voyez d'ailleurs la description de la plaine intérieure argentine et du bassin des Salines, tome I, page 243, comme aussi sa végétation, même tome, page 4i8.) Au milieu de l'ancienne mer desséchée s'élève une lie granitique composée de trois cordons parallèles de hauteurs diverses : c'est la petite Sierra de los Llanos , en partie boisée comme la plaine, et qui constitue un système isolé tout à fait à' part, non-seulement dans l'orographie, mais encore dans l'ethnologie argentine.

Quant aux divers cordons des Andes, dirigés généralement du nord au sud , ils renferment de longues vallées, dont la principale est celle de Famatina, et leurs dernières ramifications orientales ont quelques ruisseaux et des gorges fertiles renommées pour l'excellence de leurs produits agricoles. La province est un désert là où l'eau lui manque ; partout où l'irrigation est possible, une exubérante fertilité couvre le sol d'une végétation splendide. Quelques gorges de montagnes, arrosées par des courants d'eau, nourrissent aussi de belles espèces arborescentes.

Hydrographie. — Une seule rivière de quelque importance, mais non navigable, arrose une faible partie de la province de la Rioja, c'est le Vermejo^ qui, né des plateaux glacés des Andes et des neiges étemelles du Boneté, traverse la vallée du Jaguë, se grossit des torrents venus du Valle-Hermoso, de ceux des montagnes qui bordent la vallée de Vinchina, et, continuant son cours vers le sud, reçoit le surplus des eaux de la vallée de Jachal et vient se perdre dans les sables qui avoisinent les lagunes de Guanacache vers le 32* de latitude. — Le volume d'eau qu'il roule, assez considérable pendant Tété, lors des orages de la Cordillère, est singulièrement réduit une partie de l'année. — Les autres cours d'eau de la province sont malheureusement peu nombreux et bien vite absorbés par les cultures. Partout où un filet d'eau sort du sol, il est immédiatement utilisé pour l'irrigation. — La plupart des montagnes orientales de la Rioja, telles que les chaînes de Vélasco et des Llanos, appartiennent aux terrains de gneiss, elles ont plus de sources naturelles que de ruisseaux;

ces sources sont précieuses pour le bétail que Ton entretient sur leurs versants.

Orographie. — Tout le système orographique de la Rioja, excepté celui de la Sierra de los Llanos, appartient au système des Andes. — Nous trouvons d'abord, en commençant par Touest, le grand plateau de la Cordillère, d'une altitude moyenne de quatre* mille mètres, puis ses contre-forts, dont quelques-uns sont aussi élevés, et qui constituent les Sierras del Jaguë, de Famatina, enfin celle de Velasco ou de la Rioja, la plus orientale de toutes. Cette dernière se joint au nord par un cordon transversal à la Sierra de Famatina, et les chaînons • qui en dépendent viennent «expirer au bord austral de la ^ longue tr^vesia de Copocabana à Machigasta et de la grande saline de Belemet d'Andalgala. — LaSierra de Mazan, au nord de la précédente, forme un petit système qui dépend de la chaîne de TAmbato, dont la sépare FAbra de la Cebila. — Ces ramifications des Andes ou chaînes secondaires soat généralement dirigées du nord au sud ; celles de Velasco, de Famatina et del Jaguë, sont reliées au massif andin par une sorte de nœuds transversaux, entre les villages du Carrisal, d'Angulo et de las Campanas, où s'élèvent le cerro de Paiman (voyQZ tome I, page 289 ) et ses dépendances. La Sierra de la Rioja se dresse comme une muraille supportant un plateau allongé, dont l'al- . titude ne doit guère dépasser trois mille mètres ; celle de Famatina porte des hauteurs beaucoup plus considérables, qui atteignent et dépassent même celles de la Cordillère, puisque son Nevado arrive à six mille deux cents mètres (Naranjo),rEspino, le Bayo, etc., à presque autant; le Cerro-Negro, à quatre mille cinq cents, etc., etc. — Les vallées circonscrites par ces chaînes de montagnes ont des altitudes considérables ; celles du Jaguë et de Guandacol atteignent presque trois mille mètres ; celle de Vinchina, deux mille cinq cents ; celle de Famatina, dou2e cents. Cette dernière, la plus longue et la plus vaste de toutes, finit par se confondre vers le sud avec les plaines de la Rioja, désignées sous le nom de Los-Llanos.

Quant à la Sierra de ce nom, elle s'élève, ainsi que nous l'avons dit, comme une île ovalaire et affectant un peu la forme d'une S, au milieu d'un immense bassin abandonné par les eaux salines à une époque relativement récente. Trois cordons la composent et sont désignés sous le nom de Costa- Alta^ Costa-dei-Medio^ Costa- Baja. (Voyez tome I, page 231 .) Son altitude est peu considérable, trois ou quatre cents mètres au plus, à ce qu'il paraît, au-dessus de la plaine

environnante. Sa longueur est d'une trentaine de lieues ; sa largeur varie de trois à six; les déserts qui l'entourent en ont de vingt à quarante; ce sont des plaines sablo-argileuses qui manquent d'eau, mais où il est possible de creuser des puits d'où l'on tire un liquide parfois un peu saumâtre, mais auquel gens et animaux s'habituent assez facilement. Quant aux petites vallées de la Sierra, elles ont des sources, de petits ruisseaux et quelques bois, où le bétail trouve à se nourrir autant des feuilles des arbres que du fourrage qui croit à leurs pieds.

Nature du sol. — La masse principale de la Cordillère çst de nature porphyrique ; ses contre-forts offrent des grès, des calcaires, des schistes, des conglomérats, telle la grande chaîne de Famatina; celle de Yelasco avec ses dépendances appartient aux terrains métamorphiques, gneiss, quartz, micaschistes, granités, etc., etc. Celle de Map offre principalement des calcaires. Le système de los Llanos est de même nature que celui de Velasco; c'est un terrain talqueux composé de gneiss, de fedspath, de quartz, etc., comme les petites Sierras dépendant du massif central argentin .

Le sol des vallées de la Rioja est formé d'abord d'une couche de cailloux roulés provenant des éboulis des montagnes voisines, dont l'épaisseur est inconnue, puis d'un dépôt plus ou moins épais de terre argileuse un peu saline, comme si toutes ces vallées avaient formé le fond d'amas d'eau intérieurs, desséchés ou écoulés sans raviner profondément les parois des montagnes qui les contenaient. La puissance de ce dépôt est d'autant plus considérable que la vallée s'élargit et qu'on s'éloigne davantage du pied des hauteurs. — Dans la plaine, le sol argileux et très-sec se lève en poussière épaisse et singulièrement légère au moindre vent, et forme des tourbillons, de véritables petites trombes qui se soutiennent à des hauteurs considérables. Dans les environs de la Sierra de Velasco et de ses dépendances, les terrains sont recouverts d'un sable granitique, qui les empêche de se dessécher profondément, aussi sont-ils d'une fertilité remarquable dès qu'on peut y amener un peu d'eau. La plaine même, tout ai^euse et saline qu'elle est, devient féconde lorsque l'irrigatioD y est possible. La multiplication des puits avec norias, le forage des puits artésiens, peuvent changer en pou d'années l'aspect des déserts de la Rioja (1).

(1) Le toafernefnent national vient de décréter remploi de &0,000 piastres fortes au creu-

Au point de vue minéral, peu de provinces sont plus riches que la Rioja en or, argent, cuivre, nickel, fer, cobalt, cristal de roche, marbres, stéatites, etc., etc. Nous avons rendu un compte détaillé de ses mines (voyez tome II, page 394) et des travaux dont elles sont l'objet, n n'est aucune de ses chines de montagnes qui n'offre des dépôts métalliques d'une grande valeur et qui ne demandent que des bras pour être fructueusement exploités. — Les sels de soude : chlorures, carbonates, nitrates, se rencontrent en abondance. On trouve du nitrate de potasse jusque dans le sable de la place de la Rioja.. Après l'avoir lessivé, on en obtient, par l'évaporation, un dépôt qui a pu être employé à la fabrication de la poudre de guerre et de mine.

Les Tremblements de terre se montrent comme dans les provinces voisines, mais sans avoir jamais causé de dégâts. On cite ceux de 1849, qui ont été accompagnés de grands bruits souterrains.

Climat. — Le climat est en raison des altitudes et pareil à celui de la province précédente. Il ne gèle presque jamais dans la plaine ; les chaleurs de l'été y sont fortes ; leur saison dure de novembre à juin. Les pluies ne se montrent que de décembre à mars. L'automne, l'hiver et le printemps sont secs. La limpidité du ciel est continue, et les mauvais temps sont extrêmement rares. L'hiver dans cette province est une saison magnifique par la pureté du ciel, l'absence de vent et la tiédeur de l'air. — Dans les vallées, c'est tout autre chose : celles de Guandacol et de Famatina éprouvent des gelées assez fortes, mais courtes. La neige couvre parfois leurs montagnes, mais n'y séjourne guère ; le Nevado seul ne s'en dépouille jamais ; de son sommet descendent souvent des vents froids qui parcourent la vallée.

La Salubrité de ce climat est parfaite. La province n'a aucune maladie spéciale, excepté le goitre commun dans quelques vallées, surtout dans celle de Famatina. Les épidémies de fièvres éruptives y arrivent quelquefois. La pleuro-pneumonie adynamique s'y montre comme dans toute la région voisine des Andes.

Végétation. — Elle est en raison directe de la nature du terrain. Réduite aux mimosées arborescentes dans la plaine , au jume

sèment de puits artésiens dans la plaine de la Rioja. Cette mesure est d'une portée incalco* lable pour l'avenir des provinces de l'intérieur ; si , comme tout porte à le croire , on arrÎTe «i pouvoir y obtenir des eaux jaillissantes, le désert disparaîtra en peu d'années.

PROVINCE DE LA RiOJA. 395

(lycium salsum) dans les bas-fonds salins; elle devient forte et vigoureuse dans les gorges un peu arrosées ; les quebrachos, les algarrobos y atteignent une belle taille ; un grand acacia, nommé visco^ fournit un bois d'ébénisterie très-compacte et magnifiquement veiné,' qui pourrait même être exporté avec avantage. Parmi les mimosées qui croissent dans les bons terrains, il est quelques espèces qui donnent une gomme particulière, presque en tout semblable à celle, dite arabique, que fournissent les acacias du Sénégal, et qui fait l'objet d'un si grand commerce avec l'Europe. Comme dans la province ^voisine de Catamarca, le règne végétal se règle sur rhumidité naturelle ou artificielle du sol; les plaines arides des travesias ont des bois immenses, mais clair-semés, rabougris, épineux, au milieu desquels il faut pénétrer avec guarda- monte ^ garde-bois, c'est-à-dire avec une sorte de caparaçon en cuir, qui protège le cheval et le cavalier contre les épines et les aiguillons des buissons qui couvrent le sol. Ces bois sont la continuation de Imterminable forêt qui couvre la plaine intérieure argentine, le long des Andes, des bords du Rio-Negro à la vallée de Catamarca, sur une longueur de dix degrés en latitude. (Voyez t. I, p. 419.)

Agriculture. — Dès que l'irrigation peut être pratiquée, le sol de la Rioja devient d'une extrême fertilité, et la régularité des phénomènes météorologiques de son climat permet des récoltes constantes et sûres. Les produits agricoles y sont d'une qualité tout à fait supérieure : sur aucun point de la Confédération Argentine on ne lïcueille de plus beau blé, ou ne produit de meilleur vin ; Tolivier y atteint des dimensions colossales et donne d'excellents fruits ; le pêcher, Toranger, tous les arbres fruitiers enfin y réussissent admirablement. Le peu de coton que l'on cultive pour les besoins locaux est de qualité première, pour la longueur et la ténacité de sa soie. La ville de la Rioja est réputée pour ses orangers ; la vallée de Famatina l'est pour ses vins, de même que la côte d'Arauco, qui produit en outre de très-bons fruits, et en particulier d'excellentes olives. Le sol pierreux et peu profond de la partie irrigable des vallées semble donner aux produits de la culture une supériorité réelle sur ceux que l'on obtient dans des. terres plus profondes et plus riches. — L'agriculteur de la Rioja est laborieux, et, quoique routinier et nullement entreprenant, ne manque pas d'une certaine habileté, que prouve assez l'excellence de ses récoltes. Malheoreusement, par suite de la rareté des cours d'eau, la culture est limitée; on ne pourrait l'étendre qu'en faisant des retenues dans

39G DESCRIPTIOiN DES PROVINCES.

les gorges des montagnes, pour y amasser les produits de la saison des pluies, et les Riojanos ne possèdent ni assez de hardiesse et d'activité, ni assez de capitaux pour aborder encore des travaux semblables; on se contente d'aménager le mieux qu'on peut les eaux courantes.

Animaux sauvages et domestiques. — Le règne animal n'offre rien de particulier. On ne trouve dans cette province que les animaux propres aux régions argentines. Le jaguar est assez rare ; le couguar abonde dans les parties peu élevées de la montagne, où il attaque surtout les chèvres et les moutons. Les hautes vallées des Andes nourrissent en quantité la vigogne et le guanaque, ce dernier descend même quelquefois dans les bois de la plaine; le condor et les aigles sont le fléau des troupeaux, dans les pâturages de la sierra.

BétaiL — L'aridité de la plus grande partie du sol de la plaine ne permet pas au bétail de, s'y multiplier beaucoup, à moins que l'on n'y ait creusé assez de puits pour pouvoir l'abreuver. La partie où il se reproduit le mieux est la Sierra de los Llanos avec ses petites vallées boisées, ses sources naturelles et ses represas ou mares artificielles qui permettent de suppléer à l'insuffisance des puits. Il existe encore un certain nombre de fermes au pied de la Sierra de Velasco et de ses dépendances vers le nord. Dans les vallées de Vinchina et de Guandacol, on a des invemadas ou pâturages cultivés, où l'on engraisse le bétail qui doit franchir la Cordillère pour arriver sur les marchés chiliens. Les chevaux, les mulets, les ânes, y sont élevés dans ce but. On commence à entretenir un assez grand nombre de moutons et de chèvres. Les race^ indigènes sont belles, mais pourraient être cependant améliorées ; personne ne s'est encore occupé de leur raffinement.

Commerce et industrie. — Le commerce est assez limité et se borne aux provinces voisines et au Chili. On exporte des vins à Catamarca, à Tucuman, à Cordova, et quelquefois même jusqu'au littoral. Il est très-fâcheux que l'usage n'en soit pas plus répandu dans les ports du Parana, où ils remplaceraient avec avantage les vins secs et alcooliques importés de l'étranger, qui sont fort inférieurs à ceux de la Rioja et coûtent plus cher. Cordova en reçoit des farines, des oranges, des fruits secs. Tout le reste des produits agricoles du pays est consommé sur les lieux même. On

envoie au Chili des bœufs pour les vallées de Copiapo et de Huasco et jusqu'à des fromages et des oranges ; toutefois Texportation de plus de valeur est celle des métaux précieux de Famatina. On reçoit par cette voie des marchandises de fabrique européenne. Le point central des transactions commerciales est dans la vallée de ce nom, la plus peuplée du pays. Cependant les principales relations commerciales de la province sont avec la place de Cordova.

Par suite des troubles qui agitent la Rioja depuis bientôt un demisiècle, l'industrie générale est médiocrement avancée, et Ton y trouve peu de bons ouvriers , si ce n'est pour les arts agricoles. Il y a môme encore un certain nombre d'améliorations à introduire dans les méthodes de culture et quelque variété dans les produits. Les nopals, si abondants partout , nourrissent une cochenille naturelle qui pourrait devenir l'objet d'une exploitation lucrative. Il serait possible d'établir la culture du mûrier et l'élève du ver à soie. Mais on sait combien les cultivateurs sont généralement peu novateurs, et quelle difficulté il y a à leur faire prendre une industrie nouvelle, quelques avantages qu'elle promette. — Nous avons dit comment l'exploitation des mines est la richesse principale du département de Famatina, et de quelle extension cette industrie est susceptible, nonseulement dans la chaîne de ce nom, mais encore dans celle de Mazan et celle de los Llanos. Son avenir est illimité, grâce à l'étendue, à la variété, à la puissance des minerais exploitables. Nous nous en référons d'ailleurs aux longs détails dans lesquels nous sommes entré sur ce sujet (t. 1, p. 394).

Voies de communication. — Isolée du reste des provinces, par les déserts sableux et salins, par les travesias qui l'entourent, la Rioja ne peut communiquer avec elles qu'à l'aide des troupes de mulets dont la production et l'entretien sont une de ses industries. Les communications avec le littoral s'opèrent en traversant la grande saline et la Sierra de Cordova, par une route de 116 lieues, dont 60 sont faites dans un désert que sèment de rares estaneias. A 30 lieues de la capitale, on rase la pointe nord de la Sierra de los Llanos, on franchit les salines qui n'ont à cet endroit que 14 lieues de large, et Ton entre dans la Sierra de Cordova, par Pichana et Soto; la route de la Sierra Cordovaise pourrait être rendue praticable aux voitures ; ce massif peut d'ailleurs être tourné par le nord. — Les communications avec Santiago del Estero sont

rares ; elles peuvent cependant se faire directement en passant par de longues travesias, où Ton trouve d'espace en espace une ferme [estancia)^ auprès d'un puits d'eau à moitié saumâtre, où l'hospitalité ne manque jamais ; la distance est de 90 lieues. — On communique avec San-Luis par la pointe sud de la Sierra de los Llanos, le hameau de las Liebres et la quebrada de Santa-Barbara. La route est de 180 lieues, comme pour la précédente, presque toujours dans le désert. — Les chemins les plus fréquentés sont ceux de San Juan et de Catamarca, que suit d'ailleurs le courrier national de l'ouest, qui va de Meudoza à Tucuman, parcourant ainsi une distance de 260 lieues. Le sentier le plus mauvais de tous est celui" qui, franchissant la Sierra de Velasco, mène de la capitale à Famatina, par la côte de Sigud. La distance n'est que de 23 lieues, mais le chemin est si détestable qu'on préfère en faire 55 en doublant la pointe de cette même Sierra aux Colorados, plutôt que de s'exposer • aux dangers de cette ascension. — La route du Chili se fait par la vallée de Vinchina, la cordillère du Leoncito ou du Peûon et le Portezuelo Come-Caballo . (Voyez tome I, page 205, et l'itinéraire général.) On peut ne mettre que six jours à ce voyage de Famatina à Copiapo , mais on en emploie huit généralement. Les Kiojanos sont excellents muletiers, et fort habitués aussi bien aux routes des Andes qu'à celles de la plaine aride et salée. Pour eux, les voyages les plus longs, les plus difficiles ne sont qu'un jeu. Toutes les routes de la plaine seraient carrossables au besoin, si l'on creusait un nombre suffisant de puits, afin d'établir auprès d'eux des fermes-postes, dont on pourrait alors irriguer artificiellement les petites cultures, absolument nécessaires pour les bêtes de somme, et entretenir l'enclos à luzerne. La réussite des puits artésiens dans cette région changerait complètement l'aspect du pays, et aiderait puissamment à sa civilisation.

Population. — La population delà province de la Rioja provient, comme celles des provinces voisines, delà colonisation espagnole entée sur la population indienne qui peuplait la contrée. Les tribus principales de la plaine portaient le nom de Diaguitas et de Juris, celles des vallées intérieures avaient ceux qui sont restés aux villages acuels; c'étaient les Guandacols, les Famatinas, les Anguinans, les Malligastas, les Tinimuquis, etc. Ces derniers appartenaient à la race Calchaquie, mais ils n'opposèrent pas à la conquête une aussi opiniâtre résistance que les habitants des vallées de Catamarca. Les Espagnols les réduisirent assez facilement en commanderieset sefondi-

rent avec eux, si bien qu'aujourd'hui les deux populations sont tellement mêlées qu'on ne peut plus guère en faire la différence et qu'une race métisse, généralement belle et aux traits caucasiens, a fonné la grande majorité des habitants. Ce n'est que dans les hautes vallées de la Cordillère, que l'on retrouve des Indiens presque purs, qui descendent rarement dans la plaine, et, absorbés par le soin de leurs troupeaux, se mêlent peu au reste de la population. Il reste encore quelques nègres et mulâtres venus anciennement de Cordova, où ils étaient en plus grand nombre qu'en aucune autre province de l'intérieur. Les agitations, les guerres de la Rioja depuis 1813, ont puissamment contribué à faire disparaître la race indigène et même les sangs-mêlés de couleur un peu foncée, auxquels on a toujours de préférence imposé le service militaire.

La population totale de la province peut s'élever aujourd'hui à 40,000 âmes (1). Les Riojanos sont dociles, intelligents et très-bra- Tes, laborieux à l'occasion, aimant les aventures et les voyages. Quoique peu nombreux, ils ont incessamment recruté les armées des thk{caiidillos), qui ont joué des rôles si bruyants dans les guerres civiles de l'intérieur de la Confédération argentine, tels, pour ne citer que les plus célèbres, les généraux Facundo Quiroga et Pefialoza. ^ Cette population se divise en deux fractions bien tranchées : celle des agriculteurs des vallées andines , généralement paisibles et atta-

(1) La population de la proviDce de la Rioja doit atteindre aujourd'hui 40,000 âmes, quoi<> <|w les érénemeots de ces trois dernières années aient été peu favorables à son accroisse-

DKOt.

Un reoensement, opéré en 1814 , avant les guerres qui agitèrent depuis si profondément ce eoio longtemps paisible de l'ancienne vice-royauté , donnait le chiffre total de 14,092 liants, ainsi répartis :

Prêtres 14

Moines 19

Espagnols-américains 4,751

Eq)agnols 64

Indiens 3,178

Piersonnes de couleur libres . 5,017

Esclaves 1,076

Étrangers. 9

La province, administrée par un lieutenant-gouverneur dépendant de Cordova , était alors en cinq paroisses : la ville, Los Llanos, Arauco, Ânguinan et Guandacol. (Ce recenest signé par Francisco Xavier Brizuela Doria , l'un des magistrats de l'époque , et parait eiacL)

En 1825, on éTaluai,tdan8 le Congrès, la population à 26,000 âmes, mais sans se fonder sur aocon recensement officiel. En 1830, on la portait à 30,000 , somme qui nous semble exagérée. Dfiiat arriyer jusqu'à 1855 pour trouver un chiffre reposant sur des bases solides. Ce dernier recensement, pratiqué le 26 février 1855, par départements, au nombre de

chés à leurs champs ; celle des pasteurs de la plaiue de la Sierra delos Llanos, désignés sous le nom de Llanistas, qui ne s'occupent que de bétail, ne connaissent que leurs principaux estancieros et pour lesquels le monde se termine aux montagnes de Cordova, de San-Luis, de

sept, en tenant compte des maisons, des familles, des hommes, des femmes , de la natioiuh lité, des professions, a donné les résultats suivants :

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