LITTORAL DU PARANA ET DE LA PLATA
Côte du Parana. — District de Zar^ate. — Ce district est sur la côte du Parana, et mesure 24 lieues carrées de superficie. On s'y occupe spécialement de l'éducation du bétail, l'agriculture ne vient qu'en seconde ligne. Les tles du Parana, qui en dépendent, fournissent une assez grande quantité de bois, surtout du saule rouge, qui est employé avantageusement dans la charpente, et même à la construction des navires de cabotage.
Le village de Zarate^ à 26 lieues de la capitale, n'a pris d'importance que depuis 1834, mais cette importance croit rapidement. Il a un petit port sur le Parana de las Pal mas, avec un bon quai de débarquement, et entretient un cabotage actif. L'église est moderne , et a été construite au moyen de souscriptions. La population atteint 2,500 âmes, dont un millier pour le bourg, et le reste dans les établissements de la campagne.
District Del-Baradero. — Sitwé au nord du précédent, d'une superficie de 30 lieues carrées, et dans des conditions analogues de terrain et de production. L'éducation du bétail est la principale industrie, mais dans ces derniers temps il s'est établi dans le canton une colonie suisse qui s'occupe principalement d'agriculture, et est en pleine prospérité.
Le village du Baradero^ à 37 lieues de la capitale, de fondation très-ancienne, est situé sur le Parana de las Palmas, près de l'embouchure du Rio-de-Arrecifes. C'était jadis une réduction d'Indiens Mbeguas, établie en 1380 (Azara), et les jésuites y ont eu un établissement. Il a un petit port assez fréquenté, avec un quai de débarquement récemment construit, d'une longueur de 80 mètres. A ces travaux, qui ne datent que de trois années, il faut joindre ceux de l'église, de la maison commune et de deux écoles, ce qui atteste la vitalité de ce bourg. La population du district est de 4,300 âmes, dont 1 ,200 pour le chef-lieu.
District de San-Pedro. — Au nord de celui du Baradero, Te long du Parana; il a 71 lieues carrées de superficie, et s'adonne surtout à l'élève du bétail. Il n'y a d'agriculture que dans quelques endroits et près du chef-lieu.
Celui-ci est un gro^ bourg fondé en 1780, à 44 lieues de Buénos- Ayres. Il renferme une très-belle église, des écoles, une maison de
Tille de construction moderne, et une population de 2,000 âmes, celle delà campagne allant à 6,000. Son port sur le Parana communique avec tous les bateaux à vapeur du fleuve. On a fait quelques travaux pour approfondir le canal naturel qui y conduit, les embarcations pouvant seules y arriver ; mais ces travaux ne sont pas complets. — Obligado est un hameau à 6 lieues de San-Pedro, sur la rive droite du Parana, toneux par le combat qui eut lieu le 20 novembre 1845 entre les esr cadres françaises et anglaises, et les battrries élevées par les ordres du général Rosas.
District de San-Nicolas-de-los-Arrot/jos. — Ce district est le plus septentrional de la province, et touche à celle de Santa-Fé, dont il est séparé par le ruisseau nommé Arroyo-del-Medio, qui' vient déboucher dans le Parana, à une petite lieue de la ville. Il a 81 lieues carrées de superficie, consacrées presque uniquement à Télève du bétail. D n'y a d^agriculture que près du chef-lieu.
La ville de Sari-Nicolas, sur le Parana, à 63 lieues de Buenos- Ayres et 13 de Rosario, a été fondée en 1749. Elle a grandi considérablement dans ces dernières années, et compte aujourd'hui une population de 12,000 âmes, celle de la campagne s'élevant à 4,000. C'est la seconde ville de la province; sa situation au sommet de la berge du fleuve, d'où Ton jouit d'une vue magnifique sur son vaste canal et sur les îles, est des plus pittoresques. Elle possède une jolie place, bien plantée d'azédarachs et d'acacias, une belle église construite depuis quelques années, de nombreuses maisons à terrasse, des magasins parfaitement assortis, des moulins à eau et à vapeur, et un bon port sur le Rio-Parana. Un môle construit récemment par les soins de la municipalité y facilite singulièrement les opérations des navires. Ce port est le siège d'un commerce assez étendu avec le nord de la province, qui y a naturellement tous ses débouchés, et s'y pourvoit des marchandises d'outre-mer. Les vapeurs du fleuve y touchent journellement; en outre, deux fois par semaine, une diligence part pour Ju- Din, en touchant au Pergamino et à Rojas, et dessert ainsi l'ouest de la province et la frontière sur une longueur de 36 lieues. San-Nicolas est bâti entre les deux petites rivières de Ramallo et Del-Medio, ce qui lui a fait donner son nom de los Arroyos^ des ruisseaux. Un moulin à eau est établi sur l'arroyo de Ramallo. Ces deux rivières auraient besoin de ponts, et la municipalité va les faire construire.
Côte de la Plata. — District de la Ensenada, — Au-dessous de celui de Quilmes, sur la côte de la Plata. Sa superficie est de 28 lieues
carrées; le terrain se divise en deux bandes : celle qui suit la rivière, un peu ondulée et traversée par quelques ruisseaux ; l'autre, au sud, parfaitement plate et semée de quelques lagunes, dont les plus grandes sont celles de Villalba et d'Amador. Proche de la rivière, il v a quelques petits bois naturels rabougris, composés principalement de tala, d'espinillo, de saule, de pécher, de quebracho et de coronillo. On trouve aussi près de la rive un peu de pierre à chaux que Ton exploite sur une petite échelle. L'industrie principale est l'élève du bétail, qui, grâce à l'excellence des pâturages du canton, y abonde.
Le village de la Ensenada est de fondation ancienne, mais commence seulement à se développer aujourd'hui. Il a une église et deux écoles en construction, et cherche à améliorer ses abords assez difficiles dans la saison pluvieuse. Ce village est situé sur la baie dite Ensenada-de-Barragan , qui forme un port naturel à 14 lieues de la capitale. La flotte espagnole y mouillait sous l'administration de la métropole, et il a été plusieurs fois question d'en faire le port de commerce de Buénos-Ayres , en l'y reliant par un chemin de fer. Ce port pourrait être amélioré sans grandes dépenses. Il a assez d'eau pour que les navires qui tirent 5 mètres puissent y mouiUer et y rester en sûreté, abrités et du pampero et du vent de sud-est, qui sont les plus violents dans ces parages. Présentement, ce port ne sert qu'à de rares embarcations de cabotage employées à l'importation et à l'exportation du canton ; encore presque tout le commerce s'y fait-il par charrettes. — Population du district : 3,000 âmes, dont 250 pour ce hameau (1).
District de la Magdalena. — Au sud du précédent et sur les bords de la Plata. Le terrain est très-plat, semé de quelques lagunes, et possède d'excellents pâturages ; aussi ce vaste district, il a 122 lieues carrées, nourrit-il une immense quantité de bétail. Il n'y a d'agriculture que près du village ; les estancias y fourmillent et sont rangées parmi les plus riches de la province.
Le village de la Magdalena, situé près de la rivière, à 30 lieues de la capitale, est un simple hameau qui ne compte que 800 âmes sur le chiffre total de 6,500 que possède le district. Sa fondation remonte
(1) Le congrès a été saisi, dans la session de 1863, d*une demande en concession du chemin de fer de Buénos-Ayres à la Ensenada, par M. Wilwrigth, déjà concessionnaire de celui de Rosario à Gordova, et auquel on doit, au Chili, la construction de celui de la CalderaàCopiapo et Chaùarcillo. Ce travail, une fois exécuté, fera un bien immense à celte partie de la plrovince, d'autant plus qu'on pourra le relier au Rpilway du sud. La Ensenada deviendrait alors le port principal de la Plata. — M. Wilwrigth a obtenu sa concession.
à 1730. L'église, la maison commune et les écoles sont encore en construction. Ce village a été ruiné plusieurs fois par les Indiens sous la domination espagnole. Les jésuites avaient fondé, dans ce canton, vers 1740, entre la Punta-de-las-Piedras et le Rio-Salado, la mission de la Concepcion, qui subsista quelque temps sous la direction du P. Strobl, et qui fut abandonnée lors de l'expulsion de ces relieieux.
District de Chascomus, — Ce district, de 112 lieues de superficie, est au sud des deux précédents, et touche au Rio-Salado d'une part, et de l'autre, vers l'est, à la baie de San-Borombon. Les terrains y sont légèrement ondulés, et aussi propices à l'agriculture cpi'à l'élève du bétail. A Touest, une série de grandes lagimes d'eau saumàtre, échelonnées sur une longueur de 12 lieues, le sépare du district de Ranchos. Ces lagunes, qui communiquent avec le Rio- Salado, et par conséquent avec la mer, nourrissent une grande quantité de poisson, qui entre pour une part notable dans la consommation des habitants. Le bétail peut boire leurs eaux, et se rassemble même en grand nombre sur leurs bords lors des sécheresses. Elles ont peu de profondeur, quatre mètres à l'endroit le plus creux; leurs rives présentent une couche épaisse de cailloux argilo-calcaires roulés, qui peut être exploitée avantageusement pour la macadamisation des routes et pour le ballast du chemin de fer du Sud , et de plus, des blocs et des strates de cette roche argileuse appelée tosca, que l'on retrouve aux bords de la Plata. — Les estancias de ce district comptent parmi les meilleures du pays. 11 en est plusieurs dont les bâtiments offrent presque du luxe dans leur construction. Parmi ces belles propriétés , nous citerons celle des frères Gandara, qui, située pittoresquement au bord d'une vaste lagune, à 3 lieues du bourg, réunit l'utile à l'agréable, et offre un véritable château sur la lisière d'un parc bien tenu et riche en espèces fruitières et forestières. L'agriculture fait des progrès notables dan? le district de Chascomus depuis quelques années ; tous les propriétaires d'estancias font de vastes plantations, et près du bourg 00 s'adonne sur une assez grande échelle à la production des céréales et des fourrages artificiels.
Le bourg de Chascomus, à 30 lieues de Buenos- Ayres, et sur la rive d'une des lagunes, a été fondé vers la fin du siècle dernier. Après avoir d'abord cru rapidemeùt, il est resté quelque temps stationnaire, et a beaucoup souffert dans la guerre civile de la province, surtout en 1839. Il se relève aujourd'hui, grâce à la richesse de sa campa-
6t DESCRIPTION DES PROVINCES.
gne. L'église, déjà anôienne, et la maison de ville, nouvellement bâtie, ornent agréablement la place, qui vient d'être plantée d'acacias et de paraisos, mais demanderait à être mieux soignée. Chascomus est entouré de nombreuses quintas et chacras, où l'on cultive toute espèce de fruits et de légumes, et même, comme nous venons de le dire, des céréales et des fourrages. Le pêcher réussit admirablement et forme de petits bois. L'agriculture est entre les mains d'un assez bon nombre d'étrangers qui sont vonus s'y établir dans ces derniers temps. — Un service quotidien de messageries relie Chascomus à la capitale, mais les habitants réclament à grands cris l'exécution du chemin de fer du Sud, qui doit les unir à Buénos-Ayres et à Dolorès. — La population totale est de 9,000 âmes, dont 4,000 pour le bourg, et le reste pour la campagne.