CHAPITRE XVIL
Terriioire indieii du sud.
Situation astronomique et limites. — Nous donnons le nom de "Territoire indien du sud à cette vaste portion de la Pampasie argenté comprise entre les Andes, le Rio-Negro et les frontières actuelles des provinces de Ruénos-Ayres, Santa-Fé, Cordova, San-Luis et Mendoza. Cet espace embrasse ainsi , en moyenne, du 34* au 40* degré de latitude sud, et du 64* au 70* de longitude occidentale , et Mesure, par conséquent, plus de 9,000 lieues carrées de superficie.
Aspect général. — Ce territoire présente l'aspect d'une immense
plaine couverte d'herbages dans toute sa moitié orientale ou région
^^s Pampas, de mimosées arborescentes dans sa partie occidentale,
^^Ulinuation de la plaine intérieure argentine. Vei's le sud plusieurs
chaînons de collines basses dépendantes des systèmes de la Ventana
?^ deGuamini, se dirigent le long du Colorado, et quelques buttes
5^^1ée8 s'élèvent dans les environs du lac de Curra-Lauquen. Plus
^^ïl, à l'extrémité ouest, se présentent les ramifications des Andes,
I ^^c leurs montagnes, leurs vallées et les cours d'eau qui les sil-
^^nent. La plaine pampéenne offre, à l'est, des médanos, continua-
tien de ceux des districts de Junîn, de Bragado et de Mulitas, dans la province de Buénos-Ayres, et de nombreuses lagunes, tantôt douces, tantôt salées, qui deviennent de plus en plus rares à mesure que Ton se rapproche de la région boisée, quoique cette dernière n'en soit pas complètement dépourvue. Les pampas présentent un énorme tapis vert ; la forêt est clair-semée sur son sol argileux et salin, analogue à celui de la plaine de Cuyo. Cette région, qui commence à peu près sous le 68* degré de latitude, se continue jusqu'au versant oriental de la chaîne des Andes.
Hydrographie. — Deux fleuves principaux arrosent le territoire indien ; ce sont le Rio-Negro et le Rio-Colorado que nous connaissons déjà. (Voyez tome I, page 165.) Le Rio-Negro^ Limay-Letibu des Indiens, étroit et profond, coule dans une vallée d'érosion, coupée brusquement comme un fossé gigantesque au milieu d'une plaine absolue. Cette vallée, qui commence à la mer, se continue jusqu'à l'embouchure du Rio-Neuquen, c'est-à-dire à l'endroit où commencent les ramifications des Andes. De ce point à sa sortie du lac de Hahuel-Huàpi (4) , il coule dans une région montueuse et
(1) Découverte des sources du Rio-Negro. — L'origine du Rio-Negro dans le lac de Nahuel-Huapi (le lac du Tigre) vient d'élrc définitivement constatée en 1863 par rexploration d'un jeune Chilien, D. Guillenno Gox, dont nous avons annoncé la première tentative infructueuse en 1857, (Voyez t. I, page 177.) — Au mois de mai 1862, M. Cox se rendit à la colonie allemande de Llanquihué , où il passa le reste de Tannée à faire ses préparatifs de voyage, et à reconnaître le pays. Le 7 décembre, il partit du Port-Mont sur le golfe de Reloncavi, et gagna le lac de Llanquihué, puis celui de Tous les Saints qu'il traversa en bateau ; le 28 commença le chemin par terre. Les voyageurs remontèrent la vallée du Rio-Peulla, et gagnèrent, en s'ouvrant un chemin dans les bois, le col de Pedro-Rozalèa, d'où ils aperçurent les eaux bleues du Nahnel-Huapi. Ils visitèrent en détail les glaciers du Tromador, et campèrent sur les bords du lac, où ils se mirent à la construction d'une grande embarcation, qui fut achevée le 2 janvier 1863, car ils on avaient apporté les pièces principales. Les voyageurs renvoyèrent alors leurs hommes à la colonie et, au nombre de sept, s'embarquèrent le 4 sur ce lac dont la géographie était inconnue. Ils en côtoyèrent la rive septentrionale, reconnurent une assez grande lie désignée d'abord sous le nom de Tintrépide missionnaire Mascardi, et que, dans le doute où ils étaient de savoir où était primitiTcment la mission, ils baptisèrent de celui de l'Ile Longue. Enfin, le 6, ils découvrirent l'endroit où le lac avait sa décharge, et , sur une colline à droite, des signes évidents d'an ancien établissement. C'était là, pensèrent-ils, que les Pères Mascardi et Elguea eurent leur mission, de 1690 à 1707. Ceci leur fut confirmé par le récit des Indiens, et était d'ailleurs conforme à celui du Père franciscain Melendez, qui avait reconnu le Nahuel-Hunpi en 1792. Le 7, à sept heures du matin, les voyageurs se lancèrent sur le Rio-Negro, dont le courant de plus en plus rapide les emporta presque avec la rapidité d'une ilèche : ils touchèrent plusieurs fois; enfin vers le soir, après avoir parcouru une dislance évaluée à 75 milles, l'embarcation fut crevée contre une roche, et chavira complètement. Cet accident avait été prévu, et les explorateurs purent gagner la terre à l'aide de leurs ceintures de sauvetage. Soutenu par des fuseaux de gutta-
a beaucoup de rapides qui on rendent la navigation difïiciie. La val-
iée duRio-Negro, d'une largeur extrêmement variable, tantôt d'une
demi-lieue, tantôt d'une centi\ine de mètres seulement, est très-fertile ;
^Ue nourrit une belle végétation de graminées et d'espèces arbores-
'*eBtes. Les débordements de la rivière assurent en outre sa fertilité
parle limon qu'ils y déposent incessamment.
Le Bio-Colorado ou Cobo-Leiibu^ dont les sources sont bien con-
'ï ues, est moins important que le Rio-Negru, car il a moins d'eau
^*t ne parait pas susceptible d'une navigation régulière. Ses rives
ut également moins fertiles que celles de l'autre rivière à cause du
1 argileux et souvent salin qui les compose. (Voyez tome I, page 164.)
Le Chadi'Leubu est la continuation du Rio-Latucl, qui va se
îndre au Diamante déjà grossi du Desaguadero, et tous deux
Unis tombent, sons ce nom indigène , dans la lagune de Ciirra-
^^^uquen^ laquelle a des crues variables et déborde quelquefois vers
sud, de manière à former des marais qui peuvent atteindre leCobu-
^ubu.
Le Rio-Salado-NiievOy formé du Diamante et de la prolongation
Tunuyan et du Desaguadero réunis, coule en plein territoire
ien, car les Mendocinos n'ont encore aucun établissement sur ses
^^rds. On dit qu'il a beaucoup d'eau, mais pas autant que le Latuel.
■^^hajle canot 8C maintint entre «leuxcaux, et il fut possible «ren tirer quelques vivres et objets 1^ premièro nécessité. On improvisa un campement sur la rive gauche, on se sécha à raidc ^ ***i grand feu, et Ton fit des préparatifs do défense. Le jour suivant» les Indiens parurent; ient des Pehuenches qui ne traitèrent pas mal les voyageurs. On traita avec eux et ils pro>
^'''dit de les reconduire au Chili moyennant une ample récompense dont la quotité fut sti-
*<«*expmUlioD sut d'eux que la rivière qu'elle avait descendue était bien le Limay-Leubu ou ^^'^^îicgro , qui naissait du lac de Nahuel-Huaj)i , et coulait d'abord du sud au nord, puis de ^Hiest à Test pour aller se jeter dans l'Océan près de l'établissement chrétien du Carmen. Ils ^^Qt que l'endroit où ils avaient naufragé n'était qu'à quatre lieues de la réunion du Ato- '"■^^^.apuliehe que Villarino avait remonté en 1782, et que les Indiens appellent Chimehuin ^^ HtiecAum, parce qu'il naît effectivement du lac Huechum ou des Limites qui est près du ^^^c^tidode Laguin, confondu par Villarino avec celui de Valdivia ou Yajaunaujeu. Les Indiens ^^mcnérent à leor cacique Paillacan qui, conservant deux otages, pour s'assurer du payement ^^firaisde conduite, les fit diriger par le Pas de Chihuihué très-fréquenté des Indiens ; le 19 tétaient à Valdivfa.
Après <{uelques jours de repos, M. Cox, muni du prix de sa ran(,'on, fut retrouver ses innniies chez Pailbcan. Il demeura qw^hpie K^mps avec les Pehuenches, et en revint fort au eonrant de la géographie de ce pays, de ses habitants, de leurs mamrs et de la possibilité d'aller an Carmen par terre. Il rallia ensuite sans encombre Valdivia par le même chemin de Chiiniîluié, après avoir vécu dans la meilleure intelligence, aussi bien avec les gens de la pampa qu'avec ceux de la Cordillère, et acquit sur le pays une foule de détails pratiques consignés duutSLnAaition, {Viaje a las regiones septentrionales de la Patagonia^ 1862-1863, por D. QuOlermo Coi. -* I vol. grand in-8"». — Santiago de Chile, novembre 1863.)
DËSCnilTION DES PROVINCES.
est que lorsqu'il est grossi des eaux de ce dernier qu'il fonn éritable fleuve qui n'est guéable nulle part. as indigènes franchissent à volonté ces trois rivières à des endroi 1 connus de tous; s'il y a trop d'eau, ils s'aident de bottes de joncs^ ir se soutenir eux et leur bagage , et font passer ensuite leurs upeaux. Cependant, comme , à cause des aiguades et des pàtuges, qui y conduisent à travers le désert, le choix de ces points de issage est pour ainsi dire forcé, leur possession permettrait d'asseoir 'une manière solide et durable l'influence de la république argenine sur les tribus.
Le Rio-Quinto coule en partie dans le territoire indien, quoiqu'il soit considéré comme la limite sud des terres chrétiennes. Il y a même fort peu d'établissements entre le Rio-Cuarto et cette rivière, la pampa qu'elles enserrent étant traversée à volonté par les nomades.
Les versants des Sierras de la Ventana et de Guamini ont des mis- ^^
seaux limpides qui coulent vers le nord et vont verser leurs eaux dans des lagunes d'eau douce qui se continuent, en faisant chapelet, jusqu'à celles de Salinas Grandes^ où l'on peut recueillir du sel. Le lac de Gualichu'Lauquen^ qui commence cette série^ est remarquable par ses belles eaux. D'ailleurs tout ce versant nord-ouest de la Ventana est bien arrosé, couvert de pâturages magnifiques etregardé justement comme un des meilleurs de tout le territoire indien. Les Argentins ont le projet d'y former un établissement permanent, mais aujourd'hui cette colonie se trouverait bien isolée au milieu d'un pays tout à fait hostile. — Au sud-ouest, en allant vers le Rio-Colorado, le terrain est plus sec , argileux et salin ; les lagunes qui s'y trouvent sont par conséquent très-salées. Partout on peut y recueillir du sel, et les indigènes y vont camper dans ce but. Leui's bords sont vaseux, couverts de roseaux, de plantes marines; quelques-unes ne renferment pas seulement du chlorure de sodium, mais encore des carbonates, des sulfates et même des sulfhydrates de soude qui donnent à leurs eaux une mauvaise odeur.
Uans la région qui continue la plaine argentine et jusque dans le voisinage des Andes, on trouve de ces lagunes aux eçiux fortement minéralisées. Le lac de Curra-Lauquen^ celui de Fureco, qui communique avec lui, les lagunes de Chacay et de Yancamlo^ qui appartiennent au sud de Mcndoza, eu sont des exemples. Dans la Cordillère on rencontre de très-beaux lacs d'eau douce, où les affluents du Rio-Colorado et du Neuqiœn prennent leur source. Ces amas d'eau ne sont encore connus que des indigènes.
TËimiTOlRE LNDIËIN DU SUD. 407
L#e Neuquen^ Sauqnel de Cruz, Ramid d'Arrowsmith, Comoë des
P^^huenches, est considérable et coule du nord au sud pour se jeter
dsmiis le Rîo-Negro auquel il est cependant inférieur en volume. Sa
i^i^we gauche est bordée par les montagnes. — Le Cliimehuin^ que
illarino remonta en partie et qu'il nomma Catapuliche^ nom qui
partient seulement à un de ses affluents, sort du lac de Huechum
des Limites, ainsi que l'avait déjà indiqué Falkner. II reçoit une
tile de torrents descendus de l'ouest, et a beaucoup de rapides (Cox).
Les affluents du Rip-Negro, qui viennent du sud, sont insigni-
ii^^nts; après l'embouchure du Comoë, on n'en trouve plus, le pays
*^fes ^ trop plat pour permettre à des cours d'eau de se former.
Orographie. — La Sierra de Tapalquen avec ses dépendances au
ï^<i^rd-ouest, celles de la Veiilana et de Giiamini sont les seules mon-
es de la région orientale des Pampas. Nous les connaissons déjà.
""oyez tome I, pages 236 et 275 ; — tome III, pages 64 et 66.) En
xnoDtant la rive gauche du Colorado, le terrain, sans être précisé-
«nt montagneux, est accidenté ; il y a des collines sablonneuses et
ides, et sous le 68* degré de longitude commencent à apparaître les
*^ ornières ramifications des Andes. Ce sont d'abord les buttes de Ingûe-
S^^^iel, près du Ctirra-Laiiquen ; puis la petite Sierra de Ranca-
^^^'Ohiiida^ sur la rive droite du Colorado, qui contraint cette rivière
faire un détour vers le nord; enfin le Nevado, volcan couronné
neiges éternelles, la Sierra de Payen^ puis le système des Andes
leurs vallons généralement ouverts à l'est-sud-est , leurs
**i^ières et leurs glaciers qui commencent à la latitude de 37°; leurs
* *=^cs étages dans les divers cordons longitudinaux qui composent la
ï^'ande chaîne. Plus on descend vers le sud, et plus les neiges, les
iere, les lacs se multiplient jusqu'au vaste réservoir de NahueU
*^~^napi, source du Rio-Negro , dont l'ample bassin reçoit les eaux
^^ua vaste cirque de montagnes dont quelques-unes sont couronnées
^«aeiges perpétuelles. (Voyez tome I, page 171.)
Constitution physique du sol. — La région pampéenne présente tffl sol argilo-sableux , recouvert d'une couche épaisse de gazon; c'est la continuation exacte des terrains de la province de Buenos-Ayres. Les médanos, les lagunes le traversent et le sèment en tout sens ; les eaux y sont excellentes, les pâturages admirables. Dans les endroits où il n'y a pas de lagunes naturelles, on trouve l'eau à une faible profondeur. Lorsque les Argentins font quelque expédition sur ce ter-
coTtr. abgbutink. — t. m. 32
ritoire, ils ont soin d'apporter les outils nécessaires pour creuser des puits à quelques mètres de la superficie du sol , et, la plupart du temps, cette précaution suffit pour leur procurer Teau nécessaire à leurs besoins. Dans la région boisée, le sol est plus sec, plus argileux, pareil en quelque sorte à la cendre comme celui du Cuyo. Mais il n'en est pas moins fertile sous l'influence des pluies, et lorsque le peuplement du pays permettra d'y pratiquer un peu d'irrigation, il deviendra aussi fécond que n'importe quelle autre partie du territoire argentin. i
Les sierras de l'ouest sont gneissiques et n'ont encore offert aucun minerai ; quoique l'abondance des quartz qui s'y rencontrent puisse faire soupçonner la présence de l'or. Les collines du Colorado sont sablonneuses, et, au dire des indigènes, offrent du grès ; cette roche se rencontre en quantité dans la Sierra de Ranca-Mahuida, qui fournit aux Indiens des pierres à aiguiser. La Sierra de Payen a des calcaires, et les minerais de cuivre et d'argent que nous connaissons déjà. Les ramifications des Andes sont généralement gneissiques, et composées de roches variées; la partie centrale est formée de roches porphyriques et offre beaucoup de trachyte, indépendamment des terrains volcaniques modernes qui entourent les nombreuses bouches ignivomes qui s'y rencontrent, telles que les volcans du Planchon , du Nevado, de Chillan, de Antuco, de Callaqui, de Chinai, de Villa- Rica, de Lauguin, etc., etc.. Toute cette région est éminemment riche en minerais précieux de toute espèce dont les Hispafto-Américains n'ont que des échantillons, puisque, par suite de la résistance des indigènes, aucuns travaux de quelque importance n'ont encore pu y être entrepris.
Toute la surface de la région pampéenne et de la région occidentale appartient au terrain tertiaire. Cette dernière est semée de fossiles marins qui se rencontrent non-seulement dans les ravins , mais même à la surface du sol, qui semble avoir été récemment abandonné parles eaux. La région pampéenne offre à une faible profondeur des restes innombrables de la faune mégathérienne. ils sont si abondants que les Indiens eux-mêmes connaissent les ossements de mégathérium et de ses espèces congénères, regardés par eux comme les restes de géants qui peuplaient autrefois le pays, et parlent des carapaces de gliptodon qu'ils disent avoir appartenu à une race éteinte de grands tatous, analogues à ceux qu'on chasse aujourd'hui dans la région pampéenne.
Les tremblements de terre sont inconnus dans la Pampa.' Il n'y en
a que dans la région andine; là même ils sontnires, au dire des indigènes.
Climat. — Le climat du territoire indien du sud est celui de la province de Buenos-Ayres. Toutefois, étant plus continental, il est aussi plus extrême. Les chaleurs de Tété y sont donc plus ardentes, et les froids de l'hiver plus piquants. Jamais la neige n'y séjourne sur le sol, excepté dans le voisinage de la Sierra de la Ventana et des Andes ; mais il gèle assez fort, et pendant trois mois de l'année, de juin à septembre, la terre est presque toujours couverte dégivre le matin. Il est rare pourtant que l'épaisseur de la glace y dépasse trois centinaètres. Les vents y sont extrifmement violents, surtout celui du sudouest ou Pampero. Son souffle, toujours glacial en hiver, est même très frais en été. Le vent du nord y est chaud comme dans tout le bassin de la Plata ; comme partout ce vent amène des orages et immanquablement après, le pampero. Rien de violent et de terrible comme les orages de la Pampa : ils balayent le sol avec une indescriptible furie; les tentes des Indiens ne peuvent souvent y résister; aussi, pour éviter ces ouragans, ils ont le soin de dresser leurs huttes de cuir {Roukahs) dans un pli de terrain, ou au milieu des touffes énormes de Paja-brava^ l'herbe des Pampas {Gynerium argentetim)^ qui les abritent un peu de ces trombes atmosphériques. Les pluies sont irrégulières : assez fréquentes dans la région orientale, elles le sont moins dans la partie occidentale où le climat est très sec. Dans la région des Andes, au contraire, il pleut souvent en été. C'est à l'automne, en avril et mai, que les pluies manquent le moins dans toute 1^ Pampasie, c'est donc à cette époque que le Rio-Negro et le Colo- ^do commencent à croître. Les sécheresses sont fréquentes; leur ^pétition contribue à maintenir chez les indigènes la vie nomade. iVe vivant que de leur chasse et de leurs troupeaux, ils sont obligés de chercher les endroits qui peuvent nourrir le gibier et les animaux ^^niestiques. Aussi, pour trouver les pâturages nécessaires, par- ^^^Urent-ils d'immenses espaces, et leurs tribus sont elles essen- *^llement mobiles.
La salubrité du pays est égale à celle de la province de Buenos- ^yi^s. Les Pampéens sont sujets à peu do maladies; leur vie au ^^tîd air les endurcit et les rend robustes. Ils souffrent cependant de ^^Ulcurs rhumatismales et de pleuro-pneumonies aiguës. Les en- ^^nts succombent souvent aux convulsions; il y a des ophthalmies et ^es maladies de peau. Quant aux fièvres éruptives> elles sont terri-
S chez les Indiens. La variole est surtout redoutée par euxcomm
plus effroyable de tous les fléaux ; ils ne lui opposent d'auti
mède que la fuite, abandonnant les malades sous une tente avec d
eau et quelques vivres auprès d'eux, de sorte que si les malheureu
iélaissés résistent au mal, ils succombent presque toujours au dénu(
ment et à la faim au milieu du désert. Il survit si peu des malade
que nous n'avons pas souvenance d'avoir vu aucun Indien, soit dan
le nord, soit dans le sud de la Confédération argentine, qui fût mar
que de la petite vérole, tandis qu'au contraire le nombre des ger
qui en portent les traces est grand parmi les blancs et les métis.
Végétation. — Elle n'offre rien de particulier dans toute l'étendu de la région pampéenne ; on n'y trouve que des graminées. Pas u arbre ne s'y rencontre ; c'est tout au plus si, près des collines du Cok rado et des dépendances de la Yentana, on peut ramasser quelque broussailles fournies par cette petite mimosée que les Indiens appel lent curra-mamuel et les Argentins curumanuel. Le gynerium rem plit les bas-fonds humides et borde les eaux douces. La région orieu taie présente tous les arbres de la plaine intérieure argentine, mai plus petits, plus rabougris : algarrobo, chaùar, brea, jarilla, que bracho blanc, piquillin, coronillo, curra-mamuel, etc., etc. Dans 1 région des Andes se rencontre en abondance le pommier dont le fru nourrit quelques tribus lors de sa saison et dont elles savent faire i cidre. Toutes sont habiles également à obtenir des boissons alcoc ques de la fermentation des gousses de l'algarrobo, des baies du quilliu et du chaftar, dans l'eau, et en préparent d'énormes quant à l'automne. Ces boissons sont bues en grande pompe dans def gies qui durent plusieurs jours et se terminent par l'ivresse la complète de tous les habitants de la tolderia (campement).
De tous les Indiens du sud, IcsPehuenches, voisins de la prc de Mendoza et des Andes, sont les seuls qui fassent un peu d'à ture d'une manière suivie et, par conséquent, ne sont qu'à nomades. QwclqwesRanqticlssy sont mis également et sèment f des melons, des citrouilles ; mais leur culture est fort grossi en mangent souvent les produits avant qu'ils soient mûrs. I rante des Pampas, avec les troupes de chevaux dont ils se no' leur convient mieux.
Ammai:x SAUVAiiEs ET DOMESTi(jLKs. — Ou truuvesurc tous les animaux sauvages de la province de Buenos-Ayr
de Santa-Fé, de Cordova, de San-Luis et de Mendoza. Le jaguar et Taguara ne se montrent guère que vers les rivières de l'ouest ; le couguar, partout où il y a des collines et des terrains accidentés : le guanaque, le chevreuil, l'autruche, les diverses espèces de tatous, la vîscache,les tinamous, abondent dans la plaine, quoique incessamment poursuivis par les indigènes qui font du gibier une partie essentielle de leur nourriture. On trouve le pécari près des rivières, mais il est rare, car déjà le climat est trop froid pour lui. Les oiseaux de proie de toute sorte sont innombrables, ainsi que les oiseaux aquatiques, parmi lesquels une espèce particulière de flamant qui fréquente les lî^gunes salées. Dans la région boisée se trouvent plusieurs espèces de P^^rroquets et de perruches, des tourterelles et des pigeons sans nombi^. Diverses espèces de vipères venimeuses ram[)ent dans les herbes. t^ïi en cite parmi elles une de plus d'un mètre de long fort redoutée, qvie les Indiens nomment chochia ; sa morsure tue en quelques 'ï^ureisun cheval ou un bœuf. Dans les endroits humides, les taons et '^s moustiques sont un véritable fléau, aussi bien pour les animaux ÎUe pour l'homme ; les Indiens en préservent leurs tentes en les remplissant de fumée.
Bétail. — Les indigènes entretiennent de grands troupeaux de cHevaux et de bœufs, mais ils comptent encore plus sur ce qu'ils peu- ^^xil en voler chez les chrétiens que sur ce qu'ils élèvent, tellement tout ^**ïiirail, même celui si facile dupasteur, leur répugne. Ils s'occupent Pï*încipalement des chevaux, car cet animal est tout pour eux; il est '^vir moyen de locomotion, leur instrument do guerre, la base de l^ior nourriture. En effet, la chair de jument constitue leur aliment ?^r excellence, et il n'en est aucun qu'ils lui préfèrent. La manger ^**ue, palpitante et chaude, aussitôt que l'animal vient d'être abattu , ^^lleur plus grand régal. Immédiatement alors ils boivent le sang, ^n dévorent, après les avoir salés, les poumons, le foie, les reins et W autres viscères ; un animal entier disparaît en un clin d'œil. Il ^t rare qu'ils en fassent cuire quelque partie, à moins que ce ne soit pour obtenir un peu de bouillon. S'ils ont besoin de conserver des provisions, ils font sécher la chair musculaire qu'ils préparent comme les Argentins leur charque. Les Indiens qui habitent le voisinage de la frontière ont fini par se mettre à la viande de bœuf et môme à celle du mouton, tout en préférant encore celle du cheval. Mais comme ils élèvent ces animaux pour les échanger ou les vendre aux chrétiens, ils en profitent, lorsque la jument est rare. Quant à ceux qui habitent l'intérieur de la Pampa ou qui sont toujours nomades, ils
n'élèvent que des chevaux, conservent les meilleurs pour Tusage et se nourrissent du reste. Les Péhuenches sédentaires des vallées de la Cordillère ont de grands troupeaux de bœufs, de vaches laitières et de moutons; ils font d'ailleurs un peu d'agriculture.
Industrie et commerce. — L'industrie des nomades du sud est rudimentaire à un certain point de vue. Ils ne bâtissent point de maisons ; leurs logements sont des tentes basses, eacuir de cheval, tendues et consolidées par des lanières fixées dans le sol avec des piquets en os. Des ossements, des herbes et de la fiente desséchée servent de combustible dans la Pampa. Dans la région boisée , on emploie encore les tentes de cuir, mois on y adjoint des huttes de branchages qu'on recouvre avec du gynérium. Les indigènes sont habiles à confectionner leurs armes, consistant essentiellement en une grande lance de cinq à six mètres , un grand couteau et une fronde; ils y joignent des boules et un lazo. Il en est même qui se font une sorte de cuirasse et un casque en cuir tanné; mais cette armure défensive est peu usitée. Quelques tribus, surtout parmi les Puelches et les Patagons, usent encore de l'arc et de la flèche. Les vêtements consistent en pelleteries de guanaque, de cerf, de mouffette, en cuirs qu'ils savent assouplir par le frottement, en étoffes de laine achetées aux chrétiens ; ils arrivent même à en tisser de fort bonnes. Nous avons déjà parlé de leur adresse à fabriquer des harnais, des brides de cuir tressé, à confectionner des tapis en plumes d'autruche et en pelleteries, à tisser des couvertures, des manteaux, des ceintures ornées des couleurs les plus vives et de dessins fort originaux. (Voy. tomeir, pages 193 et 486.) Cette industrie est surtout remarquable chez les tribus pampéennes; les Puelches et les Téhuelches sont moins habiles.
Les nomades font un certain commerce avec les chrétiens; ils leur vendent les crins, la graisse, les cuirs des animaux qu'ils tuent pour leur nourriture, des pelleteries, des plumes d'autruche et de la laine. Quant aux objets de leur fabrication, que nous venons d'indiquer, ils sont fort recherchés par les Argentins et s'achètent à des prix trèsrémunérateurs pour le fabricant indien , qui comprend et apprécie tous les avantages de ce commerce. On les paye en argent ou en objets d'une valeur connue, tels qu'ustensiles de fer, couteaux, éperons, étriers, sucre, yerba-maté, cartes, vins, caila, etc...
Le bétail en pied est Tobjet de transactions assez considérables avec le Chili. La Cordillère a quantité de passages connus des seuls
ixidigèDes qui en profitent pour introduire, soit les animaux qu'ils é lèvent, soit ceux qui ont été volés dans les fermes argentines et dont ont h&te de se débarrasser. — Ils trafiquent aussi entre eux des ifs faits chez les chrétiens, lors de leurs malones (incursions), et s échangent pour du bétail ou des objets de fabrication étrangère. Daus le sud de la province de Cordova, à 60 lieues en ligne droite bourg de Rio-Cuarto, se trouve El-Cuero^ localité située près une grande lagune d'eau douce entourée d'excellents pâturages, et i, à des époques irrégulières, est le siège d'une sorte de foire; dans s périodes tranquilles, Indiens et chrétiens s'y rendent pour leurs hanges. Il serait bien utile que cette institution finit par être acptée de toutes les tribus du centre de la Pampa et des gens de la ontière. Tout le monde y trouverait son compte, et ces relations cifiques feraient disparaître, à la longue, l'hostilité trop souvent repassante qui existe entre les deux populations.
Voies de communication. — La Pampa est ouverte partout et les ^communications n'offrent généralement d'autres difficultés que le manc|ue d'eau, inconvénient qui disparaîtrait bien vite par le forage de ^\iits ordinaires ou même de puits artésiens qui seraient creusés dans le désert sur le trajet des principales voies qui devraient le traverser. lies routes actuelles ne sont généralement connues que des Indiens et de quelques chrétiens qui vont commercer avec eux. Mais on sait qu'elles n^ofErent point d'obstacles matériels, et que la nécessité des eaux potables et des fourrages pour les troupeaux est le seul motif qui les détourne quelquefois de la ligne droite. Elles mènent toujours par les directions les plus courtes et les meilleures. La pratique des gués de rivière les plus sûrs et les plus faciles, aussi bien que la conuaissance des époques de la baisse ou de la crue des eaux, est familière à tous les indigènes ; il en est de même de celle des passages des Andes pour leur communication avec le Chili . Une foule d'endroits sont fiicilement accessibles depuis le Planchon jusqu'au Nahuel-Huapi, et surtout en continuant vers le sud, où la Cordillère s'abaisse tout à fait. Déjà dans la province de Yaldivia, les passages atteignent à peine 1,000 mètres d'altitude totale. Les Péhuenches affirment que le Pauhde-Villarica^ situé à peu près par 39*'20' au sud du Nevado de ce nom, est libre toute l'année, et que, même en hiver, la neige n'y reste que quelques jours. Celui qui longe les lacs Lacar et Pirihuaico est très-bas, mais difficile à cause des roches qui l'obstruent et de rencaissement des torrents qui en naissent. Le Paso de Rattco^ dit
L0\ DESCRIPTION DES PROVINGKS.
aussi de Chihuihué^ reconnu par D. Guillermo Cox, lors de son exploration du lac et de son voyage chez les Péhuenches, n'a que 922 mètres d'altitbde ; celui de Rinihuè^ qui en est voisin, n'a pas beaucoup plus. Nous savons que le Boquete de Pedro-Rosalès^ qui mène au Nahuel-Huapi, a 840 mètres. Enfin tout fait croire que l'ancien chemin de Bariloche^ perdu aujourd'hui, mais peu difficile à retrouver, était situé au sud du lac et contournait le Tronador. D'après le récit des missionnaires^ il aurait fait communiquer en trois journées de marche^ facile en tout temps, du golfe de Reloncavi à la Mission située chez les Indiens Poyas, sur les bords du lac, à l'endroit où naît le Rio-Negro. Une reconnaissance de cette route mettrait donc la colonie allemande de Llanquihué en communication avec la Pampa, et bientôt avec le Carmen, à l'aide de la rivière ou d'un trajet direct au milieu de la plaine.
Pour réali^r ce dernier projet, il faut, il est vrai, le concours des Indiens, mais il ne serait pas difficile de l'obtenir. Rien de plus commun que de rencontrer parmi eux des gens qui ont parcouru là P«tagonie et le territoire du sud tout entier, des Andes à l'Océan Atlantique, des frontières argentines au détroit de Magellan. Quoique les Pampéens, les Puelches et les Tehuelches ne parlent pas exactement le même idiome, tous s'entendent par l'usage de l'araucan , nommé dans la Pampa Chilidugu^ Chilidsomo; et d'ailleurs les interprètes ne manquent point parmi eux, pas plus que parmi les chrétiens qui visitent les tribus pour commercer avec elles. Quelle que soit la solidarité de haine qui les lie tous contre les Huincas (les chrétiens), ils comprennent cependant que ceux-ci finiront par être les plus forts et qu'il faudra bien céder de bonne volonté, puisque plus le temps avance et plus la résistance devient difficile . Il y aura dcmc possibilité de s'entendre, dès qu'on le voudra sérieusement, au Chili et dans la république argentine, pour la navigation du Rio-Negro et l'établissement d'une route à travers la Pampa. L'organisation de colonies d'étrangers sur les meilleurs points de ce trajet est le moyen le plus facile pour réaliser ce but, d'autant plus que les Indiens témoignent moins d'hostilité contre les Européens nouveau-venus que contre les Chiliens et les Argentins.